Mohamed SNEIBA

Bloguer c’est aussi…blaguer

Votre serviteur

Si je n’écris pas, je lis. C’est aussi simple que ça. Et depuis que vous m’avez accepté dans cette communauté de Mondoblog (« monde aux blogs », ainsi je vois cet univers qui me plonge, chaque jour, dans des réalités différentes), je lis plus que je n’écris. Je parcoure chaque jour ce que j’appelle « les nouveautés ». Les billets postés après celui que j’ai moi-même « pondu » après une à deux heures d’intenses efforts. Et même quand j’accomplis, au cours de la journée, la corvée  « journulistique » (une analyse politique et une chronique pour L’Authentique, je garde toujours l’œil sur la Une de Mondoblog. Un œil intéressé parce que la « revue » quotidienne – et personnelle – me permet de faire le point, d’établir un parallèle entre les écrits des différents blogueurs de la plateforme. De les évaluer, de les peser et soupeser les uns en fonction des autres. Et sans vouloir faire de jaloux, j’avoue que j’ai déjà mes préférés. Salma, Aphtal, Kpelly, Stéphane Huët, Florian Ngimbis, Serge Katembera. J’en cite six, il y en a au moins trente. A lire les écrits de ces grands messieurs et dames, je découvre de nouveaux mondes, des écritures différentes, mais un amour commun. Une passion même. Celle de la langue française mise au service de cultures africaines différentes. Au service de la francophonie plus largement.

Ça c’est l’envers de la découverte de mon « nouveau monde ». Celui qui me permet de me balader, tout en restant chez moi, entre le Cameroun, le Togo, la Cote d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée, de m’envoler pour le Brésil ou l’Ukraine, passant par l’Ile Maurice ou Madagascar, avant de revenir en RDC, Centrafrique ou Benin.

En lisant les textes de ces gaillards, en prenant ma dose quotidienne du « monde aux blogs », je me dis des fois : « Sneiba arrête, tu n’as aucune chance de passer ». Ces gens là sont rudement mieux outillés que toi. Retourne à tes chroniques pour lecteurs désœuvrés, oublie cette envie de plus en plus grande de « croiser la plume » avec de tels champions de la langue de Molière.

Et puis, il y a aussi l’endroit. Ces textes – nombreux – que je lis avec l’œil du prof de français que j’étais. Oui, j’ai quitté ce sacerdoce pour devenir « journuliste ». Et j’avoue que, revenant instinctivement à mes vielles amours, j’ai envie de sortir ces textes de ma machine, de les corriger, de les « policer », en accordant un adjectif, en retournant une phrase, en charcutant un paragraphe. Sans autorisation aucune de leurs auteurs, qui sans doute sont effarés, eux aussi, par les aberrations qu’ils rencontrent dans mes…innommables « bille-yé ». Et puis, je me pose la question « pourquoi » ? On est 150 non ? Chacun avec ses nombreux défauts et ses quelques qualités. Ce sont ces dernières qui permettront de faire la différence. A « tirer » les heureux  30 élus  de cette communauté de Mondoblogueurs que nous sommes. Et je me dis que, finalement, s’il n’y avait pas les autres, je n’aurais qu’à aller me rhabiller face à  Salma, Aphtal, Kpelly, Stéphane Huët, Florian Ngimbis, Serge Katembera…et le reste de la liste des trente futurs mousquetaires. Je rêve, donc je continue.


Remaniement : Il arrivera, au moment le moins attendu

Le Premier ministre mauritanien, Moulay Ould Mohamed Laghdaf

Depuis que le président Mohamed Ould Abdel Aziz est en France, « pour raison de santé », le gouvernement bénéficie, lui aussi, d’une sorte de « repos biologique ». Cinq semaines sans conseil des ministres ! C’est du jamais vu dans l’histoire de la République islamique de Mauritanie. Les « ministrés » eux se frottent les mains, se disant sans doute qu’ils ne sont responsables de rien dans cette situation. Pour une fois, personne ne parle. Ni en bien, ni en mal. Un gouvernement en sursis quoi. Et il y a une forte chance qu’à son retour, le « président des pauvres » laisse ce team continuer jusqu’à la tenue des élections municipales et législatives dont la date reste encore inconnue.

Et les pronostiqueurs, ceux qui ont souvent joué au « il part, il reste », comprendront finalement que le fait de suggérer au président Aziz de renvoyer l’équipe actuelle aux vestiaires produit exactement l’effet contraire de ce qui est recherché.

Il y a aussi que le sort du gouvernement actuel est fatalement lié à celui du président Aziz. Un président en convalescence, c’est forcément pour les ministres une période d’incertitude et de flottement qui ne prendra fin qu’avec le retour du rais. Alors on saura vraiment s’il est en mesure de continuer son quinquennat ou s’il va jeter l’éponge, comme on dit. Dans un cas, comme dans l’autre, la question du changement d’équipe reste posée.

