Mohamed SNEIBA

Mauritanie : l’Assemblée nationale ou le Grand Oral des ministres

Assemblée nationale de Mauritanie (Crédit photo: AMI)
Assemblée nationale de Mauritanie (Crédit photo: AMI)

La guerre que se livrent la majorité et l’opposition prend une autre tournure. C’est au sein même de l’Assemblée nationale que les députés de la Majorité (53 sur 95) et ceux qui se réclament de la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique) ou de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) se livrent à une bataille rangée sur des questions d’intérêt national : la discussion de projets de lois présentés par le gouvernement ou l’interpellation des ministres de la République sur des questions qui fâchent (affaire des professeurs mutés et qui observent un sit-in depuis quatre mois, dépenses jugées extra budgétaires, élections, « naturalisation » de Sahraouis, etc), sur les questions de développement (eau, électricité), la santé et la gestion des biens publics, etc.

L’Assemblée nationale est ainsi devenue le lieu où le débat entre le pouvoir et l’opposition trouve toute sa plénitude avec deux « armées » de députés, disproportionnées certes, mais faisant quasiment jeu égal : si l’opposition arrive toujours à remporter la première manche, celle des débats, la Majorité se rattrape par le vote systématique des projets de loi que le Gouvernement présente à l’approbation des élus de la Chambre basse du Parlement.

D’aucuns pensent que c’est grâce à cette chambre que les Mauritaniens se rassurent en se disant qu’ils ont un semblant de démocratie. Si aucun citoyen ne veut pour rien au monde rater les débats à l’Assemblée, que la TVM diffuse dans leur intégralité, personne ne prend la peine de suivre ce qui se passe au Sénat, qui répond plutôt à cette appellation infamante de « chambre d’enregistrement ». L’attitude des « Chouyoukh » (sénateurs, qui signifie en arabe « vieux ») donnent raison à tous ceux qui appellent à la disparition du Sénat, dont le rôle est qualifié par certains d’« inutile et incertain ».

Pour revenir au débat à l’Assemblée, la plupart des questions orales posées aux « ministrés » de la République ont permis à ceux-ci de dresser une sorte de bilan à quelques mois de la tenue d’élections municipales et législatives aux enjeux non négligeables. Pour eux, d’abord, bien sûr, parce que leur survie politique en dépend, mais aussi pour l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir dont ils se réclament tous, et qui entre, pour la première fois, dans une bataille électorale. Quand au président Ould Abdel Aziz, ses élections seront également un rendez-vous important tant son action commence à pâtir de l’usure du temps (au bout de trois ans seulement !) et du manque de lisibilité dans les programmes de développement mis en œuvre par le Gouvernement.


Mauritanie : Pour « enterrer » le dossier du passif humanitaire, l’Etat débloque plus de 2 milliards d’UM pour les victimes de l’armée

Réfugiés négro-mauritaniens à leur retour du Sénégal, en 2009 (photo: Sneiba Mohamed)
Réfugiés négro-mauritaniens à leur retour du Sénégal, en 2009 (photo: Sneiba Mohamed)

Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz est décidé d’en finir avec la question du passif humanitaire qui est l’un des dossiers les plus sensibles hérités de l’ère Taya. Dès son arrivée au pouvoir, le 6 août 2008, par un coup d’Etat unanimement condamné au début par la communauté internationale, Ould Abdel Aziz a fait de cette question une de ses priorités, bien que le président qu’il venait de destituer, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avait lui aussi pensé un plan global pour le règlement du passif humanitaire, en commençant d’abord par le retour en Mauritanie de quelque 20.000 réfugiés au Sénégal.

Pour le gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf la priorité a été accordée au retour des réfugiés et à la réinsertion, pour les besoins d’une « visibilité » à l’extérieur, puis le pouvoir a aussi privilégié le règlement du passif humanitaire au sein de l’armée qui constitue, véritablement, l’aspect le plus dramatique de cette question, avec des centaines de militaires Négro-africains éliminés physiquement dans les bases d’Inal (nord de la Mauritanie) d’Azlat (centre du pays) et de Jreida (30 kilomètres de Nouakchott) ainsi que l’existence de charniers dont le plus connu est celui de Sory Malé au Brakna.

Récemment donc, le ministre mauritanien de la Défense, Ahmedou Ould Dèye Ould Mohamed Radhi, a déclaré, au sortir du Conseil des ministres du jeudi 03 janvier 2013, que le gouvernement a approuvé un communiqué sur le règlement du passif humanitaire au sein de l’armée concernant des citoyens non inclus dans le communiqué du 02/062011. Il a ajouté que ce communiqué entre dans le cadre du dossier dont la résolution a commencé par le discours du président de la République et la prière de l’absent à Kaédi, le 25 mars 2009, précisant que les dédommagements ont concerné, avant ce communiqué, quelque 974 personnes, anciens membres des forces armées, pour une enveloppe financière de 1,247 milliards d’ouguiyas et des pensions de 98 millions d’UM.

Le ministre de la Défense a aussi affirmé que la commission chargée de recevoir les demandes des personnes victimes de ces exactions a reçu 2270 dossiers qui ont été étudiés au bout de six mois et que 786 cas ont été reconnus comme liés  directement à ces évènements au sein de l’armée, de la gendarmerie et de la garde.

