Mohamed SNEIBA

Mauritanie : Déni de démocratie

Les dirigeants de l'UPR, parti au pouvoir en Mauritanie (crédit photo :futureafrique.net)
Les dirigeants de l’UPR, parti au pouvoir en Mauritanie (crédit photo :futureafrique.net)

La Mauritanie est un pays en crise. Oui, en crise, malgré les dénégations du camp du pouvoir qui veut prouver le contraire. En crise parce que des maires et des députés exercent des fonctions « sans droits » autre que la volonté du gouvernement établie – légitimée – par un Conseil Constitutionnel qui n’a jamais été la voix de son maître que maintenant. En crise parce que les hommes politiques, censés devoir résoudre les questions liées aux incompréhensions de ce genre, n’ont aucune volonté d’y mettre un terme. Et le peuple ? Le peuple sujet et objet de  toute cette agitation, il ne semble disposer d’aucun moyen pour exiger le rétablissement de la démocratie. D’ailleurs, ceux qui pensent que le meilleur moyen d’éloigner la plèbe de la politique c’est de l’occuper par des questions de survie n’ont pas tout à fait tort. Les Mauritaniens sont tellement pris par la recherche de leur subsistance, dans un contexte de crise économique aigue, qu’ils disent merde à la politique. Vous entendrez souvent un citoyen vous dire : « ils sont tous pareils, ces politiques, Aziz ou un autre, qu’importe. Ils sont aussi conscients de la futilité de leurs institutions « démocratiques », sinon comment comprendre qu’ils ne soient pas les premiers à exiger que les élections se tiennent ? Que leurs représentants tirent leur légitimité de leur choix et non de cette prorogation décidée par un pouvoir exécutif censé pourtant ne pas avoir d’emprise sur le pouvoir législatif.

Malgré tous ces disfonctionnements, le pays fonctionne comme s’il n’y avait pas de crise ! Certes, la Coordination de l’opposition démocratique ne cesse de dénoncer ce qu’elle considère comme des enfreintes à la démocratie mais sans parvenir à mettre à mal un pouvoir sûr de lui-même. De sorte que les questions qui fâchent ne sont jamais regardées comme des défaillances de l’Exécutif mais seulement une partie de ce qui fait la crise elle-même ! Les élections municipales et législatives accusent un an de retard et personne ne s’en émeut. Elles se tiendront quand le président Aziz l’aura voulu, c’est-à-dire quand il pensera que tout est à l’avantage de sa majorité présidentielle  pour qu’elle ne cède pas du terrain face à l’opposition. Le pouvoir n’a de comptes à rendre à personne. L’opposition est faible, oui, et le peuple n’existe pas en tant que tel. On est de plus en plus sûr que le « printemps mauritanien » n’est qu’une vue de l’esprit. Ce qui compte, c’est de permettre au peuple de survivre. Faire en sorte que l’on ne crève pas de faim en parvenant, plus ou moins, à exploiter le peu d’opportunités offertes par une économie intravertie. De sorte que les habitants de la capitale Nouakchott constituent un « monde » à part qui ignore tout de ce qui se passe dans les autres wilayas du pays. C’est là tout le défaut de gestion d’un système politique et économique non articulé. Les Mauritaniens vivent en dehors du temps et de l’espace étatique.  D’où l’indifférence qu’ils affichent face à la crise politique actuelle. Alors, tant qu’il n’y a pas une pression populaire véritable, le pouvoir peut continuer à ruser et remettre à plus tard des élections municipales et législatives, en fait, sans importance. Les élus sont là par eux-mêmes (pouvoir de l’argent, de la tribu et du savoir) et pour eux-mêmes.

 


Une CAN déjà inédite

Les Aigles du Mali (crédit photo: google.com)
Les Aigles du Mali (crédit photo: google.com)

Je ne suis pas un féru du sport, loin de là mais cette CAN 2013 ne peut laisser indifférent. Déjà l’absence de grandes nations du foot comme l’Egypte, le Cameroun et le Sénégal avait suscité beaucoup de commentaires allant dans le sens d’une « dévalorisation » des affiches qui étaient au programme du premier tour. Certains comme moi n’ont peut être pas vu un seul match de cette CAN, se contentant, chaque jour de foot, de prendre connaissance du résultat. La sortie de la Zambie, champion en titre, de la Tunisie et du Maroc, sans atteindre les quarts de  finale, n’a fait que renforcer l’idée qu’on est en face  d’une CAN pleine de surprises, malgré tout ce qu’on dit sur son manque d’intérêt sportif le tout se jouant, en fin de compte, entre la Cote d’Ivoire, avec sa constellation de stars, le Ghana et le Nigeria qui sont tous deux des valeurs sûres du foot africain.

D’aucuns considéraient aussi que la particularité de cette CAN 2013  est d’avoir révélé des équipes qu’on n’attendait pas à ce niveau de la compétition, à savoir la très sympathique équipe du Cap Vert, sortie hier, dans la douleur, par le Ghana (2-0) et le Burkina Faso qui  continue encore son odyssée, en venant à bout du Togo. On ne peut pas  dire la même chose d’un Mali qui est une équipe qui a toujours compté parmi les grands d’Afrique mais qui, dans les circonstances particulières qu’il connait depuis près d’un an, pouvait ne pas être dans les meilleures dispositions pour arriver à ce stade de la compétition. Mais quand les Aigles parviennent à sortir le pays organisateur, l’Afrique du sud, on s’est dit qu’ils ont peut être voulu accompagner le triomphe de leur armée, soutenue il est vrai par la France, pour que la  fête à Bamako et dans les grandes villes du nord libérées du joug des groupes islamistes armés, soit encore plus belle.  Et, il faut le reconnaître, au stade des demi-finales de cette CAN 2013, les quatre équipes restées en course (deux anglophones, Nigeria, Ghana, et deux francophones, Mali, Burkina) ont pratiquement les mêmes chances de soulever le trophée le dimanche 10 février prochain. En Mauritanie, nos voisins maliens peuvent compter sur nous pour fêter leur victoire – possible – comme nous avons partagé leurs joies d’avoir « retrouvé le nord ».


