Mohamed SNEIBA

Mangeons mauritanien

Crédit photo : zebsjustemoi.blogspot.com
Crédit photo : zebsjustemoi.blogspot.com

Riz au poisson, riz à la viande, couscous, Bassi* ?

Mafé, méchoui ou encore gossi *?

Il faut savoir choisir c’est l’essentiel.

Le riz au poisson, on en raffole à tout moment.

Bien préparé par les mains expertes de la bindana*

Dont le seul souci est d’entendre « hah mahla tet’yab vlana »*

Le riz à la viande, les connaisseurs vous diront que c’est aussi bon.

Au poisson ou à la viande, blanc ou rouge ?

Il faut savoir choisir, c’est l’essentiel.

Le méchoui, c’est jour de fête ou de grande réception.

Le gossi c’est signe de pauvreté et de déception.

C’est quand on ne peut pas choisir.

La nuit, le couscous a tous les privilèges.

Ne pas en manger est un sacrilège.

Rarement, on mange  autre chose pour  changer

Mais pour  la maîtresse de maison c’est un danger.

La nuit, le bassi est à l’honneur.

Pour les femmes, il a  le pouvoir de faire grossir.

Grossir, heureuse ou mauvaise perspective ?

Il faut savoir choisir c’est l’essentiel.

 

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Bassi: Couscous fin, à base de mil ou de maïs qu’on mélange avec le lait. Tradition alimentaire de la Vallée et des régions de l’est. Dans les grandes villes, c’est une sorte de « gavla » (fermeture) après avoir mangé gras.

Gossi: Sorte de bouillie faite avec du riz.

M’Bindana: bonne, cuisinière.

Hah mahla tityab evlana: Littéralement: Ah, que le plat préparé par une telle est succulent.

 


Insécurité : Nouakchott glisse dangereusement

Manif contre l'insécurité à Nouakchott (crédit photo: alakhbar.net)
Manif contre l’insécurité à Nouakchott (crédit photo: alakhbar.net)

C’est l’Union des forces de Progrès qui a tiré la sonnette  d’alarme sur ce que  les citoyens savaient déjà mais ne pouvaient pas dénoncer ouvertement, préférant  le murmurer entre eux : Nouakchott est en train de devenir une capitale du crime. Pas  un seul jour où la presse ne rapporte un cas de meurtre, souvent commis par  un jeune adolescent, de vols ou de viols. Certes, Nouakchott est encore très loin (heureusement) de Bogota (Colombie), Ciudad Juarez  (Mexique), où les gangs de la drogue sont rois et la violence liée aux stupéfiants prend des proportions extrêmes,  Rio de Janeiro (Brésil), célèbre pour son carnaval mais aussi pour ses nombreux criminels sans scrupules, mais à l’échelle des capitales africaines et arabes nous creusons l’écart.

Nonobstant le caractère éminemment politique de l’alerte de l’UFP, il est évident que la situation à Nouakchott inquiète : Dans la nuit du samedi, un nouveau meurtre a été signalé à la police dans la moughataa de Toujounine. Il s’agit d’un jeune qui a  poignardé son cousin, Ammy Ould Mahfoud, natif de la ville de M’Bout, au  Gorgol, suite à une dispute apparemment anodine sur un téléphone portable. Le 15 février dernier, la tranquillité des habitants d’un quartier d’Arafat est troublée par un échange de tirs entre une patrouille de la gendarmerie et une bande dirigée par un ancien caporal de l’armée surprise en train de  « se servir » dans une boutique du programme d’urgence « Emel » mis en place par le gouvernement pour vendre aux populations pauvres des denrées de première nécessité à des prix réduits.  Le 10 février dernier, El Moctar Ould Hemed,  agressé  près du marché « Marché de bétail » alors qu’il faisait ses ablutions pour la prière de l’aube, a succombé à ses blessures après une semaine passé entre la vie et la mort à l’hôpital. Et la liste est longue. Elle corrobore les accusations de l’UFP portées contre un pouvoir qui dit pourtant avoir fait de la sécurité des citoyens la priorité des priorités.

A son arrivée, le président Ould Abdel Aziz a cité, parmi les raisons de sa « Rectification » (un euphémisme pour ne pas parler de coup d’Etat contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallhi) l’absence de sécurité  tant à l’intérieur que sur les frontières où Al Qaeda au  Maghreb Islamique (AQMI) avait fait des incursions meurtrières en Mauritanie. A lemghayti, en 2005, sous Taya, avec la mort de 15 soldats mauritaniens, à Ghallawiya, en 2007,  juste après l’élection de Sidioca, où trois militaires avaient été tués puis à Tourine, en 2008, alors  que le  général Mohamed Ould Abdel Aziz venait de « putscher » celui que les Mauritaniens avaient élu, il y a à peine 15 mois, avec 52% des voix. Conscients de la difficulté qu’il aurait à faire accepter sa « rectification » à une communauté internationale qui ne tarissait pas d’éloges sur la démocratie mauritanienne, le Haut Conseil d’Etat d’alors avait beaucoup misé sur la lutte contre le terrorisme  pour faire revenir les Occidentaux (notamment la France et les USA) à de meilleurs sentiments. Une approche qui a bien réussi aux généraux de Nouakchott puisque la communauté internationale  a fini par fermer les yeux sur ce que d’aucuns considéraient pourtant comme le « coup d’état de trop » et avait même agi intensément en faveur d’une rapide sortie de crise qui s’était concrétisée avec l’Accord de Dakar.

« L’intérieur oublié »

Incontestablement, en matière de lutte contre le terrorisme, le  pouvoir actuel a fait de grands progrès. On peut même dire qu’il a réussi, en 2010-2011, avec l’aide de la France, à porter de rudes coups à AQMI, en plein territoire malien, avec ce que les médias nationaux et internationaux avaient appelé les « opérations préventives » de l’armée mauritanienne. Pour  réussir son pari de mutation  profonde des forces armées et de sécurité, le président Ould Abdel Aziz n’a  pas hésité à  utiliser 50 millions de dollars US, don de l’Arabie saoudite, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, sans passer par le Parlement ! Une « entorse » à la loi que l’opposition a  très souvent évoquée, dans sa  guerre contre le régime en place, et utilisée comme preuve de la gestion peu orthodoxe des biens de l’Etat. Mais ce qui compte, c’est le résultat. Pour la rue mauritanienne, Aziz a réussi dans sa lutte contre le terrorisme mais échoué à lutter contre la criminalité à Nouakchott et dans les grandes villes du pays. Et si l’opposition lui fait porter la responsabilité de la dégradation de la sécurité dans les quartiers populaires de la Capitale, c’est sans doute parce qu’une action de sape a été entreprise contre la police nationale qui n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Dépossédée d’une partie de sa mission (le contrôle de la circulation routière) au profit du Groupement général de la sécurité routière (GGRS), elle perd aussi sa motivation puisque tout le monde sait que le contrôle « paye » !