Ould Dèye a indiqué que l’enveloppe financière consacrée au dédommagement de ce second groupe a  atteint 772.132.405 UM alors que les pensions grèveront le budget de l’Etat de 88 millions d’UM. En conclusion, le ministre de la Défense a souligné que le nombre total des anciens des forces armés à bénéficier des dédommagements sera de 1760 personnes pour un montant global de 2,019 milliards d’ouguiyas et que 186 millions seront dégagés pour la prise en charge des pensions. Et le  ministre de la défense de dire qu’avec le règlement de ces cas, on peut considérer que le dossier du passif humanitaire au sein de l’armée est clos.

Les associations des victimes pensent autrement

C’est à partir du 31 décembre 2009 que la Mauritanie avait espéré tourner, définitivement, une page douloureuse de son histoire. Les opérations de rapatriement engagées douze mois plus tôt devaient aboutir avec le retour de 20.000 négro-mauritaniens ayant passé vingt ans dans le dénuement le plus total, mais surtout l’exil forcé au Sénégal ayant été chassés de leur pays au cours des évènements de 1989-1991.

Mais les organisations des victimes de ces évènements ainsi que le HCR, qui a servi d’interface dans l’accord de rapatriement entre les gouvernements mauritanien et sénégalais, pensent qu’un important soutien reste nécessaire après le retour pour que les rapatriés puissent reconstruire leur vie. A cette fin, les autorités mauritaniennes, par l’intermédiaire de l’Agence nationale d’appui et d’insertion des réfugiés (ANAIR) ainsi que le HCR et ses partenaires ont mis en place un long processus de réintégration : allocation de terres cultivables; visites médicales ponctuelles sur les sites de retour ; approvisionnement de certains sites en eau dans l’attente de solutions durables ; distribution d’intrants agricoles ; mise en place de coopératives ; mise en place de projets Vivres contre travail… Mais plusieurs Organisations non gouvernementales et des réfugiés eux-mêmes dénoncent des insuffisances notoires quant aux allocations destinées aux opérations de rapatriement et à l’insertion. Ce qui a été entrepris, jusqu’à présent, ne relèverait, selon de nombreux observateurs, que du «minimum vital ».

Pour ces organisations, de nombreux défis restent à relever pour que ces populations puissent avoir la même vie que tout citoyen mauritanien, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau, de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et de l’élevage. Ces citoyens réclament surtout des dédommagements conséquents et proportionnels au préjudice subi. Par exemple, retrouver leurs terres et leurs anciens lieux d’habitation et non pas être concentrés dans des sites qui n’ont rien de différents de ceux qu’ils ont quitté au Sénégal. Il faut aussi que ceux qui ont été chassés de la Fonction publique, militaires et civils, reviennent à leur travail avec une formule qui leur permet de ne pas être trop lésés dans le cadre d’un processus de « réconciliation nationale » mis en œuvre par le gouvernement et auquel ils ont été très peu associés. Car tout est parti de la volonté d’un pouvoir qui voulait frapper un grand coup, comme on dit, pour ne pas permettre à l’opposition de surfer sur un dossier aussi sensible que celui du passif humanitaire. Cela n’a pas empêché pourtant des organisations de défense des droits de l’homme et des victimes de ces exactions de continuer encore d’effectuer des « pèlerinages » sur les lieux où des centaines de militaires négro-mauritaniens ont été exécutés par leurs frères d’armes arabo-berbères.


Moha le fou, Moha le sage*

Photo : Google
Photo : Google

Nous sommes tous des Moha. C’est à dire des personnes ambiguës sages et folles à la fois, honnêtes, malhonnêtes, bonnes et mauvaises. En politique surtout. Et c’est ce qui explique aujourd’hui l’ambivalence des jugements que l’on porte sur le pouvoir et l’opposition, sur les hommes et femmes qui font et défont les gouvernements et les régimes depuis l’indépendance à nos jours.

De l’intello au planton, nos pensées sur tout et rien sont équivoques. Elles répondent à un besoin d’adaptation – et d’adoption – qui ne tient compte que des intérêts du moment. Ce n’est pas sans raison que l’opposition, dans sa diversité, choisit les rapports qu’elle veut entretenir, en son sein et avec le pouvoir, en fonction de ce qui sert sa stratégie de lutte contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz et ses soutiens. C’est également en fonction d’un rapport de force fluctuant, et solidement influencé par les mouvements de protestation au sein de la classe ouvrière et estudiantine, que le Raïs souffle le chaud et le froid. Oui, pour le dialogue, non pour une certaine forme de « cohabitation » ! Les élections auront lieu au moment prévu, puis, il y a quelques petits réglages à effectuer avant de les organiser !

Ces tergiversations « présidentielles » relèvent de la politique politicienne qui alimente depuis toujours les controverses entre la Majorité et l’Opposition. Tout ce qui est dit ou fait par le gouvernement et par les partis de la Majorité, l’Union pour la République (UPR) en tête, relève de l’ambivalence du discours d’un Raïs qui montre, chaque jour, qu’il a bien assimilé la leçon à tirer des pouvoirs précédents. Un mélange de style « Taya », de recettes servies pendant la Transition militaire 2005 – 2007 et de « coups » assénés à l’opposition durant la période de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et la « Rectification » du 6 août 2008.