Mauritanie : Les élections municipales et législatives entre février et juillet 2013

Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP

Cette fois sera-t-elle la bonne ? L’année 2013 est-elle celle des élections municipales et législatives tant attendues ? Oui, si l’on en croit le site de l’IFES (International Foundation for Electoral Systems) qui lance un appel d’offres pour le recrutement d’un expert devant appuyer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dans l’organisation des élections municipales et législatives prévues en Mauritanie au cours de la période comprise entre février et juillet 2013 !

Nonobstant la qualité de la source de cette information, certains diront, tout simplement, « une date de plus ». Pas plus ! Parce qu’il n’y a pas plus importante source que le président Aziz lui-même qui a promis, à maintes reprises – ou plutôt annoncé – l’imminence de ces élections. Mais aussi parce qu’il ne suffit pas de fixer la date de ce scrutin pour le voir se réaliser. Les problèmes qui se dressent devant de telles échéances s’amassent chaque jour et l’information (le communiqué) de l’IFES peut n’être qu’une étape s’inscrivant dans le cadre de toutes celles qui sont prises depuis plusieurs mois (dialogue, enrôlement, Ceni, etc) mais qui n’ont pas réussi à donner une date précise pour ces élections. D’ailleurs, à croire même que l’IFES ait été tenue au courant de ce qui ressemble bien à un « secret défense », le communiqué qu’on peut lire ici https://recruiting.ifes.org/Careers parle de limites (entre février et juillet 2013) pas de date. Rappelons que de temps en temps, des dates sont données, comme hautement probables, pour ces élections dont le retard commence à exaspérer l’ensemble de la classe politique.

Et l’on peut même penser que comme sa précédente, l’année 2013 ne sera sans doute pas celle des élections municipales et législatives tant attendues. Rien ne permet aujourd’hui de penser que le Gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf pense, sérieusement, à donner un coup d’accélérateur à une année qui n’a pas vraiment commencer sur les chapeaux de roues. En tout cas pas en ce qui concerne une amélioration notable des conditions de vie des populations mais, surtout, d’une sortie de crise capable de faire taire les revendications d’une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui surfe, depuis plusieurs mois, sur les difficultés économiques et sociales d’un pouvoir qui manque de ressources. Au propre et au figuré.

Selon l’avis d’un expert, l’opposition radicale sait pertinemment qu’aucun scrutin jouissant d’un minimum de transparence ne peut être organisé dans les conditions actuelles. Dans un tel contexte, on peut espérer, tout au plus, que l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, et la mise en place d’une CENI (qu’il faut peut être « reconfigurer » pour faire de la place à la COD) permettent d’avancer sur le chemin de l’organisation des élections avant la fin de l’année 2013. A deux ans de la fin du quinquennat d’Aziz, les mauritaniens estiment, de plus en plus, très probable l’étalement sur deux mandats de l’actuel législature des députés et conseillers municipaux majoritairement acquis au pouvoir du président Aziz.

C’est dire qu’avec la stratégie des petits pas, aussi bien pour la validation des résultats du dialogue (au niveau du Parlement et du Conseil Constitutionnel) que pour leur mise en œuvre toujours en cours, le pouvoir se donne la latitude de repousser ce scrutin jusqu’à la fin du mandat d’Aziz, c’est-à-dire 2014 où il pourra alors, si le rythme de l’enrôlement des populations continue, avoir un état-civil garantissant la fiabilité requise pour l’organisation d’élections générales. Mais bien avant, il faudra bien que l’opposition « participationniste » (APP, Al Wiam, Sawab) soit rassurée par des mesures allant dans le sens de l’acceptation des minimas que propose le président de l’Assemblée nationale, dans son initiative, et que laisse entendre la COD pour reprendre langue avec le pouvoir. Mais déjà on court de manière quasi certaine vers un autre échec : Le président Aziz accepterait l’initiative du président de l’Assemblée nationale sans la formation d’un gouvernement d’union nationale. La COD n’accepterait pas cette initiative sans ce gouvernement d’union nationale. Donc la crise continue.


Mali : La drôle de « guerre »

Soldats africains (crédit photo : Saharamédias)
Soldats africains (crédit photo : Saharamédias)

La guerre que mènent la France et le Mali contre les groupes islamistes armés au nord Mali tourne, comme prévu, à l’avantage de Bamako et de Paris.

Les grandes villes du nord tombent l’une après l’autre, presque sans résistance. Gao, Tombouctou, après Konna, Sévaré et Douenza. La force de frappe de l’armée française est telle que les jihadistes n’ont pas voulu livrer bataille. Les dégâts – énormes – qu’ils ont subis sont causés non par des combats au sol mais par des bombardements sur des cibles bien précises. Pourtant, on ne peut pas dire que cette étrange « guerre » met fin, de façon définitive, à la menace terroriste. Ni même à un possible retour des groupes islamistes armés.

Car tout le monde a remarqué une chose : les combattants d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) ont disparu comme par enchantement. Tout le long de la guerre, on a entendu parler que des combattants d’Ansar Edine, groupe islamiste armé composé essentiellement de Touaregs, ayant des divergences avec le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) sur la forme d’Etat (islamiste ou laïc) qui devait être instauré, une fois l’indépendance acquise. Tout comme on n’a pas encore entendu parler des combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), filiale d’AQMI censée recrutée essentiellement dans les rangs des communautés noires pour ne pas avoir à subir la domination des Arabes au sein d’AQMI.

