medsnib

Les trois mandats… comme « les trois normaux »

Séance de thé (Crédit photo : Google)
Séance de thé (Crédit photo : Google)

En Mauritanie, tout reste lié à cette histoire de troisième mandat pour le président Aziz, même si ce dernier et la majorité qui la réélu en juillet 2014 répètent à qui veut les entendre que le sujet n’a jamais été évoqué.

Mais cette histoire de troisième mandat ressemble pour moi à celle du thé, inconcevable dans notre société sans les « trois normaux », les trois verres qu’on sert aux convives. Imaginez un peu le scandale provoqué par une séance de thé qui se termine sans le « troisième »! Dans toutes les régions de Mauritanie, chez toutes les tribus ou communautés, un thé ne se conçoit pas sans les trois verres. D’ailleurs s’il est bien fait, les convives peuvent réclamer un quatrième.

Notre président a déjà savouré son premier verre (son premier mandat) en tant que « président des pauvres ». Un titre qu’il a brandi comme slogan de campagne en 2009, mais qui a fini par se retourner contre lui: des riches appauvris sont venus grandir la masse des pauvres plus pauvres que jamais.

Aziz a entamé son deuxième mandat (le deuxième verre) en 2014 par la « lutte contre la gabegie ». Vaste programme qui a fait des ravages tant dans les rangs de l’opposition que de la majorité. Un thé au goût amer quoi, présenté par les adversaires du rais comme une autre facette d’un populisme de mauvais aloi.

J’imagine mal le président Aziz ne pas finir son thé par un troisième mandat, pardon, un troisième verre. Il lui faut cependant raviver la braise de son fourneau qui commence déjà à se transformer en cendre.


Autour d’un thé : une histoire de place

Moctar Diay, ministre des Finances
Moctar Diay, ministre des Finances

Y a un oiseau de chez Nou’zautres qui a voulu imiter la marche d’un autre oiseau de chez Nou’zautres. Vous savez quoi ? Non seulement, il n’y est pas arrivé, mais il n’a pas non plus réussi à redevenir lui-même et recouvrer sa propre marche.

C’est que ce n’est pas une simple histoire de marche ou de marché. C’est beaucoup plus que ça. C’est une histoire de place. Imaginez un peu, avec moi, si chacun était resté à sa place. Certainement qu’on n’aurait pas eu besoin, aujourd’hui, de faire le moindre dialogue, pas plus inclusif qu’exclusif.

Vous ne voyez pas où je veux en venir ? « Garawoul » (c’est pas grave), comme disent les Wolofs. On répète. La répétition a des vertus pédagogiques. Et comme l’école commence, ce n’est pas grave de faire un peu de pédagogie. Suivez-moi bien. Personne n’est à sa place aujourd’hui, en Mauritanie.

Sauf exceptionnellement. Et que dit-on de l’exception ? Comme quoi charité bien ordonnée commence par soi-même. Certes, la première que le purificateur (et non le fou) purifie est sa propre tête. Moi, je ne suis pas à ma place.

Ce n’est pas au Calame¹, ma place. Elle est dans les classes, à côté des maîtres. Pas au marché ni devant les sièges des banques primaires, à vendre et acheter. Mais ensemble, amis, lisons ensemble dans les classes, pour enseigner. Sans discours officiel d’ouverture.

Sans grand tapage médiatique, pour annoncer une ouverture qui se serait passée dans les meilleures conditions possible, comme toujours depuis au moins trente ans que ça se passe ainsi. L’emplacement est important. Aussi bien pour les hommes que pour les choses. Les anciens blocs-manivelles² n’étaient pas bien placés.

C’est dire qu’ils n’étaient pas à leur place. Exactement comme les défuntes écoles 1 et 2 de la capitale, respectivement école Justice et école Marché.

Qui a déjà vu une école entre magasins, vendeurs de fatayas, cure-dents et autres serrures, portes d’aluminium, banques, bureaux de change, représentations de grandes marques internationales de TV et électroménager ? Ce n’est pas la place d’une école. Dites la vérité. Chacun à sa place.

Chaque chose à sa place. Vous pensez que si, par exemple – au hasard, hein ! – les militaires, les premiers, ceux des années 1978, étaient restés à leur place : dans les casernes, les escadrons et autres commissariats… Certainement que nous n’en serions pas là aujourd’hui. « Où ça, là ? », me diront certains.

Là, là, à Nouakchott, en Mauritanie. Et ainsi de suite. Si les Cavaliers du changement étaient restés à leur place : militaires retraités ou officiers de service ; si les gens du 3 août 2005 et ceux du 6 août 2008, qui ne sont qu’une seule et même communauté dont une partie fait partie de l’autre partie, étaient restés à leur place ; il n’y aurait pas eu d’amalgame.

