Crise politique en Mauritanie : Les lignes bougent

Article : Crise politique en Mauritanie : Les lignes bougent
18 novembre 2012

Crise politique en Mauritanie : Les lignes bougent

Rencontre au siège du parti au pouvoir entre responsables de la majorité et de l’opposition

Cela est passé presque inaperçu mais c’est quand même un Evènement : pour la première fois, depuis le déclenchement de la crise politique en Mauritanie, pouvoir et opposition ont accepté de s’asseoir autour d’une même table pour s’entretenir, même de manière informelle, de questions ayant trait à l’avenir proche de la Mauritanie. C’est la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui a franchi le premier pas, en annonçant, d’abord, son intention de prendre contact avec tous les acteurs politiques, et en rendant visite, dans son siège, au parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR).

Deux enseignements majeurs peuvent être tirés d’un tel évènement. D’abord, la sortie de sa coque du parti au pouvoir est un indice sérieux sur la solennité, pour ne pas dire la gravité, du moment. Et même s’il ne faut pas pousser le pessimisme jusqu’à dire qu’un tel changement d’attitude pourrait être lié au sort du président Mohamed Ould Abdel Aziz, il est évident que les lignes commencent à bouger. Dans le sens peut être d’un compromis permettant aux hommes politiques mauritaniens de tous bords de retrouver les réflexes ayant permis, en juin 2009, de sortir le pays de la crise par l’organisation d’une élection présidentielle consensuelle. Ensuite, l’opposition, la Coordination de l’opposition démocratique plus précisément, adopte une nouvelle stratégie qui ne met plus en avant la confrontation et la surenchère. Les nouvelles circonstances, et notamment la maladie du président Ould Abdel Aziz, lui dictent de ne pas trop tirer sur la ficelle, sachant pertinemment que le peuple qui joue le rôle d’arbitre dans pareil cas, n’est pas prêt à la suivre dans cette voie.

C’est pour toutes ces raisons que le parti au pouvoir et la COD se sont accordés sur  le minimum, après avoir consenti à se voir : L’organisation d’une concertation nationale élargie qui pourrait buter, cependant, dans les prochaines semaines, sur la détermination de certains concepts (la vacance du pouvoir, par exemple) et des pré-requis indispensables à un dialogue sérieux entre les différents protagonistes de la crise politique en Mauritanie. L’on sera amené, dans ce sens, à chercher la parade, côté pouvoir, pour ne pas heurter la sensibilité de « l’autre opposition », la Coalition pour une Alternance pacifique (CAP) déjà engagée dans la mise en œuvre des résultats d’un dialogue national qui date d’un  an déjà. On sait, dans ce cadre, que le camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir a toujours refusé ce qu’ils considère comme un retour en arrière quand on évoque l’éventualité d’un dialogue bis permettant à la COD  de rattraper le train. Et même si l’initiative de Messaoud, appelant à  une large concertation nationale, avec à la clé, la composition d’un gouvernement d’union nationale devrait favoriser l’organisation d’élections municipales et législatives, il n’est pas évident que la formule permettant de fusionner le plan B (du nom du président de l’Assemblée nationale) et le plan C (pour la COD) soit facile à trouver. Dans une période trouble comme celle-ci, les appétits politiques des uns et des autres vont jouer à fond. Surtout que, du côté de l’UPR, l’engagement dans un tel processus de rapprochement est encore au stade primaire, s’agissant seulement de poursuivre, avec la COD, ce que  le parti au pouvoir a appelé « un travail commun pour trouver un terrain d’entente pour la concertation ».

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