Mohamed SNEIBA

Voitures d’occasion : le marché mauritanien n’est plus comme avant

Bourse de voitures d’occasion au Carrefour Madrid de Nouakchott (crédit photo: Sneiba Mohamed)

« Bonsoir, quelqu’un pourrait-il me dire quelles sont les voitures qui se vendent bien actuellement en Mauritanie ? Y a-t-il des 4×4 qui s’écoulent mieux que d’autres ? Si on descend quelque chose d’assez cher, est-ce qu’il y a un marché pour ça ? Et les camions genre Mercedes 308, 508 ? Renault Master ? Je me demande si depuis qu’il y a le goudron jusqu’à Nouakchott, on peut passer par la voie terrestre ? Merci des réponses que vous pourriez me donner ».

Ces quelques lignes, ce sont tout simplement une requête postée sur le Net par une personne vivant en Europe, et qui a sans doute entendu parler du trafic intense des voitures d’occasion entre le Vieux continent et la Mauritanie.

Le phénomène – qui ne date certes pas d’aujourd’hui – a pris de l’ampleur à la fin du siècle dernier. Il est loin le temps où ceux qui voulaient acheter leur première voiture se dirigeaient vers l’unique bourse Echems (bourse du Soleil) sise au Grand marché de la Capitale. Aujourd’hui, ce lieu n’accueille plus que les voitures destinées à la casse, dans les pays développés, ou dont les propriétaires veulent se débarrasser pour en trouver de meilleures. Dans cette bourse, tout se vend et s’achète : voitures, maisons, terrains, etc. C’est le lieu idéal du « tieb-tieb », ce nom que les mauritaniens ont préféré à « affaires ».

Ceux qui cherchent un véhicule « arrivage » – synonyme chez nous de voiture neuve – ont l’embarras du choix. Les plus belles, les plus rutilantes, mais aussi les plus chères occupent de grands espaces à Tevragh-Zeina, quartier chic de la capitale, où elles donnent l’impression de narguer la classe bourgeoise de Nouakchott dont la voiture est devenue, avec la villa, la marque ostentatoire de richesse. Là, on retrouve toutes les marques européennes et japonaises (BMW, Mercedes, Peugeot, Renault, Volkswagen, Toyota, Nissan, Mitsubishi). Les marques américaines, qui constituent un nouveau look avec l’apparition sur les goudrons de Nouakchott de quelques Hammer, n’arrivent pas encore à percer, sans doute à cause de l’éloignement du marché mauritanien du pays de l’Oncle Sam.

Pour qui cherche une voiture utilitaire, le lieu indiqué est le Carrefour Madrid. Tout au long de l’avenue allant de l’aéroport de Nouakchott au Bataillon des blindés, les abords du goudron donnent l’impression d’être un immense parking.

Dans ces bourses où les transactions s’effectuent souvent entre 17 heures et la tombée de la nuit, la Mercedes 190 est la voiture reine. Cette robuste voiture qui a détrôné au milieu des années 90 les Peugeot et autres Renault, avec tout de même un regain d’intérêt par les temps qui courent pour ces dernières marques, ont vraiment conquis le cœur des automobilistes Mauritaniens dans le domaine du transport urbain et interurbain. Leur robustesse reconnue et aussi leur caractère utilitaire ne les mettent vraiment plus à la portée des petites bourses. Un bon « arrivage » se négocie entre 1.500 000 ouguiyas (3.890 euros) et 2.000.000 UM (5.190 euros). Un prix qui pouvait être facilement amorti avant la ruée remarquée aujourd’hui vers les taxis. Les véhicules, prêts à rendre l’âme, sont abandonnés à presque rien (entre 150.000 et 300.000 UM). Les grosses cylindrées qui font le bonheur des riches Nouakchottois coûtent les yeux de la tête (entre 5.000 000 et 17.000 000 d’ouguiyas).

De nombreux chauffeurs de taxis rencontrés se plaignent d’ailleurs de ne pouvoir respecter le « versement » de 4.000 à 5.000 UM que les propriétaires de voitures réclament chaque soir vers 21 heures. Les taximen, dont beaucoup sont étrangers, mettent en cause la rude concurrence que leur font les véhicules privées, car faire le taxi est devenu, par les temps qui courent, un second métier qui permet aux fonctionnaires, aux sans-travail et même à quelques commerçants d’avoir un plus à la fin de chaque journée ou de chaque mois. Pour certains, c’est un mal nécessaire puisqu’il résout deux problèmes à la fois :

  • Le manque de véhicules de transports, avec la disparition, programmée de longue date par le ministère des Transports, des fameux minibus de Nouakchott,
  • La résorption du chômage, qui touche une bonne frange de la population active du pays.

Et même si l’arrivée sur le marché des bus de la Société des transports publics (STP) a contribué à faire baisser la demande, la pression sur les goudrons de Nouakchott est encore considérable.