Les chercheurs cherchent. Les docteurs soignent. Les professeurs enseignent. Les politiques mélangent. Les techniciens fabriquent et réparent. Les civils en ville.

Les militaires dans les casernes. Les écoles restent des écoles. Les journalistes, journalistes. Les ambassadeurs, ambassadeurs. Les vieux, des vieux. Les femmes, des femmes. Et les jeunes, des jeunes. Sans haut ni bas ni conseil intermédiaire. Juste à la place que leur confèrent leur âge et leur vivacité.

Pas des jeunes aux têtes bourrées de préoccupations de vieux. Ah, cette histoire de place ! Regardez bien autour de vous. Ici chez nous, quasiment personne n’est à sa place.

Or qu’Allah bénisse celui qui a connu sa « place » et s’est assis en deçà ! C’est tout le contraire, ici. Si haut perché sans rien comprendre. Y a pas que vendre, acheter, négocier, beloter, rebeloter, se positionner, se placer, jaser…

Que diriez-vous de rangées de grosses boutiques, juste devant le bataillon de la sécurité présidentielle ? De boutiques juste collées au mur de la présidence ? Exactement comme derrière l’école de police ou le Stade olympique. C’est une bonne place.

Juste à quelques encablures et de la Banque centrale et du ministère des Finances. Entre argent, politique et commerce, le courant passe habituellement bien en Mauritanie. Salut.

Sneiba El Kory (Le Calame)

 

1.Quotidien mauritanien.

2.Bâtiments datant de l’indépendance, vendus à des privés.

 


Mauritanie : la campagne contre mon ami Yarba a des relents de racisme

Capture d'écran du site de l'AMI (Photo Google)
Capture d’écran du site de l’AMI (Photo Google)

Je ne pouvais pas parler de cette histoire vieille de cinq ans, mais je ne peux pas me taire quand il s’agit de s’engager, comme le voulait Camus de défendre « la liberté et la vérité ».

Et il s’agit bien de cela dans le cas de mon « ancien ami », Yarba Ould Sghair, directeur général de l’Agence mauritanienne d’information (AMI), victime ces derniers jours d’une véritable cabale.

Je commence par ce qui aurait dû, en bon Mauritanien, m’empêcher de prendre la défense de cet « ancien ami » de l’ENS de Nouakchott et du lycée de Boghé.

A sa nomination à la tête de l’AMI, il y a cinq ans, j’étais correcteur au journal Horizons (officiel), avec une pige conséquente à l’époque (80.000 UM) pour un travail d’à peine deux heures, et 40000 UM pour le carburant. Je ne vous cache pas qu’à l’arrivée de cet ami et « cousin », dans le jargon communautaire mauritanien, j’ai vu tout de suite (en pensée) ma pige passer du simple au double. C’est le prix de « l’amitié » à la mauritanienne. J’en connais même qui vous accorde un salaire alors que vous ne venez au siège de la société qu’à la fin du mois!

Quand vers 22 heures, le nouveau directeur téléphone à la rédaction pour voir la Une du journal, je m’empresse de la lui apporter. C’était l’occasion de le féliciter et discuter avec un ami perdu de vue depuis un certain temps. Il me reçut très convenablement (en vieil ami) et me demanda ce que je faisais à Horizons. Après m’avoir écouté, il me signifia que les 40 000 UM de carburant ne pouvaient être maintenus « parce qu’il y a des chefs de services et de division qui ne les ont pas ». Premier acte de redressement pris à l’encontre d’un ami et qui signifie que l’homme était venu pour appliquer, à la lettre, les instructions présidentielles de lutte contre la gabegie. Je considérais sa décision d’injuste et d’inamicale, car le travail que j’accomplissais, pour qui connaît la presse, était sans prix. Ce fut ma dernière nuit de correcteur à l’AMI de l’ami Yarba.

Cet acte fondateur et ma profonde connaissance de l’homme me poussent à considérer la présente campagne menée contre lui dans certains médias arabophones comme une cabale destinée à libérer ce poste stratégique de directeur général de l’AMI pour un autre. C’est d’autant plus vrai que la dénonciation dont parlent ces médias serait venue du directeur général adjoint (qui a vu passer 3 autres DG avant Yarba) et qui commence à s’impatienter. Une sorte de « pousse-toi que-je-me-place ».