C’est dire que si la France veut vraiment régler ce problème de présence des groupes islamistes armés au nord Mali, elle ne doit pas s’arrêter en si bon chemin, comme le laisse supposer le président français, François Hollande, déclarant, lundi dernier, que l’objectif de Paris était de stopper l’avancée des jihadistes vers le sud et d’aider Bamako à « retrouver le nord » ! Ce serait alors, tout simplement, un retour à la situation d’il y a un peu plus d’un an. Quand les groupes islamistes armés se contentaient encore de cette « cohabitation » avec le gouvernement central malien, et n’étaient dérangés, dans leurs fiefs montagneux que par d’épisodiques « opérations préventives » menées par l’armée mauritanienne.

Se pose alors la question de l’opportunité de l’intervention française et de ses vrais mobiles. Evidemment qu’officiellement, Paris a intervenu sur demande du président par intérim Dioncounda Traoré. Face à l’avancée rapide d’Ançar Edine sur la capitale Bamako, le président par intérim n’a pas demandé au capitaine Sanogo, chef de la junte qui avait prétexté la « mollesse » d’Amadou Toumani Touré (ATT) devant le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), de faire son devoir de chef militaire, mais a ouvert une brèche pour la France qui n’a pas hésité à s’y engouffrer. D’autant que la France, plus que tout autre pays, a un compte à régler avec des groupes islamistes armés qui détiennent en otage sept français et ne donnent pas l’impression de vouloir les relâcher sans que Paris ne paye un lourd tribut. Mais il est certain que la vraie raison de la subite intervention de l’armée française est à chercher ailleurs. La vie des otages compte certes et Paris fera tout pour les sauver mais la France intervient pour tout autre chose.

C’est, à n’en pas douter, pour des considérations géostratégiques et économiques que Paris a décidé de ne plus attendre. La chute de Konna en un tour de main a montré la fébrilité d’une armée malienne déstructurée, démotivée et mal équipée ne faisant pas jeu égal avec des groupes islamistes surarmés, grâce au pillage des stocks d’armes libyens et surtout combattant pour une cause qu’ils estiment juste sinon justifiable aux yeux de populations du nord qui réclament, depuis 1962, leur autonomie. Aussi, ce n’est pas seulement la crainte que le nord du Mali ne devienne, au cœur de sa sphère d’influence en Afrique, un sanctuaire de groupes terroristes, mais aussi que le sud ne tombe à son tour sous les coups de boutoir des jihadistes, que Paris a décidé d’intervenir militairement. Les premiers résultats de cette intervention militaire française, engagée sans les Africains, ont encouragé Paris à renforcer son action par l’envoi de militaires déplacés du Tchad puis, au fur et à mesure, à s’engager plus résolument dans la guerre, avec plus de 2000 hommes, pour ensuite, pousser les Africains à réagir à leur tour.

Confusion générale

Pourtant, les « objectifs » visés par la France et sur lesquels le président François Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian ont longtemps insisté,  à savoir « stopper la menace terroriste » qui pèse « non seulement sur les pays africains, mais aussi « sur la France et l’Europe » ne sont pas convaincants. Moins convainquant aussi le fait de lier cette intervention au Mali à l’adoption, le 20 décembre 2012, de la résolution 2085 par le Conseil de sécurité de l’ONU et qui mettait plutôt en avant le rôle de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La résolution de l’ONU « autorise le déploiement d’une force internationale au Mali », la MISMA, ce qui est loin de correspondre au schéma de guerre que François Hollande a finalement choisi de mettre en branle. Exactement comme l’avait fait George Bush en Irak et Nicolas Sarkozy en Libye. On lance l’attaque et on la justifie ensuite ! Personne ne cherche à défendre des groupes islamistes armés qui se sont rendus coupables de tous les crimes, y compris contre le Mali lui-même et contre la France dont ils détiennent des otages, mais dans ce genre d’intervention la cohérence doit être de mise pour que le droit international, qu’on met souvent en avant, continue à donner à l’ONU et à son Conseil de paix et de sécurité l’autorité morale et juridique nécessaire à la bonne marche du Monde. Mais surtout à la bonne marche du Mali.

Car maintenant que la guerre est devenue une réalité, ce qui compte c’est de la bien finir. En éliminant la  menace terroriste que constituaient sans nul doute Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) mais en pensant aussi aux nombreuses questions que soulève la rébellion touarègue. Recoller le nord au sud ne demande pas qu’une action militaire car avant le rétablissement de l’Ordre par la France, le Mali et le Niger voisin ont eu à faire face à plusieurs soulèvements touaregs : 1962-1964 (au Mali), 1990-1995 (au Mali et au Niger), 23 mai 2006 (au Mali) et 2007-2009 (au Mali et au Niger). Qu’ils ont toujours maté, militairement, ou en négociant par l’entremise du défunt guide libyen Kadhafi, avant de faire face à une nouvelle rébellion !

Un problème sous régional

Il faut avoir à l’esprit que la population touarègue est estimée à entre 1,5 million et 2,5 millions d’individus selon les sources. Ils sont les habitants historiques de la région sahélienne divisée par la colonisation entre l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Leurs revendications sont celles d’une minorité qui demande le maximum (l’indépendance ou l’autonomie interne) pour obtenir le minimum (l’égalité des chances). Loin de la contamination « jihadiste » qui a gagné le mouvement Ansar Edine, formé essentiellement de Touaregs et s’opposant à la  ligne « laïcisante » du MNLA, l’exigence d’une prise en compte de la spécificité du nord doit faire partie de la feuille de route que la communauté internationale doit tracer pour Bamako à la fin de la guerre. Dans le cadre d’un vrai retour à la démocratie car, on a tendance à l’oublier facilement, la crise malienne est aussi celle de ce pouvoir bicéphale (civil et militaire) dont les ficelles continuent d’être tirées par le président du Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE), le capitaine Amadou Haya Sanogo. Un vrai casse-tête malien !


