Voitures d’occasion : le marché mauritanien n’est plus comme avant

Article : Voitures d’occasion : le marché mauritanien n’est plus comme avant
6 décembre 2012

Voitures d’occasion : le marché mauritanien n’est plus comme avant

Bourse de voitures d’occasion au Carrefour Madrid de Nouakchott (crédit photo: Sneiba Mohamed)

« Bonsoir, quelqu’un pourrait-il me dire quelles sont les voitures qui se vendent bien actuellement en Mauritanie ? Y a-t-il des 4×4 qui s’écoulent mieux que d’autres ? Si on descend quelque chose d’assez cher, est-ce qu’il y a un marché pour ça ? Et les camions genre Mercedes 308, 508 ? Renault Master ? Je me demande si depuis qu’il y a le goudron jusqu’à Nouakchott, on peut passer par la voie terrestre ? Merci des réponses que vous pourriez me donner ».

Ces quelques lignes, ce sont tout simplement une requête postée sur le Net par une personne vivant en Europe, et qui a sans doute entendu parler du trafic intense des voitures d’occasion entre le Vieux continent et la Mauritanie.

Le phénomène – qui ne date certes pas d’aujourd’hui – a pris de l’ampleur à la fin du siècle dernier. Il est loin le temps où ceux qui voulaient acheter leur première voiture se dirigeaient vers l’unique bourse Echems (bourse du Soleil) sise au Grand marché de la Capitale. Aujourd’hui, ce lieu n’accueille plus que les voitures destinées à la casse, dans les pays développés, ou dont les propriétaires veulent se débarrasser pour en trouver de meilleures. Dans cette bourse, tout se vend et s’achète : voitures, maisons, terrains, etc. C’est le lieu idéal du « tieb-tieb », ce nom que les mauritaniens ont préféré à « affaires ».

Ceux qui cherchent un véhicule « arrivage » – synonyme chez nous de voiture neuve – ont l’embarras du choix. Les plus belles, les plus rutilantes, mais aussi les plus chères occupent de grands espaces à Tevragh-Zeina, quartier chic de la capitale, où elles donnent l’impression de narguer la classe bourgeoise de Nouakchott dont la voiture est devenue, avec la villa, la marque ostentatoire de richesse. Là, on retrouve toutes les marques européennes et japonaises (BMW, Mercedes, Peugeot, Renault, Volkswagen, Toyota, Nissan, Mitsubishi). Les marques américaines, qui constituent un nouveau look avec l’apparition sur les goudrons de Nouakchott de quelques Hammer, n’arrivent pas encore à percer, sans doute à cause de l’éloignement du marché mauritanien du pays de l’Oncle Sam.

Pour qui cherche une voiture utilitaire, le lieu indiqué est le Carrefour Madrid. Tout au long de l’avenue allant de l’aéroport de Nouakchott au Bataillon des blindés, les abords du goudron donnent l’impression d’être un immense parking.

Dans ces bourses où les transactions s’effectuent souvent entre 17 heures et la tombée de la nuit, la Mercedes 190 est la voiture reine. Cette robuste voiture qui a détrôné au milieu des années 90 les Peugeot et autres Renault, avec tout de même un regain d’intérêt par les temps qui courent pour ces dernières marques, ont vraiment conquis le cœur des automobilistes Mauritaniens dans le domaine du transport urbain et interurbain. Leur robustesse reconnue et aussi leur caractère utilitaire ne les mettent vraiment plus à la portée des petites bourses. Un bon « arrivage » se négocie entre 1.500 000 ouguiyas (3.890 euros) et 2.000.000 UM (5.190 euros). Un prix qui pouvait être facilement amorti avant la ruée remarquée aujourd’hui vers les taxis. Les véhicules, prêts à rendre l’âme, sont abandonnés à presque rien (entre 150.000 et 300.000 UM). Les grosses cylindrées qui font le bonheur des riches Nouakchottois coûtent les yeux de la tête (entre 5.000 000 et 17.000 000 d’ouguiyas).