Il faut bien que cesse, une fois pour toutes, cette propension typiquement mauritanienne à jouer sur plus d’une corde. Etre soutien du président ou opposant n’est pas cette attitude figée qui consiste à défendre le faux ou à en faire usage pour tenter de convaincre des citoyens qui ne demandent qu’à être aidés pour faire face aux aléas de la vie. C’est une manière d’assumer – et de s’assumer – pour que le jeu de la démocratie se déroule sans porter atteinte à ce qui doit être le dénominateur commun entre tous les mauritaniens et qu’on appelle l’intérêt général. Pour cela, la politique doit passer au second plan quand une crise d’ampleur économique et sociale sans précédent menace la stabilité du pays, comme en ce moment où les prix flambent et où une crise politique implacable menace la paix sociale. Tout doit être mis en œuvre pour calmer la situation et faire face aux revendications qui fusent de tous côtés. En cela, le président a raison de « se féliciter » de la bonne marche du pays, parce que, jusque-là, son pouvoir a résisté au vent du changement qu’ailleurs on a appelé le « printemps arabe » mais il doit, aussi, savoir qu’une ouverture sur l’opposition est nécessaire pour sortir de la crise. Une reprise du dialogue, pourquoi pas ?

 

* Titre d’un roman de Tahar Ben Jelloun, paru en 1978.

Medsnib


Mauritanie : face à la crise, le Pouvoir joue les prolongations

Mauritanie : Le dialogue national aboutit à un accord par Magharebia via Flickr, CC
Mauritanie : Le dialogue national aboutit à un accord par Magharebia via Flickr, CC

Il y a un peu plus d’un an, le « dialogue national » – en fait des discussions entre la Majorité et trois partis de l’Opposition – avait été présenté comme la nouvelle feuille de route devant relancer, véritablement, la Mauritanie sur la voie de la démocratie, de la modernité et… de la rupture définitive avec les coups d’Etat. Quelques mois plus tard, le Parlement réuni en Congrès avait entériné les décisions de ce dialogue, malgré les protestations de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), formée de dix partis qui avaient comme « programme d’urgence » de chasser le président Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir, comme ce dernier l’avait lui-même fait pour Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le 06 août 2012.

L’option du dialogue avait été vue alors par le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, et par ses alliés au sein de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP), comme la seule issue « raisonnable » à la crise. Une appréciation faite, sans doute, de bonne foi par un homme que l’on présente, depuis le lancement du dialogue entre le pouvoir et les quatre partis d’opposition en décembre 2011, comme un conciliateur et un paravent contre ces printemps arabes qui continuaient encore, malgré leur côté positif, à troubler la quiétude de certains pays de la zone. Mais, du côté de l’opposition radicale, on pense autrement : il ne s’agit, ni plus ni moins que d’une autre « ruse » du pouvoir pour dévoyer la démocratie mauritanienne et tenter de gagner du temps dans un contexte de crise multiforme qui ne permet pas d’organiser des élections libres et transparentes pour remplacer un Parlement et des conseils municipaux dont les mandats sont arrivés à terme depuis novembre 2011.

On avait pensé alors que le vote acquis sur les amendements constitutionnels creuserait encore plus le fossé entre le « couple » pouvoir-opposition participationniste et la COD. Car cela a été, véritablement, comme l’avait annoncé le président de l’Assemblée nationale, l’acte qui scelle le véritable dialogue dont les résultats ont été de la sorte « constitutionnalisés » par plus des deux tiers du Parlement, même si la question de la légitimité de cette opération restait toujours posée.

Dans certains milieux, on pense que le pouvoir, à partir de cet instant, n’avait plus d’excuses pour retarder le processus et engager les procédures nécessaires pour que l’organisation des élections municipales et législatives puisse avoir lieu dans les plus courts délais possibles. Et on se surprenait à penser que ce pas de franchi avait quelque chose à voir avec les injonctions faites, quelques jours plus tôt, par des parlementaires européens, qui demandaient à Nouakchott de mettre un terme à la situation « indélicate » des députés, sénateurs et maires de Mauritanie qui exercent leurs mandats par défaut et donc ne disposent plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de leurs électeurs.

La question du calendrier électoral reste posée

Quelque soit la suite du processus en cours, le gouvernement est tenu de dire, dans les semaines à venir, quand et comment il compte organiser les élections municipales et législatives. La tactique qui consiste à opérer par petits pas, pour gagner du temps, comme il l’a fait dans la mise en œuvre du plan d’urgence « Emel 2012 » n’est plus efficiente quand c’est la communauté internationale elle-même qui commence à trouver étrange que la Mauritanie vit une période « d’exception » démocratique qui ne dit pas son nom.

Et l’on pense, à ce sujet, que lors du passage des parlementaires européens, la COD a pu trouver les arguments qu’il faut pour convaincre de la singularité d’une situation politique où le pouvoir n’a pas, véritablement, de solutions à tous les problèmes. Sauf s’il accepte de se remettre en cause et de pouvoir engager un processus de concertation (dialogue ou autre) avec les différents protagonistes de la crise, en vue d’un apaisement sans lequel la durée de vie du gouvernement actuel deviendrait un insupportable enfer. Non seulement pour les populations elles-mêmes, qui déchantent, après avoir cru que le « président des pauvres » est un faiseur de miracle, mais aussi pour ces « ministrés » qui ne savent plus à quel saint se vouer et parvenir, n’importe comment, à sortir de leur rôle désobligeant de figurants.

