Mohamed SNEIBA

Naturalisation : Pas facile de devenir Mauritanien

Photo: google
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Nous faisons toujours du tort aux autres, nous ne faisons pas attention aux nombreux domaines où la critique portée sur eux est également valable pour nous. Cette remarque s’est imposée à moi, quand, au détour d’une question sur « comment devenir mauritanien », je découvre que les difficultés qui se dressent devant le candidat à la « Mauritanité », par voie de naturalisation, sont quasi insurmontables. Pourtant, cela n’a pas toujours été ainsi. Les évènements de 1989 – 1991 entre la Mauritanie et le Sénégal sont, à n’en pas douter, à l’origine de ce durcissement des procédures de naturalisation qui fait qu’aujourd’hui un migrant installé en Mauritanie depuis belle lurette a peu de chance de voir aboutir sa demande de naturalisation. L’attitude des autorités mauritaniennes exaspère les migrants candidats à la naturalisation et gêne les relations avec les pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont sont issus, selon les statistiques disponibles, la majeure partie des migrants africains installés principalement à Nouakchott et à Nouadhibou.

Pourtant, sur le plan de la loi, la Mauritanie a tout mis en place pour être en conformité avec les législations internationales. La naturalisation, reconnue partout dans le monde, suit une procédure qui, en principe, devrait aboutir à la satisfaction du désir de certains ressortissants de pays étrangers à devenir mauritanien à part entière, comme certains aspirent à être Français, Saoudiens ou Américains. Le problème est que cette procédure est longue et, souvent vaine, indique le vice-président de la Fédération des Associations de Migrants de l’Afrique de l’Ouest en Mauritanie (FAMAM), Dr Cheikh Tijane Thiongane, biologiste et pharmacien installé de longue date dans le pays. Sans déclarer ouvertement avoir tenté cette naturalisation, l’amertume qui se dégage de son propos, en énumérant les pièces du dossier qu’il faut présenter au ministère de la Justice, laisse penser que lui aussi est passé par là. « Il arrive qu’un migrant éprouve la nécessité de demander la nationalité de son pays d’accueil, après un séjour de plusieurs années, pour les besoins de son travail mais aussi parce qu’il croit être arrivé à un niveau d’adaptabilité  – d’adaptation – qui lui permet de franchir l’ultime étape de l’intégration, celle de la naturalisation.» «La demande adressée au ministre de la Justice comprend, un casier judiciaire, un certificat de la nationalité d’origine, les diplômes et la situation matrimoniale du candidat à la naturalisation », précise le vice-président de la FAMAM. Ensuite après étude du dossier par le ministère de la Justice, il est renvoyé au ministère de l’Intérieur, plus précisément à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) pour enquête de moralité avant d’être acheminer à la Primature pour signature et numérotation. L’ultime étape de ce long processus est la Présidence de la République où, si la demande est approuvée, un décret de naturalisation est signé et publié au Journal Officiel de la République Islamique de la Mauritanie.

Pour certains migrants candidats à la naturalisation, il faut remonter très loin pour retrouver trace d’une « suite favorable » à une telle démarche entreprise pourtant par des dizaines, voire des centaines de ressortissants de l’Afrique de l’Ouest, des Libanais, des Palestiniens et plus rarement par d’autres nationalités. « Les rares dossiers qui ont abouti concernent presque exclusivement des cadres de hauts niveaux », renseigne Dr Thiongane qui ajoute que le seul point positif dans cette démarche, qui peut durer deux ans, « est l’absence de discriminations entre nationalités (maghrébins et ouest africains). Il cite tout de même le cas exceptionnel d’un Palestinien né en Mauritanie, âgé aujourd’hui de 30 ans, et qui n’arrive pas  à bénéficier de la nationalité mauritanienne. « Ce qui veut dire que le jus soli n’est plus reconnu en Mauritanie par la nouvelle loi sur la nationalité, adoptée par le Parlement en 2012 », fait remarquer le vice-président de la FAMAM.

Les origines du durcissement

« Attendre longtemps une naturalisation incertaine peut pousser certains à être déçus et  quitter la Mauritanie, ce qui constitue une lourde perte pour le pays », fait observer Dr Thiongane. Mais, au juste, qu’est-ce qui explique cette attitude des autorités mauritaniennes tendant à pratiquement refuser l’ouverture à l’autre par le processus tout à fait naturel de la naturalisation ?

Me Bilal Ould Dick (crédit photo: https://babacarbaye.unblog.fr)
Me Bilal Ould Dick (crédit photo: https://babacarbaye.unblog.fr)

Pour Me Bilal Ould Dick avocat à la cour de Nouakchott, la naturalisation est prévue dans la Loi n°2010-023 du 11 février 2010 abrogeant et remplaçant certaines dispositions de la loi 61-112  du 12 juin 1961 portant Code de la Nationalité Mauritanienne. Seulement, les procédures étaient beaucoup plus simples dans l’ancien texte et avaient permis à des milliers d’étrangers de bénéficier de la nationalité mauritanienne après un séjour de 10 ans.

Pays ouvert sur tous ses voisins du nord et du sud, faiblement peuplé (la population mauritanienne était seulement d’environ 500 mille habitants en 1960), les bâtisseurs de la Mauritanie indépendante tenaient à son rôle de « pont » entre les pays arabes et l’Afrique noire. La demande de naturalisation adressée à la plus proche des moughataa (préfecture) était signée dans les jours qui suivent, si ce n’est dans les heures d’après son dépôt ! Mais tout a brusquement changé après les évènements de 1989 – 1991 entre la Mauritanie et le Sénégal qui ont vu des expulsions massives de part et d’autres, avec parfois des erreurs énormes sur la nationalité de mauritaniens authentiques devenus, du jour au lendemain, des « réfugies » au Sénégal et au Mali. De tels évènements ont poussé Nouakchott à durcir le contrôle de l’état-civil, de le verrouiller même quand il s’est agit de rendre leur « mauritanité » aux dizaines de milliers de Négro-africains restés plus de vingt ans dans les camps de réfugiés au Sénégal et au Mali ou vivant en exil en Europe et en Amérique. Si tel est le cas pour des Mauritaniens qui cherchent à recouvrer un droit spolié que dire alors d’étrangers qui veulent en bénéficier au terme d’une procédure qui est plus théorique que pratique ?

Dr Ramdane (au centre) : Photo : AMI
Dr Ramdane (au centre) : Photo : AMI

Pour Dr Haimoud Ramdane, chargé de Mission au ministère de la Justice et membre de la Commission nationale des droits de l’homme (CNHD), il faut commencer d’abord par lever cette équivoque : La naturalisation, délivrée par décret, comme le stipule la nouvelle loi de 2010, est une prérogative non un droit. Le président de la République, seul habileté à signer ce décret, peut la donner ou la refuser. On est donc très loin de l’ancienne loi (loi 61-112  du 12 juin 1961) qui faisait de la naturalisation un procédé quasi systématique en dehors même d’un droit du sang et d’un droit du sol reconnus.

