Mali : La guerre vue de Mauritanie

Article : Mali : La guerre vue de Mauritanie
7 février 2013

Mali : La guerre vue de Mauritanie

Mauritanian troops conduct drills in response to calls for heightened security at the Mali border, par Magharebia (Wikimedia Commons)
Mauritanian troops conduct drills in response to calls for heightened security at the Mali border, par Magharebia (Wikimedia Commons)

« L’expédition française » au Mali – oui, je préfère cette expression au vocable « guerre » puisqu’il n’y a pas, véritablement, une « armée » en face des forces militaires françaises – est diversement appréciée par les Mauritaniens. Un mélange d’appréhensions, de volonté d’aider le Mali à retrouver la paix et la tranquillité, mais aussi de rejet de tout ce qui vient de l’Occident. Voilà comment les Mauritaniens ont réagi à l’intervention de la France pour, d’abord, empêcher que les groupes islamistes armés ne prennent Bamako, un an après avoir assuré leur emprise sur toute la province de l’Azawad, puis partir à la reconquête du nord Mali.

Il faut dire que la position des partis politiques en Mauritanie sur la guerre au Mali, distincte de celle du commun des Mauritaniens, est dictée, avant tout, par leur appartenance au camp de la Majorité ou de l’Opposition. Les partis qui soutiennent le pouvoir n’ont pas de position autre que celle du président Mohamed Ould Abdel Aziz ! Sur la guerre au Mali comme sur toutes autres questions de politique intérieure, ils se rangent, invariablement, sur le point de vue du Rais, et celui-ci a déclaré, ouvertement, que la Mauritanie ne prendrait pas part à la guerre, qu’elle se contenterait d’assurer la sécurité de ses frontières et de répondre si elle était attaquée.

Concernant le bien-fondé de l’intervention, la Mauritanie officielle ne se démarque pas de la position de la communauté internationale, c’est-à-dire de la nécessité d’aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale et à faire en sorte que la menace terroriste que fait peser sur le  monde la présence au Sahel de groupes djihadistes soit éradiquée ou, à défaut, contenue. Un peu comme c’est le cas actuellement avec le retour à une situation d’avant l’occupation des grandes villes du nord Mali (Gao, Tombouctou, Kidal) par Ansar Eddine, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) et le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Al Qaeada au Maghreb Islamique (AQMI) reste quant à lui cet ennemi invisible qu’il va falloir aller chercher dans les montagnes des Ifogas, qui ont toujours constitué ses bases arrières.

Le « oui mais… » de l’opposition

L’opposition mauritanienne dit haut et fort qu’elle est contre le terrorisme et a toujours condamnée les prises d’otages ainsi que les exactions commises par les groupes salafistes au nord Mali. C’est une position de principe mais aussi de bon sens. Même quand c’était le président Mohamed Ould Abdel Aziz lui-même qui donnait la chasse à AQMI, sur le territoire malien, l’opposition – qui s’opposait au pouvoir par principe – limitait sa critique à la « guerre par procuration » que la Mauritanie menait au nom de la France ! Une manière de dire « oui à la guerre contre le terrorisme mais pas en y étant poussé par Paris ».

Aujourd’hui encore, c’est la même chanson qu’on entend. La Mauritanie doit se tenir à l’écart de cette guerre qui est menée pour des considérations autres que celles qui doivent vraiment pousser Nouakchott à « prendre partie ». A plusieurs reprises, on a entendu la Coordination de l’opposition démocratique (COD) mettre en garde contre les conséquences de la guerre sur la Mauritanie. L’un des partis de cette coalition, « Tawassoul » (islamistes) n’a pas hésité à dire que la guerre fait peser une sérieuse menace sur six wilayas du pays frontalières avec le Mali, à savoir les deux Hodh, l’Assaba, le Guidimagha, l’Adrar et le Tiris Zemour. C’est-à-dire cet immense désert et cette savane que sillonnaient naguère les concurrents du Paris-Dakar et qui, depuis 2007, étaient devenus une zone si dangereuse que le Quai-d’Orsay l’a classée dans les régions à éviter par les touristes français.

Donc, l’opposition mauritanienne s’oppose à la guerre au Mali parce que, justement, elle ne veut pas laisser Aziz tirer, seul, le profit que rapporte le positionnement contre les terroristes d’AQMI et du MUJAO et le refus de la partition du Mali réclamée par Andar Edine et le MNLA. Disons que ce sont les mêmes considérations de politique intérieure « conditionnées » par les engagements extérieurs qui font que la position de l’opposition mauritanienne sur la guerre au Mali est à l’identique de celle de la droite française qui ne pouvait désavouer l’intervention militaire au Mali que si elle était sûre qu’elle portait l’éventualité d’un échec ou d’un enlisement.

La solidarité « communautaire »

En dehors de la politique, les Mauritaniens font le distinguo entre les populations arabes et touarègues du nord Mali et les groupes islamistes armés qui se sont rendus coupables de graves exactions, aussi bien dans les grandes villes de l’Azawad que dans d’autres zones du Sahel. Pour bon nombre d’entre eux, Bamako doit tenir compte des revendications « légitimes » de ces populations, non pas dans le sens d’une partition du Mali, mais d’une meilleure répartition des richesses du pays et du pouvoir politique entre le nord et le sud.

D’autres vont plus loin en exprimant leurs craintes de voir l’armée malienne saisir l’occasion qu’offre l’intervention militaire de la France pour solder certains comptes avec des populations du nord qu’on a accusé, à tort ou à raison, de sympathies pour les mouvements islamistes. Les mauritaniens ont encore dans les mémoires le massacre, à Djabali, des 16 prédicateurs et les exactions similaires commises par une armée malienne frustrée par ses récentes défaites face aux islamistes n’incitent pas les membres des tribus arabes et touarègues à cheval sur la Mauritanie et le Mali à faire confiance à Bamako dans la gestion de l’après-guerre.

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