Mais, pour être juste, il faut aussi reconnaître que la COD n’est pas innocente dans la manipulation des règles du jeu politique qu’elle cherche à imposer au pouvoir. L’appel à la démission du gouvernement – et même du président Aziz – se comprend, quand l’opposition juge que ceux qui ont été choisis par la voie des urnes ont failli. Mais susciter un « printemps mauritanien », appelé même à un coup d’Etat contre un pouvoir, même mal élu, est une anomalie démocratique qui ne grandit pas l’opposition.  Cette dernière devait, en toute logique, garder les principes pour lesquels elle mène son combat.


2013 : Pour sortir de la précarité

Arafat, quartier populaire à Nouakchott (photo : Sneiba Mohamed)
Arafat, quartier populaire à Nouakchott (photo : Sneiba Mohamed)

Très sincèrement, tous les mauritaniens veulent voir l’année qui commence, 2013, être la fin de leurs problèmes. Enfin, n’exagérons pas. Qu’elle soit, « moins problématique » que 2012. Ce qui signifie, concrètement, que les conditions de vie des populations s’améliorent. Ici au Sénégal, où je me trouve au moment de l’écriture de ce billet, l’une des mesures annoncées par le président Macky Sall, dans son discours à la Nation à l’occasion du Nouvel An, est l’achat par le gouvernement, en 2013, de quelque 1000 tracteurs ! C’est le cadeau aux populations les plus démunies, à ces millions de personnes qui n’ont pas de salaires (à augmenter ou à rabaisser) et qui ne regardent que la fluctuation des prix des denrées de première nécessité. Certes, en Mauritanie, on n’a pas attendu le nouvel an pour penser aux pauvres, avec des plans « d’urgence » qui se répètent, suivant la même courbe, les mêmes cycles (Ramadan, Sécheresse) et les mêmes finalités. Mais l’occasion est belle, en 2013, pour penser, réellement, à ce qui pourrait être LA solution pour mettre un terme à l’aide qui ne dispense pas de l’aide. Exactement comme ce lien ombilical que la Mauritanie entretient avec ses partenaires économiques et qui fait que, pour l’essentiel de ses projets de développement, elle a toujours besoin de financements extérieurs ; même quand le gouvernement ruse et évoque la part de l’argent public dans ce qu’il appelle les « fonds propres ».

Il est temps que les mauritaniens se fixent comme objectif l’augmentation de leur productivité. Comme au Sénégal voisin, nous devons penser à aller vers l’agriculture. L’option déjà choisie avec les jeunes diplômés dans la wilaya du Trarza est insuffisante ; elle doit être « repiquée »  dans les autres régions agricoles du pays (Brakna, Gorgol, Guidimagha) et même pensée dans d’autres domaines : pêche (à Nouadhibou et à Nouakchott), mines (Zouerate, Akjoujt), élevage (Néma, Aioun, Kiffa), cultures oasiennes (Atar, Tidjikja). Le développement des régions en fonction de leurs spécificités économiques, c’est en fait cela qu’il faut à la Mauritanie pour sortir de la précarité.

 


Les drames de 2012 en Mauritanie*

Débris de l'avion militaire (crédit photo: El Hourriya.net)
Débris de l’avion militaire (crédit photo: El Hourriya.net)

Quelques heures seulement et l’année 2012 entrera dans le passé mais des évènements douloureux ayant marqué la vie des mauritaniens resteront à jamais gravés dans les mémoires, tant ils ont bouleversé l’opinion publique nationale par leur singularité et leur diversité, ayant touché  plusieurs coins du pays, allant de la moughataa  d’Arafat, à Nouakchott, à Akjoujt, capitale de la wilaya de l’Inchiri et des portes  du palais présidentiel à la frontière avec le Mali. Retour sur ces évènements qui ont marqué  l’année 2012.

–          9 février 2012 : L’immolation par le feu d’un enseignant, en ce jour, a ébranlé l’opinion publique nationale, d’autant qu’Abderrahmane Ould Bezed a accompli cet acte devant les portes du palais présidentiel pour protester contre le retard de son salaire pour 6 mois. Cependant, les parents de la victime ont refusé d’accréditer la thèse de l’immolation et ont tout de suite demandé une enquête indépendante pour tirer au clair cette affaire qui finira, deux jours après, par le décès d’Ould Bezeid, le 11 février 2012.

–          12 juillet 2012 : Les mauritaniens se réveillent, à l’aube de ce jour, sur un autre drame d’ampleur nationale : Un avion militaire qui s’écrase, quelques minutes après le décollage, dans un coin de l’aéroport international de Nouakchott. La tristesse était telle quand des citoyens ont accouru sur les lieux, regardant avec impuissance l’appareil mangé par le feu et causé la mort de tous ses occupants. Sept personnes, deux civils, deux douaniers et  quatre militaires, dont un officier, qui se dirigeaient vers la société Tasiast explorant une mine d’or près d’Akjoujt. La prière mortuaire sur ces 7 martyrs (ils étaient dans une mission) s’est déroulée à la mosquée Ibn Abass, dans un climat de tristesse sur l’ensemble du territoire national.