Cela répondait, au lendemain des indépendances, à un besoin de fonder un Etat. La Mauritanie était alors une société ouverte, peu nombreuse. Les chefs religieux ont joué un rôle important dans le processus de naturalisation de beaucoup de leurs talibés (adeptes). Une situation à l’antipode de ce qui se passe aujourd’hui : Les dossiers de demande de naturalisation s’accumulent au ministère de la Justice et la Présidence aurait demandé de ne pas les faire suivre jusqu’à elle ! Face à ce blocage, le candidat à la naturalisation dispose cependant de la possibilité d’un recours gracieux après un mois, quand le dossier est au niveau de la Primature, puis d’une attaque en justice auprès de la chambre administrative du tribunal de la Wilaya. Mais là encore, tout repose sur le sacro-saint principe de séparation des pouvoirs. Autant dire que la naturalisation en Mauritanie est un vrai labyrinthe.

Sneiba Mohamed

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Loi sur la nationalité mauritanienne

 

Loi n°2010-023 du 11 février 2010 abrogeant et remplaçant certaines dispositions de la loi 61-112  du 12 juin 1961 portant Code de la Nationalité Mauritanienne.

L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté ;

Le président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

–          Article 4 (nouveau) : la majorité au terme de la loi est fixée à 18 ans accomplis.

–          Article 13 (nouveau) peut opter pour la nationalité mauritanienne, l’année précédent sa majorité, l’enfant né à l’étranger d’une mère mauritanienne et d’un père de nationalité étrangère.

–          Article 15 (nouveau) : Devient de plein droit mauritanien, au même titre que ses parents, l’enfant mineur dont le père ou la mère acquiert la nationalité mauritanienne.

–          Article 16 (nouveau) : la femme étrangère qui épouse un mauritanien peut, sur sa demande expresse, et après une période de cinq ans à compter de la célébration du mariage, acquérir  la nationalité mauritanienne si elle justifie d’une résidence de cinq ans sans interruption en Mauritanie.

–          Article 18 (nouveau) : Nul ne peut être naturalisé s’il n’a, depuis dix ans au moins, sa résidence habituelle en Mauritanie au moment de la présentation de sa demande. Toutefois, ce délai peut être réduit à cinq ans pour ceux qui sont nés en Mauritanie ou mariés conformément à la Charia à un Mauritanien ou à une Mauritanienne ou qui ont rendu à la Mauritanie des services exceptionnels.

–          Article 19 (nouveau) : Nul ne peut être naturalisé :

1         – s’il n’est reconnu sain de corps et d’esprit

2         S’il ne parle couramment l’une des langues nationales : L’arabe, le pulaar, le soninké ou le wolof ;

3         3 – S’il n’est de bonne vie ou mœurs, ou s’il a été condamné pour infraction au droit commun à une peine privative de liberté non effacée par réhabilitation ou l’amnistie.

–          Article 21 (nouveau) : le mineur ne peut demander sa naturalisation

–          Article 23 (nouveau) : l’individu qui a acquis la nationalité mauritanienne jouit, à dater du jour de cette acquisition de tous les droits attachés à la nationalité mauritanienne. Toutefois, pendant un délai de cinq ans, à compter du décret de naturalisation, l’étranger naturalisé ne pourra être investi de fonction ou de mandat électif, à moins qu’il ne soit relevé de cette incapacité par décret pris en Conseil des ministres, sur rapport conjoint motivé des ministres chargé de la Justice et de l’Intérieur.

–          Article 31  (nouveau) : Un mauritanien, même majeur, ayant une nationalité étrangère, peut être autorisé, sur demande, à garder la nationalité mauritanienne. Cette autorisation est accordée par décret.

Source: Journal Officiel de la RIM, 30 mars 2012


Les islamistes mauritaniens « suivront-ils le mouvement » ?

Vue du deuxième Congrès des islamistes mauritaniens (crédit photo: El hourriya.net)
Vue du deuxième Congrès des islamistes mauritaniens (crédit photo: El hourriya.net)

Nouakchott, capitale de la République Islamique de Mauritanie, a vécu, ce jeudi 20 décembre 2012, au rythme du Deuxième Congrès du parti « Tawassoul » (en français, « le Rassemblement pour la Réforme et le développement »), parti d’obédience islamiste reconnu en 2007, juste après l’élection à la présidence de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, et qui dispute aujourd’hui le leadership de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) au Rassemblement des forces démocratiques (RFD), le plus représenté au parlement.

Les islamistes mauritaniens ont voulu donner une envergure internationale à leur congrès, en invitant des figures emblématiques comme le cheikh Rachid Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie, le vice-président du Hamas, Moussa Abu Marzoug, un représentant des frères musulmans libyens et même de la lointaine Malaisie !

La vague islamiste déferlante en Tunisie, au Maroc, en Egypte et en Libye, qu’on a appelé le « printemps arabe » commence à donner des idées aux islamistes mauritaniens qui se posent cette question : « pourquoi pas nous, ici et maintenant » ? Même s’il est vrai que c’est quand même en jouant sur cette sorte de « lieu (lien ?) commun » entre l’arrivée des islamistes au pouvoir (par la voie des urnes), en Tunisie et au Maroc, par la voie des armes (en Libye) ou par la pression de la rue conjuguée au suffrage universel (en Egypte) que les gouvernements arabes cherchent à faire peur à leur opinion publique sur les risques d’un péril islamiste aux contours encore flous. Certes, la démocratie a joué mais l’on ne semble pas prêt d’oublier que ce sont les mêmes mécanismes empruntés à l’Occident chrétien qui ont permis aux islamistes du FIS algérien de remporter les élections de 1990 et de pousser les autorités algériennes à remettre en cause des principes de démocratie pourtant réputés « bons » pour tous. C’est le même phénomène qui a obligé également le Fatah et les USA à refuser sa victoire au Hamas « dépossédé  » de facto de son pouvoir exécutif dans une situation singulière de refus de la démocratie.

Le président de Tawassoul en compagnie du chef d'Annahda, Rachid Ghannouchi (photot: Saharamédias.net)
Le président de Tawassoul en compagnie du chef d’Annahda, Rachid Ghannouchi (photot: Saharamédias.net)

Toutes ces situations ont poussé les islamistes mauritaniens à chercher, depuis quelques mois, à faire comme « les frères » ! Et, dans ce cadre, tous les observateurs ont noté que la mobilisation bat son plein à Nouakchott pour, peut-être, devenir le fer de lance d’une action de la Coordination de l’opposition démocratique visant à pousser le pouvoir dans ses derniers retranchements. Et à commettre l’erreur qu’il ne faut pas.

Cette stratégie consiste à provoquer des mouvements de protestation comme cela arrivait chaque jour en Egypte, au Yémen et, dans une moindre mesure, en Tunisie et au Maroc. On sait que les pouvoirs ont maintenant les mains « liées » par une clause non écrite : ne pas tirer sur les foules ! Laisser les populations manifester leur ras-le-bol, leur frustration face à une situation qui se dégrade de jour en jour. Tirer sur les foules a toujours été considéré comme l’acte de trop.

