Mohamed SNEIBA

Autour d’un thé : « La Chronique de mon frère » évoque cette semaine les journées mondiales et…nationales !

Photo : Google
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Journée mondiale de lutte contre le tabac. Le tabac fait un tabac. 600 000 victimes, chaque année, à cause des Marlboro, Congress, Gitanes et autres Camélia, Dunhil et Moneyja[1].

Des centaines de milliers de morts dont 6 000 (1% du tout) de victimes gratuites qui n’ont, dans cette affaire, « ni chamelle ni chameau »[2]. Et dont la seule grave faute est d’être ami, compagne, concubin ou concubine, voisin, collègue ou enfant d’un fumeur ou d’une fumeuse à tout va.

Journée mondiale de lutte contre l’hépatite. Yallah El Avia[3]. Il paraît qu’elle fait des ravages. Discrètement. Silence. Ils se meurent. Doucement.

Ils pouvaient, pourtant, bien attendre le déclenchement des opérations du recensement à vocation électorale, prévu ce 25 juillet. Comme ça, on aura un paquet de défunts potentiels qui pourraient voter, au cas où ils arriveraient à mourir avant les élections à venir.

Journée internationale de lutte contre le paludisme, la rougeole, la corruption, le Sida, la torture, l’injustice… Journées internationales des droits de l’Homme, de la femme, des enfants, des oiseaux, des arbres, des divorcés, des homosexuels, des dunes de sable, des phoques, du requin blanc…

Nous, on a besoin de journées nationales. Journée nationale de lutte contre le gaspillage. Un f’tour[4] dont les dattes viennent de Malaisie. Simplement pour le goût, mesdames, messieurs. Qui veut déguster bien ne doit pas ménager ses ouguiyas. Pour déguster bien, il faut aller loin. Le thé vert vient directement de Beijing. Le riz du dîner, de la Thaïlande.

Le vin – astaghfiroullah[5], que dis-je, c’est le Ramadan – le « zrig spécial » vient quelque part du sud de la France ou de l’Espagne. Gaspillage, gabegie. Quelle différence. C’est la même racine ga du latin « gatos » qui signifie voler. Schtari ga3[6] ? Une journée nationale contre l’applaudissement (ettesfagh).

Là, c’est simple : tout ressortissant de N’Beiket Lahwach[7] qui va accueillir le Président à Chami[8] sera flagellé cent fois. Et tout habitant de Bouli, au Guidimakha, qui viendra montrer sa tête à R’Kiz ou Mederdra, sera poursuivi pour double nationalité et gêne des autochtones.

Tout imam ou éminent érudit qui bravera le soleil, le vent ou toute autre intempérie pour venir saluer le Président, même dans sa moughataa[9], en se bousculant avec les citoyens ordinaires, sera, tout simplement, démis de son statut de Cheikh. Tout Président de parti politique de l’opposition, responsable ou pas responsable, qui, sous prétexte d’hospitalité, se résout à accueillir le Président, sera, systématiquement, viré à la majorité.

Tout ministre qui ira raconter des histoires, à Néma ou dans toute autre localité, ou des choses que le Président n’a pas encore faites, est passible de limogeage intempestif. « Ettesfagh » aveugle les dirigeants. C’est un véritable rideau, très opaque, qui cache les réalités et ne laisse rien transparaître.

Jusqu’au moment, fatidique, où tout devient noir, autour du chef, et qu’une corde est lancée à son cou : là, les applaudisseurs se dispersent d’autour de lui, pour aller embrasser la joue de son tombeur. Une journée nationale de lutte contre les coups d’Etat. Pas de retour en arrière. Comme si l’on pouvait retourner en avant.

Un ami, qui n’a pas fait long feu à l’école ou, si vous voulez, n’a pas entendu la balle à l’école – c’est tout comme ; mais il n’est pas Président ; heureusement d’ailleurs – bref, mon ami, disais-je, grand fumeur devant l’Eternel – oui, oui, encore le tabac – voulait, à travers un communiqué, interdire sa tabatière à tout usager indélicat.

Pour cela, il sort ses anciennes leçons de grammaire, d’orthographe, d’exercices structuraux, de syntaxe, de morphologie et autres et il écrit, avec un charbon, sur le mur : « Interdi à tout ce que ce que sont des tabatières de fumé dan ma tabatière ».

En paraphrasant notre Senghor national, on traduira : « Interdit à tout ce que ce que sont des militaires à faire, à partir de désormais, des coups d’Etat en République Islamique de Mauritanie ». Il n’y a pas de meilleure pédagogie que celle qui permet de faire passer un message. Tout le reste n’est que cogitation inutile.

Sneiba El Kory (Le Calame)


[1] Nom local du tabac à priser.

[2] Traduction d’une expression arabe qui veut dire : n’être concerné ni de près ni de loin »

[3] Que Dieu nous en préserve !

[4] Rupture du jeûne

[5] Expression du répentir.