Peut-être aussi que Yarba Ould Sghair gêne au niveau du parti au pouvoir, l’Union pour la République où il est l’un des rares intellectuels haratines « engagés » et non embarqués. Je le connais de longue date et je ne partage pas avec lui certaines idées sur la « cohabitation » (« lui est plutôt partisan de l’assimilation »), mais je sais qu’il assume (et s’assume) ses choix politiques contrairement à beaucoup d’autres qui sont « majoritants » le jour et opposants la nuit. Et puis pourquoi ne pas évoquer le cas de Radio Mauritanie où il y a fête (des soi-disant émissions-débat) 360 jours sur 360 jours ? Pourquoi ce sont des journaux et sites arabes qui mènent la campagne contre Yarba ? Il y a, de ce point de vue anguille sous roche.

 

 


Burkina : le dernier putsch en Afrique ?

Le général Gilbert Diendéré (Photo : google)
Le général Gilbert Diendéré (Photo : google)

Les derniers événements du Burkina sont pleins d’enseignements. Je les vois comme la fin d’une époque, d’une pratique infamante qui a beaucoup terni l’image de l’Afrique : les coups d’Etat.

Je ne dis pas qu’un général, un capitaine ou un simple sergent ne peut se réveiller un beau jour et dire « pourquoi pas moi », mais je crois, sincèrement, que la leçon burkinabè servira à quelque chose. Le peuple a dit son mot. La démocratie est en marche. Il ne s’agit plus de prendre le pouvoir, en profitant d’un manque de vigilance du peuple (et de l’armée régulière, dans le cas de la Mauritanie, en 2008, et du Burkina en 2015) mais de le garder. Le peuple souverain décide seul et l’armée républicaine est la garante de ce choix. Le général Diendéré vient de l’apprendre à ses dépens. Le coup d’Etat du général Aziz, présenté en 2008 comme une « Rectification », devait connaître le même sort, si l’opposition avait eu du souffle et si ses chefs n’avaient pas mis en avant leurs ambitions personnelles : dépasser la crise (sacrifier le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi), aller aux élections et faire tout pour être président à la place du président ! Les adversaires politiques du général mauritanien avaient seulement oublié une chose : on ne mène pas deux putschs en l’espace de deux ans (3 août 2005-6 août 2008) pour céder le pouvoir à un civil qui n’a pas gagné ses galons en politique à force de persévérance. L’histoire retiendra cependant une chose : là où les Mauritaniens ont échoué en 2008, les Burkinabè l’ont réalisé en 2015.

Je ne partage pas l’avis de ceux qui disent que les deux situations étaient différentes. Un coup d’Etat reste un coup d’Etat, le reste relève du détail : la personnalité de son instigateur, le rapport de force entre le pouvoir et l’opposition, l’attitude de l’armée régulière, la mobilisation populaire pour ou contre le changement. En Mauritanie, la transition avait été manipulée pour avoir les résultats que l’on sait. La conséquence était attendue : une lutte pour le pouvoir entre les partisans d’un général qui avait toutes les cartes entre les mains et ceux d’un président « démocratiquement élu » certes mais qui avait commis le péché originel d’être l’instrument, le cheval de Troie par lequel Aziz s’est introduit pour légitimer sa « Rectification » et, ensuite, la légaliser. Le compagnonnage entre Sidioca et Aziz était, en fait, le meilleur argument des partisans de ce dernier pour parler de « trahison » des principes et de la nécessité d’un retour à un agenda établi par les putschistes du 3 août 2005.

Au Burkina, le général Diendéré avait les événements contre lui. Remettre en cause un processus démocratique presque arrivé à terme a provoqué une sorte d’électrochoc. Diendéré n’avait pas de motivations suffisantes pour jouer et être sûr de ne pas perdre. Le patron du régiment de la sécurité présidentielle (RSP), l’équivalent en Mauritanie du Basep (bataillon pour la sécurité présidentielle) avait tout simplement agi bêtement. Il voulait le pouvoir sans raison, il a provoqué une réaction en chaîne qu’on peut qualifier aujourd’hui, sans risque de se tromper, de prescription populaire contre les coups d’Etat en Afrique.


Mauritanie : dialogue…exclusif

Dialogue de 2011 (Photo: archives AMI)

C’est parti pour un nouveau round du dialogue politique en Mauritanie. Plus de 500 personnes conviées ce 7 septembre au Palais des Congrès  de Nouakchott. Mais aucun parti politique de l’opposition radicale : le Forum national pour l’unité et la démocratie (FNDU). Même « l’autre opposition », la Coalition pour l’unité et une alternance démocratique (CUPAD) a boudé ces assises qui, finalement, risquent de se transformer en dialogue…exclusif ! Certes, l’un des présidents de la CUPAD, Boidiel Ould Houmeid, est présent à l’ouverture de ces « journées préparatoires au dialogue nationale inclusif ».