Les filières de trafic

Parquées, en attendant d’éventuels acquéreurs (crédit photo: Sneiba Mohamed)

Il est loin le temps où les voitures, neuves ou de seconde main, étaient acheminées à partir du Sénégal. Un ancien fonctionnaire du ministère des Finances dit avoir importé sa première voiture en 1969, de la capitale de notre voisin du sud où tous les concessionnaires français avaient établi des représentations. Le trafic de voitures à partir du Sénégal, mais aussi la réparation « sérieuse » devaient continuer jusqu’au moment où les Mauritaniens découvrent les joies de la voiture importée directement d’Europe (Belgique, France, Allemagne, Espagne) et de la filière marocaine.

L’essentiel des voitures qu’on expose aujourd’hui dans les bourses de Nouakchott arrive de ces villes d’Europe, via le Maroc, où un commerce florissant s’est établi. La voie royale pour ce trafic a longtemps était celle des routes cahoteuses du Sahara et du désert mauritanien.

Actuellement, nous confie un importateur « occasionnel », la pression de la douane mauritanienne, à l’entrée de la ville de Nouadhibou est devenue tellement forte que certains ne veulent plus courir le risque d’importer des véhicules. Même les touristes qui viennent et repartent sans leurs voitures connaissent maintenant ce que d’aucuns qualifient de tracasseries administratives, alors qu’il s’agit tout simplement d’une règlementation stricte en Mauritanie destinée à réguler l’arrivée des voiture dans le pays, à normaliser leur immatriculation mais aussi à lutter contre le vol des véhicules dont l’Europe se plaint de temps en temps. A son passage en douane, le touriste doit donc signer un engagement sur l’honneur, qui sera marqué sur son passeport, de quitter le territoire Mauritanien avec son véhicule.

Les concessionnaires locaux sont sans doute pour beaucoup dans cette  mesure de surveillance de prêt : pour eux, le commerce des voitures d’occasion représente une concurrence déloyale. Une allusion peut-être à l’augmentation des frais de dédouanement des véhicules d’occasion qui peuvent atteindre, semble-t-il, la moitié du prix d’achat de la voiture, mais aussi à la limitation à 8 ans de l’âge des voitures autorisées à entrer dans le pays !

Entre les concessionnaires et les vendeurs des voitures d’occasion, le torchon a commencé à brûler quand l’Etat, principal client des représentations des grandes marques européennes, a commencé à passer commande, il y a quelques années, chez les vendeurs d’occasion ! Les voitures qui transitent par le port autonome de Nouakchott sont, de plus en plus, à usage personnel (un étudiant, un fonctionnaire ou travailleur immigré qui rentre au pays). Les autres (ceux qui font de ce commerce le meilleur moyen de s’enrichir rapidement) continuent à choisir l’axe Europe – Maroc – Mauritanie. A leurs risques et périls.

 

 

 


Mauritanie : L’armée, les civils et le pouvoir !

Le Haut Conseil d’Etat, la junte auteur du coup d’état du 6 août 2008 (photo: latribune-online.com)

Depuis le10 juillet 1978, date du coup d’Etat fondateur de l’ère du militaire homme politique, les mauritaniens n’ont cessé de pester contre l’armée de leur pays. Gouvernés d’abord par un parti unique, à l’image de ce qu’il y avait de « mieux » en Afrique depuis les indépendances, ils pensaient le Système non pas en termes d’amélioration possible pour tendre vers cette « démocratie » à l’occidentale, mais par opposition à une sorte de division du travail où les rôles ne sont pas bien définis. Appelée à préserver la sécurité du territoire mauritanien et de le protéger contre toute agression extérieure qui mettrait en péril la vie de ses citoyens, l’armée s’essaie, depuis plus de trente ans, à la politique. Mais ce que l’on feint d’ignorer, c’est qu’elle est loin d’agir seule. Les civils sont toujours là pour donner une orientation, dans un sens ou dans un autre, à une action militaire dont le résultat, sous d’autres cieux (la Turquie, par exemple), est un moindre mal pour la démocratie.