Aziz qui a changé le gouvernement deux fois en un an (il a été remanié fin mars 2011) ne l’a plus fait depuis. Et on était parti pour croire qu’il ne le ferait plus jusqu’à la tenue des prochaines élections municipales et législatives qui devraient déterminer les nouveaux rapports de force.

Mais l’incident de « Tweïla » ne peut pas avoir laissé la perception des choses en l’état. Il y aura, forcément, un avant et un après. Sur tous les plans. Il n’est plus question maintenant d’interpréter un éventuel changement comme un signe d’échec ou d’instabilité caractérielle d’un pouvoir qui n’inscrit rien dans la durée. Ce ne sera plus une telle vision qui empêcherait Ould Abdel Aziz de faire le changement (chambardement ou léger remaniement) qu’il pense nécessaire. S’il a choisi de laisser encore le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf en place, c’est qu’il juge que l’homme peut encore lui être utile. Une réflexion présidentielle, universellement établie, veut qu’on s’assure toujours qu’un second a d’abord pour rôle essentiel de servir de fusible quand les choses commencent à se gâter. L’on apprécie largement que le président de la République prenne les choses en main lui-même. Tous les responsables vous le disent aujourd’hui : rien n’est plus comme avant. La prudence est de mise pour ne pas être limogé ou même jeté dans le gnouf. Les ministres, eux-mêmes, « pâtissent » de cet excès de contrôle présidentiel puisqu’ils ne peuvent plus user – et abuser – de leurs prérogatives gouvernementales pour distribuer les faveurs à leurs parents, amis et proches. Ce qui pouvait donc amener Ould Abdel Aziz à pousser vers la porte son actuel PM, avec une bonne partie de son équipe, se trouvait ailleurs. Dans cette incapacité du gouvernement à donner une visibilité à son action économique et sociale.

La question qui se pose maintenant est de savoir si le président qui nous reviendra de Paris, étant capable de continuer, aura atteint le seuil de conviction pour se dire qu’il faut « rebeloter ».


Un attentat, plusieurs pistes

L’émir du Qatar en visite à Nouakchott, 4 janvier 2012 (Photo: AMI)

Et maintenant le Qatar ! Oui, toujours à la recherche d’une piste pouvant conduire à la vérité dans ce qui s’est réellement passé le 13 octobre dernier, quand le président Mohamed Ould Abdel Aziz a été blessé par balle – on n’ose plus préciser où et par qui – tant les versions sont nombreuses. Ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle « piste » ne va pas arranger les relations, que l’on dit tendues par moments, entre Nouakchott et Doha.

Le Qatar est ainsi mis en cause, par la presse algérienne, dans  ce qui est présenté comme une tentative de liquidation physique du président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, la mi-octobre dernière. C’est le site du journal algérien à grande audience, Al  Watan, qui révèle que les soupçons portent sur les dirigeants de cet émirat du Golfe, petit par sa taille mais grand par son influence économique et politique, qui soutiennent les islamistes proches d’eux pour arriver au pouvoir dans plus d’un Etat arabe (Libye, Tunisie, Egypte, Gaza).

Pour chercher « le mobile », on rappelle que l’émir de Qatar qui a visité la Mauritanie au début de l’année en cours, aurait proposé au président Aziz, selon certaines sources médiatiques mauritaniennes, de faire participer l’opposition islamiste au gouvernement, ce qui aurait fâché Ould Abdel Aziz, à tel point qu’il n’a  pas été à l’aéroport, avec le protocole, pour le départ de son illustre hôte.

Cette nouvelle « version » sur l’incident de Tweila va encore éclipser  la précédente rapportée, de manière très officieuse, et qui parle d’une affaire peu orthodoxe. Et qui justifierait tout le secret (d’Etat) qui entoure le président, sa maladie et son séjour en France, autant que son retour qui est aujourd’hui le point de fixation de tous les Mauritaniens.

En remontant le temps, depuis le 13 octobre dernier, on aura alors parcouru, au moins, une demi-douzaine d’hypothèses dont les unes sont plus  incongrues que les autres. Tentative de coup d’Etat, mettant en cause le général Ghazouani, chef d’Etat-major de l’armée, fidèle ami d’Aziz, avait-on laissé entendre d’abord. Les faits se sont chargés, par la suite de démentir ce scénario à la burkinabé rappelant le « coup » joué par Blaise Campaoré à son ami le président Thomas Sankara, il y a de cela 25 ans. On a aussi évoqué la piste Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) mais l’on sait que celle-ci, pour rien au monde, n’aurait gardé le silence sur ce que d’aucuns allaient considérer comme un acte de témérité et une démonstration de force, au moment où la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), poussée en avant par la France et les USA, s’apprête à lancer une opération militaire d’envergure pour tenter de reconquérir le nord Mali contrôlé, depuis plus de six mois par des groupes islamistes armés.