Certains observateurs expliquent ce désaveu de la police par le fait que le président Aziz ne lui  accorde pas sa confiance, elle qui est restée deux décennies durant, sous les ordres du colonel Ely Ould Mohamed Vall, président de la transition militaire de 2005-2007, cousin et ennemi juré de l’actuel Raïs qui l’avait ridiculisé lors de l’élection présidentielle de  juillet 2009 où il n’a récolté que 3% des voix. Or, malgré tous les reproches qu’on lui fait, la police avait tout de même une énorme qualité : Celle de savoir lutter contre le crime.  L’UFP, dans sa sortie très remarquée contre le gouvernement, pense que  la police a été dessaisie de sa mission première au profit des unités dites de sécurité routière à la faveur d’un partage des pouvoirs entre les plus gradés. Ce parti d’opposition appelle donc « les citoyens à s’organiser pour défendre leurs quartiers dans la cadre de la loi et du droit légitime à l’autodéfense ». Une sortie différemment appréciée par les citoyens mais qui a eu le mérite de pousser les autorités à renforcer le dispositif de contrôle et de sécurité de la gendarmerie, de la police et de la garde dans les zones à haut risque de la capitale.

 


Flintlock 2013 : Manœuvres militaires en Mauritanie sur fond de guerre au Mali

Crédit photo : rickrozoff.wordpress.com
Crédit photo : rickrozoff.wordpress.com

La Mauritanie accueille durant trois semaines 19 pays arabes, européens et africains prenant part à d’importantes manœuvres militaires initiées par les USA sous le nom de  code Flintlock. Le terrain de ces opérations à savoir trois régions de l’est mauritanien, contigües avec le Mali, toujours en Etat de guerre, pousse certains à établir une relation étroite entre ces exercices militaires et la crise malienne. Même si le coordinateur de ces opérations, le colonel Hamada Ould Boyda, a déclaré mardi dernier, au  cours d’une conférence de presse à l’Etat-major de l’armée nationale, en compagnie du commandant d’Africom (Commandement des forces américaines en Afrique), que cette opération programmée depuis longtemps «n’a rien à voir avec ce qui se passe au Mali», les Mauritaniens ne peuvent s’empêcher d’établir un lien entre l’exercice militaire dans leur pays et la  guerre chez leur voisin. Ces manœuvres militaires internationales sont pourtant organisées annuellement par l’état-major des opérations spéciales de l’Africom, le commandement des Etats-Unis pour l’Afrique mais les Mauritaniens qui n’ont aucune idée de son utilité ou même des pays qui y prennent part, ne voient en elles qu’une sorte de « ramification » de la  présence des armées de l’Occident décidées à contrôler toutes les zones stratégiques du monde. A.O.B, qui a appris sur les ondes des radios et TV internationales que les militaires français mènent la chasse maintenant aux islamistes dans les montagnes des Ifogas, pas loin de la frontière avec l’Algérie, croit dur comme fer que Flintlock 2013  est destiné tout simplement à couvrir la traque que des troupes d’élite engagées dans cet exercice vont livrer aux djihadistes  à partir de la Mauritanie !

Annulé l’année dernière au Mali, Flintlock  a pour objectif principal de renforcer les capacités des pays participants en matière de lutte contre le terrorisme. On comte parmi les participants des pays arabes, dont des pays voisins de la Mauritanie notamment, ainsi que des pays d’Europe (France, Espagne), d’Amérique (Canada, USA) et des pays d’Afrique (Burkina, Sénégal, Nigéria). L’an dernier, Flintlock, qui devait avoir lieu au Mali, avait été annulé. En 2011, il avait eu lieu au Sénégal.

D’aucuns pensent, sérieusement, que ce n’est pas seulement la nature du terrain similaire à celui du nord Mali où les groupes islamistes armés ont élu domicile qui explique le choix de la  Mauritanie. Car entre ce pays et le Sénégal, ce sont pratiquement les mêmes conditions offrant un champ de bataille grandeur nature. Sauf si, comme cela a été souligné plus haut, Flintlock 2013 n’est pas tout simplement un exercice militaire. Au moment où la traque est engagée au nord Mali contre les groupes islamistes armés, l’on a besoin de s’assurer, durant trois semaines, qu’ils ne vont pas passer entre les mailles des filets pour rejoindre la Mauritanie, l’Algérie ou le Niger. On voudrait donc, avant tout, pacifier cette vaste zone sahélo-saharienne en parvenant à en chasser, par un moyen ou un autre, les groupes terroristes (AQMI, MUJAO) et leurs alliés touaregs d’Ansar Eddine qui ont voulu en faire un nouveau Afghanistan.

Terrorisme  et géostratégie

On en revient à la doctrine de l’Africom. Comment être présent sur le terrain en laissant le moins d’empreintes possibles. Flintlock est ainsi indissociable véritablement de la volonté des USA de pérenniser leur leadership sur le monde. C’est une question de géostratégie qui fait de la lutte contre le terrorisme une sorte de « cheval de Troie » pour bousculer la France sur ses « terres » africaines. Pour mieux comprendre la stratégie de l’Africom en Afrique, voici ce qu’on peut lire sur wikipedia.org :

« Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (en anglais United States Africa Command ou AFRICOM) est un commandement unifié pour l’Afrique créé par le Département de la Défense des États-Unis en 2007 et entré en fonction en 2008. Il coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent. Avant 2008, les activités militaires des États-Unis en Afrique étaient partagées entre l’USEUCOM, le USCENCOM et le USPACOM.

En 1983, les planificateurs stratégiques des États-Unis ont placé la majeure partie du continent sous la responsabilité du Commandement européen parce que la majorité des pays africains étaient d’anciennes colonies européennes ayant conservé des liens politiques et culturels avec l’Europe.

Depuis le milieu des années 1990, les spécialistes régionaux du département de la Défense réclament la création d’un commandement africain. En gestation depuis plusieurs années, il fut décidé de créer un état-major spécifique pour ce continent durant l’été 2006. Sur la base de constat, un think tank israélo-américain, l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies (IASPS), a préconisé la création de ce commandement unifié. Annoncé par l’administration Bush le 6 février 2007, il a commencé à fonctionner le 1er octobre 2008 et fut placé sous le commandement du général afro-américain William E. Ward, ancien coordinateur de la sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne.

L’équipe de transition pour le futur commandement a pour le moment son quartier général à Stuttgart en Allemagne, siège du Commandement européen des forces armées américaines. Le département de la Défense souhaiterait cependant qu’il soit par la suite transféré dans un pays africain. À l’heure actuelle, les infrastructures militaires les plus développées sont situées à Djibouti, en accompagnement de la présence française sur place. »

Tout est dit ou presque sur cette volonté de bousculer la France sur son pré carré  africain et qui se transforme, en fonction des circonstances, comme une sorte de « sainte alliance » contre le terrorisme international. Flintlock en assure l’aspect le plus visible ; les autres convenances et accords relèvent du domaine du secret entre les puissances de ce monde.