–          15 juillet 2012 : quelques jours seulement après ce drame national, les mauritaniens vont être secoué par la mort, à Akjoujt, suite à une intervention d’une unité de la garde nationale, contre des travailleurs de la MCM (cuivre), de Mohamed Ould Machdouvi. Une bavure qui provoqua une grande colère et failli déborder sur des complications engageant même l’entité tribale mais finit par se tasser quand l’Etat effectua une autopsie à Nouakchott et réussit à apaiser les esprits.

–           17 Août 2012 : Ce jour là, alors que le mois de Ramadan touchait à sa fin, les mauritaniens sont touchés par l’effroyable nouvelle d’un homme qui tue ses quatre enfants d’une manière horrible. Un incident qui, par sa singularité, a jeté une ombre de tristesse sur l’atmosphère de fête à laquelle se préparaient les mauritaniens.

–          8 septembre 2012 : La frontière mauritano-malienne sera le théâtre d’un crime inimaginable, accompli par des soldats maliens contre un groupe de prêcheurs (douat). Les corps de ces mauritaniens partis prêcher la bonne parole de l’Islam reviendront, par avion en Mauritanie pour être enterrés dans le célèbre cimetière de la moughataa de Riadh.

*Ce texte est une traduction de l’arabe faite par moi pour le compte du site « El Hourriya.net ».

 


J’ai « tué » 2012 à Dakar

Dakar, Zone A (Crédit photo: Sneiba Mohamed)
Dakar, Zone A (Crédit photo: Sneiba Mohamed)

Chez nous, en Mauritanie, on dit, dans toutes les langues nationales, « le mois est mort » (ech’har mat – mat, comme dans les jeux d’échecs, lewru mayi, wer bi dena, xaso kara), façon pour un créancier ou un solliciteur de réclamer, sans attendre, son dû. Moi, j’ai décidé de « tuer » 2012 (pas un mois mais douze), d’un seul coup, à Dakar. Une ville que j’aime bien, malgré les coupures de courant intempestives. Comme celle de ce matin, au réveil, qui m’a obligé de renouer avec l’écriture sur papier, mon ordi s’étant déchargé au bout d’une  heure de bons et loyaux services. Ah, j’ai oublié une précision – TRÈS – utile. A ceux de mes compatriotes qui liront peut être ce billet sur Cridem, et qui trouvent que je parle trop de moi ces temps-ci, je dis ceci : ce genre de billet est adressé, avant tout, à Mondoblog, donc à des lecteurs un peu « spéciaux », qui acceptent, volontiers, ce propos de Victor Hugo qui dit « quand je vous parle de moi, je vous parle de vous ». Enfin, trêve d’explications, revenons à Dakar et à 2012.

J’aime Dakar pour plusieurs raisons. C’est une ville  totalement libre. Libre de tout. De cette ambiance lourde qui pèse sur moi quand je suis à Nouakchott. Ambiance de  travail. Infernale. Réveil très tôt le matin, pour déposer les enfants à l’école. Imaginez ce que c’est en période de froid. Quand c’est l’un de ces jours où je dois assurer un cours de deux heures dans un lycée privé de Nouakchott, la pression matinale atteint son comble. Traverser toute la ville, à une heure de pointe comme huit heures, il faut avoir les nerfs solides pour le faire dans une capitale où les « issues » ne sont pas vraiment la qualité que l’on cite en premier s’agissant d’infrastructures routières. C’est d’ailleurs sur ça que le « président des pauvres », Mohamed Ould Abdel Aziz, a joué, à son arrivée au pouvoir, pour se distinguer de tous ses prédécesseurs. Les « goudrons d’Aziz », comme on les appelle, sont devenus, depuis, un bon label pour la propagande du pouvoir en place à Nouakchott. Mais vraiment rien à voir avec ce qu’a fait Abdoulaye Wade à Dakar. Malgré tout ce qu’on reproche au « vieux » président, « Il avait revêtu le costume de bâtisseur pour doter le pays d’infrastructures de dernière génération », souligne un confrère sénégalais.

En cette fin d’année 2012, Dakar vit au rythme de la fête du 31 décembre. Un grand show qui fait ressembler cette cité africaine, parmi les destinations les plus prisées par les touristes occidentaux, à Las Vegas, la ville du jeu, qui accueille près de 40 millions de visiteurs par an ! Chaque fin d’année, Dakar devient le Las Vegas des mauritaniens. La proximité joue beaucoup ici. Ceux qui ont les moyens ne font que 45 minutes en avion pour être dans la capitale sénégalaise où les hôtels offrent des prix « acceptables ». Les « paubrés » (pauvres), comme dirait Hamdou, le collecteur de la municipalité d’Aleg, n’ont qu’à traverser le fleuve et prendre l’un de ces mythiques taxi-brousse pour se rendre dans la capitale du loisir pour bon nombre de mauritaniens.