[6] Quoi de neuf ? Expression qui vint tout de suite après les salamalecs d’usage. C’est devenu le nom d’un journal satirique mauritanien qui fait les meilleures ventes de la presse privées.

[7] Nouveau département, à l’extrême est du pays.

[8] Nouveau département, à l’extrême nord du pays.

[9] Département


Mauritanie 2 – Sénégal 0

Ambiance survoltée d'après match (crédit photo: Jemal Sevir)
Ambiance survoltée d’après match (crédit photo: Jemal Sevir)

La victoire de la Mauritanie sur le Sénégal, ce 21 juillet, au Stade Olympique de Nouakchott, est historique à plus d’un titre. C’est la première fois que la Mauritanie va prendre part, en Afrique du sud, aux phases finales d’une compétition continentale. Faire partie des 16 équipes (sur 54) est en soi un exploit. Plus important même que celui d’avoir battu le Sénégal qui, jusque-là, considérait ses sorties footballistiques contre les « Mourabitounes » comme une simple promenade de santé. Bon on me dira qu’il s’agit du CHAN (championnat d’Afrique des nations réservé aux locaux) et non de la CAN (où les pros sénégalais constituant l’ossature des Lions de la Téranga auraient sans doute fait la différence) mais c’est une donne qui ne change rien à la valeur or de cette victoire. Pour la première fois, les Mauritaniens, toutes tendances confondues, sans connotations raciales ou politiques se sentent fiers d’eux-mêmes. Dans les rues de Nouakchott, quelques minutes après la fin du match, il n’y avait plus de Blancs ou de Noirs, mais des Mauritaniens qui crient leur joie longtemps étouffée par une crise politique sans fin. Personne ne faisait une allusion quelconque à la composition de cette équipe qui vient de venir à bout du Sénégal. Pourtant, elle était formée, essentiellement, de Négro-Mauritaniens dont les noms résonnent comme ceux des adversaires qu’ils venaient de battre d’une si belle manière ! C’est cela le miracle du sport qui fait oublier les différences pour ne laisser apparaître que ce qui unit. Comme aux USA où les exploits en athlétisme sont souvent le fait de sportifs noirs mais comblent de joie toute une Nation qui oublie ses différences en pareils moments.

Cette victoire de la Mauritanie sur le Sénégal marque donc le début d’une nouvelle époque. Sans doute qu’avec elle, le gouvernement présent au grand complet aux côtés du président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, va investir – et s’investir – pour que la participation des Mourabitounes au CHAN 2014 en Afrique du sud apporte un plus aux performances déjà accomplies sous la houlette de l’entraîneur français Patrice Neveu. On saura alors que le sport est un facteur d’unité qui peut « réparer » tout ce que la politique – les politiques – s’attèlent à gâcher depuis qu’il leur est permis de s’adonner à un « sport » sans foi ni loi.


Sur les traces des Libyens de Sfax

Des voitures libyennes devant Le Pacha hôtel (crédit photo: Sneiba)
Des voitures libyennes devant Le Pacha hôtel (crédit photo: Sneiba)

Au départ, il s’agissait, véritablement, de ce qu’on pourrait appeler une « hypothèse de travail » : y a-t-il des Libyens à Sfax ? Une question qui n’en était pas une puisque la réponse nous était donnée à l’hôtel même où nous étions descendus. De luxueuses voitures estampillées du mot « Libya » (en arabe), garées à l’entrée de l’hôtel « Le Pacha » attestaient de la présence de Libyens dans la capitale du sud tunisien.

Et puis on se dit, Ridha et moi, que ce qui comptait, réellement, était de savoir si Sfax avait accueilli, accueillait encore, au moment de la tenue d’un Atelier de l’Institut Panos sur les faits migratoires, des Libyens arrivés massivement après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, il y a un peu plus d’un an (20 octobre 2011). Et si ces « immigrés » d’un autre genre se soumettaient, d’eux-mêmes, à un exil provisoire ou définitif.

Tout est donc parti d’une série d’interrogations : combien sont-ils ? Comment vivent-ils ? Quel est leur profil ? Dignitaires de l’Ancien régime ou Libyens encore friqués venus en villégiature ou pour raisons de santé ? Et d’appréhensions : Où les chercher ? Comment les aborder ? Accepteront-ils de parler ? Questions qui soulèvent autant de paradoxes. Les Libyens sont bien là, et apparemment en nombre estimable ; le chiffre de 500.000 à 600.000 étant attesté par plusieurs sources comme l’UNHCR et le Centre tunisien pour la migration et l’asile (CETUMA) du chercheur Fethi Rekik mais ils donnent l’impression de « vivre cachés ». Pour vivre heureux ? Une idée du bonheur après Kadhafi, qui exigerait de camoufler une identité que ne reflète même plus l’immatriculation « Jamahiriya » badigeonnée de peinture noire sur des voitures de Libyens tiraillés entre un passé « qui refuse de mourir » et un présent plein d’incertitudes !