 


Mauritanie : La «révolution des jeunes », un appoint à l’opposition ?

Crédit photo: Taqadoumy.com
Crédit photo: Taqadoumy.com

25 février 2011.  « Place des anciens blocs » désormais  propriété privée ayant été morcelée en 8 lots et vendue aux enchères à près de 6 milliards d’ouguiyas (15 millions d’euros). Quelque 2000 jeunes s’étaient donné rendez-vous là, juste après la prière du vendredi, pour manifester contre le pouvoir. Les slogans qu’ils brandissaient étaient un mélange de tout : dénonciation du chômage, de la flambée des prix, de l’inégalité, de l’injustice, de la gabegie. Le discours était à la fois modéré (revoir la politique de gestion du pouvoir) mais aussi extrémiste (départ du président Aziz). Un relai pour le discours de l’opposition ?

C’est ce qui justifie sans doute que deux ans après, l’opposition cherche à raviver la flamme de ces manifestations de la jeunesse mauritanienne qui n’a pas réussi à inscrire son mouvement dans le sillon du « printemps arabe ». Le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) décide donc de reprendre le chemin de la rue, le 25 février prochain, pour re-demander le départ du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Deux jours plus tard (le 27 février), le parti « Tawassoul », d’obédience islamiste et membre comme le RFD de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), va mobiliser lui aussi ses militants sur la  place Ibn Abass pour mettre plus de pression sur le pouvoir.

Mais ce n’est pas sûr que la COD dispose maintenant des conditions favorables à son entreprise de déstabilisation du pouvoir par les mouvements des jeunes. Ce qui n’a pas pu se réaliser au moment où les dictatures arabes tombaient les unes après les autres comme des châteaux de cartes est difficilement envisageable aujourd’hui avec un Ould Abdel Aziz qui rebondit à chaque fois  qu’on le  croit pris dans les  tourbillons de la crise politique.

Face à la menace de faire redescendre les jeunes dans la rue, le pouvoir cherchera sans doute à jouer la carte de l’ouverture. Comme il l’a fait en 2011 en suscitant la création de partis de jeunes destinés à assurer ce que le président Aziz appelle « le renouvellement de la classe politique ». On est en pays « démocratique » non ? D’autres moyens sont aussi à la portée du pouvoir pour tenter de démobiliser ceux qui seraient tentés d’aller grossir les rangs des manifestants du 25 et du 27 février 2013. Une prudence extrême que le gouvernement adoptera comme stratégie de « containment », même si l’on sait que la mobilisation par le Net n’est pas vraiment le moyen le plus approprié dans un pays comme la Mauritanie où le taux de pénétration de ce moyen de communication est loin d’être comme ce phénomène de société en Tunisie ou en Egypte. C’est seulement à partir de 1999 que la capitale mauritanienne s’est mise à l’heure du Web. Les cybercafés y poussent comme des champignons, malgré le fait que la connexion soit encore lente. Mais est-ce suffisant pour prétendre aujourd’hui réaliser l’exploit réussi par les jeunes tunisiens et égyptiens qui disposent de plusieurs longueurs d’avance dans le domaine ?

Mais pour un coup d’essai,  d’aucuns pensent que c’est loin d’avoir été un coup de maître. Pourtant, en 2011, la mobilisation avait quand même donné des sueurs froides aux autorités de Nouakchott. La perspective de voir ces centaines de jeunes s’installer durablement sur un espace ouvert avait poussé le pouvoir à réagir en faisant intervenir la police à 2 heures du matin, la nuit pour disperser les jeunes. Le gouvernement avai-t-il eu le temps de mesurer l’ampleur du danger ? Bien que les revendications de cette « jeunesse du facebook » se recoupent avec celle de l’opposition classique, il n’est pas évident que le pouvoir et ses soutiens aient vraiment senti le danger d’un possible amarrage d’une action présentée comme non politique à des revendications qui, elles, le sont  par essence.

Certes, on dira que le danger est encore lointain, sinon inexistant. On pourrait laisser croire à Aziz qu’il s’agit de jeunes désœuvrés – ou manipulés – qui ne tarderont pas à se lasser de cette « action de mode » derrière laquelle pourrait bien se profiler l’ombre d’une opposition qui, bien qu’en perte de vitesse, ne désespère pas de pouvoir revenir en force pour bousculer le pouvoir. Mais il faut dire aussi que la stratégie du gouvernement pour faire face à cette « opposition des jeunes » a péché par plusieurs points. Les promesses faites à la veille de la manifestation du 25 février 2007 (100.000 logements, 17.000 emplois) étaient difficilement réalisables dans le contexte de crise économique actuel en Mauritanie. Elles pourraient même causer plus de dégâts, en termes de ternissement de l’image du pouvoir, alors qu’elles sont faites dans le but évident d’atténuer l’impact des revendications. Le gouvernement doit savoir une seule chose, en dehors même de la réussite ou non de cette manifestation de l’opposition ou des jeunes : il doit se remuer. Le temps n’est plus aux tergiversations ou aux discours panégyriques  vantant des réalisations qui n’ont aucun impact sur le terrain. Si les jeunes sortent, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, c’est que le malaise est profond. Ce qui se passe ailleurs a certes un impact limité pour le moment sur ce qui peut arriver ici et maintenant.

C’est pourquoi le président Aziz doit prendre très au sérieux toute sortie des jeunes qui constitue une sorte de manifeste non politique mais social. Un peu comme Mai 68, quand la jeunesse européenne avait revendiqué un monde à elle criant à la face du monde que « la culture c’est l’inversion de la vie ».

Si partout dans le monde, Facebook est entrain de révéler d’autres dimensions du conflit des générations, avec une offre sociale non adaptée à la demande de la jeunesse, ce n’est pourtant pas dans un pays comme la Mauritanie que le risque de dérive avec ce moyen de liaison sociale est le plus fort. Certes, il a montré en Tunisie et en Egypte que ce réseau partagé peut faire tomber des Etats mais la manière dont le régime égyptien a contourné l’approche vraiment « révolutionnaire » montre qu’il y a toujours une parade à envisager. La politique est soumise ici au service du social et non le contraire.

C’est en cela que le cri de révolte des jeunes peut être interprété comme une sorte de relégation au second plan des guéguerres politiques entre la majorité et l’opposition. Si les partisans du président Aziz défendent avec bec et ongles les privilèges que confèrent la proximité avec le pouvoir, les contradicteurs du président Aziz veulent faire bouger les lignes, dans le sens d’une inversion des rôles. Les slogans brandis par les jeunes en février 2011 interpellaient Aziz sur des questions qui sortaient pourtant du cadre des antagonismes politiques entre la majorité et l’opposition, pour n’être que celles qui peuvent constituer une sorte de lieu commun entre tous ceux qui semblent dire aux militants des deux bords : trêve de politique, pensez aux questions sociales.