Mali : La Mauritanie va participer à la campagne militaire

F. Hollande et Aziz (crédit photo: allafrica.com)
F. Hollande et Aziz (crédit photo: allafrica.com)

A Abu Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, où ils se trouvaient tous les deux pour deux sommets, (celui de la Durabilité des énergies du futur et du sommet mondial de l’eau), loin des bruits de la guerre, le président François Hollande et son homologue Mohamed Ould Abdel Aziz ont abordé la question de la guerre au Mali. Un conflit dans lequel la France est devenue, depuis une semaine, l’un des principaux protagonistes, avec le déclenchement de l’opération « Serval » engageant des avions de combats contre les positions des groupes islamistes armés qui contrôlaient la totalité du nord Mali depuis près d’un an et avaient poussé Paris à réagir, plus vite que prévu, par leur volonté de marcher sur Bamako.

Dans ce conflit qui se déroule à la limite de ses frontières est et sud avec le Mali, sur plus de 2237 kilomètres, la position de la Mauritanie est très délicate, elle qui a été la première à vouloir lutter, seule, contre Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), en engageant, fin 2010, début 2011, ses forces armées dans ce que les médias nationaux et internationaux avaient appelé la « guerre préventive d’Aziz ». Des opérations ponctuelles, menées dit-on avec le soutien « logistique » de la France de Sarkozy, qui avait permis à Ould Abdel Aziz, général qui s’était reconverti en homme politique, de s’affirmer comme le spécialiste dans la sous région en matière de lutte contre le terrorisme et de meilleur allié des Occidentaux. Un statut qui, à l’époque, avait beaucoup joué dans le passage d’Aziz de « putschiste » à celui de président fréquentable et « démocratiquement élu ». D’ailleurs, le rôle de la France dans cette « mutation » a été jugé par bon nombre d’observateurs comme très déterminant grâce à l’action d’une françafrique remise au goût du jour par un Nicolas Sarkozy qui avait pourtant prédit sa mort dès son arrivée au pouvoir !

C’est au nom de ce lien mystérieux, de ces rapports de l’ombre entre l’ancienne puissance colonisatrice et les pays de son pré carré que la Mauritanie pourrait se voir forcée la main et changer de position sur la question de l’intervention militaire au nord Mali. Les discussions sur le sujet que le président Mohamed Ould Abdel Aziz a eu à Abou Dhabi, mardi dernier, avec François Hollande ont certainement permis au second de convaincre le premier de la nécessité de participer à une guerre que Paris cherche maintenant à présenter comme celle de la communauté internationale contre le terrorisme, après avoir justifié son intervention par l’appel à l’aide du président malien par intérim, Dioncounda Traoré. D’ailleurs, n’est-ce pas cette porte d’entrée qu’Aziz évoque, lui aussi, en déclarant que la Mauritanie pourrait participer « si le Mali en fait la demande » ?

La Mauritanie qui, jusque-là, a toujours indiqué ne pas être prête pour participer à la guerre au Mali, précisant qu’elle va se suffire de protéger ses frontières, est en train de céder donc à la pression de la France mais aussi à l’effet d’entraînement provoqué par l’engagement attendu de plusieurs pays ouest africains.

La Mauritanie qui ne fait pas partie de cet ensemble doit trouver autre chose. Revenir, par exemple, sur tout le tort que les groupes islamistes armés lui ont fait subir dans le passé, à Lemghaity, Ghalaouiya et Tourine et la menace que constitue leur présence à ses frontières pour dire que l’occasion est vraiment belle pour s’ôter cette épine du pied. Mais pour le moment, l’entrée de la Mauritanie dans la guerre malienne n’est qu’une hypothèse hautement probable.


Discours du Premier ministre : …Du déjà entendu

Le Premier ministre mauritanien, Ould Mohamed Laghdaf
Le Premier ministre mauritanien, Ould Mohamed Laghdaf

Jeudi dernier, la première session parlementaire 2012-2013, celle consacrée traditionnellement à l’approbation de la loi de finances, a clôturé ses travaux par le traditionnel Discours de Politique générale du Gouvernement présenté par le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Une sorte de « bilan », pour l’année écoulée, et de « perspectives » pour celle qui commence. Un exercice de style dont la difficulté – la grande – est de savoir éviter les répétitions, les « compilations » qui font dire à l’opposition que les discours se suivent et se ressemblent.

C’est même ce qu’a fait remarquer, une fois, le journal satirique « Chtari » (en français, « quoi de neuf ? ») écrivant, à propos de la fastidieuse énumération des « réalisations » du gouvernement, que, sans indications précises sur les lieux et les dates, les citoyens qui se trouvent dans l’une des treize wilayas du pays, peuvent penser que les autres ont été mieux servis qu’eux !

Pourtant, depuis un certain temps, le gouvernement a bien pris conscience de cette dérision pour tenter, à pareille époque de l’année, de présenter son « bilan », c’est-à-dire, une compilation qui se veut exhaustive, de ce que les différents départements ministériels ont « réélisé ». Un mot qui dit plus la réalité de ces « réalisations », quand on sait que ce qui compte le plus c’est ce qu’on voit sur le terrain et non la manière dont il a été fait (rapport qualité-coût, durée, utilité, etc).