C’est pour dire qu’aujourd’hui les mauritaniens ordinaires commencent à se rendre compte de la nature du drame qu’il traverse depuis trente ans : ce sont les hommes politiques qui maintiennent le statu quo. Dépossédés du pouvoir le 10 juillet 1978, ils n’ont cessé de chercher la formule magique qui leur permettrait de revenir aux commandes et, justement, de se servir de l’armée pour être à l’abri de la critique. C’est même une de ces vérités universellement reconnues que de dire qu’en Mauritanie, l’armée a toujours été victime de cette illusion de croire, comme le disait Plutarque, que «le temps des armes n’est pas celui des lois ». Certes, l’un des plus grands penseurs de l’Antiquité oppose, dans cette phrase, l’usage des armes à l’usage des lois, mais il est loin de donner raison à ceux qui pensent qu’une démocratie peut tirer sa force de la mise à l’écart (totale) de l’armée ou même par son affaiblissement. « L’armée est l’un des éléments constitutifs de l’Etat et incarne, avec la police, la puissance publique dont il est le détenteur exclusif. Les Etats modernes se sont construits d’abord sur la conquête du monopole militaire avant de s’octroyer le monopole politique. » En Mauritanie, on est encore au stade où les hommes politiques n’ont pas encore compris qu’ils ne peuvent gouverner en démocratie s’ils ne reconnaissent pas le rôle constituant de l’armée dans ce système. Et même s’il faut bien que les militaires s’en tiennent à leur mission de préservation de la sécurité du territoire mauritanien et de protection contre toute agression extérieure qui mettrait en péril la vie de ses citoyens, les civils qui nous gouvernent ne sont pas exempts de penchants dictatoriaux plus abjects que ceux qu’ils attribuent aux hommes en tenue. Et rien qu’à voir le zèle que certains hommes politiques mettent à défendre leurs privilèges, dont certains remontent à l’indépendance de la Mauritanie, l’on comprend mieux la vraie nature du « combat » qu’ils livrent à l’armée. Ce n’est pas pour mieux faire, une fois arrivé au pouvoir, mais pour durer autant que possible.

 


Nouakchott : Ventes à « tous » prix

Grand Marché de Nouakchott (Photo: Sahara médias)

Un phénomène de bonne santé économique bat son plein aujourd’hui dans tout Nouakchott. Le très pop « miyé miyé » (100 UM) est en train de dépasser le simple cadre de boutiques disséminées à l’intérieur des marchés du 5ème et du 6ème arrondissements pour s’étendre aux autres « places fortes » du commerce nouakchottois, à savoir le Grand marché de la Capitale, le Marché du charbon, devenu le marché des produits alimentaires par excellence, et les autres marchés de la périphérie (Arafat, Toujounine, Teyaret).

Partout où vous passez, vos oreilles bourdonnent de cris et d’appels pour ne pas « rater l’occasion ». Des chaussures, à l’origine douteuse, proposées à 1000 UM alors qu’elles coûteraient 4000 UM en « vente normale », des vêtements (chemises, robes, pantalons, tee-shirts, maillots, débardeurs, deux-pièces, bikinis, monokinis, tricots, chandails) venant de France ou d’ailleurs, usés à l’extrême ou en bon état, que l’heureux acquéreur utilisera comme bon lui semble, sont proposés à des prix homologués (100 ou même 40 UM).

Des parfums, des shampoings sans étiquettes (et parfois sans odeur) vendus à des prix qui font grincer les dents des vendeurs des produits de luxe ayant pignon sur rue au marché de la Capitale.

Pourtant, ce commerce ne semble déranger personne. Les Mairies et la police qui, habituellement, harcèlent ces commerçants de temps en temps pour les pousser à se fixer en louant des échoppes, semblent débordées à présent par ce phénomène qui prend une ampleur dépassant apparemment le simple cadre des ventes épisodiques à la veille des fêtes. Les vendeurs qui ne sont en fait que des sous-traitants écoulent ces marchandises dont ils ignorent jusqu’à l’origine.

Importateurs « informels »

Ce commerce qui concurrence sérieusement les circuits d’importation habituels, même en étant salutaire pour les ménages pauvres, du point de vue prix, et pour l’emploi, constitue un énorme manque à gagner pour le fisc et pour les mairies. Il semblerait que derrière ce commerce se cachent des filières de petits importateurs qui, une fois la marchandise sur place se chargent de l’éparpiller pour en diminuer les frais de dédouanement.

Ils peuvent ainsi casser les prix et vendre facilement et rapidement. De temps à autres, les colonnes des journaux et des sites évoquent des « prises » de la douane et de la police qui réussissent à démanteler quelques-unes de ces filières qui risquent, à la longue, de semer l’anarchie au lieu de déréguler le marché.

L’alimentaire concerné aussi

Cette dérégulation des prix touche tous les produits y compris ceux de l’alimentation générale. Aux abords des marchés, des hommes, souvent jeunes, exposent des produits alimentaires identiques à tous ceux que vend la boutique du coin. Ce qui amène à s’interroger. Souvent, il faut attendre de goûter à ces produits, achetés à moitié prix, pour se rendre compte de la supercherie. Il s’agit de pâtes, huiles, savons, boissons, et d’autres denrées arrivés à péremption mais qui trouvent acquéreur à cause de la cherté de ceux vendus dans les commerces ordinaires.

Eh oui, le riz, l’huile, le blé causent des frayeurs aux pères de familles qui ne savent plus où donner de la tête. Cette situation, qui voit les prix des produits alimentaires grimper au gré des commerçants, relèvent d’une tactique fort simple: tout ce qui est nécessaire est cher. Le consommateur n’a pas le choix, se dit le commerçant.

Cette filière n’accepte apparemment pas la concurrence. A croire qu’il y a une entente parfaite entre importateurs et distributeurs pour maintenir le cap.

Serait-ce parce qu’il s’agit de denrées périssables ou tout simplement parce que le consommateur est obligé de se démener pour manger? La libéralisation ne jouera vraiment à fond que quand les produits alimentaires pourront, eux aussi, être vendus à la criée (miyé miyé).