Crise politique en Mauritanie : L’heure de vérité

Messaoud Ould Boulkheir, président de l'Assemblée nationale (crédit photo: Elhourriya.net)
Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale (crédit photo: Elhourriya.net)

C’est lundi dernier que la classe politique mauritanienne a commencé à plancher, véritablement, sur l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, pour voir dans quelle mesure elle peut constituer le compromis tant recherché susceptible de sortir le pays de la crise politique qu’il traverse depuis juillet 2009.

Pour bon nombre d’observateurs, c’est l’heure de vérité à tous points de vue. Pour le président de l’Assemblée nationale, et de l’Alliance populaire progressiste (APP) et ses alliés de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) qui se présentent à l’opinion publique nationale comme une opposition modérée ayant tout fait pour éviter au pays les dérives d’un « printemps arabe » toujours en cours, notamment dans des pays (Tunisie, Egypte) où l’on croyait pourtant que le pire était passé. Pour la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui mise beaucoup sur cette initiative pour faire plier le pouvoir à sa volonté, en lui faisant accepter certaines concessions qu’elles jugent nécessaires pour envisager d’aller aux élections municipales et législatives. Pour le pouvoir qui doit se prononcer, officiellement, sur l’initiative, en l’acceptant ou en la refusant. Ce qui signifie un retour à la case départ ou plutôt le statu quo qui prévaut depuis l’élection de Mohamed Ould Abdel Aziz, rendue possible par l’Accord de Dakar de juin 2009 et l’entrée dans un nouveau cycle de contestations en rien différent de celui qui avait suivi le coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, et qu’on avait appelé, à l’époque, la Fronde des parlementaires de la Majorité.

Toutes choses qui rappellent aux Mauritaniens cette triste vérité : chaque fois que l’on pense être proche d’une solution pour la crise politique, de nouvelles contraintes apparaissent au grand jour et remettent les compteurs à zéro.

Un long processus  de faux-fuyants

Alors qu’Aziz se trouvait en convalescence à Paris, Messaoud Ould Boulkheir avait alors mis en branle son initiative pour que l’opinion publique nationale en prenne connaissance. Il en avait remis une copie à la présidence tournante de la COD. Un timing qui avait alors posé moult interrogations, certains pensant que le président de l’Assemblée nationale voulait exploiter cette carte pour mettre la pression sur le pouvoir et connaître de la sorte le sort du président de la République; chose qu’il a  obtenue quand Ould Abdel Aziz lui a  téléphoné, avant que l’opposition ne se réunisse pour discuter de l’initiative de Messaoud.

Puis, Ould Abdel Aziz a recouvert la santé, après quarante jours passés en France, et est revenu à Nouakchott où la majorité avait réussi la plus grande mobilisation populaire (peu importe les moyens utilisés) dans l’histoire politique de la Mauritanie. Il a très vite fait de « condamner à mort » l’initiative de Messaoud, en déclarant, lors d’une conférence de presse, tenue au palais présidentielle le lendemain de la commémoration du 52ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, que le pays n’est pas en crise et qu’on n’a  pas besoin d’un gouvernement d’union nationale. Hors, ce dernier comptait, pourtant, comme le principal point de l’initiative de Messaoud ! Cette prise de position du président de la République – contre l’initiative du président de l’Assemblée nationale – a certainement poussé la COD à lui prêter une oreille attentive. Après avoir désespéré de pouvoir obtenir ce qu’elle veut (le départ d’Aziz), en multipliant les manifestations, elle cherche maintenant à le pousser à commettre l’erreur de trop : refuser la proposition du président de l’Assemblée nationale… et prendre le risque de voir celui-ci revenir dans le giron de la COD. Un retour à la case départ en quelque sorte.


La panne de Mondoblog m’a « panné »

Crédit photo: Sneiba Mohamed
Crédit photo: Sneiba Mohamed

Vraiment, depuis « l’éclipse » de Mondoblog, je n’arrive plus à retrouver mes marques. Avant, je n’éprouvais aucune difficulté à écrire un « biyé » par jour et l’inspiration était là pour me faire découvrir ce que je pensais être des sujets susceptibles d’accrocher mes lecteurs d’ici et d’ailleurs. Avant la panne, pardon la migration, de Mondoblog, j’étais bien lancé pour suivre la cadence imposée aux meilleurs coureurs par Keïtamamady, Aphtal Cissé, Babylas25, Suy, Osman, Kaba Madigbé et tant d’autres. J’écrivais non seulement pour  voir l’un de mes articles frappé de la petite étoile « tous les articles sélectionnés » mais avec l’espoir de figurer à la Une de Mondoblog.  Sans connaître vraiment l’importance que cela a, avant de tomber sur les joies immenses de Danielle Ibohn savourant un tel succès, je me disais que c’est bien là une valorisation de notre présence sur la plateforme. C’est devenu une évidence pour moi quand j’ai commencé à perdre la main. Je n’avais plus la même aisance à trouver le « bon » sujet et à le mal(traiter) pour que cela sorte de l’ordinaire. Il ne s’agissait pas de communiquer une information mais de transmettre un sentiment. Sur le sujet abordé et la manière de le faire. Et puis, j’ai tout de suite réalisé une chose ; non, mon blocage, mon manque d’inspiration ne vient pas seulement de la « panne » de Mondoblog qui, pour dire vrai, nous a plutôt permis de faire une sorte de bilan à mi-parcours, mais d’une fixation ! Oui, j’avais une irrésistible envie de reprendre la série de mes billets « Moi et mes 101 femmes » interrompue par une censure « lectorale ». La plupart des Mauritaniens qui me suivent sur Mondoblog, L’Authentique, Elhourriya ou Cridem ne voulaient pas me voir abandonner l’analyse politique et économique que j’avais choisie comme créneau pour me lancer dans des considérations sur l’Amour qui ne sont plus de mon âge. Et moi, je voulais parler de ces histoires et plus précisément de cette histoire dont je venais à peine de sortir : La 101ème femme de ces idylles qui ont toutes le même commencement, comme les contes de fées, mais jamais la même fin. Quelque chose comme : « il était une fois un homme sans problème avant de rencontrer cette femme fatale qui allait bouleverser sa vie ». NON, je préfère arrêter là cette narration pleine d’amertume, me soumettre non plus à la censure de mes lecteurs mais à celle qui me dit que la chasse aux femmes pourrait être sans fin. Jugez-en vous-mêmes avec ces trois petites histoires.