A Dakar, le 31 de chaque année, c’est vingt-quatre heures d’ambiance non stop. D’exubérance aussi. Il faut avoir les oreilles bien attachées et les yeux bien ouverts pour subir cette oppressante animation. Sons et lumières partout, frénésie d’une année qui « meurt ». Les couturiers ne dorment plus. Les salons de coiffure réalisent, à l’occasion, leur plus beau chiffre d’affaires de l’année. Heureusement que ce n’est pas encore la fin du monde qu’on attendait une semaine plus tôt, le 21 décembre, sans tenir compte de ce que disent les musulmans sur les Signes Précurseurs et qui prévoient une durée égale environ à la vie d’un homme, avant cette Fin qui arrivera bien un jour. C’est la seule certitude. Par accident ou lente extinction programmés par l’Etre Suprême ? Qui vivra verra ! Pour l’instant, moi je « tue » 2012 à Dakar. Ici, j’enterre tous les soucis de l’année qui s’achève pour commencer une nouvelle, à partir de mardi prochain. 2013 sera-t-elle différente ? Ah, qui vivra verra !


2012 : Une année de « blessures »

Président mauritanien répond aux critiques par Magharebia via Flickr, CC
Président mauritanien répond aux critiques par Magharebia via Flickr, CC

L’année 2012 sera marquée, dans l’histoire de la Mauritanie, comme une année de blessures. Dont les plus importantes, les plus « marquantes », les plus singulières aussi, seront celles de la jeune fille Raja Mint Essyad, blessée gravement par le fils du président, par un tir à bout portant, dans une tragique nuit du 21 janvier 2012 et du président lui-même Mohamed Ould Abdel Aziz, qui subit le même sort, quand un officier de l’armée le prend pour cible, le 13 octobre 2012 au soir, près de la localité de « Toueila ».

Deux évènements qui concernent deux hommes aux destins liés, un père et un fils, une victime et un « bourreau » qui vont susciter toutes sortes de commentaires, animer les débats, transposer le social au politique et, pour finir, poser une question de justice et d’éthique. Comme Bedr, le fils du président, n’a pas été jugé pour son acte sans doute involontaire – ou du moins inconscient – l’officier flingueur (ou joueur au Far West) sera lui-aussi pardonné ! Jamais on n’aura mieux reconnu le principe qui dit que « l’erreur est humaine » mais le pardon, dans un cas comme dans l’autre, a, paradoxalement, suscité plus de polémique, plus d’incompréhension, que l’acte lui-même. Peut être bien que c’est la personnalité des protagonistes de ces deux histoires qui explique de telles attitudes. Mais, au fait, s’il ne s’agissait d’un président et de son fils, on aurait loué le « pardon » que le premier a accordé à un officier de son armée, sans chercher longtemps  à savoir si l’acte été délibéré ou non, et la solution à l’amiable qui a permis de juger l’acte de Bedr et qui renforce les mauritaniens dans leurs convictions religieuses que tout ce qui arrive tient du Destin des individus.

D’autres blessures, d’une autre nature, ont marqué l’année 2012. La disparition du président Moustapha Ould Mohamed Saleck, premier chef d’Etat issu de l’institution militaire, le 10 juillet 1978 qui, bien qu’ayant entrainé la Mauritanie dans cette terrible noria des putschs qui n’en finissent plus (le dernier en date est celui qui a porté l’actuel président au pouvoir), passe pour un homme de bien. Un valeureux officier qui est parti, quelques semaines à peine, après la disparition, dans des hôpitaux parisiens, de deux de ses compagnons d’armes, les colonels Mohamed Mahmoud Ould Deh et Ne Ould Abdel Malick, qui, furent tous deux chefs d’état-major de l’armée. Une blessure de l’armée donc, qui sera aussi ressentie par le clash de l’avion militaire qui a causé la mort de sept personnes quelques minutes seulement du décollage de l’aéroport international de Nouakchott.

Les « blessures » de la politique

La crise politique qui perdure, l’incapacité des dirigeants de la majorité et de l’opposition à parvenir à un compromis permettant au pays de retrouver un semblant de normalité institutionnelle « blesse » l’amour propre des mauritaniens. Ils se disent, avec raison, que la classe politique est incapable de se sortir du bourbier dans lequel elle est allée s’enfoncer. On tourne en rond, véritablement, depuis trois ans, sans savoir quoi faire, où aller et que dire à ceux qui se demandent jusqu’où peut mener l’amour du pouvoir ? Majorité et Opposition ne tiennent pas compte de ce qui fait l’essence même de la démocratie, à savoir le jeu des équilibres qui tient de l’intérêt du pays et des citoyens, pas de celui des hommes au pouvoir ou de ceux qui cherchent à les remplacer. Pour cela, ils doivent comprendre que les crises se gèrent et se règlent suivant la loi, certes, mais aussi, quand celles-ci ne sont plus opérationnelles, par des compromis. Comme en juin 2009. Ce n’est pas le fait que l’opposition de l’époque ait mal négocié les termes d’un Accord de Dakar qui a permis à l’actuel président de passer du statut d’un général putschiste à celui d’un président « démocratiquement élu » qu’elle doit avoir en horreur toute idée de compromis. Ce qu’elle doit éviter, ici et maintenant (et peut être demain) ce sont les compromissions qui aliènent les esprits et rendent impossible la durabilité de situations propices à l’action de développement ainsi qu’à l’exercice d’une démocratie véritable.