Incompatibilité d’humeur…et d’intérêts

La piste marocaine avait aussi été explorée et, bizarrement, le mobile présenté n’est en rien différent de celui par lequel on cherche aujourd’hui à accabler le Qatar : incompatibilité d’humeurs – et d’intérêts – entre dirigeants. Le roi Mohamed VI n’aurait pas apprécié, lui aussi, que le président Aziz rompt la sacro-sainte règle de la neutralité entre les deux puissances de l’espace maghrébin, en affichant, clairement, son intention de collaborer avec l’Algérie, dans le domaine des infrastructures terrestres, comme la Mauritanie le fait, depuis plusieurs années avec le Maroc.

Dans cette recherche des « pistes », il ne reste plus que deux voisins immédiats de la Mauritanie à n’être pas touchés par la rumeur : l’Algérie et le Sénégal. Et il est à craindre que, faute de cela, l’on ne cherche pas à leur coller quelque chose tout de même : être justement,  à l’origine de tous ces on-dit qui font que les mauritaniens s’éloignent de la vérité, s’occupent à ce qui n’est pas essentiel dans la gestion de la crise politique dont l’origine remonte à l’élection présidentielle de juillet 2009.

Secret d’Etat

Toujours est-il que les autorités donnent l’impression de ne pas vouloir en dire plus sur ce qui s’est passé le 13 octobre. A défaut de déclarations surprises d’une personne qui surgirait du néant pour ajouter son grain de sel à toutes les versions qui circulent aujourd’hui en Mauritanie, force est de s’en tenir à ce que le gouvernement a avancé comme « « vérité ». Aziz lui-même n’a-t-il pas tenu à rassurer les mauritaniens, alors qu’il venait de subir une opération délicate. Ce qui peut être vu sous deux angles différents : volonté de couper court à la rumeur (ce qui n’a pas fonctionné en toute apparence) ou de cacher quelque chose à l’opinion publique nationale et internationale, en se disant : voilà, le président a parlé, donc ce que dit le gouvernement est la vérité. D’ailleurs, pourquoi cacher qu’il s’agit d’une tentative d’assassinat, ou de coup d’Etat, pourquoi couvrir les auteurs d’une telle forfaiture ?

C’est pour dire que, finalement, on tourne en rond. Le mystère reste complet et tout ce que nos analystes et « investigateurs » maison  auront réussi à faire, c’est de tout brouiller dans l’esprit d’un citoyen lambda qui ne demande pas mieux que de voir ses dirigeants, sa classe politique et ses intellectuels s’occuper, réellement, de ce qu’il considère comme la priorité des priorités : Les questions de survie.


Hollande : de la « normalité » à la banalité

François Hollande (photo: Rfi)

Difficile de ne pas le penser comme moi. La « normalité » du président François Hollande, est en train de virer à la banalité. N’étant pas Français et m’intéressant très peu à la politique intérieure de l’ancienne puissance colonisatrice de mon pays, je ne puis tout de même pas m’empêcher de jeter un regard critique sur les rapports que Paris entretient avec le reste du monde. Et notamment avec l’Afrique.

Les six premiers mois de la gouvernance Hollande ont sans doute fait regretter à beaucoup de Français le président Nicolas Sarkozy.  Avec ce dernier, la France existait au moins. En tant qu’Etat qui animait la scène internationale au même titre que les USA, l’Allemagne, la Russie, la Chine et le Japon. En six mois, la « normalité » de François Hollande a fait des ravages, malgré les apparences. La crise malienne, avec des enjeux moindres que ceux qu’il y avait en Libye, est un vrai  test pour le successeur de Sarkozy. Va-t-il se servir de cette affaire pour se relancer, comme Sarko a essayé de le faire en favorisant l’engagement militaire de l’Otan contre Kadhafi, et ce à quelques mois seulement de la présidentielle qu’il avait pourtant perdue ? Rien n’est moins sûr. François Hollande pour qui j’ai pourtant « voté », dans mon esprit, ici en Mauritanie, comme la  plupart de mes compatriotes, m’a déçu. Sur plusieurs dossiers de politique étrangère de la France où Nicolas Sarkozy avait toujours fait preuve de mordant. Sur cette question de crise malienne, par exemple, Paris doit aller plus loin que le vote d’une résolution au Conseil de Sécurité de l’Onu pour pousser ses partenaires européens vers la solution envisagée. Sans présomption aucune pour l’intervention militaire. Ce qui sera fait dans les prochains mois pour régler cette crise doit certes porter le sceau de l’Afrique mais la France ne doit pas se tenir à l’écart. Sarkozy, toujours pour le comparer avec Hollande, a « appuyé » la Mauritanie, jouant une sorte de va-tout pour libérer l’otage français Michel Germaneau. Il avait échoué certes mais confirmé son statut de président résolu à aller jusqu’au  bout de ce qu’il pense être non pas juste mais justifiable. Hollande est sollicité aujourd’hui pour faire quelque chose du même genre en vue de sauver six otages français détenus par Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) au nord Mali depuis plus d’un an. Cela doit être l’objet de l’engagement de la France dans la guerre qui se prépare. Un engagement, oui, au même titre que les pays de la CEDEAO qui ne veulent pas que le cancer du terrorisme gagne les autres parties de ce corps. Ce sera un choix parmi tant d’autres qui attendent le président Hollande et l’obligent à sortir, peu à peu de sa conque de président « normal ». Pour prouver qu’il a la carrure d’un président  tout court. Pour le reste, il a déjà répondu : « Une élection change un pouvoir mais pas la réalité ». Autrement dit, les Français qui devront restés en prise avec les trois grands défis que sont l’Europe, la compétitivité et le désendettement du pays, si l’on en croit le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, se demanderont alors pourquoi avoir désavoué Sarkozy.