Ce dialogue-là risque d’être un simple remake de celui de 2011. Le pouvoir dialogue certes mais pas avec les vrais opposants. Certes, en 2011, Messaoud Ould Boulkheir, alors président de l’Assemblée nationale, et ses deux alliés de la CAP (Coalition pour une alternance pacifique), Boidiel Ould Houmeid et Abdesselam Ould Horma (président de Sawab), avaient cautionné un dialogue sans le FNDU et réussi à faire passer des amendements constitutionnels jugés positifs, mais aujourd’hui il refuse de prendre part à un dialogue plutôt exclusif.

Tout est parti avec cette fameuse lettre du ministre Secrétaire général de la présidence, Moulay Ould Mohamed Laghdaf invitant les présidents des partis de la majorité et de l’opposition à un dialogue national ce 07 septembre 2015 ! Une lettre qui a surpris plus d’un parce que, justement, la majorité et l’opposition venaient de se quitter, « à l’amiable », sans parvenir à s’entendre sur ce que le FNDU appelait les « préalables ». Des conditions  à remplir par le pouvoir pour que l’opposition accepte de s’asseoir avec lui autour d’une même table pour discuter des questions qui fâchent.

 

Que cherche le pouvoir et que peut l’opposition ?

 

Le pouvoir persiste et signe : il n’y a pas de crise dans le pays. Ni politique, ni sécuritaire, ni sociale ni économique. Le gouvernement le dit à chaque occasion et le président de l’Union pour la République (UPR), Me Sidi Mohamed Ould Maham prend un malin plaisir à le répéter. Et quand les journalistes demandent au président du parti au pouvoir « pourquoi dialoguer donc » ? il répond : « c’est une tradition que le pouvoir a adoptée et compte perpétuer » !

Alors que cherche le pouvoir ? Exclure le FNDU ? C’est déjà fait puisque ce dernier n’a aucun député, aucune mairie et aucun sénateur, si l’on excepte ceux du parti islamiste « Tawassoul » qui, lors des dernières élections municipales et législatives, avait faussé compagnie à ses amis de l’opposition en refusant le boycott. Reprendre les élections de 2013-2014 pour permettre à l’opposition de se présenter ? Cela ne nécessite pas un conclave du genre de celui de 2011 ; le président Aziz pouvant décider, à son réveil, de décréter la dissolution du parlement pour remettre les compteurs à zéro. Alors quoi au juste ?

Il semble de plus en plus évident que le président Aziz cherche la formule magique pour rester au-delà de son second mandat qui prend fin en 2019. C’est la question du comment qui se pose à lui aujourd’hui. « Ouvrir » la constitution pour permettre un troisième mandat ou réaménager les textes pour transvaser les pouvoirs du président de la République vers ceux du Premier ministre et nous jouer un tour à la Poutine-Medvedev ? Et si c’était cela la vraie raison du dialogue ? Et si ce dialogue-là devait préparer la tenue d’un referendum sur la question, exactement comme la démarche entreprise au Rwanda par Paul Kagamé ? Et si ? Et si ?

L’arme de l’opposition pour contrecarrer ces manœuvres du pouvoir est, justement, de ne pas y prendre part. Le principe de la « non violence » politique est transformée par elle en stratégie de « non participation » à tout ce qui ne sert pas ses intérêts. Et son agenda. Car n’oublions pas que la politique est « l’art du possible ». L’opposition qui a échoué aux élections de 2007, 2009 et 2014, et qui n’a pu déclencher en Mauritanie un « été » arabe (le printemps était une fausse annonce) sait maintenant que le pouvoir ne partira que forcé. Par l’accumulation de ses propres erreurs. Par une crise économique aux ramifications multiples. Ou lâché par la France qui ne croirait plus à son rôle d’acteur de premier plan dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Ou emporté par un énième coup d’Etat.

 

 

 


Remaniement en Mauritanie : les femmes changent de place

Le président Aziz entouré par Mint Soueine'e (MAEC) et Mint Mbareck Fall, Sec d'Etat chargé des mauritaniens de l'étranger
Le président Aziz entouré par Mint Soueine’e (MAEC) et Mint Mbareck Fall, Sec d’Etat chargé des Mauritaniens de l’étranger

Ce réaménagement ministériel est comme les précédents : il tombe quand on ne l’attend pas. Quand on ne l’attend plus. Je l’ai dit une fois : Aziz n’aime pas faire les choses sous le diktat de la rue. Ou de sa réplique « institutionnelle » : la presse privée. Les deux parlaient, il y a plusieurs mois, d’un remaniement « imminent » ; on a attendu, attendu et puis paf ! « Par décret en date de ce jour, et sur proposition du Premier ministre (qui, on le sait, ne propose rien dans une République « gondwanaise »), sont nommés aux postes indiqués suivants (voir la liste).