Certes, c’est loin d’être le cas en Syrie où le président Bachar Al-Assad tente encore désespérément de rester au pouvoir mais les dictateurs sanguinaires ne peuvent plus rester au pouvoir à une époque où la solidarité universelle doit jouer en faveur des faibles et des opprimés. Dans une sorte de quitte ou double, ce président « résiste » encore, ne voulant partir que quand son pays sera devenu un tas de décombres et de sépultures.

Ici en Mauritanie, l’on n’envisage certainement pas d’aller aussi loin. Les manifestations de rue tournent rarement à des accrochages où il peut y avoir mort d’hommes. C’est l’amour de Dieu et de soi qui dicte de telles attitudes mais l’on n’est pas sûr qu’il en soit toujours ainsi quand le gouvernement choisit toujours la fuite en avant comme solution aux problèmes qui accablent les citoyens.

 


Non, il n’y a pas de crise politique en Mauritanie

Le président Ould Abdel Aziz en meeting, Nouadhibou, 13 mars 2012 (crédit photo: Alakhbar;info)

La Mauritanie « comme elle va », va très bien. Parce qu’on est dans un pays où tout va de soi. Pas la peine de chercher à plaire aux populations, elles adorent être gouverner dans la précarité. En cela, elles ne font que suivre les hommes politiques qui aiment les situations difficiles. Majorité et Opposition se donnent ainsi l’air d’exister. Nous entretenons la crise, donc nous sommes.

Non, il n’y a pas de crise en Mauritanie ! C’est Ould Abdel Aziz, lui-même qui l’a dit à maintes reprises. Comme il avait dit, le 13 mars 2012 à Nouadhibou, que la sécheresse n’existe que dans l’esprit des leaders de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), qui, par le passé, vendaient le blé destiné aux pauvres ou le donnaient à leur cheptel ! Il n’y a pas de crise parce que les réserves en devises de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) ont atteint le niveau record de 522 millions d’USD (6 mois d’importations des besoins du pays). Ou peut être parce que personne ne dit qu’il faut que ces réserves soient utilisées pour atténuer l’impact de la crise sur le quotidien des populations.

Pour que la crise soit en Mauritanie, il faut que ces élections, très en retard dans leur calendrier initial, se tiennent. Alors l’opposition, qui sera vraisemblablement battue une énième fois, criera à la fraude et la majorité, dans son rôle de « champion », de défenseur de la démocratie traitera alors la COD de mauvais perdant. Comme en juillet 2009, quand Ould Abdel Aziz a réussi à passer au premier tour, à la surprise générale.  La crise ne viendra pas du fait que les prix des produits de base flambent, que le gouvernement se moque du peuple, en augmentant de manière cynique et quasi mécanique, le prix du carburant à la pompe, en faisant le contraire de ce qu’il dit et en maltraitant les manifestants, qu’ils soient travailleurs, étudiants, militants d’IRA ou de TPMN, partis de la COD, chômeurs protestant contre leur (mauvais) sort ou femmes dépossédées de leurs « gazra » (habitats précaires). Elle éclatera le jour où la police et la garde laisseront tous ces mécontents sillonner les rues de Nouakchott, crier leur saoul contre le gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf, demander à Aziz de « dégager ». Le jour où le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ould Boillil, demandera à la COD de manifester pour donner un sens à la « démogâchis » que les politiques mauritaniens entretiennent savamment depuis 1992. Depuis l’injonction mitterrandienne de la Baule.

Nous avons besoins de la crise pour exister

Actuellement, c’est le marasme total. Pas une voix plus haute que l’autre. Les mauritaniens vivent « l’âge d’or » de la politique. La COD ne manifeste plus, a déserté la place Ibn Abass et la Majorité n’a plus rien à dire. Elle qui ne fait que réagir. Actions de la COD, réactions de la Majorité. Les mauritaniens ne vivent que de ça. Il faut qu’il y ait la crise pour qu’ils existent. Pleinement. Ils aiment les crises. La crise politique plus que tout autre. Quand les prix flambent, ils restent dans une indifférence totale. C’est devenu une partie de leur quotidien. C’est une affaire de pauvres, elle ne regarde que leur président, « le président des pauvres ». Et Ould Abdel Aziz dit qu’il n’y a pas de crise. Donc il faut le croire sur parole. Les voix des 52% des mauritaniens qui l’ont élu en juillet 2009 comptent plus que celles de 48% qui ne voulaient pas de lui. C’est la démocratie non ? Les perdants, comme les absents, ont toujours torts. Et l’opposition qui demande aujourd’hui à Aziz de « dégager » a perdu les élections et boycotter le dialogue. Une séance de rattrapage qui lui aurait permis d’essayer de convaincre l’autre partie (la Majorité) que la crise est. Quand on dialogue c’est pour s’entendre, et quand on cherche à s’entendre c’est parce qu’il y a crise. C’est une logique simple, non ? Mais quand on refuse de dialoguer ? On nie l’existence de la crise ou on l’entretient ? Ici, l’avis contradictoire de la Majorité et de l’Opposition, celle qui refuse le dialogue, bien sûr, crée l’ambigüité autour d’une crise qui existe pour certains et n’est qu’élucubrations pour d’autres ! Une crise dans la crise, il ne manquait plus que ça pour que la classe politique mauritanienne donne la plénitude de sa réflexion « Einsteinienne » à ce qui n’est nullement essentiel.

La réflexion ne porte pas sur le comment améliorer les conditions de vie des populations, en faisant en sorte qu’elles accèdent plus facilement aux services de santé, d’éducation, d’eau et d’électricité, mais sur les « causes et effets » d’une crise politique qui détermine le rapport au pouvoir depuis la chute du dictateur Taya. Car tout est rapport au pouvoir, à la gestion des ressources du pays et à la mainmise sur des populations qui n’ont pas encore atteint le degré de maturité démocratique leur permettant de jouer, pleinement, leur rôle d’arbitre entre les parti(e)s en compétition. Toutes les crises, de Maaouiya à Aziz, en passant par Ely et Sidi, ont leur origine dans cette incapacité des mauritaniens à agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes, sans suivre ces politiques qui poursuivent tous, sans exception, un seul objectif : Arriver (au pouvoir). C’est logique, mais la crise devient inévitable quand les règles du jeu sont faussées. Par un coup d’Etat – Rectification, un scrutin frauduleux (même s’il n’existe pas de preuves tangibles sur celui de 2009) ou tout simplement l’absence d’élections ! Trois « escales » politiques qui font l’essentiel de la crise qui divisent les mauritaniens aujourd’hui.

 

 


Marchés de Nouakchott : Un hymne au désordre

Marché de la Capitale (Crédit photo: Sneiba Mohamed)

Les touristes qui visitent la capitale mauritanienne Nouakchott ne repartent pas avant de faire une virée dans quelques-uns de ses marchés. Véritables foires aux épices, ces marchés offrent au visiteur, mauritanien ou étrangers, l’embarras du choix dans les objets exposés à la vente, heurtent son esprit par leur désordre caractéristique, le laisser-aller, le manque de salubrité et l’absence de normes de sécurité due au caractère incorrigible des vendeurs qui squattent les alentours de ces lieux très fréquentés.