Dans ce bilan donc, il est évident que ce qui compte, en termes d’analyse, c’est le volet économique. Même si les chiffres sont, eux aussi, sujets à controverse entre le pouvoir, qui pense avoir réalisé « en trois ans ce qui n’a pas été fait par tous les pouvoirs précédents en cinquante ans d’indépendance de la Mauritanie » et une opposition (toutes tendances confondues) qui trouve plutôt que la situation économique et sociale du pays n’est en rien différente de celle de sa situation politique qui se traduit par une crise qui résiste encore à toutes les initiatives et recherches de solution.

Le même discours…et presque les mêmes chiffres

Dans son ossature, sa présentation et ses grandes lignes, le Discours du « Premier des ministres » (car il n’est pas encore chef du gouvernement comme le suggèrent les amendements apportés à la Constitution à la suite du dialogue d’octobre 2011), suit le même cheminement. On croirait même  entendre Ould Mohamed Laghdaf débiter les premiers mots de cette présentation qui n’a nécessité qu’un « réajustement » des données de 2012 sans toucher au texte ! Il n’y a donc pas de « nouveau discours », mais un nouveau contexte. L’entame n’a pas changé : « …C’est aussi un honneur et un grand plaisir pour moi de m’adresser à votre auguste assemblée pour vous présenter, et à travers vous au peuple mauritanien, le bilan de l’action du gouvernement au cours de l’année écoulée et les perspectives pour l’année qui commence. » Oui, les deux extrêmes, « bilan » et « perspectives », réalisations et projets, « la paroles et les actes ». Mais pouvait-il en être autrement ? Un bilan c’est un bilan et il faut y mettre les formes. C’est plus important que de tenir compte de la réplique qui pourrait venir de ceux qui pensent qu’il y a un grand gouffre qui sépare le « bilan » présenté par le Gouvernement et la réalité vécue par les populations. On pourra toujours dire que les données sont là et que les chiffres ne mentent pas. C’est loin d’être le cas quand le Premier ministre évoque, en premier, « le renforcement du processus démocratique et de l’Etat de droit, de modernisation de l’administration, d’élargissement de l’espace des libertés et de consolidation de la position du pays au niveau international. » Une assertion qui a sûrement fait grincer des dents au sein de l’opposition parlementaire qui ne cesse de dénoncer les amendements apportés, de manière unilatérale à la Constitution, avec le concours certes de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP). Mais il ne s’agit là que de trois partis qui ont choisi la voie du dialogue alors que dix autres, ceux de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) l’ont refusé.

Au beau milieu de son discours, le Premier ministre Ould Mohamed Laghdaf transforme son « beau » bilan de 2012 en une apologie de trois années de « mise en œuvre du programme électoral », du président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui « constitue la référence fondamentale de l’action du gouvernement ». On n’est pas sûr que les citoyens vont suivre le Premier ministre quand il déclare que le pays « a été transformé en un vaste chantier dans tous les domaines », mais les regards ahuris des députés de la COD et leurs grognements sont la preuve que tout le monde n’est pas de cet avis. L’avis de la Majorité, tout au moins. Sur des questions telles que : Les politiques sociales, le renforcement de l’unité nationale, l’ancrage de l’Etat de droit, les politiques socio économiques, le développement des infrastructures, la politique étrangère et les défis sécuritaires.

Pour donner une idée de l’ampleur de l’action du gouvernement dans le premier volet de sa présentation, le Premier ministre cherche à marquer les esprits en soulignant le défi de la sécheresse de l’année 2011, « l’une des plus sévères de son histoire récente, mettant en péril la vie des personnes et du cheptel, dans une conjoncture marquée par une crise économique et financière mondiale, et une hausse importante des prix des produits alimentaires sur le marché international.» Avec deux programmes successifs (Opération Solidarité 2011 et le programme Emel 2012), « comme réponse à la fois aux menaces qui planent sur la sécurité alimentaire de nos populations et sur la survie de notre cheptel », le gouvernement a réussi à « faire passer une année de sécheresse et de famine annoncée, comme une année presque normale, ce qui a valu à l’Etat les compliments des partenaires et des citoyens.» C’est le Premier ministre qui le dit. Faut-il le croire ou non ? Le débat est ouvert sur cette question également, non seulement au sein de l’Hémicycle mais aussi des populations qui apprécient la situation générale du pays en fonction de leur appartenance à un camp ou de leur affinité tribale ou régionale.

Sur ce volet important de l’action du Gouvernement dans le domaine social, mais aussi de la controverse qui l’oppose à l’opposition (dans ses deux composantes), laissons parler les chiffres du « bilan » présenté par le Premier ministre : « Sur le plan financier et par rapport aux projections initiales, qui fixaient son coût à 44 milliards d’ouguiyas, le programme a absorbé 30 milliards au 31 Août 2012. L’économie réalisée, 14 milliards d’ouguiyas, montant auquel s’ajouteront 7 milliards supplémentaires, a permis la prolongation du volet boutiques jusqu’au 31 décembre 2012. L’économie réalisée s’explique principalement par la maitrise des appels d’offres d’une part, et le bon suivi de l’exécution du programme de l’autre.

