Initiatives : Tension entre la COD et la CAP

Article : Initiatives : Tension entre la COD et la CAP
18 novembre 2012

Initiatives : Tension entre la COD et la CAP

Le président de l’Assemblée nationale (turban), Messaoud Ould Boulkheir, et le chef de file de l’opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah.

Décidément, rien n’est fait pour aller vraiment entre la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP). La détérioration des relations  entre les deux « oppositions » ne date certes pas d’aujourd’hui mais  on avait observé une sorte d’accalmie suite à la « paix des braves » qui a suivi la blessure par balle du président Mohamed Ould Abdel Aziz, le 13 octobre dernier. Mais le lancement d’une initiative par la COD, « pour sortir de la crise née de la vacance du pouvoir » a déterré la hache de guerre.

L’Alliance populaire progressiste, formation du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, parle d’une «usurpation » d’initiative puisque celle pour laquelle la COD mobilise depuis plusieurs jours n’est rien d’autre qu’un clone des propositions du chef de l’APP, présentées depuis plusieurs mois aux différentes tendances politiques pour sortir la Mauritanie de la crise multiforme qu’elle traverse depuis l’élection présidentielle de juillet 2009.

C’est le sens qu’il faut donner aux propos tenus par le député APP, Bedahiya Ould Sbaï, dénonçant cette démarche de la COD, au moment même où le président de ce parti – et de l’Assemblée nationale – décide de quitter Nouakchott pour dix jours de vacances  au Hodh Chargui, sa région natale. Au moment où Ould Abdel Aziz et le président du Sénat, Bâ M’Baré sont toujours en France pour raison de santé.

Initiative contre initiative

Cette réplique de la COD est à l’origine de ce qui ressemble bien à une crise dans la crise. Les soutiens du président de l’Assemblée nationale ne veulent pas entendre parler d’une initiative qui volerait la vedette à celle de la CAP. Avant l’évolution de la crise vers ce que la COD appelle maintenant la « vacance du pouvoir », les différents partis qui la composent ont trouvé la parade pour ne pas se prononcer sur l’initiative de Messaoud, en disant qu’ils attendent une prise de décision collégiale ! En outre, et selon des observateurs avertis, Messaoud Ould Boulkheir – qui avait pris la décision de geler son initiative en attendant le retour du président Mohamed Ould Abdel Aziz – se verrait mal en train de discuter d’un autre plan de sortie  de crise en l’absence de celui qui, en réalité, détient encore l’essentiel des cartes entre ses mains. Même si la maladie et le changement visible des rapports de force ne sont plus comme avant. Et s’il ne s’agit pas d’un retour à la case départ, on peut dire que c’est comme si.

L’idée même d’un nouveau dialogue s’imposait bien avant la maladie du président Aziz. C’est d’ailleurs, il faut le reconnaitre, le sens  de l’initiative du président de l’Assemblée nationale que la CAP a fait sienne. Même si le président du parti « Al Wiam », Boidiel Ould Houmeid, et celui de Sawab, Abdessalam Ould Horma, ont toujours clamé haut et fort leur refus d’un dialogue bis. Tout au plus, les partenaires de Messaoud accepteraient une « rectification » permettant à la COD de venir s’insérer (prendre le train en marche) dans ce qui a été convenu, il y a un an déjà, entre la Majorité et la CAP. C’est-à-dire qu’on devait plancher plutôt sur la recherche d’un compromis politique permettant aux partis de la COD de participer aux élections municipales et législatives à venir et de ne pas courir le risque – énorme – de sortir des deux chambres du Parlement en étant obligés de privilégier le boycott.

 Politique politicienne

Le dédoublement de l’initiative du président de l’Assemblée nationale par celle de la COD traduit donc bien le retour à la politique politicienne. Cette vision étriquée de la crise qui, au lieu de chercher une voie susceptible de la régler, durablement, se voit en train de la compliquer.  Car si la COD est réellement consciente de la nécessité d’agir ici et maintenant pour mettre un terme à cette situation de crise, qui empêche la Mauritanie de retrouver une certaine « normalité » démocratique, elle  doit être en mesure de dépasser ses divergences avec la COD (et avec la Majorité) pour examiner les « termes de référence » de l’initiative de Messaoud. Même s’il n’est pas dit que la COD – qui se veut actuellement  la « la seule » Opposition – doit accepter ces propositions dans leur intégralité. Il s’agit, tout au plus, de voir en elles un axe de réflexion pouvant engager le débat sur les questions qui fâchent. Comme, par exemple, la nécessité ou non de reprendre le dialogue, la légitimité des institutions démocratiques, l’état civil, la gestion des affaires de l’Etat, les relations de la Mauritanie avec ses voisins, la vacance du pouvoir et la question subséquente de l’organisation d’une présidentielle anticipée. On sait, d’avance, que toutes ces questions constituent autant d’écueils qui se dressent devant toute tentative de reprise du dialogue entre les différents protagonistes de la crise. C’est d’autant plus vrai qu’on n’est plus dans la situation de Bipolarité politique, avec des positions tranchées certes, mais facilitant les compromis. Dans le dialogue à trois (CPM, COD, CAP), il faut plus de tact, mais surtout plus de disponibilité, pour arrondir les angles.

 

 

 

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