 

L’explosion démographique aidant, les marchés de Nouakchott ne sont plus compartimentés en fonction de leur « raison commerciale » : « Marché du poisson », aujourd’hui disparu, « Grand Marché » – ou Marché de la Capitale– spécialisé dans la vente des vêtements et des produits de luxe, « Marché du charbon », marchés du Ksar, du Vème Arrondissement, du VIème et…de la Mosquée marocaine ! Oui, parce que le marché que la Société de Construction et de Gestion Immobilière (SOCOGIM), appartenant à l’Etat, avait construit, à la fin des années 70, un complexe commercial juste en face de ce lieu de culte que le royaume du Maroc avait bâti dans l’intersection entre les deux moughataa de Tevragh-Zeina et d’El Mina n’est plus connu aujourd’hui que sous ce nom.

 

Les marchés de Nouakchott sont de véritables cavernes d’Ali Baba. Aucun de ces lieux n’a aujourd’hui une spécificité propre. Même le marché de la capitale, le plus mythique de ces lieux où tout s’achète et se vend, a perdu son âme de commerces du luxe.

Situé en plein centre ville, à jet de pierre des « bureaux » – ainsi appelle-t-on la zone administrative de la capitale – et des banques qui se concentrent pratiquement toutes dans un rayon de quelques centaines de mètres carrés, « Marcet Capitaale », comme on dit en Hassaniya, conserve certes sa vocation première mais il est devenu aussi le centre de toutes les affaires et de tous les « tieb-tieb », terme que les Mauritaniens ont adopté, puis adapté, à toutes les activités informelles capables de générer un profit quelconque. Si vous voulez vendre ou acheter des devises, au prix fort, sans passer par la Banque Centrale de Mauritanie, les banques primaires de la place ou l’un des nombreux bureaux de change qui jalonnent les abords des avenues principales de la Capitale, allez directement au « Grand Marché ». D’ailleurs, se sont les « chasseurs de devises », plantés aux multiples entrées du marché, hélant, appelant, et même bloquant automobilistes et piétons, qui viendront vers vous. De l’avis de connaisseurs de ce lieu de la finance au noir, des millions de devises se brassent chaque jour, au grand dam de la BCM et des banques primaires. Mais ceci est une autre histoire…

Les détaillants exposent, à ciel ouvert boubous, voiles, robes, chaussures, lunettes et tant d’autres produits à l’origine douteuse. Le « ventre » du marché, appelé communément « kerch el batroun) (ventre du patron) constitué par ses allées, est bondé de marchandises de toutes sortes et est également le lieu où l’on trouve les objets de l’artisanat mauritanien (tabatières, pipes, bagues, etc) destinés aussi bien aux étrangers de passage qu’aux Mauritaniens.

Souvent pourchassés par les services de la mairie et la police, ces vendeurs ambulants ne mettent pas longtemps pour revenir. Leur vie et leurs activités n’ont de sens que dans ce lieu où ils ont réussi à faire que, sans leur présence, le « marché de la capitale » n’est plus le « Grand marché de Nouakchott ». Beaucoup de grands commerçants reconnaissent que sans l’animation qui règne tout autour du marché, les affaires ne marchent pas vraiment. En effet, la plupart des marchands ambulants se ravitaillent auprès des grossistes qui, chaque soir, font l’état des ventes avec les promoteurs improvisés de leurs produits importés essentiellement de Chine, de Taiwan, d’Inde et d’Indonésie. Des destinations que de grands commerçants mauritaniens ont découvertes, il y a une dizaine d’années, et aimées pour les bénéficies énormes qu’elles permettent de réaliser.  Ainsi, les produits « made in Europe »sont de plus en plus éclipsés par ceux en provenance des Tigres asiatiques, et réservés aux habitants de Tevragh-Zeina (elle finira belle), nom de cette zone résidentielle de Nouakchott où les pauvres ne se rendent que pour servir les riches. D’ailleurs, ceux-ci ont fini par se rabattre sur les chaînes de boutiques de luxe ouvertes pour eux par de grandes commerçantes tout le long des avenues des quartiers chics de Nouakchott quand ils se sont rendus compte que le Grand Marché de la Capitale est devenu, au fil du temps, un lieu commun.

 

Entre nationaux et étrangers

 

Marché marocaine (Crédit photo: Noor Info)

Il fut un temps où la vente à la criée était une spécialité des ressortissants des pays voisins (Sénégalais, Gambiens et Maliens) mais aujourd’hui, le chômage qui frappe la Mauritanie, comme d’ailleurs la plupart des pays du monde, développés ou non, a contraint les jeunes à se lancer dans de telles activités et à chercher à occuper le terrain en rivalisant d’adresse avec les célèbres « banabanas » d’antan. Ils proposent à des centaines de jeunes filles et femmes, venues s’enquérir des dernières nouveautés, robes, bagues, montres, bracelets, boucles d’oreilles, chaussures, parfums et crèmes qu’ils jurent être authentiques en répétant, invariablement, « varanci » (français), « itali » (italien) ou « spani » (espagnol). Ces jeunes qui ont élu domicile aux abords des marchés ne les quittent qu’à la fin du mois, pour aller guetter les salariés à la sortie des banques. Une façon d’aller tenter leur « numéro » de vendeur irrésistible à la source même de l’argent qui ne circule, véritablement, qu’entre le 25 et le 30 du mois.

En dehors de cette immigration temporaire, l’animation dans les marchés de Nouakchott reste la même, tout le long de la journée. Certains ne désemplissent pas, même à midi où, généralement, chacun doit rentrer à la maison pour manger et se reposer. L’activité essentielle reste dominante mais elle génère tant d’autres liées à la restauration, qu’elle soit rapide (thé, zrig, méchoui), ou habituelle (riz dans toutes ses variantes locales). C’est ce qui explique que les marchés de Nouakchott ont cet aspect répugnant de ghetto et de mélange des genres. Le marché du 6ème Arrondissement (El Mina), est, par exemple, le répondant « pop » du marché de la Capitale, en matière de vente des vêtements, mais il renferme aussi des boutiques qui vendent des produits alimentaires, des étals de bouchers et de vendeuses de légumes. Le marché du 5ème Arrondissement voisin (Sebkha), qui n’est séparé de celui du 6ème que par le goudron, offre le même paysage, le même désordre et les mêmes senteurs provenant du mélange de produits très différents.

La vocation « alimentaire de ces deux marchés est rudement concurrencée aujourd’hui par le marché dela Mosquéemarocaine qui, pour justifier son nom, reçoit, depuis la réalisation de la route Nouakchott – Nouadhibou, tous les fruits et légumes provenant du Maroc. Au grand bonheur des Nouakchottois !

C’est même à partir de ce marché que le reste du pays s’approvisionne en légumes et fruits. Des minibus qui n’arrivent plus à concurrencer les taxis dans le transport urbain se sont reconvertis dans l’acheminement de ces produits vers toutes les wilayas du pays. Une vocation partagée également par le Marché de la capitale et celui du 6ème qui, à la veille de chaque fête, se transforment en de véritables foires aux vêtements.