Au 31 août dernier, le programme Emel avait déjà absorbé 241.000 tonnes de produits, toutes denrées confondues. Une quantité globale de 131, tonnes a été destinée à l’alimentation humaine. Les 1200 boutiques du programme ont bénéficié de 110.000 tonnes de produits alimentaires (huile, sucre, blé, riz et pâtes) ; les stocks villageois de sécurité alimentaire (SAVS) ont reçu 5.500 tonnes de blé, alors que 16.000 tonnes ont été distribuées gratuitement dans les zones les plus pauvres en milieu rural et dans les périphéries pauvres des villes sur toute l’étendue du territoire national. La prolongation du volet boutiques du programme jusqu’au 31 décembre a absorbé plus de 30.000 tonnes de produits supplémentaires. Ainsi, plus de 271.000 tonnes de produits alimentaires auront été vendues à pris réduits aux plus démunis à la fin du programme. Pour l’année 2013, le Gouvernement a décidé de continuer le volet boutiques, et 15 milliards d’ouguiyas ont été mobilisés à cet effet.» Qui dit mieux ? L’opposition dira que tout est faux ! Le débat continue…

 


Mauritania Akhbar, ce n’est rien d’autre que les Nouvelles de Mauritanie

Crédit photo : Rfi
Crédit photo : Rfi

Bon il est temps que je revienne un peu à moi. Je sais que certains de ceux qui me lisent sur Cridem.org, le site francophone le plus fréquenté en Mauritanie, et qui reprend systématiquement mes « biyé » – merci Claude K., vont encore crier au scandale. Pour qui se prend-il suis là ? L’un de mes lecteurs « très obligés » m’a même traité, une fois, de narcissisme, me reprochant de délaisser l’analyse des faits politiques et économiques de mon pays, où, semble-t-il, j’ai un peu de talent, pour faire ma propre « publicité » et celle de ma famille ! C’est en tout cas ce que crois un certain « najoorebonde » qui, le 26/12/2012, à 04:21, m’avait rudement attaqué. Jugez-en vous-même :

« On s’en tape: que tu aies une ou bien 101 femmes, pauvre Sneiba Ould Mohamed! D’ailleurs en abordant ces sujets qui n’ont pas grand intérêt tu ne fais que te décrédibiliser; on te connaissait plus opérant et plus opérationnel parce que tu abordais les sujet relatifs à la politique de notre Mauritanie malheureuse ! Mais depuis que tu as commencé à traiter des sujets dont la seule finalité est de tenter de faire ta propre promotion, publicité, tu nous montres tes insuffisances personnelles. Et moi qui suis un « vadrouilleur » non pas pour ce que tu penses, mais pour me nourrir d’informations, j’ai été amené, il y a quelques semaines, à venir visiter ton blog, Alakhbar Mauritania, et j’ai été stupéfait d’y avoir trouvé un article de toi totalement superflu, que tu as consacré à ton propre rejeton d’environ* 7 ans dont la photo décourage les lecteurs les mieux intentionnés à terminer la lecture de l’article en question; et quand je t’ai fait ma remarque par un commentaire crû, tu n’as pas daigné le publier parce que justement c’est un commentaire qui allait dans le sens contraire de ton entreprise d’expression d’une autosatisfaction personnelle, d’une autocongratulation par la publicité personnelle, familiale! C’est pourquoi le fait que tu viennes récidiver encore une fois, te fait perdre toute crédibilité et t’enfonce encore un peu plus! »

Après ça, j’aurai dû tout simplement cessé de parler de moi. Ben revenir tout simplement à mes « biyé » politiques et chroniques pour lecteurs désœuvrés mais non, moi, je suis un dur à cuire. J’ai pas quand même été prof de français plus de vingt ans pour rien. J’ai vu toutes sortes d’élèves au lycée, des bons et des méchants, des fils à papa qui vous insultent au premier regard réprobateur et peuvent même vous tirer le boubou jusqu’à le faire craquer. Ce ne sont pas donc des propos venant d’un anonyme qui vont me faire abandonner ce que je considère comme la passion de ma vie : l’écriture, quelle soit journalistique, littéraire ou tout simplement plaisante.

Il est vrai que j’ai toujours écrit sur la politique, cette « bolletig » que les Mauritaniens vivent comme une partie de leur être et que certains ont même adopté comme profession qui nourrit bien son homme. La recette, bien comprise par certains, peut rapporter gros : militer quelque temps dans les rangs de l’opposition, critiquer le pouvoir, insulter le rais, dans les limites de ce que permet notre « démo-gâchis » jusqu’à faire monter votre cote et, subitement, rallier le camp du pouvoir. Pour cela, il vous suffit d’organiser une conférence de presse dans l’un des grands hôtels de Nouakchott, d’inviter les dirigeants du parti au pouvoir et certains journalistes qui vont relayer la nouvelle pour que votre retournement de boubou arrive jusqu’aux portes du palais présidentiel. Du temps de Taya, cette stratégie marchait à tous les coups. Avec Aziz, l’actuel président de la République Islamique de Mauritanie, elle l’est moins, même si quelques cas peuvent être cités. Tel celui de cet ancien ministre de la Transition militaire 2005-2007 qui avait tiré à boulets rouges sur le président Aziz, avant de quitter le parti d’opposition dont il était l’un des vice-présidents, pour atterrir comme chargé de mission à la Présidence de la République et, lors du dernier Conseil des ministres, comme directeur général de l’Agence nationale chargé du suivi des grands projets !