Ils sont là mais discrets

Liaison Tripoli-Sfax (photo: Sneiba)
Liaison Tripoli-Sfax (photo: Sneiba)

Les premières tentatives de contact avec ces Libyens donnaient déjà l’ampleur de la tâche. Il ne sera pas facile de les faire parler. Et même quand mon ami Ridha y parvient, les reconnaissant à leur accent un peu singulier, dans une clinique privée de Sfax (Salama), le motif de leur présence sera quasi invariable : raison de santé. Autant dire que c’est celui qui justifiait les séjours de cinq à dix jours dans une ville où le coût de la vie n’embarrassait nullement le Libyen moyen de l’après révolution du 15 février 2011. Une dépense « ordinaire » de 20 à 30 dinars (10 à 15 euros) par jour et par personne. Ce qui rapporté au nombre de Libyens vivant en Tunisie comme indiqué plus haut constitue tout de même entre 1,5 et 2,25 milliards de dinars par mois ! C’est une véritable manne financière pour la Tunisie qui vit encore les soubresauts de sa propre révolution – heureusement moins sanglante que celle de la Libye, du Yémen ou de la Syrie –

Chantier à Sfax (photo: Sneiba)
Chantier à Sfax (photo: Sneiba)

A Sfax, l’activité économique bat son plein. Difficile de trouver une corrélation évidente avec l’installation de Libyens qui préfèreraient la location d’appartements au séjour dans des hôtels de luxe. On voit pourtant, avec les chantiers de BTP qui poussent comme des champignons, que les Sfaxiens ne construisent pas autant de villas pour eux. Une nouvelle offre, probablement très forte, devrait favoriser le dicton qui dit que « quant le bâtiment va tout va ». sfax ne figurant pas sur la liste des villes touristiques très prisées en Tunisie (Jerba, Hammamet, Sousse, etc), le boom de l’immobilier devrait sans doute être favorisé par l’arrivée pour des séjours, plus ou moins longs, de Libyens préférant sortir mais pas loin de chez eux, en attendant que la situation revient à la normale.

C’est le vol régulier entre Tripoli et Sfax du 29 juin 2013 qui allait transformer en certitude ce qui n’était au départ qu’une supposition. L’ATR 112 de Tunis se vide de tous ses passagers (une trentaine) à Sfax avant de repartir vers Tunis avec une dizaine de nouveaux passagers dont cinq journalistes. Sfax est donc la destination privilégiée des Libyens.

Les Libyens fuient leur pays

Il est vrai que le miracle, en termes d’enquête journalistique, n’existe pas mais cela est arrivé pour une fois. Dans le Boeing 767 d’Atlantic Airways, effectuant la liaison Tunis-Casa pour le compte de la Royal Air Maroc, deux hommes assis, une rangée derrière moi, devisaient sur la situation en Libye après le « départ » du Guide. Mon arabe classique « acceptable » me permis tout de suite de suivre l’essentiel de leurs échanges dans un dialecte avec lequel je me suis déjà familiarisé à l’hôtel Le pacha, la clinique « Essalama » et certains commerces de Sfax. C’est une réponse donnée par l’un de ces libyens qui enclencha le sujet sur lequel je cherchais, depuis une semaine, à être fixé : il partait au Nigeria où il venait d’être engagée dans une compagnie pétrolière ! Son vis-à-vis ne comprenait pas comment il pouvait quitter la Libye – un pays assis sur le pétrole – pour aller offrir son expertise ailleurs. Et l’autre d’expliquer, avec une amertume non feinte, que Kadhafi n’a fait durant quarante ans que distribuer des rentes, et rien d’autre. Lui parti, on se retrouve avec rien. De 50.000 Dinars de revenu, certains Libyens sont obligés aujourd’hui de survivre avec 2000 dinars au plus ! Ou de s’exiler quand ils ont les moyens financiers ou l’expertise nécessaire pour refaire une vie ailleurs. Finalement, l’on se rend compte que la contre-révolution qui a balayé le régime de Kadhafi a certes mis fin à une dictature des plus implacable jamais connue en Afrique et dans le monde arabe mais qu’il faudra du temps aux Libyens pour voir le bout du tunnel.


La démocratie est « l’opium du peuple »

Manifestation populaire en Mauritanie (photo : facebook)
Manifestation populaire en Mauritanie (photo : facebook)

On devrait pouvoir organiser un référendum, dans tous les pays où la démocratie flanche, pour savoir si le peuple ne préfère pas, en fin de compte, le retour à la dictature. Militaire ou civil. Celle en Guinée équatoriale dirigée par Teodoro Obiang ou plus feutrée comme en Chine.