 



La « main habile »

Photo: google.com

Au départ, il s’agissait d’une simple réparation de portable. Un blackberry qui avait un problème de connecteur. C’est « réparable », me dit aussitôt le Camerounais dont l’échoppe se trouvait juste à l’entrée nord sud du très mythique marché « Noktha Sakhina » (point chaud). Heureux de savoir que ce téléphone qui m’est très utile dans mon travail de tous les  jours est encore réparable, je ne discute pas du prix : 2500 UM. Mais j’étais loin de réaliser que c’est toute une journée que j’allais passer dans ce lieu qui grouille de monde et est propice à toutes sortes d’incidents. La réparation du connecteur devait nécessiter l’achat d’un chargeur ! Une autre dépense de 3000 UM ! Ce n’est pas grave, l’essentiel est de pouvoir réutiliser comme avant ce bijou dont je me sers pour l’envoi des sms de Sahara médias. Le test d’après réparation semble concluant. Le signal de charge s’affiche très bien comme avant. Mais un autre problème est apparu : la touche « ok » ne fonctionne plus. Le « réparateur » rattrapé par la nuit me demande de charger le téléphone complètement et de revenir demain si le problème persiste. J’accepte, tout en ayant cependant une appréhension : la panne du début a occasionné une seconde autrement plus grave. Et j’eus le pressentiment que ce n’est pas CE réparateur là qui va régler le problème.

Le matin, je suis devant l’échoppe de mon réparateur camerounais qui venait tout juste d’arriver. Accueil chaleureux qui laissait présager que la réparation n’est pas certaine. C’est une manière d’apaiser le climat pour une éventuelle négociation. Le Blackberry en main, celui qui se faisait appeler Eto’o fils (du nom du célèbre footballeur camerounais) effectua quelques tests sur certaines touches et finit par conclure : « hier, la pile était tellement faible que je n’ai pas pu vérifier s’il y avait d’autres pannes ou non ». Mais ce n’est pas grave. »

Il prend son téléphone, chercha un numéro et me dit : « tu vas accompagner mon frère vers les boutiques près de la Mattel. Arrivés près de l’épicerie du coin, vous appellerez ce numéro. Dites-lui que vous venez de ma part, il saura de quoi il s’agit.

C’est avec peine que j’ai retenu ma colère. Avoir perdu du temps et de l’argent pour devoir ensuite repartir chez un autre réparateur ! Je me dis, sans même l’avoir vu, que ça doit être un jeune mauritanien qui m’a déjà réparé mon portable et que je n’ai pas voulu recontacter préférant la « main habile » d’un étranger. A « Nouktha Sakhina », on est loin de penser que la réputation des réparateurs chinois, sénégalais, marocains, camerounais et autres syriens est surfaite.

Le réparateur mauritanien examina le blackberry et donna ce verdict : clavier bousillé. Il va falloir le changer.

J’exprime une joie intérieure de savoir que mon précieux Blackberry est encore réparable. La seconde joie en moins de vingt-quatre heures! C’est vrai qu’il m’a déjà coûté cher (deux réparations de 6000 UM chacune, une autre de 2500 UM, une pille à 6000 UM, un chargeur à 3000 UM) mais c’est peu par rapport au service immense qu’il me rend. Je m’entends demander : combien ?

 

–          6000 UM.

 

Je sais, que venant d’un réparateur mauritanien, c’est à prendre ou à laisser.

 


« Bolletig » : La politique à la sauce mauritanienne

Crédit photo: https://r-sistons.over-blog.com

L’une des rubriques de mon blog s’appelle « bolletig ». Politique, pour dire la chose simplement. Mais pour ceux qui connaissent bien le dialecte hassaniya de Mauritanie, le sens de notre « bolletig » va au-delà de la politique telle que définie par  « Toupictionnaire » : le dictionnaire de politique.

J’ai parcouru tous les sens  donné à ce mot dans ce dictionnaire mais aucun ne rend véritablement celui « dérivé » que nous donnons à notre chère « bolletig ». Rien à voir avec ce sens généralisant : « La politique recouvre tout ce qui a trait au gouvernement d’une communauté ou d’un Etat. » A savoir : « l’art et la manière de gouverner », « l’organisation des pouvoirs », « la conduite des affaires publiques » ou encore « les actions prévues ou mises en œuvre par une institution, une organisation, un parti, un Etat, une entreprise, un individu… en vue d’atteindre un objectif préalablement fixé. » Toutes actions qui tendent vers un Idéal de gestion positive de la Cité alors que notre « bolletig » rend plutôt compte du côté pervers de la politique. Elle est ruse et perfidie, acte accompli pour gagner ou idée avancée pour persuader. Cette charge négative n’est pourtant pas blâmable parce que tous les Mauritaniens, ou presque, pensent la « bolletig » comme pratique légalisée, une sorte de lieu commun où l’on peut gagner ou perdre, tromper ou être abuser. Quand on dit « vlan metbolteg » (quelque chose comme : « untel est politisé »), on ne signifie pas ici qu’il utilise la politique comme art ou science qui, dans une démocratie, est une action légitimée par le vote des citoyens, mais comme tout moyen utilisé pour parvenir à ses fins.