 


Initiatives : Tension entre la COD et la CAP

Le président de l’Assemblée nationale (turban), Messaoud Ould Boulkheir, et le chef de file de l’opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah.

Décidément, rien n’est fait pour aller vraiment entre la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP). La détérioration des relations  entre les deux « oppositions » ne date certes pas d’aujourd’hui mais  on avait observé une sorte d’accalmie suite à la « paix des braves » qui a suivi la blessure par balle du président Mohamed Ould Abdel Aziz, le 13 octobre dernier. Mais le lancement d’une initiative par la COD, « pour sortir de la crise née de la vacance du pouvoir » a déterré la hache de guerre.

L’Alliance populaire progressiste, formation du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, parle d’une «usurpation » d’initiative puisque celle pour laquelle la COD mobilise depuis plusieurs jours n’est rien d’autre qu’un clone des propositions du chef de l’APP, présentées depuis plusieurs mois aux différentes tendances politiques pour sortir la Mauritanie de la crise multiforme qu’elle traverse depuis l’élection présidentielle de juillet 2009.

C’est le sens qu’il faut donner aux propos tenus par le député APP, Bedahiya Ould Sbaï, dénonçant cette démarche de la COD, au moment même où le président de ce parti – et de l’Assemblée nationale – décide de quitter Nouakchott pour dix jours de vacances  au Hodh Chargui, sa région natale. Au moment où Ould Abdel Aziz et le président du Sénat, Bâ M’Baré sont toujours en France pour raison de santé.

Initiative contre initiative

Cette réplique de la COD est à l’origine de ce qui ressemble bien à une crise dans la crise. Les soutiens du président de l’Assemblée nationale ne veulent pas entendre parler d’une initiative qui volerait la vedette à celle de la CAP. Avant l’évolution de la crise vers ce que la COD appelle maintenant la « vacance du pouvoir », les différents partis qui la composent ont trouvé la parade pour ne pas se prononcer sur l’initiative de Messaoud, en disant qu’ils attendent une prise de décision collégiale ! En outre, et selon des observateurs avertis, Messaoud Ould Boulkheir – qui avait pris la décision de geler son initiative en attendant le retour du président Mohamed Ould Abdel Aziz – se verrait mal en train de discuter d’un autre plan de sortie  de crise en l’absence de celui qui, en réalité, détient encore l’essentiel des cartes entre ses mains. Même si la maladie et le changement visible des rapports de force ne sont plus comme avant. Et s’il ne s’agit pas d’un retour à la case départ, on peut dire que c’est comme si.

L’idée même d’un nouveau dialogue s’imposait bien avant la maladie du président Aziz. C’est d’ailleurs, il faut le reconnaitre, le sens  de l’initiative du président de l’Assemblée nationale que la CAP a fait sienne. Même si le président du parti « Al Wiam », Boidiel Ould Houmeid, et celui de Sawab, Abdessalam Ould Horma, ont toujours clamé haut et fort leur refus d’un dialogue bis. Tout au plus, les partenaires de Messaoud accepteraient une « rectification » permettant à la COD de venir s’insérer (prendre le train en marche) dans ce qui a été convenu, il y a un an déjà, entre la Majorité et la CAP. C’est-à-dire qu’on devait plancher plutôt sur la recherche d’un compromis politique permettant aux partis de la COD de participer aux élections municipales et législatives à venir et de ne pas courir le risque – énorme – de sortir des deux chambres du Parlement en étant obligés de privilégier le boycott.