Je le dis parce que ce qui se passe actuellement dans la plupart des pays en voie de (sous) développement ne milite pas en faveur d’un concept que les pays occidentaux ont adapté, depuis des lustres, mais que les Africains n’arrivent pas encore à adopter. La démocratie pour nous est un simple jeu. Un paraître qu’on accepte comme tel. Voyez un peu ce qui se passe dans un pays comme la Mauritanie ou la Guinée. Une crise qu’on entretient oubliant qu’il suffit d’un peu de bonne volonté, de part et d’autre, pour pouvoir la transcender. On fait croire au peuple que cela fait partie intégrante de la démocratie, que majorité et opposition sont condamnées à ne jamais s’entendre sur les règles de ce jeu qui, ailleurs, ont été fixées une fois pour toutes pour permettre aux partis politiques d’utiliser le langage des programmes politiques, économiques et sociaux pour arriver au pouvoir. Mais pas seulement. Accepter aussi qu’un président « démocratiquement élu » achève son mandat. On imagine mal qu’un scénario comme celui arrivé en Mauritanie, en août 2008, avec la « Rectification » du pouvoir du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ou la destitution du président Morsi en Egypte se passe dans un pays comme la France, où pourtant François Hollande est au plus bas des sondages ! Les Français l’ont élu ; ils se sont peut être trompés mais ils ne peuvent plus changer le cours des évènements. Sauf en cas de force majeure et suivant un mécanisme constitutionnel connu d’avance. Sans ces garde-fous mis en place par les démocraties dignes de ce nom, on pourrait revivre à répétitions ces « coups de têtes » qui soumettent les peuples du « second monde » à un éternel recommencement. Avec la possibilité de deux à trois putschs par an. Si une majorité n’est plus d’accord avec un président élu. Quand un puissant général n’est plus en phase avec un Raïs « élu » grâce au pouvoir de persuasion de ses soutiens militaires. Ou encore si les foules occupent la rue en très grand nombre et persuadent l’Occident, garant de notre « démogâchis » que ce pouvoir là n’est pas le « modèle » qu’il veut pour nous.

L’instabilité démocratique que connait l’Afrique est donc, véritablement, une remise en cause d’un concept et d’une pratique du pouvoir qui dénote de l’imperfection de notre classe politique. Celle-ci, s’appuyant sur l’ignorance de nos peuples mais aussi sur le manque de fermeté d’une communauté internationale régie par les puissants de ce monde (USA, France, Angleterre, Russie, Chine, Allemagne) tire sa force de sa parfaite connaissance du système d’opposition et de ses lois. Rien ne peut se faire contre la Syrie de Bachar Al-Assad sans l’aval de la Russie et de la Chine. Deux pays qui acceptent la destitution de Morsi en Egypte parce que les autres « partenaires » stratégiques dans la gouvernance collégiale du monde l’ont, peut être, favorisée ! Un « coup d’état démocratique » contre un dictateur « démocratique » cela donne la confusion générale qui empêche aujourd’hui de voir clair dans ce qui se passe en Egypte. Et qui risque de faire jurisprudence dans les pays où la force fait encore la loi.


Le patriotisme et le courage sont les deux vrais gages que nous pouvons offrir à notre patrie

B.S Bouleiba
B.S Bouleiba

‘’Le patriotisme désigne le dévouement d’un individu envers son pays qu’il reconnait comme étant sa patrie’’ et pour lequel il est prêt a sacrifier sa vie.

‘’ Le courage est un trait de caractère qui permet de surmonter la peur pour faire face a un danger’’.Il est  parfois inné chez l’individu ou hérité génétiquement.

Le patriotisme et le courage ne limitent pas au seul champ militaire qui celui du sacrifice par excellence. Les actes patriotiques peuvent être accomplis avec la même vaillance dans tous les autres aspects de la vie de la nation :

-Dans le service public : Un serviteur de l’état a tous les échelons peut en toute âme et conscience refuser d’exécuter des ordres supérieurs parce qu’il les juge non conformes aux lois et porter préjudice aux intérêts du pays. Si on veut lui forcer la main ou l’intimider, il doit démissionner ou demander à être déchargé de ses fonctions. Généralement le serviteur de l’état mu par son sens du devoir et de l’intérêt public ne rend pas publique sa démission, ni les raisons qui l’ont motivée. Les serviteurs de l’état sont tenus par un code moral autre que celui des hommes politiques qui peuvent  médiatiser tous les actes de leur vie, même ceux normalement relevant de la sphère privée.

-Dans le domaine civil ou civique : Les citoyens doivent faire leurs devoirs : ne pas enfreindre les lois, ne pas participer a des actions qui peuvent nuire au  pays, mais aussi exiger en contrepartie leurs droits : la liberté, justice et le respect de leurs biens et de leurs personnes.

-Dans le domaine politique : Quand un homme politique qui a brigue ou qui postule a briguer des mandats du peuple est coupable  de fautes graves et avérées, anciennes ou nouvelles a l’encontre des intérêts intérieurs ou extérieurs de la nation, le devoir lui dicte de les reconnaitre, de s’en expliquer publiquement devant le peuple ou la représentation nationale et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Ce sont la quelques principes simples mais difficiles a respecter dans notre environnement social marque par la trop grande part prise par nos particularismes ainsi que notre perception trop récente des notions ‘’de L’Etat et de La Nation’’.