 


Monsieur le Président, un « opposant » vous parle

photo: Sneiba Mohamed

Une précision d’abord. Je suis un « opposant » d’un tout autre genre. Opposant au discours panégyrique de la Majorité qui ne regarde la situation du pays qu’à l’aune de ses désirs et rêves éveillés mais également à la critique « orientée » d’une COD (Coordination de l’opposition démocratique) qui s’oppose à la personne du président Aziz, non à un programme ou à un système.

Je ne suis donc ni de droite ni de gauche. A peine, si je me considère du « centre », représenté aujourd’hui par le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir qui, malgré l’inconfort de sa position, cherche à apaiser une situation qui reste fortement tributaire de la Bipolarité politique qui, depuis Taya, régente les rapports entre la Majorité et l’Opposition.

Monsieur le Président,

J’ai une fois, dans l’un de mes nombreux écrits, posé cette question : Le président Aziz peut-il gouverner sans majorité ? C’était au tout début de votre pouvoir, quand vous avez laissé croire que la « vieille garde » (ceux qu’on avait qualifié à l’époque de « roumouz-el-veçad », autrement dit « symboles de la gabegie) était vraiment morte et enterrée. Pour dire vrai, il s’agissait d’un bon début. De la belle époque, de « l’âge d’or » du Changement constructif. Votre majorité était alors composée, essentiellement, du Peuple qui vous a soutenu, quand vous avez mis fin au long règne de Taya, et non de ces hommes politiques qui l’entouraient – et vous entourent – aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Ceux qui jugent votre action depuis votre arrivée au pouvoir s’opposent sur plusieurs points. D’abord, par où commencer ? Le coup d’Etat contre Taya (3 août 2005) ? La « Rectification » (6 août 2008) qui a écourté le mandat de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ? La présidentielle de juillet 2009 ? Evidemment, que la prise en compte de l’un de ces repères, au détriment des deux autres, détermine le jugement que l’on a sur vous. Et, oui, il ne s’agit que de jugements, pas de la Vérité. Des jugements qui n’engagent que ceux qui les portent et qui, s’ils sont compris comme tels, éviteraient bien des incompréhensions aujourd’hui.

Monsieur le Président,

J’avoue que vous avez bien accompli quelque chose. J’aime bien cette expression « quelque chose », qui permet de ne pas donner UN contenu à vos réalisations et de départager ceux qui vous soutiennent d’avec ceux qui vous critiquent. Ce sera à l’aune de leur allégeance ou de leur opposition, de leurs sentiments et ressentiments.

Un ministre, par exemple, dira que la « Mauritanie Nouvelle » est devenue un paradis terrestre, cet Eden mythique tant chanté par les poètes. Cela tiendra à l’intensité de sa volonté de ne pas perdre son poste et de jouir, le plus longtemps possible, des privilèges qu’il confère. On ne peut lui en vouloir. Après tout, c’est son sentiment, son intime conviction. Et son intérêt aussi.

Un chef de parti de la COD parlera de géhenne sous votre règne, du plus mauvais des régimes que la Mauritanie ait connu de l’indépendance à nos jours. Il joue, à fond, son rôle d’opposant à un pouvoir qui ne peut lui demander de l’applaudir. Mais, peut-être bien, qu’il devait, pour donner plus de crédit à la critique, accepter que le bilan d’Aziz n’est pas tout à fait conforme à la descente aux enfers que décrivent aujourd’hui ceux qui ne pardonnent pas à l’ancien général de leur avoir volé leur victoire. Il y a là du ressentiment d’avoir été de la majorité, sans jouir pleinement des « avantages » qu’elle offre, ou d’avoir fait de mauvais calculs, à un moment donné du processus qui a conduit de la chute de Taya à votre Sacre, en passant par le jeu d’alliances et de contre-alliances durant le passage de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au pouvoir.

Monsieur le Président,

Pour éviter le piège des « réalisations », disons que vous avez fait « quelque chose ». Je m’en vais donc donner un contenu à ce que j’estime être votre bilan. Positif puis négatif.

La plupart des mauritaniens s’accordent à vous donner tout le mérite d’avoir mis fin au règne de Taya. Vingt ans d’un pouvoir qui, malgré quelques « éclaircies » était une véritable catastrophe, notamment sur le plan économique et social. Les opportunités offertes au pouvoir de Taya par les institutions de Bretton Woods et les fonds de financements arabes pouvaient permettre à la Mauritanie de rattraper « le temps perdu ». Malheureusement, les milliards de dollars US offerts par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de prêts, de dons ou de quasi-dons, n’ont servi qu’à creuser le fossé entre riches et pauvres. Mais la pire des catastrophes « naturelles » a sans doute été les exactions commises entre 1989 et 1991 contre la communauté négro-mauritanienne et dont les conséquences continuent, encore aujourd’hui, à empêcher un vrai retour à la normale, malgré tous les gestes de bonne volonté.

Il y a aussi que, dans votre lutte contre la gabegie, deux aspects importants retiennent l’attention : la peur bleue des responsables de toucher désormais à l’argent public, ce qui était du temps de Taya, le sport national n°1, et la restructuration de certains services. A ce sujet, il m’arrive souvent, monsieur le Président, de citer l’exemple des logements qui étaient attribués de manière anarchique. Plus besoin aujourd’hui d’avoir un parent ou ami haut placé pour bénéficier de ce qui était, de manière théorique, un droit pour les fonctionnaires et agents de l’Etat mais un privilège (en pratique) réservé seulement à ceux qui connaissant les coins et recoins d’une administration pourrie.

Monsieur le Président,

Vous avez failli dans d’autres domaines. D’abord, vous n’avez pas tenu longtemps dans votre volonté de changer le style et les moyens de la gouvernance politique et administrative. Le Système n’a pas tardé à avoir raison – aussi – de vous. Exactement comme vous le reprochiez à Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ! Dans votre entourage, il y a beaucoup de ces hommes et femmes qui étaient ministres, walis, députés ou sénateurs sous un pouvoir que les mauritaniens vouent aujourd’hui aux gémonies. Comment expliquer cela ? Une capitulation de votre part ? La volonté d’utiliser les mêmes moyens (tribus, argent, élites) pour arriver aux mêmes fins (durer au pouvoir) ?

Pour sauver la situation (on dit sauver ce qui peut encore l’être), revenez rapidement à votre projet de renouvellement de la classe politique. Je suis entièrement d’accord que pour changer la situation du pays, il faut du sang neuf. Il y a un temps pour la retraite. Même en politique.