Ainsi, le mensonge, la  rouerie, le camouflage, les coups bas, les promesses non tenues sont les armes privilégiées de la « bolletig » (politique) en Mauritanie. Tout le monde sait que c’est une mauvaise attitude mais personne ne la blâme. C’est à peine si on ne vous décerne pas la palme du vainqueur quand vous arrivez à manœuvrer suivant les règles de cet art consommé de la duplicité.

 


La rédemption de ceux qui croyaient Aziz fini

Le président Aziz à son retour de France, après quarante jours de convalescence (Photo: slateafrique.com)

Le président Ould Abdel Aziz a eu droit à un accueil populaire grandiose. C’était la volonté de sa majorité, de ses soutiens les plus convaincus mais aussi de ceux qui avaient quelque chose à se reprocher. Quarante jours de doute, de questions sans réponses, sur ce que sera la suite, après la blessure par balle, le 13 octobre dernier du rais. Ceux qui avaient commencé à penser à l’après Aziz, et qui ont appris, le 20 novembre dernier, que le président revient et n’est pas prêt à céder son fauteuil, ont compris qu’ils ont besoin de se racheter. Et quel meilleur moyen de prouver son allégeance que celui de mobiliser fortement les Nouakchottois, surtout ceux des quartiers populaires, pour venir accueillir le « président des pauvres ». Une démarche politique qu’il fallait aussi entreprendre pour une autre raison : Montrer à ceux qui ne le savent pas – ou qui commencent à douter – que la Majorité est encore loin devant, du point de vue popularité, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) dont le meeting populaire tenu 72 heures avant le retour du président Aziz, a pourtant drainé des dizaines de milliers de personnes. C’était donc, avant tout, une question de rapport de forces. Peu importe les moyens mis en œuvre. Que la COD dénonce la pression mise par le pouvoir sur les fonctionnaires et agents de l’Etat pour venir grossir les rangs des « accueilleurs », qu’elle parle de « motivations » des pauvres (8 euros pour chaque personne qui effectuerait le déplacement) ou d’acheminement de populations venues de l’intérieur du pays, ce qui compte c’est l’effet produit. Aziz peut dire à la face du monde qu’il conserve encore intacte sa popularité des premiers moments de son règne. Et donc qu’il dispose d’une légitimité populaire à faire valoir contre la volonté de la COD de le faire partir avant terme. C’est une volonté d’annihiler le « Aziz dégage » de l’opposition qui a sans doute poussé le président mauritanien à recourir à ce système de mobilisation populaire hérité de l’ère Taya.

Autant dire que le meeting de l’opposition et l’accueil populaire réservé par les populations de Nouakchott au président Aziz, 72 heures après, ne peuvent jouer en faveur d’une bonne lecture de la crise politique actuelle. Certes, le pouvoir conserve intacte son image de marque, les avantages qu’il confère à celui qui peut dire, « j’y suis, j’y reste », mais il faut aussi reconnaitre que le président Aziz a devant lui plusieurs défis à relever. Il doit montrer d’abord – et rapidement – que malgré sa maladie, il conserve encore la haute main sur les affaires de l’Etat. Cela passe d’abord par une reprise rapide de l’action du gouvernement qui a mis à profit la commémoration du 52ème anniversaire de l’indépendance nationale pour revenir sur scène après un moins de « vacances » forcées. Il faut ensuite que le président Aziz prouve qu’il n’est pas devenu l’otage des généraux ! Affaibli certes, il semble encore garder la haute main sur l’armée et les compartiments les plus sensibles de la sécurité nationale. C’est le seul moyen pour lui de finir en toute tranquillité – on ne  peut dire en toute beauté, tant les bobos sont nombreux – son quinquennat qui s’achève en 2014 et d’envisager la suite. Oui, la suite, car dans les conditions nouvelles, il parait très peu probable qu’Aziz se lance dans la quête d’un second mandat mais il pourrait bien revoir la formule de 2007, avec Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ! Même s’il n’est pas sûr que les mauritaniens le suivront, une deuxième fois, dans cette « présidence à deux »


Drogue : La Mauritanie est-elle vraiment « dedans » ?

Photo: AVOMM.COM

Il y a, incontestablement, une question qui creuse les méninges, un paradoxe en Mauritanie : d’où vient tout cet argent qui fait pousser, comme des champignons, des villas cossues sur un océan de sable, qui inonde nos marchés de produits de toutes sortes, venant de tous les coins du monde, qui obstrue les avenues et les rues de Nouakchott par des dizaines de milliers de voitures de plus en plus luxueuses ?