Dans notre histoire ancienne et récente nous avons beaucoup d’exemples de patriotisme et de courage : La résistance a l’occupation, la guerre  du Sahara et récemment la lutte contre le terrorisme ont révélé beaucoup d’hommes valeureux. Malheureusement nous avons tendance ces derniers temps à raconter les ‘’histoires de nos parcours personnels, celles de nos familles, de nos ethnies, de nos tribus ou de nos régions’’, quitte a occulter l’écriture de la vraie histoire qui est notre patrimoine commun. Je pense personnellement qu’il est très urgent de confier cette tache à une structure académique d’état qui a l’expertise et la neutralité nécessaires

J’écris généralement sur des sujets généraux qui touchent à la societe, la politique et l’economie, jamais sur les individus. La seule entorse à cette règle a été l’hommage      rendu à Feu le Président Moktar ould Daddah, travail dont je suis tres fier puisque le premier a le faire.

Mon intention en écrivant ces pages n’est pas de mettre en exergue une famille, ou un homme même s’ils le méritent amplement. Je veux surtout dire que les exemples d’abnégation ne sont plus légions, d’insister pour qu’émergent le patriotisme et le courage vrais  que des hommes ont paye de leurs vies, de leurs conduites exemplaires et sans fautes au service de la nation et qui leur ont permis d’acquérir aux yeux des citoyens des lettres de noblesse non usurpées. Morts, blessés ou vivants ils ont droit aux égards  la patrie reconnaissante. Le dernier grand acte de patriotisme, de courage et de sacrifice qui me vient à l’esprit est celui de mon ami de toujours, celui avec lequel j’ai partage la même table le premier jour de notre cursus a l’école primaire de Chinguetti, le fils de N’Deyane l’ami de mon père Sidi Mohamed que la terre leur soit légère et paix a leurs âmes. Entre 1978 et 2003, le Colonel Mohamed Lemine ould N’Deyane a occupe vingt six postes de responsabilités nationales, fonctions ou il a laisse des traces indélébiles marquées par la probite, la rigueur et la simplicité. Les mauritaniens sont unanimes sur la grandeur de son sacrifice pendant que notre pays traversait les jours les plus difficiles de son existence. Le Colonel Mohamed Lemine savait bien ce qui l’attendait en allant immédiatement à son bureau de Chef D’état Major. Il a choisi son devoir contre un possible gain de vie sur cette terre. Il est grand temps qu’on fasse son deuil officiel en l’inscrivant en bonne place dans notre panthéon national. En attendant repose en paix mon ami, toi si pieux, si altruiste et mort en CHEHID.

C’est hier que j’ai lu dans la presse que le Capitaine ould Ghotob  que je croyais guéri de ses blessures devait être opéré en France et cela m’a rappelé l’histoire  de son père crible de balles devant les locaux de l’ancien Palais Présidentiel Le 16 Mars 1981 entre 10 h et10h30. Je venais moi-même par je ne sais encore quel miracle de m’extraire avec une quarantaine de personnes des locaux. Des les premiers coups de feu, les commissaires Ghotob, Nde Habib et un agent du corps de la police  s’engouffrèrent dans une petite voiture de service et partirent vers le palais Présidentiel tout proche de la sureté nationale. Une fois arrives sur l’avenue qui va directement a la porte centrale l’un des occupants d’une land-rover qui les croisait en sens inverse les mitrailla a bout portant. J’ai essaye de trouver avec des anciens cadres de la police le nom de cet agent en vain. Cet agent et le commissaire Nde Habib perdront la vie, paix a leurs âmes et gloire a leur sacrifice pour la patrie. Le commissaire Ghotob sera handicape le restant de ses jours. Plusieurs interventions en milieu specialise, ne purent  enrayer son handicap permanent mais il conserva toute sa volonté de vivre et  de travailler. Avec sa chaise roulante, sa voiture pour handicapes, il continuera avec le même entrain, le même sourire, le même talent à accomplir  ses fonctions dans les différentes directions de la sureté jusqu’à sa retraite.

Quand à son fils le capitaine je n’en connais que ce que j’ai lu sur le net et les sacrifices qu’il a fait lui et ses hommes pour éviter a notre pays une hécatombe. J’ai entendu les propos du Président de l’assemblée nationale, le doyen Messoud ould Belkeir a sa sortie de l’hôpital militaire :’’Je suis venu visiter ses jeunes patriotes qui n’ont pas hésité à se sacrifier pour éviter a leur pays une catastrophe, imaginez  ce véhicule contenant plus d’une tonne et demi d’explosifs, explosant au milieu des populations de la ville, quel carnage. ?