102 – K. est une amie – je dirai une sœur – de Madame. Un jour, je la trouve à la maison et me vois obligé de la déposer chez elle. Sur le chemin, elle me demande de faire un détour chez une amie commune à elle et à Madame. Arrivé devant une immense bâtisse, elle descend et revient quelques minutes plus tard avec une femme qui avait les formes comme je l’ai aime. De rapides salamalecs, les présentations d’usage (pour K. comme pour Madame, moi, je suis « Zaim », le chef, le boss, quelque chose comme ça, un surnom qui a toute une histoire que je raconterai peut être un jour). Et puis, on prend congé de DD. Deux semaines plus tard, mon téléphone sonne et s’affiche alors un numéro qui n’est pas dans mon répertoire. A la question « qui ? », j’entends cette réponse qui me donna des frissons : DD. Elle m’indiqua que c’est K., l’amie de Madame, « ça presque sœur », comme elles ne cessent de me le répéter toutes les deux, qui lui a filé le numéro de mon phone et m’invita à passer à la maison. Je ne me fis pas prier deux fois. Je vous laisse imaginer tout ce que vous voulez, moi je mets « stop ».

103 – Cette autre histoire s’est passée presque en même temps que la première. Je n’invente rien, je vous jure, tout s’est passé comme je le dis. J’étais venu, comme d’habitude saluer Mint K., une « ex », qui a choisi de renouer avec son mari de cousin vivant dans un pays occidental. Avec elle, j’ai trouvé une amie qu’elle avait souvent gâtée avec mon argent : poulets, pizza, voiles, crédit, cigarettes. Salutations d’usage, retour sur quelques bons souvenirs et puis, au moment de prendre congé, l’amie de mon ex amie, me pria de la déposer chez elle. « Si tu n’es pas pressé », ajouta-t-elle d’une voix dont je crois être le seul à avoir saisi les non-dits. Arrivé à destination, je me vois prier, sans surprise, de descendre, si j’ai envie de prendre un thé. Chez nous, en Mauritanie, le thé est un « attrape-homme » infaillible. Cette nuit là devait avoir ses suivantes et, je ne vous le cache pas, c’est moi qui ai eu honte le jour où mon ex me trouva bien installé chez celle qu’elle présentait, elle aussi, comme « sa meilleure amie » !

105 – Il y a une semaine, je roulais dans les rues étroites d’un quartier de Nouakchott quand je débouche dans un cul-de-sac. Il fallait rebrousser chemin pour reprendre le goudron et prolonger en direction de l’océan. Alors que je manœuvrai avec prudence pour ne pas heurter le mur, je vis sourire une adorable jeune fille assise sur le seuil d’une maison ouvrant sur le passage que je voulais prendre.

–          Oui, tu peux bien te moquer, dis-je, pourquoi tu ne m’as pas dit qu’il n’y a pas de passage par là ?

–           Et pourquoi te le dire ? Je ne te connais même pas et puis, tu allais t’en rendre compte toi-même et revenir sur tes pas, comme tu es en train de le faire.

Cette réplique me donna envie de « pousser un autre pion », comme on dit chez nous, dans le langage de la galanterie. Je dis alors, sans conviction :

– Tu peux me donner ton numéro ? Et, à ma grande surprise, elle me le dicta.

Je suis réparti en promettant de « phoner » sans tarder, ce que je fis d’ailleurs avant même d’avoir franchi les 500 mètres, pour m’assurer que j’ai bien noté. Mais rien. Croyant avoir fait l’objet d’une farce, je rebrousse chemin et dit à M.

–          Le numéro n’est pas bon. Elle répond :

–          Mais si, appelle. Cette fois-ci ça passe. Tout heureux d’être sur le point de faire une nouvelle conquête, je sors un billet de 2000 et lui lance : « achète du crédit » ; puis je démarre en trombe. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais trois jours plus tard, mon téléphone sonne et je vois s’afficher ce nom que j’ai enregistré et que j’ai oublié si vite, signe que j’étais sur le point de « guérir » de la maladie des femmes. Une question me vint alors à l’esprit : Mais diable, qu’est-ce qu’elles me trouvent, ces femmes, puisque moi-même, quand je me regarde dans un miroir, je ne m’aime pas ? Ah, je vois qu’avec les histoires de femmes l’inspiration revient, ce n’est donc pas la panne, pardon, la migration de Mondoblog, mais celle de mon esprit qui a voulu refouler si loin une loi de la nature humaine : les femmes sont faites pour être aimées.


Gestion des déchets ménagers : Un casse-tête pour les communes mauritaniennes

Décharge à nouakchott (crédit photo : Sneiba Mohamed)
Décharge à nouakchott (crédit photo : Sneiba Mohamed)

L’hôtel Mauri Center de Nouakchott a abrité, mardi 12 janvier 2013, les travaux d’un « Atelier de Plaidoyer en faveur d’une meilleure gestion des déchets ménagers en Mauritanie ». S’appuyant sur l’expérience dans le domaine menée par le projet GECODEM (Gestion concertée des déchets ménagers dans le Brakna), mené conjointement par l’Ong française GRET et Ecodev (Mauritanie), ces deux organisations s’associent, à nouveau, pour l’élargir à l’ensemble des chefs-lieux de départements, en s’appuyant sur le Réseau des parlementaires et élus pour l’environnement pour mobiliser les financements nécessaires aussi bien au niveau de l’Etat que des partenaires au développement de la Mauritanie.

Pour le représentant du GRET en Mauritanie, Bernard Gay, le principal problème auquel fait face toute action dans le domaine de la gestion des déchets ménagers en Mauritanie vient du fait que les citoyens ne perçoivent pas ce service comme étant aussi vital que ceux de l’eau et de l’électricité. Pour lui, on peut même aller au-delà quand on sait que l’impact sur la santé de ces populations, et même sur la rentabilité économique, pose le problème de la régulation de cette gestion. De sorte que la propreté de la ville se pose, de plus en plus, comme premier résultat attendu du maire. Ce qui n’est pas une mince affaire quand on sait que, le plus souvent, la gestion des déchets ménagers n’est pas budgétisé par l’Etat et encore moins par les communes. Dans la plus petite de celles-ci, l’évaluation à minima pour la gestion des déchets ménagers est de 10 millions d’ouguiyas par an.

