Un attentat, plusieurs pistes

Article : Un attentat, plusieurs pistes
21 novembre 2012

Un attentat, plusieurs pistes

L’émir du Qatar en visite à Nouakchott, 4 janvier 2012 (Photo: AMI)

Et maintenant le Qatar ! Oui, toujours à la recherche d’une piste pouvant conduire à la vérité dans ce qui s’est réellement passé le 13 octobre dernier, quand le président Mohamed Ould Abdel Aziz a été blessé par balle – on n’ose plus préciser où et par qui – tant les versions sont nombreuses. Ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle « piste » ne va pas arranger les relations, que l’on dit tendues par moments, entre Nouakchott et Doha.

Le Qatar est ainsi mis en cause, par la presse algérienne, dans  ce qui est présenté comme une tentative de liquidation physique du président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, la mi-octobre dernière. C’est le site du journal algérien à grande audience, Al  Watan, qui révèle que les soupçons portent sur les dirigeants de cet émirat du Golfe, petit par sa taille mais grand par son influence économique et politique, qui soutiennent les islamistes proches d’eux pour arriver au pouvoir dans plus d’un Etat arabe (Libye, Tunisie, Egypte, Gaza).

Pour chercher « le mobile », on rappelle que l’émir de Qatar qui a visité la Mauritanie au début de l’année en cours, aurait proposé au président Aziz, selon certaines sources médiatiques mauritaniennes, de faire participer l’opposition islamiste au gouvernement, ce qui aurait fâché Ould Abdel Aziz, à tel point qu’il n’a  pas été à l’aéroport, avec le protocole, pour le départ de son illustre hôte.

Cette nouvelle « version » sur l’incident de Tweila va encore éclipser  la précédente rapportée, de manière très officieuse, et qui parle d’une affaire peu orthodoxe. Et qui justifierait tout le secret (d’Etat) qui entoure le président, sa maladie et son séjour en France, autant que son retour qui est aujourd’hui le point de fixation de tous les Mauritaniens.

En remontant le temps, depuis le 13 octobre dernier, on aura alors parcouru, au moins, une demi-douzaine d’hypothèses dont les unes sont plus  incongrues que les autres. Tentative de coup d’Etat, mettant en cause le général Ghazouani, chef d’Etat-major de l’armée, fidèle ami d’Aziz, avait-on laissé entendre d’abord. Les faits se sont chargés, par la suite de démentir ce scénario à la burkinabé rappelant le « coup » joué par Blaise Campaoré à son ami le président Thomas Sankara, il y a de cela 25 ans. On a aussi évoqué la piste Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) mais l’on sait que celle-ci, pour rien au monde, n’aurait gardé le silence sur ce que d’aucuns allaient considérer comme un acte de témérité et une démonstration de force, au moment où la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), poussée en avant par la France et les USA, s’apprête à lancer une opération militaire d’envergure pour tenter de reconquérir le nord Mali contrôlé, depuis plus de six mois par des groupes islamistes armés.

Incompatibilité d’humeur…et d’intérêts

La piste marocaine avait aussi été explorée et, bizarrement, le mobile présenté n’est en rien différent de celui par lequel on cherche aujourd’hui à accabler le Qatar : incompatibilité d’humeurs – et d’intérêts – entre dirigeants. Le roi Mohamed VI n’aurait pas apprécié, lui aussi, que le président Aziz rompt la sacro-sainte règle de la neutralité entre les deux puissances de l’espace maghrébin, en affichant, clairement, son intention de collaborer avec l’Algérie, dans le domaine des infrastructures terrestres, comme la Mauritanie le fait, depuis plusieurs années avec le Maroc.

Dans cette recherche des « pistes », il ne reste plus que deux voisins immédiats de la Mauritanie à n’être pas touchés par la rumeur : l’Algérie et le Sénégal. Et il est à craindre que, faute de cela, l’on ne cherche pas à leur coller quelque chose tout de même : être justement,  à l’origine de tous ces on-dit qui font que les mauritaniens s’éloignent de la vérité, s’occupent à ce qui n’est pas essentiel dans la gestion de la crise politique dont l’origine remonte à l’élection présidentielle de juillet 2009.

Secret d’Etat

Toujours est-il que les autorités donnent l’impression de ne pas vouloir en dire plus sur ce qui s’est passé le 13 octobre. A défaut de déclarations surprises d’une personne qui surgirait du néant pour ajouter son grain de sel à toutes les versions qui circulent aujourd’hui en Mauritanie, force est de s’en tenir à ce que le gouvernement a avancé comme « « vérité ». Aziz lui-même n’a-t-il pas tenu à rassurer les mauritaniens, alors qu’il venait de subir une opération délicate. Ce qui peut être vu sous deux angles différents : volonté de couper court à la rumeur (ce qui n’a pas fonctionné en toute apparence) ou de cacher quelque chose à l’opinion publique nationale et internationale, en se disant : voilà, le président a parlé, donc ce que dit le gouvernement est la vérité. D’ailleurs, pourquoi cacher qu’il s’agit d’une tentative d’assassinat, ou de coup d’Etat, pourquoi couvrir les auteurs d’une telle forfaiture ?

C’est pour dire que, finalement, on tourne en rond. Le mystère reste complet et tout ce que nos analystes et « investigateurs » maison  auront réussi à faire, c’est de tout brouiller dans l’esprit d’un citoyen lambda qui ne demande pas mieux que de voir ses dirigeants, sa classe politique et ses intellectuels s’occuper, réellement, de ce qu’il considère comme la priorité des priorités : Les questions de survie.

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