Félicitation tardive mais sincère et bonne guérison pour le Capitaine ould Ghotob  auquel son père a servi d’exemple .Gloire et paix aux âmes de tous ceux morts ou blesses tombes au champ d’honneur a l’intérieur de nos frontières ou en dehors d’elles en protégeant notre patrie. J’en appelle aux jeunes générations : simples citoyens, fonctionnaires civils ou militaires a quelque niveau qu’ils se situent pour poser des actes concrets et quotidiens  dans toutes les missions qui leur sont confiées et qu’ils  nous réconcilient  avec les valeurs sublimes qui étaient les nôtres : patriotisme, courage, dignité et probité

Brahim Salem Ould Boubacar Ould Moctar Ould Sambe dit ‘’ould Bouleiba’’

Nouakchott, Juillet 2013


Autour d’un thé : « La chronique de mon frère » fait le parallèle entre la destitution de Morsi et la « Rectification » de 2008 en Mauritanie

Crédit photo: Google.com
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Que s’est-il passé en Egypte ? Allez-y, répondez, SVP ! C’est la question casse-tête qu’un de mes amis m’a posée. Coup d’Etat militaire ou coup d’Etat… populaire ? Rectification. Restructuration. Réorientation. Redéploiement. Réajustement. Appelez-le comme vous voudrez. Quand l’armée adresse un ultimatum à un Président démocratiquement élu, ça s’appelle quoi ? Après tout, la légitimité émane du peuple. Et c’est ce peuple qui est sorti dans la rue. C’est ce peuple qui a signé une pétition à plus de vingt-deux millions de paraphes. Mouvement de redressement national. Comité de salut populaire. Quand un Président déconne, il faut le ramener à la raison. Et ça, il n’y a que l’armée qui peut le faire. A dictateur, dictateur et demi. Morsi s’est autoproclamé roi. Larges prérogatives présidentielles. Juges inamovibles. Stricte application des lois restrictives. Panne du tourisme. Parfois, on a bien besoin de quelques centilitres pour se rafraîchir la mémoire. Et d’une bonne compagnie, pour voir plus clair. Entre Sidi et Morsi, il n’y a pas grande différence. Deux paisibles musulmans. Tous deux élus, à presque 52%. Cependant, Morsi n’a pas attendu à démettre ses militaires. A ses risques et périls. Revanche. Ils l’ont démis. Sidi a attendu pour le faire et lorsqu’il l’a fait, c’était trop tard. Qu’est-ce que les militaires « voient sur Sidi et Morsi » ? Véritablement, je veux dire. Pas les justificatifs officiels que tout le monde connaît. Bon, récapitulons : Sidi voyage trop. Sidi prie trop. Sidi a trop dit qu’il ne peut pas faire venir la pluie. Sidi a trop découragé les pauvres. Sidi va trop à la mosquée saoudienne et dans les hôpitaux, à l’insu du Président – heu, non, président – de son cabinet militaire. Et, pour finir, il se réveille en pleine nuit et procède au limogeage de quatre chefs militaires, comme ça, pfuitt, d’un trait, d’une seule balle. Si, au moins, il avait attendu le jour et hop, d’un ! Hop, de deux ! Hop, de trois et hop, de quatre ! Alors il « n’a rien à voir que sur sa tête ». Les militaires sont les mêmes à travers le monde. Ils ont les mêmes arguments pour justifier leurs affaires louches. En Egypte, Morsi doit se plier à la volonté du peuple .Sinon, bye, bye ! En 1978, la guerre du Sahara a tué le peuple. Stop. En 1984, la dictature a tué le peuple. Ça va, ça va. En 2005, vingt-et-un ans de pouvoir sans partage. C’est trop. Vive le peuple ! En 2008, aucun espoir pour le peuple. Nous revoilà au garde-à-vous, cher peuple. Finalement, quelle légitimité ? Quelques heures après le limogeage de Morsi, Barak Obama commence à verser des larmes de crocodile. Certains pays de l’Union Européenne demandent à sauvegarder la paix sociale. L’Arabie Saoudite et le Qatar jubilent. Et les autres font profil bas. Finalement, suffrages, démocratie, votes, urnes, scrutins, majorité, opposition, valeurs démocratiques et patati et patata ne sont que des concepts qui ne renvoient pas à grand-chose. Coup d’Etat démocratique ? Y en a. Volonté populaire via la rue, égale intervention militaire pour déboulonner un Président légitime. Alors, présidents élus, faites attention ! Diminuez le prix du riz, du sucre, de l’huile, des dattes – on est à la veille du Ramadan ou même dedans – des boubous, des tiayas, des bananes, du carburant. Augmentez les salaires. Laissez tranquilles les maisons closes (ouvertes serait plus convenable, selon mon ami). Fermez les yeux sur tout genre de trafic et d’incommodités. Sinon, le peuple sortira dans la rue, pour demander à ce que sa volonté soit respectée. Et c’est suffisant pour que l’armée vous boute dehors. Vous, au moins, vous aurez juste quelques mois à réclamer. Qu’Allah préserve la Mauritanie du mauvais œil, des mauvaises langues et des mauvais esprits ! La Mauritanie est, incha Allah, du côté des saufs. Jusqu’à qu’elle organise ses élections. Toutes ses élections. Sans accrocs et sans défauts. Et puis, un Président ne peut être que de deux choses l’une : ou un militaire, ou un civil. Ou « la vierge de la mer » (sirène) : tenue civile et esprit militaire. Chassez le naturel…