Cependant, les axes du plaidoyer pour une stratégie de gestion des déchets  tentent de faire des propositions allant dans le sens de la sensibilisation, de la mobilisation des ressources ainsi que de la gestion pérenne des déchets ménagers. La démarche impliquant les communes, l’Etat, les partenaires au développement et les citoyens eux-mêmes part d’une « recherche de cohérence du cadre institutionnel » à des « solutions techniques adaptées », en passant par « un mécanisme financier pérenne et « la concertation et l’implication du citoyen », qui est à la fois sujet et objet de cette opération. Cela devrait permettre de faire en sorte que la phase active de tout projet de ce genre ne cède la place à une fin non concluante, souligne le président d’Ecodev, Sidi Ould Mohamed Lemine, parce qu’on n’a pas encore réussi à faire de la gestion des déchets ménagers un problème national qui nécessite une solution globale. Celle-ci peut être envisagée, soulignent certains participants à l’Atelier, par l’allocation des budgets du FRD (Fonds régional de développement) à la gestion des déchets ménagers. Cela éviterait même ce qui ressemble bien à un « double emploi », au niveau des financements, parce que plusieurs intervenants se chargent, dans une wilaya, d’un même projet : construction d’une classe, forage d’un puits, etc ! Il reste entendu que sans la conscience nationale autour de cette gestion des déchets, qui est à la fois un problème de santé publique et d’ordre économique, comme le souligne le représentant de l’UE à ce plaidoyer, Michel Lalloge, toute action dans le domaine restera vaine. Et c’est pour cette raison que les participants ont décidé de renforcer l’action du Réseau des parlementaires et élus pour l’environnement, des Ong Gret et Ecodev en s’inscrivant, comme volontaires, dans un groupe de pression qui doit pousser l’Etat à envisager la question de la gestion des déchets ménagers dans un cadre global et non seulement dans des actions qui ont permis un montage comme celui qui lie Pizzorno à la Communauté Urbaine de Nouakchott.


Téléphonie mobile : La nouvelle économie

Marché du Portable de Nouakchott (crédit photo : Sneiba Mohamed)
Marché du Portable de Nouakchott (crédit photo : Sneiba Mohamed)

A n’en pas douter, la téléphonie mobile a provoqué une révolution dans les mœurs communicationnelles des Mauritaniens. Aujourd’hui, dix ans après, le lancement du premier opérateur Mattel, c’est une véritable économie qui, en termes de rendement social, dépasse de loin tous les autres secteurs, qu’ils soient de ceux sur lesquels l’Etat a une certaine emprise, ou relèvent carrément de l’informel. La présence en Mauritanie de trois opérateurs de télécommunications, pour un « petit » marché de moins de trois millions, pouvait semer le doute sur la rentabilité du secteur et de son développement.

Pourtant malgré la concurrence féroce à laquelle se livrent Mattel (la Mauritano tunisienne de télécommunications), la Mauritel (filiale de Maroc télécoms) et Chinguittel (du groupe Sudatel), les trois opérateurs jubilent. Les Mauritaniens sont devenus des accros du téléphone mobile, de sorte que personne ne peut envisager, un instant, ne pas avoir au moins « ses trois numéros », en plus, des fois, d’autres « extensions » mobiles (One, pour Mauritel, Mauritanie, pour Chinguittel et Khaima, pour Mattel).

Siège de la Mattel à Nouakchott
Siège de la Mattel à Nouakchott

Au début de l’activité, les deux opérateurs Mattel et Mauritel avaient vendu plus de 200.000 portables en l’espace de trois mois, ce qui a eu pour effet d’attirer l’attention d’une race de jeunes très portés sur les affaires depuis la libéralisation de l’économie. Ces golden boys qui rappellent les succès de l’Amérique des années 70-80, ont très vite compris le profit énorme qu’ils peuvent tirer du commerce du portable en exploitant, à fond, le goût immodéré des Mauritaniens pour les nouveautés. C’est sur cette particularité mauritanienne que la nouvelle économie a joué pour faire ses nouveaux riches.

Un marché du portable, pour le meilleur et pour le pire

Disposer d’un portable est aujourd’hui à la portée de tout le monde. On n’est plus au tout début du « phénomène portable » où la Mattel et la Mauritel profitaient de l’absence d’un marché local pour vendre à des prix fixés en toutes libertés.

Le flair et le sens des affaires des commerçants mauritaniens a vite fait de contrecarrer les desseins mercantiles de ces deux opérateurs. Ils voient leur échapper, impuissants, leur activité « portable » au grand bonheur des consommateurs.

Cérémonie au siège de Mauritel à Nouakchott (photo : Google)
Cérémonie au siège de Mauritel à Nouakchott (photo : Google)

Aujourd’hui, il suffit de se rendre à la foire du portable, « Noghta Sakhina » (Point chaud), à jets de pierre de quatre banques privées, pour faire son choix à des prix qui défient souvent toute concurrence. Cependant le risque est grand de se faire avoir en payant un portable de mauvaise qualité (chinois, malaisien, ou marocain) alors qu’au début le danger consistait à acheter un téléphone volé ou en mauvais état.

Car dans ce marché aux allures de caverne d’Ali Baba, où tout s’achète et se vend, il n’y a souvent ni foi ni loi. Services et abus de confiance font bon ménage. Certains jeunes, sentant le profit qu’on peut tirer d’une telle activité, se sont improvisés « réparateurs » ou « vendeurs » de portables. Ils concurrencent sérieusement les magasins destinés à une clientèle aisée qui se sont installés tout le long de l’avenue J.F. Kennedy. Au début de l’émergence de ce marché du portable, les individus qui le faisaient marcher, avaient toutes les astuces pour faire croire au sérieux de ce qu’ils font. Les « réparateurs » vous passaient en revue tout le jargon de la nouvelle profession : « déclencher une pile », « décodage », « habillage », etc. Aujourd’hui, les gens s’en foutent. Si la panne est grave, ils n’hésitent pas à acheter un nouveau phone à presque rien. Avec 5000 UM (environs 10 euros) vous avez votre téléphone flambant neuf.

Le ravitaillement des vendeurs de portables est assuré par des grossistes qui ont pignon sur rue au Marché de la Capitale et qui, faute d’avoir pu drainer la clientèle cible, sont venus vers elle.

Certains n’ont pas hésité à dépenser des millions pour « acheter des clés » de quelques échoppes destinées à leur servir d’antennes dans ce lieu où se brossent chaque jour des montants énormes.

Cette nouvelle forme de transaction, née de l’intrusion du grand capital dans l’économie du portable, a entraîné une inflation du prix du mètre carré sur ce terrain situé au centre-ville et qui, dit-on, fait l’objet d’un litige depuis plusieurs années ; ce qui empêche de le mettre en valeur autrement que par ces boutiques de moins de quatre mètre carrés construites à la va vite. Pourtant, au début, l’opération la plus importante concerne la « vente des clefs » d’une place stratégique de 6m2 à 1,5 million d’ouguiyas, ce qui en fait probablement la terre la plus chère à Nouakchott.

Ce phénomène inquiète les réparateurs et les petits vendeurs qui voient d’un mauvais œil la « dénaturalisation » de leur activité jusque-là essentiellement tournée vers la survie. Le loyer mensuel de 20 à 30.000 ouguiyas qu’ils payent aux responsables des lieux est appelé à augmenter suivant le rythme d’activité du marché.

