Échecs de l’opposition mauritanienne : la faute à Messaoud !

Article : Échecs de l’opposition mauritanienne : la faute à Messaoud !
12 février 2014

Échecs de l’opposition mauritanienne : la faute à Messaoud !

Messaoud Ould Boulkheir, président de l'APP (Opposition)
Messaoud Ould Boulkheir, président de l’APP (Opposition)

On croyait que l’anti-messaoudisme était révolu. L’homme avait semblé résolument tourner la page d’El Hor, version 1978-2005, pour s’engager dans un militantisme orienté vers l’Unité nationale, l’égalité et la consolidation de la démocratie. On croyait que les  tirs croisés d’antan seraient aujourd’hui orientés principalement vers le président de l’Initiative pour la résurgence d’un mouvement abolitionniste (IRA), Biram Ould Dah Ould Abeid, nouvelle bête noire des esclavagistes mauritaniens. Mais non ! après les élections municipales et législatives et leur dénouement (l’élection du président de la Communauté  urbaine de Nouakchott) Messaoud Ould Boulkheir est toujours considéré comme « le petit mur » par certains analystes maison. On le guette, on l’écoute plutôt, non pas pour connaître sa position sur une question donnée, mais trouver la brèche par laquelle s’engouffrer pour dire : « Voilà, Messaoud a  encore fauté ! » Mais trêve de théories. Voyons par les faits ce qu’on  reproche au président de l’Alliance populaire progressiste (APP).

Dites-moi une chose : existe-t-il une ou deux oppositions ? Les grands partis que l’on voit habituellement tirer à boulets rouges sur le pouvoir du président Aziz ont-ils en commun de défendre l’intérêt national ou seulement leurs positions ? Les uns par rapport aux autres ?

Ceux qui critiquent les choix du président Messaoud ne voient franchement pas la réalité des luttes politiques en Mauritanie. Leur faute – volontaire ou non – est d’oublier que la politique n’est pas du Coran. Et l’idéal opposant encore moins. Ce qu’on reproche à Messaoud est de l’avoir compris, lui qui ne sait pas tricher. D’avoir choisi, entre ce qu’il pense être le « mauvais » et le « pire ». Autrement, en langage cru d’un hartani, avoir à choisir entre Sidi et Ahmed (et non pas entre Sambe et Dembe), c’est exactement se dire : c’est du pareil au même. Deux anciens ministres de feu Moctar Ould Daddah. Deux hauts cadres issus de la même « vieille école », fils de famille maraboutique de  deux régions contigües (le Trarza et le Brakna), donc formés au même moule idéologique et sociologique. Alors un politique conséquent avec lui-même va seulement choisir en fonction de la « rentabilité » du choix. Il dira alors :  » Qu’est-ce que mon parti gagne ? » Et ne se souciera guère du « qu’en-dira-t-on? ».

Le premier choix de Messaoud que d’aucuns qualifient de « trahison » a été pourtant hautement stratégique pour son parti et pour lui-même. La présidence de l’Assemblée nationale n’est pas rien. On me dira  qu’Ahmed Ould Daddah lui avait fait la  même  proposition ou plus, mais personne ne peut assurer aujourd’hui que les choses allaient se passer ainsi. Et puis, le tort fait à Messaoud est d’oublier – volontairement – que le passage en force du représentant le mieux placé de l’opposition, en 2007, Ahmed Ould Daddah, ne dépendait pas que de lui. Il y avait surtout la position de l’ancien gouverneur de la BCM, Zeine Ould Zeidane, arrivé troisième, avec 15,27 % des voix. Personne n’a voulu faire comprendre que le choix tout aussi « stratégique » de celui qui allait devenir le Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi annihilait le positionnement de Messaoud sur la ligne de l’opposition d’alors. La petite avance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi sur Ahmed Ould Daddah (24,79 % contre 20,68 %) rendait la course à la présidentielle semée d’embûches. On se focalise sur les 10 % du candidat Messaoud comme s’ils allaient, à eux seuls, conjurer le mauvais sort qui nous colle depuis le 10 juillet 1978, quand l’armée avait, pour la première fois, pris le pouvoir en Mauritanie. Je ris sous cape en entendant certains dire, avec force conviction, que Messaoud nous a fait rater l’occasion d’en finir DEFINITIVEMENT avec le pouvoir de l’armée ! Comme si le « coup du berger » par lequel le général Aziz a maté le président Sidi ne pouvait pas fonctionner également avec Ahmed ! Et l’on oublie aussi que ce dernier a rendu sa monnaie à Messaoud, en quelque  sorte, en soutenant la « Rectification » quand le président de l’Assemblée nationale dirigeait avec force le front du refus du coup d’Etat de trop mené par Aziz. A moins cinq, l’opposition allait convaincre la France (et le reste du monde) qu’il fallait refuser le tour de passe-passe des généraux mauritaniens pour remettre en cause la transition militaire 2005-2007 par la « destitution » du premier président démocratiquement élu. Ahmed n’a  pas été considéré comme un « traître » à la cause de l’opposition parce qu’il avait cru, naïvement, que le putsch était un raccourci pour réussir, avant 2012 (fin du mandat de Sidioca) ce qui a été raté de peu en 2007. N’est-ce pas là un choix politique et stratégique, exactement, comme celui qui a poussé Messaoud à s’allier avec Sidioca ? Sauf que Ould Boulkheir a obtenu ce qu’il voulait (la présidence de l’Assemblée nationale) et Daddah a encore une fois perdu parce qu’Aziz a encore joué et gagné.

Sneiba Mohamed

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