 Politique politicienne

Le dédoublement de l’initiative du président de l’Assemblée nationale par celle de la COD traduit donc bien le retour à la politique politicienne. Cette vision étriquée de la crise qui, au lieu de chercher une voie susceptible de la régler, durablement, se voit en train de la compliquer.  Car si la COD est réellement consciente de la nécessité d’agir ici et maintenant pour mettre un terme à cette situation de crise, qui empêche la Mauritanie de retrouver une certaine « normalité » démocratique, elle  doit être en mesure de dépasser ses divergences avec la COD (et avec la Majorité) pour examiner les « termes de référence » de l’initiative de Messaoud. Même s’il n’est pas dit que la COD – qui se veut actuellement  la « la seule » Opposition – doit accepter ces propositions dans leur intégralité. Il s’agit, tout au plus, de voir en elles un axe de réflexion pouvant engager le débat sur les questions qui fâchent. Comme, par exemple, la nécessité ou non de reprendre le dialogue, la légitimité des institutions démocratiques, l’état civil, la gestion des affaires de l’Etat, les relations de la Mauritanie avec ses voisins, la vacance du pouvoir et la question subséquente de l’organisation d’une présidentielle anticipée. On sait, d’avance, que toutes ces questions constituent autant d’écueils qui se dressent devant toute tentative de reprise du dialogue entre les différents protagonistes de la crise. C’est d’autant plus vrai qu’on n’est plus dans la situation de Bipolarité politique, avec des positions tranchées certes, mais facilitant les compromis. Dans le dialogue à trois (CPM, COD, CAP), il faut plus de tact, mais surtout plus de disponibilité, pour arrondir les angles.

 

 

 


Crise politique en Mauritanie : Les lignes bougent

Rencontre au siège du parti au pouvoir entre responsables de la majorité et de l’opposition

Cela est passé presque inaperçu mais c’est quand même un Evènement : pour la première fois, depuis le déclenchement de la crise politique en Mauritanie, pouvoir et opposition ont accepté de s’asseoir autour d’une même table pour s’entretenir, même de manière informelle, de questions ayant trait à l’avenir proche de la Mauritanie. C’est la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui a franchi le premier pas, en annonçant, d’abord, son intention de prendre contact avec tous les acteurs politiques, et en rendant visite, dans son siège, au parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR).

Deux enseignements majeurs peuvent être tirés d’un tel évènement. D’abord, la sortie de sa coque du parti au pouvoir est un indice sérieux sur la solennité, pour ne pas dire la gravité, du moment. Et même s’il ne faut pas pousser le pessimisme jusqu’à dire qu’un tel changement d’attitude pourrait être lié au sort du président Mohamed Ould Abdel Aziz, il est évident que les lignes commencent à bouger. Dans le sens peut être d’un compromis permettant aux hommes politiques mauritaniens de tous bords de retrouver les réflexes ayant permis, en juin 2009, de sortir le pays de la crise par l’organisation d’une élection présidentielle consensuelle. Ensuite, l’opposition, la Coordination de l’opposition démocratique plus précisément, adopte une nouvelle stratégie qui ne met plus en avant la confrontation et la surenchère. Les nouvelles circonstances, et notamment la maladie du président Ould Abdel Aziz, lui dictent de ne pas trop tirer sur la ficelle, sachant pertinemment que le peuple qui joue le rôle d’arbitre dans pareil cas, n’est pas prêt à la suivre dans cette voie.

C’est pour toutes ces raisons que le parti au pouvoir et la COD se sont accordés sur  le minimum, après avoir consenti à se voir : L’organisation d’une concertation nationale élargie qui pourrait buter, cependant, dans les prochaines semaines, sur la détermination de certains concepts (la vacance du pouvoir, par exemple) et des pré-requis indispensables à un dialogue sérieux entre les différents protagonistes de la crise politique en Mauritanie. L’on sera amené, dans ce sens, à chercher la parade, côté pouvoir, pour ne pas heurter la sensibilité de « l’autre opposition », la Coalition pour une Alternance pacifique (CAP) déjà engagée dans la mise en œuvre des résultats d’un dialogue national qui date d’un  an déjà. On sait, dans ce cadre, que le camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir a toujours refusé ce qu’ils considère comme un retour en arrière quand on évoque l’éventualité d’un dialogue bis permettant à la COD  de rattraper le train. Et même si l’initiative de Messaoud, appelant à  une large concertation nationale, avec à la clé, la composition d’un gouvernement d’union nationale devrait favoriser l’organisation d’élections municipales et législatives, il n’est pas évident que la formule permettant de fusionner le plan B (du nom du président de l’Assemblée nationale) et le plan C (pour la COD) soit facile à trouver. Dans une période trouble comme celle-ci, les appétits politiques des uns et des autres vont jouer à fond. Surtout que, du côté de l’UPR, l’engagement dans un tel processus de rapprochement est encore au stade primaire, s’agissant seulement de poursuivre, avec la COD, ce que  le parti au pouvoir a appelé « un travail commun pour trouver un terrain d’entente pour la concertation ».