Cette stratégie a pratiquement marché à tous les coups sous le président Taya mais de moins en moins avec Aziz. C’est l’essence même de notre « bolletig », cet affairisme politique que les Mauritaniens pratiquent à merveille et qui constitue le sujet de prédilection des articles –  abusivement appelés analyses – et des chroniques que je « vends » aux journaux L’authentique et Afrimag, magazine économique basé à Casablanca, et aux sites Saharamédias et Elhourriya. Mais il m’arrive aussi de vouloir écrire sur autre chose. Des choses simples, particulières qui répondent bien à ce qu’un grand écrivain (Camus, je crois), disait sur la nécessité (pour l’artiste) de ne pas s’isoler. Ce que Camus disait sur l’artiste s’applique parfaitement, à mon humble avis, au journaliste et au blogueur qui, comme l’artiste, « a choisi son destin (…) parce qu’il se sentait différent, (et qui) apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. » (A. Camus, Discours de Suède, 1957). C’est là le besoin, la nécessité qui m’a poussé à créer mon blog, sneibamohamed.over-blog.com avec lequel je devais participer à la sélection de Mondoblog de Rfi. Un passage réussi du national à l’international – merci Mondoblog – qui m’a fait entrer dans une autre dimension, exaltante, celle-là, puisqu’elle m’oblige chaque jour – me pousse plutôt – à lire des dizaines de billets alors que je me contentai seulement d’écrire pour les autres ! C’est encore Camus, que mes anciens élèves de Terminale me reprochaient d’aimer plus que les autres auteurs au programme, que je retrouve ici, dans la plénitude de sa pensée humaniste : « L’artiste (je dirai moi le blogueur) se forge dans cet aller-retour  perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. » Oui, ma communauté Mondoblog est devenue une part de moi-même, à tel point qu’elle ressuscite en moi les « vices » cachés de celui qui a une revanche à prendre sur le destin.

 *Mauvais procès, je crois, car sur près de cent articles, j’ai parlé de moi deux fois et de « mon propre rejeton » une fois.


Convention de pêche entre la Mauritanie et la société chinoise Poly-Hondong : Prémices d’un nouveau scandale

Embarquement au port de pêche de Nouadhibou (Photo: Sneiba Mohamed)
Embarquement au port de pêche de Nouadhibou (Photo: Sneiba Mohamed)

La société chinoise de pêche Poly-Hondone, qui a fait irruption dans l’actualité nationale, il y a deux ans, par la signature avec le gouvernement du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf, d’une convention très controversée, fait reparler d’elle. Depuis lundi, elle a signifié aux autorités mauritaniennes la suspension de ses activités de pêche à Nouadhibou où, au terme de ladite convention, elle devait construire un complexe de pêche traitant sur place les captures de ses navires et employant quelque 2500 personnes. A l’époque, de telles promesses nécessitant un investissement de 100 millions de dollars US avaient servi d’argument massue pour le ministre des Affaires économiques et du Développement, Sidi Ould Tah, qui avait balayé d’un revers de la main les protestations des armateurs nationaux et des députés de l’opposition qui dénonçaient un accord léonin parce qu’il donne une large accessibilité aux ressources halieutiques nationales et coure sur une période de 25 ans ! Du jamais vu dans toute l’histoire du secteur et peut être même dans celle des accords et conventions que la Mauritanie a eu à signer avec ses partenaires économiques et financiers, notamment l’Union européenne.

Il s’agit donc, véritablement, d’un retournement de situation qui ne sert pas le gouvernement dans sa volonté de dire que tout ce qu’il a entrepris, depuis l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, a été bien pensé en termes d’intérêt national et non de visées personnelles et « lobbyistes » comme cela a toujours été le cas en Mauritanie. Certes, le gouvernement pourra toujours se défendre, en disant que c’est le partenaire chinois qui a failli, en ne respectant pas les clauses du contrat, étant encore très loin du nombre d’emplois qui devait être créés et contrevenant, épisodiquement, aux conditions de pêche. Mais il sera difficile à Ould Tah et aux experts qui ont ficelé cette convention avec Poly-Hondong de défendre leurs choix. Surtout que l’accord avec les Chinois a beaucoup joué dans les réticences de la Mauritanie envers l’Union européenne, quand il a fallu renouveler l’accord qui les lie depuis une quinzaine d’années et dont la durée a été ramenée de quatre à deux ans alors que la compensation financière a été revue à la hausse.

C’est donc une affaire embarrassante pour le ministre des Affaires économiques et le ministère des Pêches qu’au lieu de chercher à négocier, Poly Hondong se dérobe. A la suspension des licences de pêche que le gouvernement mauritanien lui avait octroyée, elle réplique en annonçant, tout simplement, l’interruption de ses activités à Nouadhibou ! Poly Hondong a fait part de sa décision à l’Inspection régionale du travail et à la Direction maritime dans une correspondance en date du 2 janvier 2013.

En fait, Poly Hondong a failli. Elle donne raison, contre le gouvernement, à une opposition qui avait toujours dit que ce que cherchait la société c’est de pouvoir continuer ainsi tant que l’Etat accepte de fermer les yeux. Sur la lenteur de l’exécution des termes de l’accord et les contraventions des navires de pêche de Poly-Hondong. Celle-ci n’avait engagé que 300 personnes sur les 2500 qu’elle avait promises et mettait plus de temps qu’il n’en fallait pour la construction de son usine de transformation de poisson sur terre.

Le ministre des Affaires économiques qui avait défendu « son accord », en Juin 2011, devant le Parlement nous doit maintenant des explications. Il avait, devant le Sénat, accusé des médias électroniques mauritaniens de s’impliquer dans la campagne visant, selon lui, à porter préjudice aux relations économiques entre la Mauritanie et la  Chine. Nouakchott avait alors connu une vive polémique après la signature d’un accord de pêche entre le gouvernement et Poly Hondong Pelagic Fisher,  une entreprise chinoise presque inconnue avant cette signature mais dont la société mère Poly technologies est couramment citée dans des contrats d’armement. Par le biais dudit accord, d’une durée de 25 ans, la Mauritanie octroyait à l’entreprise un terrain de 60.000 m2 pour la construction d’une usine de production de poisson. La Société s’engageait à investir 100 million USD dans le projet et à générer 2500 opportunités d’emploi. Le gouvernement mauritanien s’engage à garantir « la stabilité du cadre juridique » en faveur de l’investisseur et le texte du contrat cite des annexes « ayant la même force juridique » mais qui n’ont pas été rendus public. La volte-face de Poly-Hondong va-t-elle tout jeter à l’eau ?

