Mauritanie : l’Assemblée nationale ou le Grand Oral des ministres

Article : Mauritanie : l’Assemblée nationale ou le Grand Oral des ministres
8 janvier 2013

Mauritanie : l’Assemblée nationale ou le Grand Oral des ministres

Assemblée nationale de Mauritanie (Crédit photo: AMI)
Assemblée nationale de Mauritanie (Crédit photo: AMI)

La guerre que se livrent la majorité et l’opposition prend une autre tournure. C’est au sein même de l’Assemblée nationale que les députés de la Majorité (53 sur 95) et ceux qui se réclament de la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique) ou de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) se livrent à une bataille rangée sur des questions d’intérêt national : la discussion de projets de lois présentés par le gouvernement ou l’interpellation des ministres de la République sur des questions qui fâchent (affaire des professeurs mutés et qui observent un sit-in depuis quatre mois, dépenses jugées extra budgétaires, élections, « naturalisation » de Sahraouis, etc), sur les questions de développement (eau, électricité), la santé et la gestion des biens publics, etc.

L’Assemblée nationale est ainsi devenue le lieu où le débat entre le pouvoir et l’opposition trouve toute sa plénitude avec deux « armées » de députés, disproportionnées certes, mais faisant quasiment jeu égal : si l’opposition arrive toujours à remporter la première manche, celle des débats, la Majorité se rattrape par le vote systématique des projets de loi que le Gouvernement présente à l’approbation des élus de la Chambre basse du Parlement.

D’aucuns pensent que c’est grâce à cette chambre que les Mauritaniens se rassurent en se disant qu’ils ont un semblant de démocratie. Si aucun citoyen ne veut pour rien au monde rater les débats à l’Assemblée, que la TVM diffuse dans leur intégralité, personne ne prend la peine de suivre ce qui se passe au Sénat, qui répond plutôt à cette appellation infamante de « chambre d’enregistrement ». L’attitude des « Chouyoukh » (sénateurs, qui signifie en arabe « vieux ») donnent raison à tous ceux qui appellent à la disparition du Sénat, dont le rôle est qualifié par certains d’« inutile et incertain ».

Pour revenir au débat à l’Assemblée, la plupart des questions orales posées aux « ministrés » de la République ont permis à ceux-ci de dresser une sorte de bilan à quelques mois de la tenue d’élections municipales et législatives aux enjeux non négligeables. Pour eux, d’abord, bien sûr, parce que leur survie politique en dépend, mais aussi pour l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir dont ils se réclament tous, et qui entre, pour la première fois, dans une bataille électorale. Quand au président Ould Abdel Aziz, ses élections seront également un rendez-vous important tant son action commence à pâtir de l’usure du temps (au bout de trois ans seulement !) et du manque de lisibilité dans les programmes de développement mis en œuvre par le Gouvernement.

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