Les raisons d’un succès

Chinguittel (Photo : Google)
Chinguittel (Photo : Google)

Dans l’étude de marché qu’elles ont effectué, la Mattel et la Mauritel ont apparemment négligé l’adaptabilité de la structure spatiale du cellulaire au contexte mauritanien, ce qui explique les prix élevés et le ciblage d’une clientèle de référence.

Le portable qui convient à merveille à une société « mobile » comme la nôtre, permet d’irriguer des zones où n’existent pas encore le réseau fixe. Cette erreur d’appréciation a été fatale aux deux opérateurs qui ont très vite délaissé la vente des portables qui se fait aujourd’hui par d’autres canaux. Le téléphone mobile crée ainsi de nouvelles opportunités d’emplois qui vont de la vente des cartes prépayées à celle des portables en passant par la réparation et la maintenance.

Les cartes prépayées, un pactole pour les revendeurs

La vente à la criée n’est plus la spécificité des vendeurs de journaux depuis l’arrivée du téléphone portable. Celle des cartes prépayées attire de plus en plus de monde, vu le profit qu’on peut en tirer en une journée de travail. Les vendeurs refusent obstinément de dévoiler la marge de bénéfice qu’ils gagnent sur une carte.

Les grossistes n’ont pas cette méfiance et acceptent volontiers de donner le « cours » de la carte qui change d’un jour à l’autre. La Mauritel, qui met sur le marché des cartes de 10.000 à 100 UM, les vend aux grossistes, ce qui leur laisse une marge de bénéfice souvent supérieure à 10%. Le profit le plus grand est réalisé sur la carte de 1500 (25%) et celle de 1000. Pour augmenter le bénéfice sur les cartes de 1000 et de 500, les plus recherchées par les consommateurs, les vendeurs feignent une rupture des stocks et les proposent à 1100 et 600 UM, ce qui « harmonisent » malicieusement les bénéfices qu’ils réalisent sur cette activité qui rapporte gros.

Comme quoi il n’y a pas de sot métier et l’appât du gain est le défaut – ou la vertu – les mieux partagés par les Mauritaniens.

 


Mauritanie : Disons nos maux avec les mots justes

Habitats précaires à Nouakchott (crédit photo: Sneiba Mohamed)
Habitats précaires à Nouakchott (crédit photo: Sneiba Mohamed)

Les politiques ont changé de fusil d’épaule. Les questions qui mettent aux prises habituellement le pouvoir et son opposition sont aujourd’hui essentiellement d’ordre économique. Sur la toile, dans les journaux et sur les ondes des radios privées, des personnalités de l’opposition prennent du plaisir à dénoncer ce qui leur semble être une crise économique profonde pouvant se transformer, si on n’y prend garde, en état qui dure. La réplique du pouvoir en place ne se fait pas attendre. Le Premier ministre d’abord, lors de son passage à l’Assemblée, a tenté, avec les « armes » dont il dispose, c’est-à-dire une compilations de chiffres et de données éconoiques fournis sans doute par les différents départements, de contrecarrer les vélléités de ses contradicteurs de l’opposition.

 

 

Ensuite, le Groupe parlementaire de la majorité prend souvent le relais pour surfer sur la même vague. Et, pour clore ce chapitre sur les sorties officielles et officieuses tentant de constituer une sorte de rempart pour le gouvernement contre ce qui pourrait arriver, à l’image des débordements dans certains pays arabes, le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) avait même pris les devants en mettant en place, il y a deux ans, une commission chargée de la protection du consommateur ! Une réaction qui s’inscrivait dans la droite ligne de celle qui avait également conduit à l’installation de la commission chargée des droits de l’homme, et qui est arrivée au moment où le militant antiesclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid était jugé, en 2010, avec six de ses compagnons, pour agression contre la police alors qu’il était venu dénoncer un cas d’esclavage à Arafat.  

Que faut-il penser de toutes ces réactions du pouvoir tentant de faire croire à l’opinion publique nationale qu’il ne s’agit que de commérages de salons et parti-pris sur l’Etat d’une économie nationale qui ne s’est jamais si bien portée ? L’état des lieux de nos marchés plaide – t – il la cause du pouvoir ou constitue – t – il un argument fort contre lui ?

En fait, il s’agit-là d’une double lecture de « l’état de la Nation ». Les ministres et nous, nous ne parlons pas le même langage. Eux évoquent les chiffres, très compliqués et complexes, de la macroéconomie, nous nous évoquons les maux de nos ventres exacerbés, ces derniers temps, par des prix qui flambent, l’argent qui se fait rare, la récession – visible à l’œil nu – de toutes les activités économiques, les problèmes de santé, d’éducation et de transport, etc, etc, etc. Eux évoquent un excédent de la balance commerciale du pays sans impact réel sur le train-train quotidien du citoyen lambda, une croissance qui tend vers les deux chiffres et un tas d’autres paramètres économiques dont ils sont les seuls à connaître le secret. En fait, il s’agit d’un dialogue de sourds qui risque de durer encore longtemps. C’est la vieille diatribe d’un pouvoir acculé de toutes parts, incapable de trouver ses marques pour passer aux choses sérieuses et permettre aux citoyens de vivre décemment. Car à quoi sert l’embellie d’une économie si elle ne se traduit pas, dans les faits, par l’amélioration des conditions de vie des populations ?

 

Des chiffres, rien que des chiffres

 

Nous avons longtemps cru en les réformes économiques structurelles de la Banque mondiale et du FMI et nous avons longtemps supporté leurs aléas pensant que le jour viendra où le bien-être promis sera réalité. Cela dure depuis 1985. Un quart de siècle ! Faudra-t-il attendre que tous ceux qui ont assisté à la mise en place des PAS (Programmes d’ajustement structurel) et autre FASR (Facilités d’ajustement structurel et de la Relance) disparaissent de la terre pour que les promesses des Institutions de Bretton Woods se réalisent ?

On n’a que faire des chiffres ! Que le taux de croissance soit élevé, que celui de l’inflation soit maîtrisé, que la balance commerciale soit excédentaire, cela importe très peu pour les populations si elles sont condamnées à souffrir le martyr de prix qui montent, montent, montent, si elles ne peuvent avoir droit à de meilleurs services de santé et d’éducation, si elles continuent à voir des riches qui s’enrichissent de plus en plus et des pauvres qui sombrent dans leurs misères esseulées.

Hier comme aujourd’hui, les maux de la nation ont pour noms corruption, mauvaise gestion, favoritisme, incompétence et irresponsabilité. Comment concevoir sans cela qu’un pays de seulement 3.000.000 d’habitants possédant les côtes les plus poissonneuses du monde, exportant chaque année 11 millions de tonnes de minerai de fer, exploitant, même si c’est en petites quantités, le pétrole n’arrive pas à quitter le club infamant des PMA (Pays les moins avancés) ? Comment expliquer qu’avec toutes ces richesses, en plus de notre immense cheptel et de nos terres agricoles de la Vallée, l’on continue à pointer sur la liste des Pays Pauvres très Endettés ? Car si la dette a été épongée sous Ould Taya, les promesses de la table ronde de Bruxelles (plus de 3 milliards de dollars) ne sont pas de l’argent donné à titre gracieux. La dette appelle la dette, c’est connu. Un endettement, en fait, qui n’a servi à rien, puisque sans réalisations probantes et hypothéquant l’avenir des générations futures !