Comment se fait-il que dans un pays réputé pauvre parmi les pauvres (46% des Mauritaniens vivraient avec moins d’un dollar US par jour), une nomenklatura économique, une classe de nouveaux riches se met, subitement, à disputer le leadership des affaires avec les vieilles fortunes du pays alors qu’elle n’a pas de « capital » visible ?

Ni usines, ni fermes à l’américaine, ni sociétés de services ! Ces questions, personne ne se l’est posées vraiment jusqu’à l’éclatement – vraiment pas de saison – de cette ténébreuse affaire de drogue qui a placé, en 2007, la Mauritanie dans le cercle infamant des pays par lesquels transite la drogue vers l’Europe. Une Mauritanian connexion qui tarde à livrer (tous) ses secrets, malgré l’arrestation de plusieurs personnes, en 2007, libérées deux ans plus tard, pour être coffrés à nouveau ! Une affaire de drogue qui, aujourd’hui encore, s’avère être un véritable dédale.

Jusqu’au milieu des années 80, on expliquait certaines richesses en Mauritanie par l’exploitation, qui profitaient à certains privilégiés, des richesses halieutiques du pays. Nouadhibou, d’où est parti le scandale de la drogue, la révélation que la Mauritanie n’était pas épargnée par ce trafic d’ampleur internationale, était alors réputé pour ses armateurs qui ramassaient l’argent à la pelle, ses matelots prodigues et son luxe qui ne se retrouvait nulle part ailleurs, même pas à Nouakchott, la capitale du pays.

A 470 kilomètres de la Capitale, Nouadhibou était alors une ville féerique, une sorte d’ « île au Trésor », difficile d’accès pour les Mauritaniens vivant dans les autres « cités » du pays, et « ignorée », superbement, par ceux qui répugnaient à aller tenter Dame Fortune dans une ville où la pêche donnait au pays 30% de son PIB ! Mais aujourd’hui, Nouadhibou n’est plus ce qu’elle était hier.

Le secteur halieutique connaît une déprime que d’aucuns considèrent comme le résultat d’une surexploitation de nos ressources maritimes, elles-mêmes une conséquence négative d’une politique des pêches irréfléchie menée par des pouvoirs qui n’avaient devant les yeux que le profit immédiat qu’ils tiraient d’Accords de pêche avec l’Union européenne, de la vente de licences « licencieuses » autorisant tous les agissements répréhensibles, au niveau de l’exploitation de produits à forte valeur commerciale, et de complicité avec des bateaux-pirates qui écumaient nos mers sans scrupules.

Alors d’où provient l’argent qui continue à faire vivre, sur le même rythme, quelques nababs de Nouadhibou ? Personne n’a semblé remarquer que les répercussions négatives de l’épuisement des ressources halieutiques du pays n’ont touché de plein fouet que les populations. La high, évidemment pas toute, semble avoir opéré une reconversion. Mais dans quel domaine ? L’affaire de la drogue a constitué un élément de réponse. Mais le mystère demeure entier. Il est difficile de penser, comme l’avait suggéré l’ancien président Mohamed Khouna Ould Haidalla dont l’un des fils était impliqué dans cette affaire,  et qui est actuellement emprisonné au Maroc, que l’affaire de 2007 soit une « première ».

Même si les histoires de drogue, connues jusqu’à ce jour, ont porté sur un commerce interne artisanal, une consommation qui gagne du terrain certes mais ne faisant l’objet d’aucune ramification extérieure. On se rappelle, à ce sujet, l’histoire de ce Am, à la fin des années 90, qui a conduit à l’arrestation et à l’emprisonnement de plusieurs cadres et agents de la police nationale dont certains ont été réhabilités depuis. Quand on parle de la drogue en Mauritanie, on imaginait les trafiquants en Sénégalais, Gambiens, Nigérians ou Ghanéens, pas en Français et Belges et…Mauritaniens !

C’est cette dernière réalité qui fait frémir aujourd’hui ceux qui ont du mal à accepter que la Mauritanie est entrée de plain-pied dans la mondialisation. Avec ses hauts et ses bas. Et que le trafic de la drogue qui rapporte gros n’est plus une affaire sous-régionale mais internationale. Surgit alors cette autre question : peut-il se faire sans complicités en très hauts lieux ? Quand on pense à la manière dont ceux censés garantir notre sécurité effectuent les « contrôles » sur les routes nationales, à l’entrée de nos frontières, on ne peut qu’émettre de sérieuses réserves sur la fiabilité de notre système de protection. Alors de là à penser que le trafic courait depuis plusieurs années et que c’est un pur hasard qui nous a fait découvrir cette « mauritanian connexion », il y a un pas que certains n’hésitent pas à franchir allégrement.

Nous ne disons pas que nous sommes devenus un pays comparable à la Colombie, où les narcotrafiquants règnent en maîtres, défiant l’autorité de l’Etat tous les jours, inondant le marché nord-américain et européen avec leur marchandise de la mort, mais il est nécessaire que l’enquête en cours – et qui a ramené en prison certaines personnes arrêtées en 2007 puis libérés – tire au clair les fils emmêlés de cette affaire et nous prémunir contre les « Fleurs du Mal ».