Du rapport de la sécurité à la démocratie

Assis, avec le turban noir, Moctar Ould Daddah, premier président mauritanien

Deux photos fixant, pour l’histoire, la prière de l’Id (fête religieuse musulmane). La première prise probablement en 1973. Cinq ans avant le premier coup d’Etat (10 juillet 1978) qui va consacrer l’immixtion de l’armée dans la vie politique mauritanienne. La seconde, actuelle, montre le président Aziz à la mosquée Ibn Abass. Deux photos qui montrent un « Avant » et un « Après ». Une absence de démocratie mais une sécurité totale. C’était l’avant. Un semblant de démocratie et un instinct sécuritaire (garde rapprochée, « gorilles », etc.) qui délimitent une sorte de ligne rouge entre le président et le peuple. Même quand il s’agit de s’adresser à Dieu.

En fait, la tendance « démocratique » de la Mauritanie peine encore à faire baisser l’arsenal sécuritaire dont s’entoure tout pouvoir depuis 1978. On a même l’impression que les gouvernants pensent la consolidation de la démocratie par le renforcement de la sécurité de celui qui détient le pouvoir. Comme si le droit avait besoin de la force pour exercer sa primauté.

Mais cette image du président feu Moctar Ould Daddah, entouré de fidèles, sans barrière de protection « visible » crée un étrange paradoxe entre hier et maintenant.

L’idée de prise de pouvoir par la force – ou d’attentat à la vie du dirigeant – n’était pas encore née en Mauritanie. L’ambition, la seule, était celle d’être là où il faut, en fonction des compétences et des pré-requis de chacun. Une sorte d’agencement, de promotion au mérite était alors établi, même si l’on savait que la représentativité tribale au sein des structures dirigeantes de l’Etat et du parti unique était encore très forte. L’ambition d’être chef à la place du chef n’était apparemment pas encore née pour devenir le jeu favori des militaires mauritaniens qui, à part deux « coups » portés à deux civils (Moctar et Sidi) avaient exercé leurs révolutions de palais entre eux. Entre frères d’armes.

Etrangement, l’avènement de la démocratie, ou de ce qui est pris pour elle, en 1991, suite à l’injonction mitterrandienne de la Baule, ne va pas adoucir les mœurs des dirigeants politiques mauritaniens. Maaouiya, l’homme fort de l’époque, se dira que la démocratie qu’on veut lui imposer a besoin de protection. Il se met à transformer le palais présidentiel en bunker et à confier sa sécurité à une garde présidentielle calquée, semble-t-il, sur celle de son mentor irakien, le défunt président Saddam Hussein. La suite de l’histoire ne lui donnera pas raison.

Mais le propos ici n’est pas de dire s’il fallait vraiment faire partir Taya ou non, s’il devait être renverser par ses propres hommes ou par des « révolutionnaires » de la même trempe que les Cavaliers du Changement qui avait tenté, en juin 2003, d’opérer une très hardie révolution de palais dans laquelle l’étranger (le Burkina Faso, Kadhafi) avait apparemment contribué.

Jour de fête: Ould Abdel Aziz à la mosquée ibn Abass (photo AMI)

C’est parce que nos dirigeants ont trop tendance à renforcer leur protection qu’ils donnent de mauvaises idées aux autres. Certes, le contexte actuel de menaces terroristes et de crise politique justifie la prudence et l’arsenal sécuritaire qui entoure le président de la République mais une trop grande expansion dans le domaine de l’application de la « muraille » sécuritaire a fini par fausser le mythe du « président des pauvres ». Même quand il ne s’agit pas d’un bain de foule auquel pourtant le président Aziz s’essayait de temps en temps, la protection qui entoure les murs de la présidence paraît plus stalinienne qu’il n’en faut. Dans certaines grandes capitales du monde, des dizaines de personnes prennent d’assaut la résidence du président pour se faire photographier en touristes. C’est l’encrage de la démocratie, évidemment, qui assure la sécurité aux occupants. Au Sénégal, pays donné en exemple en Afrique, bien avant la déclaration de la Baule, aucun coup d’Etat n’a été perpétré depuis l’accession à l’indépendance, en avril 1960. Seulement des « projets » depuis l’avènement de M. Wade qu’on soupçonnait, à tort ou à raison, de chercher à passer la main à son fils Karim. On a fini, heureusement, par  oublier ces « raccourcis » pour le faire partir par la voie des urnes. Au Mali voisin, pays qu’on croyait pourtant avoir retrouvé la sérénité depuis les soubresauts de mars 1991 ayant conduit à la chute du dictateur Moussa Traoré, une junte conduite par le capitaine Amadou Sanogo a remisé ça. Ce qui porte à trois les changements anticonstitutionnels dans ce pays, le premier ayant eu lieu le 19 novembre 1968 à la chute du premier président Modibo Keita.

C’est pour dire que l’application stricte de la démocratie devrait, sans risque de se tromper, prémunir la Mauritanie contre les appels aux coups d’Etat. C’est le seul moyen de mettre un terme aux « Rectifications » et à donner à nos dirigeants la latitude de respirer l’air pur de celui qui ne court aucun risque d’être pris pour cible parce qu’il n’a rien à se reprocher. Certes, la blessure par balle du président Aziz, par « méprise » et hors du Palais, selon la version officielle, rappelle que la sécurité à 100% relève de l’utopie. Même dans des pays comme la France et les USA (où Kennedy a été assassiné, le 22 novembre 1963, sans doute pour des considérations de politique interne, mais on retrouverait la sérénité des prières de l’Id sous Moctar Ould Daddah où l’on n’était pas obligé de séparer le président de la masse des prieurs parce qu’on craignait le geste imprévisible.