Certes, avec seulement trois années d’existence « démocratique », l’actuel pouvoir a des circonstances atténuantes. C’est ce qu’il ne cesse de répéter en disant que la situation qu’il traverse est l’accumulation de plusieurs années d’erreurs de gestion. Soit mais on lui reproche, justement, d’adopter le même comportement que ceux qui ont mené la Mauritanie au bord du gouffre. Disons nos « maux » avec les « mots » justes ! Ne nous voilons pas la face comme l’a toujours fait Ould Taya. Jusqu’au jour où il a été balayé par son propre entourage.


Mali : La guerre vue de Mauritanie

Mauritanian troops conduct drills in response to calls for heightened security at the Mali border, par Magharebia (Wikimedia Commons)
Mauritanian troops conduct drills in response to calls for heightened security at the Mali border, par Magharebia (Wikimedia Commons)

« L’expédition française » au Mali – oui, je préfère cette expression au vocable « guerre » puisqu’il n’y a pas, véritablement, une « armée » en face des forces militaires françaises – est diversement appréciée par les Mauritaniens. Un mélange d’appréhensions, de volonté d’aider le Mali à retrouver la paix et la tranquillité, mais aussi de rejet de tout ce qui vient de l’Occident. Voilà comment les Mauritaniens ont réagi à l’intervention de la France pour, d’abord, empêcher que les groupes islamistes armés ne prennent Bamako, un an après avoir assuré leur emprise sur toute la province de l’Azawad, puis partir à la reconquête du nord Mali.

Il faut dire que la position des partis politiques en Mauritanie sur la guerre au Mali, distincte de celle du commun des Mauritaniens, est dictée, avant tout, par leur appartenance au camp de la Majorité ou de l’Opposition. Les partis qui soutiennent le pouvoir n’ont pas de position autre que celle du président Mohamed Ould Abdel Aziz ! Sur la guerre au Mali comme sur toutes autres questions de politique intérieure, ils se rangent, invariablement, sur le point de vue du Rais, et celui-ci a déclaré, ouvertement, que la Mauritanie ne prendrait pas part à la guerre, qu’elle se contenterait d’assurer la sécurité de ses frontières et de répondre si elle était attaquée.

Concernant le bien-fondé de l’intervention, la Mauritanie officielle ne se démarque pas de la position de la communauté internationale, c’est-à-dire de la nécessité d’aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale et à faire en sorte que la menace terroriste que fait peser sur le  monde la présence au Sahel de groupes djihadistes soit éradiquée ou, à défaut, contenue. Un peu comme c’est le cas actuellement avec le retour à une situation d’avant l’occupation des grandes villes du nord Mali (Gao, Tombouctou, Kidal) par Ansar Eddine, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Al Qaeada au Maghreb Islamique (AQMI) reste quant à lui cet ennemi invisible qu’il va falloir aller chercher dans les montagnes des Ifogas, qui ont toujours constitué ses bases arrières.

Le « oui mais… » de l’opposition

L’opposition mauritanienne dit haut et fort qu’elle est contre le terrorisme et a toujours condamnée les prises d’otages ainsi que les exactions commises par les groupes salafistes au nord Mali. C’est une position de principe mais aussi de bon sens. Même quand c’était le président Mohamed Ould Abdel Aziz lui-même qui donnait la chasse à AQMI, sur le territoire malien, l’opposition – qui s’opposait au pouvoir par principe – limitait sa critique à la « guerre par procuration » que la Mauritanie menait au nom de la France ! Une manière de dire « oui à la guerre contre le terrorisme mais pas en y étant poussé par Paris ».

Aujourd’hui encore, c’est la même chanson qu’on entend. La Mauritanie doit se tenir à l’écart de cette guerre qui est menée pour des considérations autres que celles qui doivent vraiment pousser Nouakchott à « prendre partie ». A plusieurs reprises, on a entendu la Coordination de l’opposition démocratique (COD) mettre en garde contre les conséquences de la guerre sur la Mauritanie. L’un des partis de cette coalition, « Tawassoul » (islamistes) n’a pas hésité à dire que la guerre fait peser une sérieuse menace sur six wilayas du pays frontalières avec le Mali, à savoir les deux Hodh, l’Assaba, le Guidimagha, l’Adrar et le Tiris Zemour. C’est-à-dire cet immense désert et cette savane que sillonnaient naguère les concurrents du Paris-Dakar et qui, depuis 2007, étaient devenus une zone si dangereuse que le Quai-d’Orsay l’a classée dans les régions à éviter par les touristes français.

Donc, l’opposition mauritanienne s’oppose à la guerre au Mali parce que, justement, elle ne veut pas laisser Aziz tirer, seul, le profit que rapporte le positionnement contre les terroristes d’AQMI et du MUJAO et le refus de la partition du Mali réclamée par Andar Edine et le MNLA. Disons que ce sont les mêmes considérations de politique intérieure « conditionnées » par les engagements extérieurs qui font que la position de l’opposition mauritanienne sur la guerre au Mali est à l’identique de celle de la droite française qui ne pouvait désavouer l’intervention militaire au Mali que si elle était sûre qu’elle portait l’éventualité d’un échec ou d’un enlisement.

La solidarité « communautaire »

En dehors de la politique, les Mauritaniens font le distinguo entre les populations arabes et touarègues du nord Mali et les groupes islamistes armés qui se sont rendus coupables de graves exactions, aussi bien dans les grandes villes de l’Azawad que dans d’autres zones du Sahel. Pour bon nombre d’entre eux, Bamako doit tenir compte des revendications « légitimes » de ces populations, non pas dans le sens d’une partition du Mali, mais d’une meilleure répartition des richesses du pays et du pouvoir politique entre le nord et le sud.

D’autres vont plus loin en exprimant leurs craintes de voir l’armée malienne saisir l’occasion qu’offre l’intervention militaire de la France pour solder certains comptes avec des populations du nord qu’on a accusé, à tort ou à raison, de sympathies pour les mouvements islamistes. Les mauritaniens ont encore dans les mémoires le massacre, à Djabali, des 16 prédicateurs et les exactions similaires commises par une armée malienne frustrée par ses récentes défaites face aux islamistes n’incitent pas les membres des tribus arabes et touarègues à cheval sur la Mauritanie et le Mali à faire confiance à Bamako dans la gestion de l’après-guerre.