 

 

 


Retour du président : Dénouement ou intermède ?

Le président Ould Abdel Aziz, rentrant de Paris, après une convalescence de 40 jours (photo: El Hourriya.net)

De rebondissement en rebondissement, ce qu’il est convenu d’appeler maintenant « le feuilleton de la  blessure du président » est loin d’avoir pris fin avec le retour, hier samedi, du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Loin de là. Sa réapparition surprise, sur le perron de l’Elysée, vingt-quatre heures seulement avant l’organisation du meeting de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), ensuite l’interview accordée à France 24, ont produit exactement le même effet que son contact téléphonique avec le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir : Démotiver les mauritaniens d’une manifestation dont l’objet est de contester son pouvoir certes atteint mais pas à genoux.

On peut dire, dans ce cadre, que tout ce qui a été entrepris, dès le début de cette affaire fait partie d’une stratégie savamment orchestrée pour discréditer l’opposition. L’absence d’informations fiables, ce que d’aucuns ont qualifié de « manipulation des images » et les appels téléphoniques à intervalles réguliers étaient faits apparemment pour enfoncer les leaders de la COD dans leurs  erreurs. Ou plutôt dans leurs « certitudes »  qu’Aziz était fini. De sorte que Jamil Mansour, président du parti d’obédience islamiste « Tawassoul » n’a pas mis de gants quand il affirmait – jurait même – que le rais était incapable de revenir pour parachever son  mandat. Une précipitation qui aujourd’hui est en train d’être retournée contre Jamil Mansour et l’ensemble de la COD obligés maintenant de chercher une parade (l’exigence du bilan de santé du président) pour ne pas devoir renoncer à ce qu’ils avaient considéré comme l’ultime étape de leur combat contre le « pouvoir des généraux ». Ou encore d’avancer qu’il n’est pas le seul dans ce qui ressemble pour certains à un parjure. Aziz lui-même n’avait-il pas déclaré qu’Abdallah Essenoussi ne sera pas remis à la Libye tant qu’il n’a pas été d’abord jugé en Mauritanie pour être entré sur le territoire avec de faux documents ? La suite on la connait mais ceci est une histoire qui relève maintenant du passé…

C’est dire que si la réapparition d’Ould Abdel Aziz a permis d’en finir avec la phase des photos (triquées ou non), elle ne cesse cependant de poser des questions sur l’état réel de sa santé. Quand, lui-même déclare, sur le perron de l’Elysée, qu’il n’est certes pas comme avant mais que sa santé est « excellente ». Les traits tirés de l’homme, la faiblesse que l’on sent dans sa voix et le manque d’assurance dans la démarche d’un homme qui donnait toujours l’air d’être pressé sont des indices qui montrent clairement que, même si Ould Abdel Aziz décide de rester (ce qui est fort probable), rien ne sera plus comme avant.

S’il revient, on  continuera  à demander son « départ »

A cette hypothèse soulevée par le président de l’Union des forces de progrès (UFP), Mohamed Ould Maouloud, le président Aziz vient de répondre, comme dans la célèbre émission de Julien Lepers « question pour un champion » sur France 3 : « je reste ». Elle donne pourtant le vrai visage de la nouvelle-ancienne crise politique en Mauritanie. En annonçant que si Ould Abdel Aziz décide de rester, l’opposition va se remettre à exiger son départ, Ould Maouloud confirme tout simplement le retour à la case départ. Exit donc, pour le moment, tous ces scenarii (initiatives) qui avaient été exposés, avant et pendant le voyage du président Aziz en France, mais dont aucun n’a réellement fait l’objet d’un examen sérieux de la part d’une classe politique dont les principaux protagonistes se méfient les uns des autres.

Pour dire vrai, c’est encore le président Aziz qui détient la solution. La manière dont la COD  a géré la crise de la « vacance » du pouvoir durant un mois a montré les limites d’une opposition très souvent portée à prendre ses rêves pour la réalité. Après avoir mis plusieurs mois à chercher le moyen de « dégager » Aziz, elle a trop misé sur un coup du sort pour voir se réaliser ses ambitions de parvenir au pouvoir. Dont elle attendait la livraison sur un plateau d’argent par des généraux restés fidèles à leur chef. Aziz vient lui-même de le confirmer, dans une seconde interview accordée à un autre grand média de l’Hexagone (Rfi), disant qu’il ne craint pas un coup d’état parce qu’il a confiance en l’armée. Il réaffirme aussi, par la même occasion, son refus catégorique d’un gouvernement d’union nationale, ce qui constitue une seconde douche froide pour une COD qui a cru, jusqu’à la réapparition du président Aziz, mardi dernier, en compagnie du président François Hollande, que son heure était venue.