Le rôle de l’élite est ici primordial. L’élite intellectuelle s’entend. C’est elle qui doit empêcher les dérives de l’élite politique, à condition qu’elle ne se confonde pas avec elle. Et qu’elle aide le peuple à prendre conscience de son importance dans le jeu des équilibres mais aussi dans le choix des hommes appelés à prendre son destin en main.

On sait pourtant qu’une telle approche n’est pas facile dans un contexte mauritanien où d’autres paramètres, mieux ancrés et plus anciens, jouent à fond depuis que le pays a accédé à son indépendance. Tribu et capital commandent, en réalité, à tout le reste. Sans eux, l’élite intellectuelle et politique du pays n’a pas d’effets sur la plèbe qu’on rencontre, de plus en plus, dans les grands centres urbains, après avoir servi les rivalités tribales et régionales de ce que l’on continue encore à appeler aujourd’hui « la Mauritanie profonde ». Autant dire donc que, face à une telle situation, ce qui compte le plus c’est la capacité des mauritaniens de « se guérir » des blessures de 2012 pour entamer 2013 avec de réelles chances de sortir de la crise : En organisant des élections municipales et législatives libres et transparentes. Vivement 2013 donc !

 Medsnib


Gouvernement : On ne change pas une équipe qui perd !

Le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf
Le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf (Crédit photo: Rfi)

Les Mauritaniens désespèrent de voir le président Mohamed Ould Abdel Aziz déjouer leurs pronostics depuis plus d’un an. Depuis que le mandat des députés et des maires est achevé, l’on a glosé sur la nécessité de circonscrire la crise par la formation d’un gouvernement d’union nationale destiné à impliquer l’opposition, dans ses deux composantes, dans la gestion des affaires du pays, en attendant l’organisation d’élections municipales et législatives. Cette attente a encore été plus grande, quand le président Aziz a été blessé  par balle, le 13 octobre dernier, et que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) commençait à évoquer la vacance du pouvoir trouvant trop long le séjour de plus d’un mois du président de la République en France « pour raison de santé ».

Tout cela n’a pas fait bouger d’un iota la position  du rais : Pas de changement avant les élections municipales et législatives et, surtout, pas de gouvernement d’union nationale, comme le suggère clairement l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir. Cela veut dire, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, qu’Aziz est décidé à poursuivre – jusqu’aux élections dont la date n’est pas encore précisée – avec l’attelage conduit par le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf !

Les raisons objectives d’un tel choix sont à chercher dans le fait que le pouvoir a réussi à résister, jusque-là, aux bourrasques de ce qu’ailleurs on a  appelé le « printemps arabe ». Ni les manifestations de l’opposition, ni celles d’autres mouvements contestataires (Jeunesse du 25 février, TPMN, IRA, étudiants, professeurs, rapatriés de Libye et de Cote d’Ivoire) n’ont réussi à ébranler un pouvoir solidement assis sur le soutien d’une majorité du peuple mauritanien, si l’on en croit les résultats de la Présidentielle de juillet 2009 qui a donné à Mohamed Ould Abdel Aziz plus de 52% des voix, et sur une armée devenue subitement « républicaine ». Comme en atteste son comportement exemplaire durant les 40 jours d’absence du Rais en France assimilés, un peu trop hâtivement par la COD, à une « vacance » du pouvoir parce que le gouvernement avait bénéficié, lui aussi, d’une sorte de « repos biologique ». Cinq semaines sans conseil des ministres ! C’est du jamais vu dans l’histoire de la République islamique de Mauritanie. Les rumeurs de coup d’Etat avaient bien circulé mais la réapparition du président, à travers des correspondances avec des personnalités nationales de premier plan, et l’attitude stoïque du chef d’état-major de l’armée, le général de division Ould Ghazouani, ont fini par convaincre les mauritaniens qu’Ould Abdel Aziz continuait bel et bien à diriger le pays, même quand il n’était pas là.

On peut aussi expliquer le maintien du gouvernement par l’absence de pressions réelles, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Car malgré le « Aziz dégage » de la COD, la sérénité n’a jamais quitté le palais présidentiel, même quand l’opposition avait réussi ses plus beaux – et plus grands – meetings (14 mars 2012, 24 juin 2012, 1 novembre 2012, 22 décembre 2012). Le pouvoir a finalement compris qu’il ne s’agit que de manœuvres destinées à le pousser à l’erreur (répression sauvage des manifestants) ou à faire des concessions. Ce que confirme d’ailleurs très bien les récentes déclarations de Jamil Mansour, réélu à la  tête du parti « Tawassoul », et qui appelle, sans détours, à des « concertations entre les différents partenaires politiques devant déboucher sur une période de transition et la préparation d’élections générales (présidentielle, législatives et municipales).

Sur le plan extérieur, la COD n’arrive pas encore à intéresser à la « crise » mauritanienne qui, apparemment, n’est pas regardée avec le même prisme que celle du 6 août 2008 par l’Union européenne, l’UA et l’Onu. Il est vrai que ce qui oppose aujourd’hui le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz à la COD n’est que la conséquence de son coup d’état contre le président Sidi Mohamed Ould Abdel Aziz, transformé en « Rectification » (légitimé) et démocratisé (légalisé) par l’élection présidentielle du 18 juillet 2009. L’interpellation de la communauté internationale sur la nécessité d’un dialogue national inclusif, réclamé par la COD, bute sur le refus du pouvoir et de l’opposition (la Coalition pour une Alternance Pacifique) de revenir sur celui mené en octobre 2011 et dont les résultats sont considérés aujourd’hui, sauf par la Coordination, comme des acquis démocratiques certains.