Autre énorme surprise : comme dans tout remaniement, les Mauritaniens attendant les « venants » (pas de France), mais voilà le nouveau gouvernement consacre le retour d’un « revenant » et pas n’importe qui : Hamady Ould Meimou, ancien commissaire aux droits de l’homme, à la lutte contre la pauvreté et à l’insertion (ouf) au bon vieux temps de Taya, le mal-aimé par les temps qui courent. L’homme de Kobenni, localité entrée dans l’histoire par le bourrage des urnes à l’élection présidentielle de 1992, débarque au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération (MAEC). Bon, il faut reconnaître qu’il n’était pas trop loin, étant ambassadeur de la Mauritanie en Ethiopie, patrie de l’Union africaine, et a eu l’immense privilège d’avoir accompagné la présidence africaine de Mohamed Ould Abdel Aziz. Consécration donc pour un diplomate dont les talents ont été éprouvés – et approuvés – par le rais quand il était encore le « président de l’Afrique », comme Kadhafi affectionnait son titre de « Roi des rois traditionnels d’Afrique ».

Ould Meimou donc, remplace au Maec Mint Soueine’e. Qui remplace au ministère de l’Elevage le Dr Fatimetou Mint Habib. Qui remplace au ministère des Affaires sociales, de l’Enfance et de la Famille Lemina Mint Momma : Qui remplace au ministère de l’Agriculture Brahim Ould M’bareck Ould Mohamed El Moctar. Qui remplace au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement Mohamed Ould Khouna. Qui remplace au ministère de l’Equipement et des Transports  Isselkou Ould Ahmed Izidbih nommé président de l’Autorité nationale de régulation.

Le président Aziz a encore fait preuve de galanterie ; aucune femme « ne prend la porte » mais elle change seulement de place. Mint Soueine’e qui s’asseyait juste à côté du ministre secrétaire général de la Présidence, et narguait, de l’estrade présidentielle, les autres « ministrées », sera désormais placée quelques fauteuils plus loin. Elle perd en grade, c’est une évidence mais elle doit être contente de rester alors que les dernières « prévisions météorologiques » d’une certaine presse la donnaient partante. Ces mêmes prévisions se sont également trompées sur deux ministres : celui de l’Education nationale et son collègue de la Santé que plusieurs journaux et sites avaient sortis du gouvernement bien avant ce remaniement. Les « indices » de la tournée présidentielle à l’intérieur du pays étaient sans doute probants, mais je l’ai dit, Aziz n’aime pas faire ce que les autres disent. Moralité : si vous voulez qu’un ministre parte, ne dites pas du mal de lui et vice versa.

 « Errahma » et dialogue

Mais pourquoi maintenant ? Il est impossible de considérer que le président Aziz a opéré ce changement uniquement pour surprendre l’opinion publique nationale et ne pas donner raison aux « prévisions » – scoops de nos médias. Il y a forcément autre chose de plus profond. Comme détourner l’attention d’une opinion publique qui commence à prendre goût aux « ébats » politiques en cours sur la fondation « Errahma » du fils du rais, sur ses financements et ses vrais objectifs. L’opposition dit dans ce qu’elle dit que c’est l’argent public dont on cherche à recycler une petite partie pour cacher l’immense autre qui a été investie dans l’achat de maisons au Maroc, en France et aux Émirats ainsi que dans le montage de sociétés-écrans. Il est vrai que l’opposition n’a pas de preuves, mais l’opinion commence à douter , surtout que les communicateurs de la fondation « Rahma » se défendent mal: la fondation vit grâce aux fonds collectés par son jeune président à l’étranger pendant qu’il était encore étudiant !

Le remaniement pose une autre question : pourquoi l’Intérieur et l’extérieur (Affaires étrangères) considérés pourtant comme les domaines où le gouvernement a réalisé des exploits (sécurité et bonnes relations avec tous les pays du monde). Pourquoi les ministres de la Santé et de l’Education donnés partants, à tous les coups, par les médias, ont-ils été épargnés ? On attendra le prochain remaniement pour tenter de comprendre.

 


Je prendrai la place de Sidaty et j’attendrai la prochaine balle

Le tireur et la victime après la réconciliation à coup de millions d'UM.
Le tireur et la victime après la réconciliation à coup de millions d’UM.