Sneiba Mohamed

 


Partis : Trop de politique tue la politique !

Logo du parti au pouvoir sous Taya (1992-2005) disparu avec son chef

Assurément, les Mauritaniens donnent de plus en plus la preuve qu’ils sont rebelles à l’idée de parti mais pas de partie, au sens de wilaya, tribu, race et Idéologie. Nous avons aujourd’hui plus de 50 formations politiques mais seule une poignée, – je me hasarderai à donner des noms – UPR, RFD, UFP, ADIL, Hatem, AJD, APP, PRDR, Tawassoul – continuent à animer une scène politique bien morose après les joutes électorales de novembre 2006 et mars 2007 et de juillet 2009. A croire que l’activité d’un parti se résume à l’instant où toute une cohorte de formations politiques, à géométrie variable, décident de convoiter les voix d’électeurs pour qui l’exercice de la démocratie se résume à aller jeter un bulletin blanc, jaune, rouge ou noir dans une urne qui le transformerait, miraculeusement, en adhésion pleine et entière en un programme politique qui n’a jamais été exposé, pour être compris, dans la langue qu’appréhende le citoyen lambda : Comment apprendre à survivre dans cet univers kafkaïen  de flambée des prix, de mensonges politiques, d’insécurité, de jalousie, de débauche, de maladie, de faim, de crimes et de non châtiments.

Qui peut me dire combien d’élections nous avons vécues depuis l’importation de la démocratie « made in Occident » que nous avons travestie, au bout de deux décennies de pratiques détournées, en « démogâchis » ? Sous Ould Taya, cet art de détourner le peuple de ses préoccupations véritables a été transformé en un exercice de style où toutes les cartes se valent au moment de les tirer mais jamais quand il fallait les abattre. Ainsi, nous avons accompagné la Transition des militaires, en 2005, que nous avons cru, de bonne foi, jusqu’au moment où des voix se sont élevées pour dire que les dés étaient pipés. De toutes les façons, le débat avait été vite clos, chaque camp en quête du pouvoir accusant l’autre d’avoir bénéficié de solides soutiens au sein de la junte qui a mis fin au règne d’Ould Taya. Le reste n’a été qu’une question d’équilibre. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été élu président de la République avec le score que l’on sait (52% virgule quelque chose, contre 47% et poussière pour Ahmed Ould Daddah). Puis, dans le camp des vainqueurs, les choses ont commencé à se gâter. Entre le président « démocratiquement élu » et les généraux qui l’avaient soutenu contre « l’opposant historique », Ahmed Ould Daddah. Un second putsch. Le 6 août 2008. Une « rectification », disaient, pince-sans-rire, les partisans des généraux Aziz et Ghazouani. C’étaient encore une querelle de politiques et de militaires. Entraînant son lot d’incriminations, d’alliances et de contre-alliances.

Mais depuis, les problèmes de la vie ont réconcilié les Mauritaniens. A part les rares privilégiés qui ont été cooptés à des postes de ministres, de secrétaires généraux, de conseillers ou de directeurs, qui peut dire aujourd’hui qu’un militant de la Majorité vit mieux qu’un adepte de l’Opposition ? Les rares moments de joie nous contaminent tous et notre détresse quasi permanente est partagée à parts égales. Même quand le pays « roule », sans président, depuis un mois.

Sneiba


Les taxis « Tout-droit »

Garage des « tout-droit » en plein centre-ville (Nouakchott)

Comme le mot « Tieb-tieb » régissant le système D en Mauritanie, « Tout-droit » est aussi un vocable connu même des plus petits. Il s’agit de ces voitures en voie d’extinction (vieilles R 12, R4, R16 ou autres 403, 404, 504) qui circulent encore à Nouakchott comme taxis. L’appellation « tout-droit » colle parfaitement à leur raison d’être.

Elles vous mènent, cahin caha certes, d’un bout de la  ville à un autre, suivant une trajectoire unique. « Man viri » (je ne vire pas, en français) est la phrase habituelle qui vous accueillera,  invariablement, à chaque fois que vous montez dans l’un de ces mythiques tacots. Une façon pour les chauffeurs de ces voitures « particulières » d’éviter tout malentendu en cours de route et de pouvoir, tranquillement, suivre cette ligne droite qui les mène d’un département de Nouakchott à un autre.