Il faut aussi privilégier la bonne recette de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Ne pas trop compter sur ces dosages entre tribus, régions et communautés. Si les choix sont justes et si la démocratie est vraie, personne ne trouvera à dire si les Négro-mauritaniens ont plus que le fameux quart (au niveau du gouvernement) ou si les Harratines ont plus de dix ministres. Pour cela, il faut d’abord que l’on arrive au stade où l’on comprenne, tous, qu’il n’y a qu’UN mauritanien. Il y a, reconnaissons-le, de bons signes qui font penser que vous êtes sur la bonne voie. Trois chefs d’état-major issus d’une même communauté (et d’une même ville), des Haratines aux postes de président de l’Assemblée nationale (même si Messaoud ne vous doit rien, en fait), du Conseil constitutionnel, du Conseil économique et social et deux ministères, l’Intérieur et la Justice, qui leur étaient « interdits ». L’acceptation de ce fait est déjà un bon signe de ce que les mauritaniens ont vécu comme injustices et décidé de dépasser.

Monsieur le Président,

C’est au niveau de l’administration que beaucoup de choses restent à faire. Ah, si vous savez ! Je suis sûr qu’on ne vous dit pas tout sur le « profil » des hommes et femmes qu’on vous présente, chaque jeudi, au Conseil des ministres, pour des nominations. Ce n’est pas de la dénonciation, mais le mal est si profond qu’il faut une mesure urgente pour stopper cette injustice qui fait des personnes comme moi des « opposants » au Système.

Il y a cependant des exceptions à la règle. Vous avez nommé un conseiller à la Communication que j’ai connu comme professeur, quand on servait ensemble au lycée de Boghé, et comme journaliste (qui compte parmi les pionniers de la presse indépendante en Mauritanie) qui répond parfaitement à ce que je suggérais quelques lignes plus haut : l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Au niveau du ministère d’Etat chargé de l’Education, le secrétaire général est « une tête bien faite ». Il a le profil du poste qu’il occupe. Je cite seulement deux bons exemples, je peux en citer mille, s’il faut dénoncer les promotions « déplacées ». Mais là n’est pas l’objet de cette apostrophe.

Monsieur le Président,

Méfiez-vous des « faux amis » politiques. Et là, j’en reviens à la problématique de la Majorité. Question d’intérêt et de principe. Il y a ceux qui vous soutiennent pour le premier, rarement pour l’autre.

Au niveau de l’Union pour la République (UPR) et de « l’autre majorité », les soutiens se monnayent. Ils fluctuent à la bourse des intérêts de la tribu, de la région et du groupe social. On retrouve là le principe des vases communicants avec, pour le moment, un préjugé favorable à la Majorité. Mais jusqu’à quand ?

Sneiba Mohamed

(Professeur, et occasionnellement journaliste)

 

 


On est toujours « le petit mur de quelqu’un »

Cheikh Modibo Diarra (Photo Google)

On est toujours « le petit mur de quelqu’un ». Pour ceux qui ne comprennent pas le sens de cette expression imprononçable ici en hassanniya, voici un dessin : Ma fille Amy de 8 ans vient souvent déverser sa colère sur sa petite sœur Mariem, 5 ans. Et à chaque fois que leur maman mène sa petite enquête, elle découvre qu’Amy, « la brave » a été rossée à l’école par l’une de ses amies de classe ! Et oui, et donc elle vient éprouver sa « force » sur sa petite sœur, son souffre-douleur, son « petit mur ». C’est exactement ce qui vient de se passer au Mali. Incapable de faire face aux groupes islamistes armés qui occupent le nord Mali depuis plus de sept mois, le capitaine Amadou Sanogo, chef de la junte ayant déposé le président Amadou Toumani Touré, se retourne contre le pauvre  Premier ministre Cheikh Modibo Diarra !

En limogeant le Premier ministre le chef de la junte fait d’une pierre deux coups. Il se débarrasse d’un homme gênant, pas aussi soumis au diktat des militaires que le président par intérim Dioncounda Traoré, et il montre à la communauté internationale, notamment, à la CEDEAO, que c’est lui qui détient toujours le pouvoir. Mais en même temps, Sanogo se ridiculise. Il oublie toutes ses fanfaronnades, quand il avait destitué ATT, l’accusant de faiblesse face aux groupes islamistes armés, et promettant aux maliens la reconquête rapide de l’Azawad. Depuis, il se cantonne avec ses hommes à Bamako, semant la terreur parmi les populations et les hommes politiques partagés entre pro et anti militaires. Il se donne en spectacle et, sans doute, est en train de mal régenter un pays qui va de jour en jour à la dérive alors que sa mission serait d’aller au front accomplir ce pour quoi il a été formé et par lequel il a justifié son coup d’Etat. Une situation qui ne saurait durer longtemps parce que lourdes de conséquences pour le Mali et ses habitants, du nord et du sud. Lourde de conséquences aussi pour la junte elle-même, qui s’expose à des sanctions internationales mais aussi au risque, énorme, de porter la responsabilité de l’échec d’une intervention militaire pour libérer le nord Mali de l’emprise d’Al Qaeada au Maghreb Islamique (AQMI), d’Ançar Edine et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO). Si la communauté internationale ne peut rien contre le capitaine rebelle, lui doit mesurer, au moins le risque d’être « putsché » par les islamistes si jamais ils décident de marcher sur Bamako.

 

 


Où est le président ?

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, à son retour de France, le 24 novembre 2012. (photo: France24).

Une question que personne ne se pose aujourd’hui. Dix jours que le rais est hors du pays pour un séjour en France. Un second voyage qui, heureusement, n’a pas suscité les mêmes passions que celui du 14 octobre dernier, quand le président Mohamed Ould Abdel Aziz a été évacué d’urgence à Paris, suite à sa blessure, « par méprise », avait dit le gouvernement. On sait la suite. Un feuilleton de rumeurs, de « vérités », de contre-vérités, d’analyses de cas, de situations, jusqu’au retour du président, avec un accueil « historique » de la part d’une majorité qui, elle-même, avait pourtant commencé à douter.

L’empoignade verbale qui avait mis aux prises pouvoir et COD (coordination de l’opposition démocratique) un mois durant, a connu un dénouement tragi-comique qui explique aujourd’hui le « relâchement » qui accompagne ce second séjour présidentiel « pour soins complémentaires ». Côté, COD, on hésite à évoquer cette absence, pour ne pas parler de « vacance », même si le mystère continue à entourer la santé du président Ould Abdel Aziz. Car il est vrai que le président, par son retour à Nouakchott, quatre jours avant la commémoration du 52ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, a mis fin à la polémique autour de son incapacité physique à assurer sa charge présidentielle. La preuve en a été  donnée en deux temps : tout le long du trajet Aéroport international de Nouakchott – Palais présidentiel qu’il a fait debout, saluant les centaines de milliers « d’accueilleurs », convaincus ou non, ensuite en donnant une conférence de presse, au lendemain du 28 novembre, pour répondre à certaines questions essentielles pour l’opinion publique nationale et internationale.