« Je prendrai la place de Sidaty et j’attendrai la prochaine balle ». Cette phrase entendue hier dans un taxi m’a donné froid au dos. Plus que les débats houleux sur les réseaux sociaux, après l’incident de Chinguitti Market, elle donne l’ampleur d’une dérive sociétale où les rapports entre riches et pauvres sont désormais régis par la loi du compromis.

Rappel des faits : vendredi 7 août 2015, une altercation entre Ely Ould Jeireb, cousin du président Mohamed Ould Abdel Aziz, du côté de sa mère, et Sidaty Ould Matallaa, un employé de l’épicerie Chinguitty Market, tourne au drame. Parce que l’employé a osé demander au client de faire peser d’abord les fruits achetés, le client retourne vers sa voiture, revient avec un fusil de chasse et tire. Sidaty est blessé au bras droit et doit être soigné d’urgence dans un hôpital de la place. Ely se rend à la police et avoue son forfait. Jusque-là, rien d’anormal. Mais très vite, les réseaux sociaux s’emparent de ce fait divers qui devient « la guerre de la mandarine ». Il s’agit tout de même du cousin du président et ce genre d’incident n’est pas une première en Mauritanie.

Il y a un mois, Bazra Ould Mohamed Khouna Ould Haidalla, fils d’un ancien président mauritanien, avait tiré en l’air pour effrayer des éléments du GGRS (Groupement général de la sécurité des routes), coupables d’avoir mis sa voiture en fourrière. Conduit devant le juge, il se voit condamné à deux ans de prison ferme.

Les opposants au pouvoir en place s’emparent de cette affaire pour dénoncer une justice… injuste : il y a deux ans, Bedr, fils aîné du président Aziz, avait blessé par balle une fille devenue, depuis, handicapée à vie. L’affaire avait été réglée à l’amiable : Raja avait été soignée au Maroc et son père a empoché, selon la presse, un chèque de 35 millions d’UM (environ 100 000 euros).

C’est cette justice parallèle, mettant à l’œuvre tribus et personnalités influentes, qui vient également de sauver le cousin du président de la prison. Sa famille aurait versé à l’employé de Chinguitty Market la somme de 12 millions d’UM (35 000 euros) pour son bras endommagé par un fusil de chasse. De quoi ouvrir son propre commerce et laisser un travail pour lequel il était sans doute payé moins de 50 000 UM/mois (135 euros).

Je crains maintenant que les pauvres ne se mettent à la chasse des riches. Oui, si à chaque fois qu’il y a un incident de ce genre, la tribu s’en mêle pour contourner la justice, il faut croire que les brouilles avec les  fils à papa (et pas seulement avec les proches du président) vont devenir un business florissant. On guettera leurs voitures pour se jeter devant, on attendra leur venue dans un commerce pour les provoquer, dans l’espoir de prendre une balle non mortelle afin de pouvoir profiter de la compensation financière. Le jeune homme dans le taxi exprime ce que je considère comme une probabilité très forte.


Mauritanie : l’opposition oups

Ahmed Ould Daddah, président du RFD (opposition)
Ahmed Ould Daddah, président du RFD (opposition)

Aujourd’hui c’est le 3 août 2015, une date passée inaperçue en Mauritanie pour la plupart des citoyens.  Pris à la gorge par les difficultés de la vie et pataugeant dans la boue à Nouakchott où les rues ne supportent pas une pluie de 20 mm, les Mauritaniens ont d’autres chats à fouetter.

Dix ans déjà qu’Aziz est au pouvoir ! Oui, oui, ce n’est pas une méprise. J’ai toujours dit que le tombeur de Taya, en 2005, était, depuis cette date, le vrai maître du pays. ELy (le comité militaire pour la justice et la démocratie) et Sidi (le président qui rassure), n’étaient que des parenthèses. Dix-neuf et quinze mois. Deux étapes qui étaient nécessaires pour qu’Aziz assure sa prise. Car il ne s’agissait pas pour lui de venir, de voir et de quitter. L’homme du « changement constructif » a sans doute envisagé de rester aussi longtemps que le président qu’il venait de destituer. Cela est d’autant plus vraisemblable qu’il vient d’accomplir, mine de rien, la moitié du parcours (Taya a régné sur la Mauritanie de 1984 à 2005) et envisagerait, selon plusieurs observateurs, de prolonger son pouvoir par un troisième mandat, voire plus.

Ce topo, qui plairait actuellement à la majorité présidentielle, notamment à l’Union pour la République (UPR), laisse de marbre une opposition qui a perdu tous ses repères. Je n’exagère pas en parlant ainsi. L’échec du dialogue (qui n’a d’ailleurs jamais commencé), la multiplication des crises qui secouent le pays et les errements d’un gouvernement navigant à vue depuis la chute des cours des matières premières exportées par la Mauritanie (fer, or, poisson, cuivre) sont des « opportunités » que l’opposition n’a pas pu – ou su – saisir pour marquer son territoire. Elle fait exactement comme le pouvoir à ses débuts: réagir au lieu d’agir. Sans disposer des mêmes armes que lui.