De nombreux chauffeurs de taxis rencontrés se plaignent d’ailleurs de ne pouvoir respecter le « versement » de 4.000 à 5.000 UM que les propriétaires de voitures réclament chaque soir vers 21 heures. Les taximen, dont beaucoup sont étrangers, mettent en cause la rude concurrence que leur font les véhicules privées, car faire le taxi est devenu, par les temps qui courent, un second métier qui permet aux fonctionnaires, aux sans-travail et même à quelques commerçants d’avoir un plus à la fin de chaque journée ou de chaque mois. Pour certains, c’est un mal nécessaire puisqu’il résout deux problèmes à la fois :

  • Le manque de véhicules de transports, avec la disparition, programmée de longue date par le ministère des Transports, des fameux minibus de Nouakchott,
  • La résorption du chômage, qui touche une bonne frange de la population active du pays.

Et même si l’arrivée sur le marché des bus de la Société des transports publics (STP) a contribué à faire baisser la demande, la pression sur les goudrons de Nouakchott est encore considérable.

Les filières de trafic

Parquées, en attendant d’éventuels acquéreurs (crédit photo: Sneiba Mohamed)

Il est loin le temps où les voitures, neuves ou de seconde main, étaient acheminées à partir du Sénégal. Un ancien fonctionnaire du ministère des Finances dit avoir importé sa première voiture en 1969, de la capitale de notre voisin du sud où tous les concessionnaires français avaient établi des représentations. Le trafic de voitures à partir du Sénégal, mais aussi la réparation « sérieuse » devaient continuer jusqu’au moment où les Mauritaniens découvrent les joies de la voiture importée directement d’Europe (Belgique, France, Allemagne, Espagne) et de la filière marocaine.

L’essentiel des voitures qu’on expose aujourd’hui dans les bourses de Nouakchott arrive de ces villes d’Europe, via le Maroc, où un commerce florissant s’est établi. La voie royale pour ce trafic a longtemps était celle des routes cahoteuses du Sahara et du désert mauritanien.

Actuellement, nous confie un importateur « occasionnel », la pression de la douane mauritanienne, à l’entrée de la ville de Nouadhibou est devenue tellement forte que certains ne veulent plus courir le risque d’importer des véhicules. Même les touristes qui viennent et repartent sans leurs voitures connaissent maintenant ce que d’aucuns qualifient de tracasseries administratives, alors qu’il s’agit tout simplement d’une règlementation stricte en Mauritanie destinée à réguler l’arrivée des voiture dans le pays, à normaliser leur immatriculation mais aussi à lutter contre le vol des véhicules dont l’Europe se plaint de temps en temps. A son passage en douane, le touriste doit donc signer un engagement sur l’honneur, qui sera marqué sur son passeport, de quitter le territoire Mauritanien avec son véhicule.

Les concessionnaires locaux sont sans doute pour beaucoup dans cette  mesure de surveillance de prêt : pour eux, le commerce des voitures d’occasion représente une concurrence déloyale. Une allusion peut-être à l’augmentation des frais de dédouanement des véhicules d’occasion qui peuvent atteindre, semble-t-il, la moitié du prix d’achat de la voiture, mais aussi à la limitation à 8 ans de l’âge des voitures autorisées à entrer dans le pays !

Entre les concessionnaires et les vendeurs des voitures d’occasion, le torchon a commencé à brûler quand l’Etat, principal client des représentations des grandes marques européennes, a commencé à passer commande, il y a quelques années, chez les vendeurs d’occasion ! Les voitures qui transitent par le port autonome de Nouakchott sont, de plus en plus, à usage personnel (un étudiant, un fonctionnaire ou travailleur immigré qui rentre au pays). Les autres (ceux qui font de ce commerce le meilleur moyen de s’enrichir rapidement) continuent à choisir l’axe Europe – Maroc – Mauritanie. A leurs risques et périls.

 

 

 

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