On avait pensé cela suffisant, côté majorité présidentielle, pour faire taire la COD et même l’humilier, en se disant que c’est aux mauritaniens maintenant de juger à partir de ce qu’ils ont vu et entendu. Donc, réellement, un bon point pour le pouvoir qui a joué de perfidie en cachant la vérité sur la santé du président, en le donnant même pour très malade, avec des bribes d’informations « non vérifiées » pour laisser la COD conjecturer sur une affaire devenue presque d’Etat. Mais, il faut aussi le reconnaitre, le retour du rais en France, son séjour qui commence à durer et l’absence d’informations sur ce qui le retient encore à Paris, et même sur la durée de son séjour, remet la COD en scelle. On se dit qu’il y a, quelque part, une information à chercher. S’agit-il d’un contrôle de routine ? D’une complication ? Ou, tout simplement, de vacances sous forme de convalescence pour mieux reprendre la forme ?

Toujours est-il que les mauritaniens sont maintenant convaincus que le pouvoir du président Aziz est solidement assis. Deux longs séjours qui n’ont rien à voir avec les visites officielles (ne dépassant généralement pas 72 heures) montrent, à qui ne le sait pas encore, que l’homme aux deux coups d’Etat a eu suffisamment d’expérience pour se prémunir lui-même. Même si…

 


Nord Mali : Ce sera une guerre « totale »

Photo: Google

La Mauritanie a vraiment tous les soucis à se faire. On peut même dire, sans risque de se tromper, que la menace qui pèse sur la stabilité et la sécurité du pays, venant de l’évolution possible de la crise malienne en guerre contre le terrorisme, est plus grande que la tension interne née du coup d’Etat du 6 août 2008 et de l’élection présidentielle de juillet 2009 que d’aucuns voient comme son prolongement naturel.

En fait, il est impensable que l’intervention militaire que projettent les forces de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), avec l’appui des puissances occidentales, se fasse uniquement dans la zone occupée, depuis plusieurs mois, par les groupes islamistes armés (AQMI, MUJAO, Ançar Edine). Comme l’ont souvent dit et répété les chefs de guerre de ces organisations terroristes, la guerre sera « totale ». On peut imaginer que des pays de la zone CEDEAO s’empressent à vouloir déclencher l’offensive mais les voisins immédiats du Mali (Mauritanie, Algérie, Burkina, Sénégal, Guinée, Niger) sont, au propre comme au figuré, dans la tourmente que connait Bamako, depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012 ayant conduit à la chute du président Amadou Toumani Touré et précipité celle de tout le nord Mali entre les mains des groupes islamistes armés.

Ce sera pratiquement le même scénario de causes à effets, si la volonté du capitaine Sanogo, président du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité (CMSRFDS), de déclencher l’offensive contre les islamistes, à l’arrivée à Bamako des armes bloquées depuis plusieurs mois au port de Conakry. On peut penser qu’il ne s’agit pas tout simplement d’un effet d’annonce parce que d’autres faits poussent à croire que la guerre est imminente : La Mauritanie qui vient d’acquérir un avion brésilien Embraer destiné à des attaques au sol, et qui s’attend à d’autres livraisons, et l’ambassadeur de France à Bamako, Christian Rouyer, qui vient de lancer un appel à l’Algérie et à la Mauritanie pour prendre davantage une position en faveur de la guerre. Un appel qui fait suite à un constat peu « engageant » pour « l’armée malienne et la communauté internationale (qui) ne sont pas prêts pour une intervention au nord Mali », aux mains de groupes islamistes armés depuis plusieurs mois, selon le diplomate français. Ce dernier exprimait, sans nul doute, une position officielle, puisqu’il s’exprimait, samedi dernier, dans une rencontre sur « la politique française au Sahel : cas du Mali ». On peut  penser que dès que l’armée malienne sera en possession de ces armes, bloquées dans un premier temps par la CEDEAO pour ne pas tomber dans les mains de la junte, le compte  rebours pourra commencer.  Mais ce ne sera sans doute pas suffisant pour bouter hors du pays les terroristes d’Al Qaeda au Maghreb Islamistes (AQMI), les salafistes d’Ançar Edine, les narcotrafiquants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) et les indépendantistes du MNLA. L’offensive va recréer une sorte de « sainte alliance » entre tous ces mouvements et le soutien « logistique » de la France et des USA aux 3300  soldats de la CEDEAO appelés à épauler l’armée malienne pour reconquérir l’Azawad ne sera pas de trop. Car ce n’est pas seulement la fougue retrouvée de l’auteur du putsch du 22 mars contre Amadou Toumani Touré qui a précisé que «l’armée n’attendra pas septembre 2013 pour libérer le Nord » comme l’avait dit Romano Prodi, envoyé spécial de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Sahel au cours d’une conférence de presse, le mardi 20 novembre à Rabat (Maroc), qui peut venir à bout des combattants des groupes islamistes armés. On craint, en Mauritanie, que le tonitruant capitaine n’ouvre seulement la boîte de Pandore avec toutes les conséquences que le déclenchement de la guerre aura sur la Mauritanie. Même si, à l’inverse, le pourrissement de la situation au nord Mali inquiète.

Du côté de Nouakchott, le changement de la donne malienne est perceptible à travers cette soudaine prudence, cette retenue, dans l’action et dans le verbe, dont font preuve les responsables mauritaniens, le président Aziz en tête. Le président n’a-t-il pas dit, lors de son entrevue avec la presse, le lendemain de la commémoration du 28 novembre, qu’une action militaire au nord Mali n’est pas envisageable ? Sauf si la sécurité du pays est menacée. Ce qui fait dire à certains que Nouakchott a, peut être, passé une sorte de deal avec les groupes islamistes armés, qui aurait été priés de se tenir éloignés des frontières de la Mauritanie. Et pour une fois, le pouvoir mauritanien donne l’impression d’agir en fonction de la raison non des sentiments qui le poussent à passer, aux yeux des mauritaniens, pour une « puissance » militaire sous régionale, capable de dicter sa loi aux voisins.

 

 

 

 


Festival « Les blues du Fleuve » de Baba Maal et « Festival du Fleuve » : Quand la culture surclasse la politique

Foule massée sur la rive droite du fleuve Sénégal attendant l’arrivée en barque de Baaba Maal (Crédit photo: Sneiba Mohamed)

A l’occasion de la deuxième édition du « Festival du Fleuve », parrainé par le ministère mauritanien de la Culture, de la jeunesse et des sports, combiné, cette année avec la 8ème Edition du Festival Blues du Fleuve du célèbre musicien Baba Maal, le Fleuve Sénégal n’était plus la frontière naturelle entre la Mauritanie et le Sénégal mais est redevenu un facteur d’union entre les populations des deux rives.

Le Festival du Fleuve, que le ministère de la culture a voulu inscrire dans le cadre d’un agenda national – et surtout politique – a été surclassé par la manifestation, essentiellement culturelle et musicale des Blues réaffirmant, à l’occasion, que Baba Maal est à n’en pas douter un monument de la culture pulaar et bénéficie d’une très grande audience en Mauritanie. En témoigne l’immense foule venue assister à cette manifestation culturelle qui magnifie leur culture et leur histoire. Boghé, côté mauritanien du Fleuve, et Démet (côté sénégalais) n’en faisaient plus qu’un. Les populations massées des deux côtés du Fleuve n’avaient rien de différent : même langue, même vêtements, même vécu, même histoire. Mais surtout même attachement à ce qui était l’attraction du moment, le grand compositeur et chanteur de la musique pulaar, Baba Maal.