En dehors de ça, Il n’est pas question maintenant d’interpréter un éventuel changement comme un signe d’échec ou d’instabilité caractérielle d’un pouvoir qui n’inscrit rien dans la durée. Même si ce ne sera pas une telle vision qui empêcherait Ould Abdel Aziz de faire le changement (chambardement ou léger remaniement) s’il pense que c’est nécessaire. S’il a choisi de laisser encore le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf en place, c’est qu’il juge que l’homme peut encore lui être utile. Une réflexion présidentielle, universellement établie, veut qu’on s’assure toujours qu’un second a d’abord pour rôle essentiel de servir de fusible quand les choses commencent à se gâter. Pour l’instant, les mauritaniens apprécient largement que le président de la République prenne les choses en main lui-même. Tous les responsables vous le disent aujourd’hui : rien n’est plus comme avant. La prudence est de mise pour ne pas être limogé ou même jeté dans le gnouf. Les ministres, eux-mêmes, « pâtissent » de cet excès de contrôle présidentiel puisqu’ils ne peuvent plus user – et abuser – de leurs prérogatives gouvernementales pour distribuer les faveurs à leurs parents, amis et proches. Ce qui pouvait donc amener Ould Abdel Aziz à pousser vers la porte son actuel Premier ministre, avec une bonne partie de son équipe, se trouvait ailleurs. Dans cette incapacité du gouvernement à donner une visibilité à son action économique et sociale. Et pour l’instant, on ne peut pas dire qu’il a joué de malchance puisque le FMI, la Banque mondiale et la quasi-totalité des partenaires au développement de la Mauritanie louent son action. La question qui se pose maintenant est de savoir à quel moment le président de la République aura atteint le seuil de conviction pour dire « ça suffit, on rebelote ».

 

 

 


Non je n’ai qu’une femme !

Elle* (Crédit photo: Sneiba Mohamed)
Elle* (Crédit photo: Sneiba Mohamed)

Suite à la reprise de mon billet sur Mondoblog de RFI « Moi et mes 101 femmes » par le site à grande audience cridem.org, des critiques ont fusé de toutes parts et c’est à peine si certains ne m’ont pas accusé de mécréance. Parce que j’ai évoqué une tranche de vie que beaucoup de mauritaniens partagent avec moi mais n’osent pas le dire. Qu’est-ce qui est choquant dans ce que j’ai écrit ? Que dans ma jeunesse j’ai aimé des femmes ? C’est le contraire qui aurait étonné. C’est le nombre excessif ? Dix, vingt ou cent, quelle différence ? L’avoir dit publiquement ? J’avoue que, dans une société puritaine (même si c’est en théorie seulement), islamique de surcroît  c’est une chose à ne pas faire. Sans entrer dans un domaine que je ne maîtrise aucunement, je dirais tout simplement qu’on semble m’inviter à accroître le « péché » – si déclarer avoir aimé en est un – par l’hypocrisie. Celle-là même que le grand savant et prédicateur mauritanien, Ould Sidi Yahya raille dans l’un de ses enregistrements audio quand il raconte cette anecdote : Si les proches d’une femme apprennent que son mari la trompe, ils disent, tous, « chut, cachons le fait, ne perturbons pas la vie d’un couple mais tout change quand l’homme prend une seconde épouse (l’Islam en autorise jusqu’à quatre). Alors, le père, la mère, les frères, les sœurs, les cousins, les voisins et même la tribu tout entière de la femme « offensée » par ce second mariage « se soulèvent » pour défendre son « honneur ». C’est dire ici qu’on préfère le vice caché au « bien » dit. Fais ce que tu veux mais tais-toi. Et bien, je vous dis que je n’ai pas 101 femmes, j’ai une épouse que j’aime bien. Me croirez-vous ? Ce n’est nullement pour faire taire les critiques qui ont suivi la publication de mon billet, mais pour rappeler, tout simplement, qu’il ne faut pas croire aux apparences. Pour bien comprendre ce que je dis, je vous laisse méditer ce passage de « Les Rêveries du promeneur solitaire » de J.J Rousseau (4ème promenade) : « Ne pas dire ce qui est vrai et dire ce qui est faux sont deux choses très différentes, mais dont peut néanmoins résulter le même effet ; car ce résultat est assurément bien le même toutes les fois que cet effet est nul. Partout où la vérité est indifférente l’erreur contraire est indifférente aussi ; d’où il suit qu’en pareil cas celui qui trompe en disant le contraire de la vérité n’est pas plus injuste que celui qui trompe en ne la déclarant pas ; car en fait de vérités inutiles, l’erreur n’a rien de pire que l’ignorance. Que je croie le sable qui est au fond de la mer blanc ou rouge, cela ne m’importe pas plus que d’ignorer de quelle couleur il est. »

* Dans la société maure, la pudeur veut qu’on ne prononce pas en public le nom du conjoint.