SNEIBA El Kory (Le Calame)


Il était une fois le 10 juillet

Moctar Ould Daddah, 1er président mauritanien (photo: Elhourriya.net)
Moctar Ould Daddah, 1er président mauritanien (photo: Elhourriya.net)

Le 10 juillet 2013 est passé hier mercredi dans l’indifférence totale des Mauritaniens. Bon, pas tout à fait puisque ce 10 Juillet coïncide avec le début du mois béni de Ramadan. Mais personne ne s’est rappelé ou presque que c’est en ce jour de l’année de grâce 1978 que l’armée de la République Islamique de Mauritanie, éreintée par la guerre du Sahara, avait décidé de déposer le président Moctar Ould Daddah, le « Père de la Nation » et principal architecte de la « Mauritanie Nouvelle ». Des indépendances (1960), pas celle qu’on tente, sans succès, de nous « vendre » maintenant !

Le 10 juillet que les militaires fêtaient comme le jour de l’indépendance nationale (28 Novembre), avant l’avènement du 12/12 (1984) quand le colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya avait déposé le colonel Mohamed Khouna Ould Haïdalla, est redevenu un jour ordinaire. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Mais nos braves militaires sont toujours là. Même quand l’actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz avait troqué son uniforme de général contre son costume de président civil démocratiquement élu un certain 18 juillet 2009. C’est en tout cas l’impression qu’ont certains de la situation actuelle du pays mais c’est surtout l’avis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui pense le militaires n’ont jamais quitté le pouvoir et qui continue à appeler au « rahil » (départ) d’un Ould Abdel Aziz qu’elle voit toujours, à tort ou raison, dans ses atours de général !

Le fait qu’aujourd’hui le 10 juillet ne signifie plus rien pour les Mauritaniens est symptomatique d’un état d’esprit général : celui de la « normalité » de la vie politique actuelle, issue d’une succession de révolutions de palais mais qui n’exclut pas toutes sortes de crises où l’armée peut, d’un moment à l’autre, avoir son mot à dire. D’ailleurs, dans ses mémoires « La Mauritanie contre vents et marées », feu Moctar Ould Daddah fait remonter les appétits pour le pouvoir des officiers mauritaniens au-delà même du 10 juillet 1978 quand il écrit, que dès le début des années 70, et bien avant la guerre pour l’unité nationale, les services de renseignements et l’homme de la rue faisaient cas, de temps en temps, de coup d’état fomenté par certains officiers et prêt à être mis en exécution. Le caractère naissant de ces services de renseignements faisaient qu’on accordait peu de crédit à leurs « analyses » et informations sur la situation politique et sociale du pays.

Les informations les plus précises sur le « péril » venant de l’armée sont évoquées par feu Moctar Ould Daddah quand il évoque qu’en novembre ou décembre 1977, lors d’une visite à Marrakech, le roi Hacen II lui a clairement signifié qu’il détient des informations faisant cas d’un coup d’état qui se prépare en République Islamique de Mauritanie. La source de cette information serait un jeune mauritanien du nom d’Ould El Wavi, qui aurait divulgué ce secret à Me Bouabeid.

Ould El Wavi va par la suite consigner les mêmes informations auprès d’un membre de l’entourage du Roi Hacen II et ce dernier va proposer au président Moctar Ould Daddah une copie de cet enregistrement mais il refusera, préférant laisser l’étranger, fut-il un ami et un frère, à l’écart des affaires intérieures de la Mauritanie. Et Moctar de se demander dans ses mémoires : avais-je raison ou tort ? Seul Dieu le sait.

Les mêmes informations seront aussi rapportées à Moctar par son ami Mobutu, qui évoquera des indiscrétions recueillies à Bruxelles, auprès de l’opposition zaïroise, et qui évoque l’imminence d’un coup d’Etat en Mauritanie. Très précisément, ces informations  que Mobutu s’empresse à faire connaître à son ami, cite le nom de l’ambassadeur de Mauritanie au Zaïre, parent proche du commandant de la 6ème région militaire, le commandant Ahmedou Ould Abdel Kader chargée de la sécurité de la capitale Nouakchott.

Il savait mais il a laissé faire !