L’opposition ne constitue plus un contre-pouvoir.

Actuellement, l’opposition perd du terrain parce qu’elle laisse l’initiative au pouvoir. Même sur le terrain des droits de l’homme où l’Initiative pour la Résurgence d’un mouvement abolitionniste (IRA) a ouvert une brèche, l’opposition refuse de s’engouffrer. Elle fait comme si elle voulait que les jeunes (touchés de plein fouet par le chômage), les descendants d’esclaves (IRA) et les M’almin (forgerons) ainsi que les mouvements négro-mauritaniens appelant à un partage équitable du pouvoir, ébranlent les assises du régime et lui ouvrent les portes du palais. La politique du moindre effort, en fait. Comme si, paradoxalement, l’union ne fait plus la force. Le Forum national pour l’unité et la démocratie (FNDU) ne se présente pas aujourd’hui comme un « front » de l’opposition mais un club (ou salon) où l’on vient passer le temps… et discuter de la météo, comme l’écrit fort justement L’Authentique qui titre, dans sa livraison d’aujourd’hui : IRA dans la rue, l’opposition discute de la météo !

Ce n’est pas là un appel à l’insurrection populaire, mais la description de la triste réalité d’un pays où l’opposition ne constitue plus un contre-pouvoir. Même le retour sur scène de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), qui tire, à nouveau, à boulets rouges sur le pouvoir, n’augure pas d’un changement des rapports de force de nature à pousser Ould Abdel Aziz à revoir sa gestion du pouvoir. Lui qui a vu de près comment Taya a amorcé lentement, mais sûrement sa descente aux enfers, doit savoir que même en l’absence d’une opposition crédible, le fauteuil de président reste soumis à toutes sortes d’aléas. La crise économique insoutenable qui préparé le coup d’Etat du 3 août 2005 est déjà là mais, entre-temps, l’ancien commandant du Bataillon pour la sécurité présidentielle (BASEP) a fait le vide autour de lui. Ce qui fait que son entourage civil (conseillers, hommes d’affaires, proches, etc.) reste à la fois son atout et son pire ennemi. Pas une opposition qui est oups.


Mauritanie : boudez le dialogue, on agira à la Nkurunziza

Le président Aziz (crédit photo: Tawary.com)
Le président Aziz (crédit photo: Tawary.com)

J’ai lu à la loupe le discours prononcé par Me Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union pour la République (UPR) devant des centaines de cadres et de militants de la formation au pouvoir en Mauritanie, à l’occasion de l’ultime « iftar » (rupture du jeûne) dans une moughataa de la périphérie de Nouakchott.

Comme il sait si bien le faire, Ould Maham a encore démonté l’opposition. Ou plutôt les oppositions. Car cette fois, celle qu’on appelle communément « l’opposition dialoguiste » ou « modérée » (la Coalition pour l’unité et l’alternance démocratique) n’a pas été épargnée. Elle a été rangée dans le même sac des « vêtements usagés » que le FNDU (Front national pour la démocratie et l’unité) par un Ould Maham très en verve, mâcha Allah, malgré une fin de ramadan harassante et préoccupante, même pour les « pauvres » de l’UPR.

Pour Ould Maham donc, c’est l’opposition qui refuse le dialogue, car elle craint de se faire « massacrer ». Ce n’est pas là une nouveauté. C’est un refrain qu’on entend depuis 2009. Aller une énième fois aux élections. Un autre refrain.

Ould Maham a peut-être raison. L’opposition d’aujourd’hui n’est plus celle de 2006. Ou de 2009. Ou, pour remonter le temps, de 2003, 2001, 1997 ou 1992. Des dates qui correspondent à autant d’élections ou l’opposition a toujours joué et perdu contre un pouvoir qui a tous les atouts en main. Comme aujourd’hui.

La principale force du président Aziz est d’avoir toujours misé sur le temps. Il sait que l’ennemi numéro un de toute opposition est l’usure. La force d’un Messaoud Ould Boulkheir, d’un Ahmed Ould Daddah ou d’un Mohamed Ould Maouloud était en 2007 ou en 2009. Comme en 92 face à Maawiya. A l’époque, ce trio de choc symbolisait,réellement, le changement. Quand l’opposition était encore l’opposition. Une question de principe non de positionnement dicté par des considérations bassement matérielles.