 Medsnib


Des Mauritaniens de l’Est s’enregistrent comme « réfugiés maliens »

Crédit photo : Saharamédias.net
Crédit photo : Saharamédias.net

L’affaire a éclaté comme un coup de tonnerre à Nouakchott, et provoqué une vive polémique au sein de l’Assemblée nationale : un notable de la moughataa (département) de Bassiknou, ville frontalière avec le Mali, a révélé à un journal mauritanien que la plupart des habitants de la zone – qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés maliens – n’ont qu’un seul désir : s’inscrire sur les listes des ONG présentes sur le terrain comme des réfugiés maliens pour bénéficier d’une aide humanitaire !

Et Mahfoud Ould Deddach, ancien ministre et notable de Bassiknou, de déclarer que la majorité des habitants de la zone « se sont enregistrés comme réfugiés dans leur propre pays » dans le seul but de tirer profit d’aides venant d’organisations d’aide aux réfugiés. Ould Deddach qui s’exprimait dans une interview accordée à Sahara médias, a expliqué que ce fait singulier et préoccupant « doit attirer l’attention des autorités centrales parce qu’il dénote d’une situation de précarité qui poussent des populations entières à aliéner leur nationalité – leur être – pour des raisons de survie ».

Au parlement, et alors qu’on discutait, mercredi 9 janiver, du projet de loi criminalisant la pratique de l’esclavage en Mauritanie, le député de Bassiknou, Vih el Man Ould Ghacha, a saisi cette opportunité pour dénoncer le mauvais procès que l’on fait aux habitants de sa circonscription : on a tenté, selon lui, de lier cette localité à cas supposés d’esclavage. Une députée haratine, Maalouma Mint Bilal, du parti Alliance populaire progressiste (opposition modérée) engagea avec lui une vivre polémique contre laquelle l’autorité du président de séance, le député El Arbi Ould Jidine n’eut aucun effet.

Il est certain que la question des réfugiés maliens à Bassiknou, ville de l’extrême Sud-Est mauritanien (à plus 1300 km de Nouakchott) va revenir, dans les prochaines heures, sur le devant de la scène politique avec le passage à l’Assemblée nationale du Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf pour la discussion de son traditionnel Discours de Politique Générale. Rudes empoignades verbales en perspectives, dont je tenterai de vous rendre compte dans mon prochain billet.


Mauritanie : Vous avez dit criminalisation des putschs ?

Soldats du BASEP (Garde présidentielle) : Crédit photo: Elhourriya.net
Soldats du BASEP (Garde présidentielle) : Crédit photo: Elhourriya.net

L’Assemblée nationale a examiné et adopté en plénière, samedi 05 janvier 2013, la loi criminalisant les coups d’Etat en vertu du projet de loi n°12-205 présenté par le gouvernement après son adoption, en conseil des ministres, novembre dernier. C’était le premier acte important du gouvernemet, juste après le retour du président Mohamed Ould Abdel Aziz d’une convalescence d’un mois en France.

Le nouveau texte stipule que les coups d’Etat et autres tentatives de prise du pouvoir non démocratiques, sont assimilables à « une atteinte à la sûreté de l’Etat ». Comme attendu cette loi a été approuvée par une assemblée nationale acquise à plus de 70% au président Mohamed Ould Abdel Aziz et à son gouvernement.

Reste cependant à se poser cette question : à quoi sert-il de voter une loi anti-putsch dans un pays où ce mode a toujours été le moyen privilégié d’accéder au pouvoir ? Un sénateur, pourtant de la majorité présidentielle, l’a bien fait remarquer lors de la discussion de ce projet de loi par la chambre haute du parlement mauritanien : « celui qui prend les armes pour arriver au pouvoir ne demande l’avis à personne, sachant qu’il est devant deux perspectives pas trois. Si le putsch réussi, il n’a plus de compte à rendre à personne, il piétine les lois, la Constitution et tout ce qui a été voté dans ce pays depuis l’accession de la Mauritanie à l’indépendance jusqu’au jour où lui est arrivé au pouvoir. D’ailleurs, les mauritaniens, adeptes de la tranquillité (autrement dit du statu quo) vont tous – ou presque – applaudir des mains et des pieds le nouvel homme fort du pays. L’autre alternative, qui n’est pas spécifique à la Mauritanie : les auteurs de coups d’Etat qui échouent ont toujours été condamnés pour crime contre la sûreté de l’Etat ! Alors ? Une loi nouvelle-ancienne qui n’apporte rien de particulier au traitement que les pays « démocratiques » ou non réservent à ceux qui veulent le pouvoir à tout prix. Mais surtout qui ne constitue pas une mesure préventive contre les coups d’Etat pour les raisons citées plus haut.

Signalons que tous les présidents (7 au total) qui ont gouverné en Mauritanie, depuis le coup d’Etat contre Moctar Ould Daddah, le 10 juillet 1978, sont issus de l’institution militaire exception faite de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, élu en mars 2007 et renversé, quinze mois plus tard, le 6 août 2008, par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a démissionné de l’armée pour se présenter à l’élection de 2009 et rester au pouvoir jusqu’à ce jour. Si demain un militaire tente de jouer à la Sanogo, comme le capitaine Dadis Camara qui disait avoir été (mal) inspiré par le général Aziz, on voit mal comment une loi « préventive » pourrait l’empêcher de dire : « Pourquoi pas moi » ?

Medsnib