L’opposition, dans ses manœuvres pour faire accepter la « vacance » du pouvoir a péché en ignorant qu’il y avait un parti au pouvoir qui, quoi que non soutenu efficacement par le reste de la majorité présidentielle, n’accepterait pas de se laisser déposséder si facilement. La fébrilité dont a fait preuve l’Union pour la République (UPR) tout le long de ces quarante jours d’absence du Chef, n’était peut être qu’un élément de cette stratégie du pouvoir consistant à enfoncer la COD dans ses illusions d’être toute proche d’atteindre son objectif pour que le réveil soit encore plus dur. N’est-ce pas ce que le vice-président du parti au pouvoir, Mohamed Yahya Ould Horma, a laissé entendre, mardi, après la réapparition du président Aziz, à l’Elysée, en recommandant à la COD de surseoir à son meeting du mercredi, parce que, disait-il, se serait une « erreur politique ».

Que faire maintenant ?

On ne le dira jamais assez, c’est le président Ould Abdel Aziz qui jugera de la suite à donner feuilleton de la crise politique en Mauritanie, après avoir baissé les rideaux sur celui de sa maladie. Il faut maintenant penser, sérieusement, à l’organisation des élections municipales et législatives parce qu’on ne peut quand même pas penser laisser des députés et sénateurs élus pour cinq ans en faire le double ! Surtout que la législature en cours est incontestablement l’une des plus tumultueuses – mais aussi des moins actives en termes de contrôle de l’action du gouvernement. Si l’on excepte les protestations et tentatives de l’opposition (dans ses deux composantes), on peut même assimiler l’actuel parlement à une simple chambre d’enregistrement, tous les projets de loi présentés par le gouvernement ayant été pratiquement adoptés, malgré que certains aient été jugés par des spécialistes de portées préjudiciables aux intérêts du pays et des citoyens.

Autant dire que seule la volonté du président Aziz peut maintenant mettre un terme à cette situation insolite devenue embarrassante, même pour les partenaires au développement de la  Mauritanie. N’est-ce pas ce qu’il faut lire, à travers les propos de l’ambassadeur-délégué de l’Union européenne, Hans-Georg Gerstenlauer, dans une interview accordée récemment au journal « Le Calame » : « Personnellement, je suis d’avis que la tenue des élections législatives et municipales, qui aurait dû avoir lieu il y a un an et dont, aujourd’hui, nous ne connaissons pas encore la date, devient, maintenant, urgente et prioritaire: il est temps de demander au souverain, c’est-à-dire chaque électeur, son avis sur le futur politique du pays et sur les personnes qui le représenteront dans l’Assemblée nationale et sur le plan local. En effet, la légitimité des élus actuels et, par conséquent, leurs décisions sont de plus en plus remises en question. » Si les protestations qui fusent de part et d’autre de la société ne  provoquent aucune réaction au niveau de la classe politique, ce message de l’un des plus importants partenaires de la Mauritanie, pour le règlement rapide de la crise, sera-t-il entendu ?


« Darja l’men » (les honneurs pour qui ?)

 

L’un des rares moments d’apaisement entre les « deux présidents »

Aujourd’hui, je tente de répondre à une question que tous les mauritaniens se posent : Pourquoi Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, et Ahmed Ould Daddah, chef de file de l’opposition démocratique, ont toujours entretenu des antagonismes flagrants ?

Une réponse toute simple : C’est parce qu’un siège ne peut être occupé par deux ! Oui, un semblant de compagnonnage politique de près de trente ans, a prouvé que Messaoud et Daddah ne peuvent «coopérer», devenir amis, que quand le fauteuil présidentiel n’est pas en jeu ! Amis dans le pire mais pas dans le meilleur, ce qui n’est pas, forcément, un compliment.

C’est seulement en 1992 que Messaoud Ould Boulkheir, pourtant au meilleur de sa forme politique, maîtrisant parfaitement un électorat harratine et négro-africain prêt à suivre aveuglément ses directives, avait accepté de se soumettre à l’ambition présidentielle du candidat indépendant Ahmed Ould Daddah. Peut-on expliquer la rupture, juste après, par cette « soumission » involontaire ? D’aucuns considèrent que oui.

En 2003, 2005, 2007 et 2009, le « miracle » de la cohésion parfaite au sein de l’opposition ne se répètera plus. Chacun des deux « Commandente » fera cavalier seul, non pas en étant sûr de remporter la présidentielle mais espérant montrer à la face du monde qu’il est plus populaire que l’autre ! Ahmed gagne les trois premières manches d’un match qui ne finira – c’est certain – qu’avec la retraite politique des deux opposants. Mais Messaoud relance les enchères en remportant la quatrième ! Et c’est, très souvent, ce match dans le match, se jouant en arrière plan, qui explique, plus que la fraude et la versatilité politique des électeurs mauritaniens, les échecs répétés de l’opposition.

NB: Le titre est emprunté à l’expression d’un célèbre homme politique mauritanien, ancien ministre de Taya, ancien gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie (BCM). Elle ponctuait une intervention, faite à l’époque, pour donner la réplique à l’opposition au régime.