C’était, en fait et pour dire vrai, la raison du déplacement de milliers de natifs de la ville de Boghé venus des quatre coins de la Mauritanie. Les autres activités « insérées » à celles essentielles avaient un caractère protocolaire qui n’échappait nullement  à l’œil d’un observateur averti. Pour sa deuxième édition du Festival du Fleuve, le ministère de la Culture avait besoin d’un « jumelage » avec les Blues de Baba Maal, qui ont une bonne longueur d’avance (8ème édition) et une réputation qui se justifie par les succès rencontrés dans ses précédentes éditions à Podor, ville natale du chanteur et à Winding.

Régate avec la participation de piroguiers mauritaniens et sénégalais (Crédit photo: Sneiba Mohamed)

Pour le reste, les organisateurs de ces deux festivals en un avaient peaufiné un programme qui tient compte, tant bien que mal, des « spécificités » du Festival du Fleuve et des Blues de Baba Maal.

Sur trois jours donc (du 7 au 9 décembre), les populations de Boghé (Mauritanie) et de Démet (Sénégal) vivent au rythme d’activités culturelles (régate, paroliers, défilé), de grands concerts avec des musiciens venant du Sénégal, du Mali, de Mauritanie, de Guinée et du Burkina, d’exposition-vente de produits artisanaux locaux, de conférences-débats sur des thématiques intéressant les jeunes et les habitants locaux et d’activités de reboisement. Ouvert à Boghé, en présence de personnalités officielles, avec à leur tête les secrétaires généraux des ministères de la Culture, de la jeunesse et des Sports et de l’Intérieur, le festival devrait être clôturé à Démet, sur la rive gauche du Fleuve.  Ce qui constitue un bel exemple d’intégration entre deux pays qui ont bien des choses en commun, malgré les heurts de la politique et les contraintes liées à leur existence en tant qu’Etats jouissant de la plénitude de leur souveraineté nationale.

Ce billet sur le Festival du Fleuve et les Blues du Fleuve sera incomplet sans la présentation la capitale du « pays des halaybe » telle que présentée par le professeur Amadou Oumar Dia dans un petit document « Contribution à la connaissance de la ville de Boghé » distribué aux participants à cette manifestation culturelle et sportive :

« La ville de Boghé est au centre de la zone traditionnelle dénommée la province halaybe (située à cheval sur les deux rives du fleuve Sénégal et comprenant plus d’une quarantaine de villages), partie intégrante du Fuuta Tooro aujourd’hui partagé entre la Mauritanie et le Sénégal.

De par sa position géographique dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal, à mi-chemin entre le delta et le haut-fleuve, de par sa fonction de carrefour ou de relais des voies de communication fluviale et terrestre entre, d’une part, le sud, le centre et l’est mauritaniens, et, d’autre part, le nord du Sénégal (l’île à Morphil appelé hakkunde maaje « entre les deux fleuves), Boghé et ses environs ont toujours été un centre agro-pastoral, un centre commercial et restent un véritable lieu de contacts, de brassage des peuples, de langues et de cultures ».


Crises : Le jeu des intérêts

Patrouille de casques bleus de l’Onu en Cote d’Ivoire (crédit photo: lemonde.fr

Libye, Syrie, Mali, Tunisie, Yémen, Egypte. L’ordre importe peu. Parce que dans certains de ces pays, le pire a été évité alors que dans d’autres la menace est toujours là. Des pays où règne une ambiance de désordre intégral. Des pays où l’insécurité bat son plein. Des pays donnant des « exemples » de ce que la folie du pouvoir peut engendrer dans des Etats arabes et africains où la démocratie n’a pas droit de cité et où les conflits tribalo-ethniques appellent parfois à la sécession. Ce qui se passe au Mali servira de chaude alerte pour l’Union africaine (UA) dont les dirigeants ont jusque-là abordé, de façon très timide, les crises qui secouent le continent. Faisant preuve d’une impuissance face à des pouvoirs sans limites. Ni dans le temps (une quasi présidence à vie) ni dans les prérogatives. Et de pouvoirs déséquilibrés entre les différentes régions d’un pays. Jusqu’au jour où le drame éclate.

Au Yémen, le risque d’embrasement était plutôt une menace directe pour les monarchies du Golfe. Mais celles-ci ont compris que, par ricochet, il est évident que toute instabilité dans ce pays aura des répercussions sur des Etats qui ont toujours compté sur les pétrodollars pour leur développement. Ils ont alors agi énergiquement pour faire partir Ali Abdalla Saleh et limiter les dégâts collatéraux d’un conflit qui était pourtant parti pour s’inscrire dans la durée.

C’est dire que la communauté internationale a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui dans ces pays. Le manque de rigueur dans la gestion des crises, mais aussi la politique de deux poids, deux mesures, sont les principales causes de cette recrudescence d’anarchie sociale et de guerres sur fond de tensions tribales ou confessionnelles. On s’est demandé, dans ce cadre, pourquoi intervenir en Libye et en Cote d’Ivoire et non pas en Syrie, au Yémen ou au Mali ? Une importance pour un conflit peut-elle être déterminée, seulement, en fonction du pétrole ? Et des possibilités de se débarrasser d’un dirigeant devenu trop gênant ?

Vu sous cet angle, la communauté internationale contribuerait, sans doute, à embraser le monde et à ne rien faire pour éteindre les flammes.

Le départ de Kadhafi était inéluctable. Pourtant, « on » s’est donné le temps pour que la Libye soit détruite complètement. Une manière de « valoriser » la reconstruction future du pays et de relancer une économie mondiale qui connait des hauts et des bas depuis 2008.

Tout cela relève de cette « anarchie créatrice » qui permet à l’Occident de pouvoir reconsidérer ses politiques en fonction de la nouvelle configuration du Monde. Politiquement s’entend.

Les nouvelles autorités libyennes ne pourront jamais mener une politique autre que celle que leur suggéreront les puissances qui sont venues les sauver de la dictature de Kadhafi. Il y a même, sans qu’on s’en rende compte tout à fait, une résurgence de la guerre froide des années 50 – 90 du siècle dernier, mais à visage économique non politique. Russes et Chinois ont longtemps voulu s’opposer à cette « guerre » parce que Kadhafi avait promis de leur attribuer des contrats faramineux. Mais c’est sans doute parce qu’ils avaient compris que rien n’allait empêcher la France, l’Angleterre et les USA de pousser Kadhafi vers la sortie, que ces puissances de l’ancien bloc communiste ont fini par accepter tacitement (par la subtilité de l’abstention au Conseil de sécurité) qu’un « ami » subisse la loi de la règle non écrite de la volonté des Grands. Ils sont allés plus loin en le laissant liquider physiquement dans ce qui est apparu comme un acte relevant de la seule responsabilité du CNT et de ses milices. Contre quoi ? On le saure peut-être bien un jour, quand on verra que la Chine et la Russie n’ont pas « sacrifié » Kadhafi (alors qu’ils tiennent encore à Bachar al-Assad) pour rien.