Aziz qui a cotoyé Taya deux décennies durant sait très bien que l’élite intellectuelle de ce pays est au service de celui qui gouverne. Et qui a le soutien de l’armée. Le peuple lui n’est qu’un instrument entre les mains de cette élite qui le vend (ou le loue) au plus offrant.

C’est pourquoi l’opposition se trompe encore, une nouvelle fois, en misant sur un changement des mentalités qui s’opérera par « sauts » réguliers, mais pas de manière brusque. Fort de cette constante, le pouvoir a le temps qu’il faut pour peaufiner sa stratégie et se maintenir au-delà de 2019. L’appel à la tenue d’élections pour le renouvellement des deux tiers du Sénat n’est qu’un premier pas sur cette voie.

Le seul risque pour lui est de voir la crise économique, réelle celle-là, accentuer les difficultés financières qui font que l’Etat ne vit (survit) qu’en accentuant la pression fiscale sur les principaux opérateurs économiques nationaux du secteur des banques, de l’import-export, de la distribution alimentaire et du transport. Le ralentissement de la marche des affaires et le manque criant de liquidités (manque d’argent, dit le Mauritanien lambda) est le pire ennemi pour le troisième mandat d’Aziz. S’il arrive à trouver la solution à ce problème et aux difficultés économiques qui commencent à surgir de toutes parts, le rais peut se permettre de refuser un dialogue dont la finalité n’est pas de trouver un consensus national sur les questions qui fâchent, mais de permettre à l’opposition de revenir dans le jeu. A moindre frais.

 


Mauritanie : le dialogue de cour

Représentants du pouvoir et de l'opposition en discussion (Photo : AMI)
Représentants du pouvoir et de l’opposition en discussion (Photo : AMI)

J’ai toujours dit que le dialogue politique n’aura pas lieu. Pour une raison simple: personne n’en veut vraiment ! Il y a de la « résistance » partout.

Au sein de la majorité – de l’Union pour la République, pour être juste – tout le monde ne veut pas d’un dialogue susceptible d’aboutir à une solution de la crise. Car si l’opposition ne s’oppose pas avec force, ne tire pas à boulets rouges sur le président et le gouvernement, la majorité irait au chômage. C’est connu, la cote des défenseurs zélés du pouvoir ne monte que quand il y a une opposition « en activité ». Comme le volcan. Alors le président apprécie qu’un député, un ministre ou un ancien responsable « au garage » prenne sa défense pour répondre à une opposition qui, perdant du terrain, déplace la confrontation vers la « guerre des mots ». C’est d’ailleurs ce que l’on constate avec la multiplication des questions orales au Parlement. Sur la vente des abords du Stade olympique de Nouakchott et de l’Ecole nationale de police, après celle des anciens Blocs A. L’opposition pense qu’il s’agit de « donations » à des proches du rais, le ministre des Finances parle de 7 milliards d’ouguiyas (23 millions d’euros) versés dans les comptes du Trésor public. Sur la sécurité avec une vision différente. L’opposition parle de l’insécurité galopante dans les grandes villes, notamment à Nouakchott, alors que la majorité brandit comme un trophée les succès incontestables de l’armée mauritanienne contre les groupes terroristes au Nord-Mali et sur la frontière avec l’Algérie. En fait, le vrai dialogue est là. C’est ce genre de réparties qui donne d’ailleurs un sens à la politique en Mauritanie : dire ce que l’on ne pense pas et faire le contraire de ce qu’on dit. Ou ne rien faire du tout.

C’est pourquoi quand tout le monde dit être prêt pour le dialogue, moi je vous dis que tout le monde joue. Le temps est cependant essentiel dans les calculs des uns et des autres. On veut voir l’adversaire s’essouffler et commettre des fautes qui ne pardonnent pas. L’opposition a commis l’erreur de trop en boycottant les dernières élections; la majorité pourrait être victime de son trop d’assurance. Le peuple peut dire « oui » quand il pense « non ». Maaouiya en sait quelque chose. Jusqu’à sa chute, il pensait que le PRDS, le parti-Etat de l’époque, était derrière lui. Alors qu’il était avec le pouvoir qu’il incarnait. L’UPR n’est pas différent et le président Aziz, en homme du sérail, le sait très bien. Il regarde avec amusement le cinéma qu’on joue devant lui depuis 2008, sans trop lui accorder d’importance. Il tire ainsi sa force de son pragmatisme. Il fait avec, comme on dit, mais agit quand il le faut. Au bon moment. Il en sera ainsi du dialogue, quand il jugera que la situation extérieure l’exige. Car, sur le plan intérieur, il continue à maîtriser la situation en l’absence d’une opposition digne de ce nom.