L’un des plus célèbres « garages » de ces tout-droit est celui du Grand Marché de la Capitale. C’est une « ligne » directe entre le centre-ville et Tevragh-Zeina, le plus huppé des quartiers de la capitale mauritanienne ! Vous me direz peut être : «Mais que diable font ces voitures dignes d’un musée de l’automobile dans une zone où tous les résidents roulent en 4X4 de marques japonaise ou allemande ou des plus récents modèles français ? Eh bien, c’est le meilleur moyen de transport, étant le moins cher, pour les travailleurs venant des quartiers pauvres, à savoir boys, bonnes, gardiens, blanchisseurs, plombiers, maçons, manœuvres. Pour 100 UM (moins de 40 centimes) à débourser pour être sur le lieu de son travail alors que la « course » dans un taxi normal peut vous coûter six fois plus.

Mais le problème des tout-droit, en plus de la lenteur, c’est l’inconfort. Imaginez-vous assis à deux avec le chauffeur ou à quatre derrière dans une « caisse » dont les portières ne ferment plus, qui dégage un déluge de fumée revenant à l’intérieur de tous côtés et vrombissant comme un gros porteur au décollage. Le pire c’est que vous n’êtes pas sûr d’arriver à destination. Le moteur peut rendre l’âme à tout instant, les crevaisons sont une probabilité très forte et, quand il y a les embouteillages des heures de pointe, la panne sèche est garantie. Ça aussi c’est une règle d’or chez les « tout-droit » : l’essence est achetée à la course, c’est-à-dire, un litre ou deux pour chaque trajet !

Je vous laisse deviner pourquoi.

SNEIBA Mohamed


Santé du président : Le mystère s’épaissit

Le président Aziz, le 13 octobre, à l’hôpital militaire de Nouakchott (crédit photo : AMI)

Après avoir cherché vainement l’info crédible sur la santé du président Mohamed Ould Abdel Aziz auprès des autorités et dans ce qu’écrivent, chaque jour, journaux et sites mauritaniens et étrangers, nous entrons dans une nouvelle étape qu’on peut appeler « les coups de téléphones » Seulement, voilà. Ces contacts téléphoniques qui ont débuté, il y a une semaine, avec le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, ne font qu’ajouter au mystère qui entoure la santé du président, les raisons qui le retiennent encore en France, la durée de sa convalescence et, surtout, sa capacité à reprendre ou non ses activités de chef de l’Etat.

Et l’on n’est pas loin de penser que ces appels, faits pour rassurer, ajoutent en réalité à la confusion générale. Par cette question que tout le monde se pose : pourquoi « singulariser » certaines personnes alors que la santé du chef de l’Etat concerne tout le monde? Même ses adversaires politiques d’hier qui, comme tout mauritanien, lui ont souhaité bon rétablissement ? Pourquoi ne pas s’adresser à tous les citoyens comme il l’a fait moins de vingt-heures de l’incident ? On aurait pu faire l’économie de la somme de tous ces appels, qui sont présentés comme des contacts à relayer vers l’ensemble de tous les mauritaniens, pour s’adresser, ne serait-ce que deux à cinq minutes, directement au peuple. Et même si la voix ne détermine pas à elle seule l’état général de la santé du président, l’entendre constitue tout de même une preuve beaucoup plus convaincante que ces « le président m’a dit » qui commence à semer le trouble au sein de ceux-là même qui ont fait preuve d’un optimisme peut être un trop exagéré.

Le dernier appel en date, celui avec le président du parti au pouvoir, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, jette une sorte de suspicion sur le caractère très sélect de ces « contacts » ». Le président ne s’adresse qu’à ses soutiens politiques (UPR, CPM, à travers le président en exercice de cette Majorité, Ethmane Ould Cheikh Abou Almaaly) ou à l’opposition « partenaire » au dialogue. S’il avait téléphoné, par exemple, au chef de file de l’opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah, à l’un des présidents des partis membres de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) ou à un citoyen quelconque, l’équilibre serait établi. Après tout, depuis son élection le 18 juillet 2009, Ould Abdel Aziz n’est-il pas devenu le président de tous les mauritaniens?

Surtout que le propos rapporté par l’Union pour la République (UPR) sur l’objet des discussions, à savoir les préparatifs de l’accueil à réserver au « chef », ne sont pas vraiment ce qu’attendent les mauritaniens. « L’accueillite », à toutes occasions, grandes ou petites, heureuses ou indécentes, n’est-elle pas ce mal qui a perdu Ould Taya, le président qui a régné sur la Mauritanie deux décennies durant ? Une pratique que le président Aziz a refusé, à son arrivée au pouvoir, dans sa forme la plus élaborée (chants et danses, soirées poétiques) mais a fini par tolérer, quand il visitait les villes de l’intérieur. A son retour de France, il n’ y a pas de mal à ce qu’on l’accueille avec des prières pour louer Allah de l’avoir tiré d’affaires, après avoir reçu des balles dans l’abdomen, mais non avec des chants et danses qui rappellent le « paganisme » politique d’antan.

Sneiba