Tout indique donc que le président Moctar Ould Daddah était au courant que quelque chose se tramait contre lui. C’est encore lui qui évoquera dans ses mémoires que, le 8 juillet 1978 (soit deux jours avant le premier putsch en Mauritanie), Ahmed Ould Zeine, lui rapportera, lors d’une réunion du Bureau politique nationale, dont il était membre qu’un entretien avec Sid’Ahmed Ould Bneijara, la veille, laissait entendre que les militaires mauritaniens étaient sur le point de passer à l’action. Tous les chefs de l’armée seraient alors impliqués dans ce qui allait devenir alors, pour nous Mauritaniens, l’éternel recommencement. Il y aura d’autres « 10 juillet » qui feront de la Mauritanie le pays le plus « capé » en nombre de coups d’Etat sur le continent africain. Six ou sept en tout. Le dernier en date, contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, et le premier contre le président Moctar Ould daddah boucle-t-il la boucle de ces changements anticonstitutionnels en Mauritanie ? Rien n’est moins sûr. On continue encore, 35 ans après le premier coup d’Etat, à nous chercher, à remodeler cette démocratie imposée par la déclaration de la Baule de François Mitterrand,  en 1991, qui a obligé Taya a « civiliser » son régime militaire mais n’a pas empêché les militaires, quinze ans plus tard, à le pousser dehors à son tour. Un éternel recommencement, voilà ce à quoi pourrait mener l’implication de l’armée dans la politique si, réellement, nous ne comprenons pas qu’il s’agit plus d’un partage des rôles qu’une situation de conflictualité entre le politique et le militaire.

 


Autour d’un thé : Chronique de mon frère

Crédit photo: Cridem.org
Crédit photo: Cridem.org

Une vieille histoire typiquement de chez nous rapporte qu’un homme bien sage est rentré dans sa zériba (enclos) pour traire ses chèvres. A la surprise générale, l’homme commença par « traire » un bouc.

C’était, expliquera-t-il aux surpris, une façon de démontrer aux chèvres qu’elles seraient inévitablement traitées. Le limogeage intempestif du wali du Tiris Zemour et sa dégradation de son grade de général m’ont rappelé cette parabole.

Les rumeurs persistantes sur l’imminent limogeage du gars de la SNIM remplissent les airs, les rues et les salons. Il serait l’ami du Premier Ministre. L’Administrateur Directeur Général de la SNIM est un fidèle « ami » du Président. Ould Baya, le gouverneur limogé, était tout cela à la fois, en plus d’être un frère d’armes et un collègue putschiste.

Aucunement prémuni contre les LIPMHP (Limogeage Intempestif Pour Mauvaise Humeur Présidentielle) contre lequel le seul vaccin semble être, d’après les praticiens traditionnels de la cour : consommer 50 renseignements par semaine + proférer 5 à 4 insultes/jour à l’opposition et faire 6 séances de massage, 2 jours sur 7, à VIP d’un certain entourage, quelque part vers la direction de la Boutique Centrale de Mauritanie (BCM). Attention ! Abus nuisible, mettre hors de portée des enfants, conserver à moins de 25°C et bien refermer la boîte après usage. Limogeage, disgrâce, relever ou virer.

C’est quoi ? C’est rien. Juste se mettre un peu à l’ombre et manger tranquillement ce que tu as amassé. Le temps de le finir et te revoilà, au choix, délimogé, dédisgracié, dérelevé ou déviré, tous synonymes de réhabilité. Ne soyons pas de courte mémoire. 2005. Coup d’Etat contre le système de Taya. Vingt-et-un an de mal-gouvernance et de laisser-aller total. Des hommes totalement nouveaux sortis de leur paquet.

Un comité militaire dont les patrons viennent directement de la planète Mars. Une aile civile dont les composants viennent de Neptune. Vingt ans de renseignements. C’est rien. Quinze ans de BASEP ? Soyons sérieux. Ce n’était pas à eux que revenait la décision. Passe. 2007. Election présidentielle. Le Président élu et son challenger. Des hommes de l’Indépendance. Leurs collaborateurs aussi.

Les moins jeunes sont de 1978 à 1981, 1984. Pas grave. Mais voilà Août 2008. Les fossiles sont revenus. Les dinosaures réapparaissent. Pour sauver le pays, un homme « nouveau », arme en bandoulière et galons sur les épaules, chasse ces gâteux qui ont tout gâté. Faute du Président élu en mars 2007 d’avoir ramené les symboles de la gabegie. Le défi : regardez, aujourd’hui, les démembrements de l’Etat.

C’est facile de parler. Raconter des histoires dans les conférences de presse et les meetings populaires. A part deux ou trois vieilles « gloires nationales » dont on ne peut se passer de l’expérience, aucun autre ancien n’a été retenu. Et puis, après le limogeage, il n’y a plus que la promotion.

Toute chose finit, quand elle atteint la limite. Le monde est fait de tout : de justes et de faux. D’hommes et de femmes. De promus et de limogés. D’opposition et de majorité. D’émoussements et de dèches. De civils et de militaires. De dictature et de démocratie. Non, vraiment de tout.

D’ange, de Satan, de grand, de petit… En prime, la bonne proposition d’un ami, ayant appris que deux députés ont failli en venir aux poings : construire un petit ring, juste devant la porte principale de l’Assemblée. Comme ça, si deux honorables veulent se mesurer les biceps, hop ! Et ils sont sur le tapis. Bien entendu, recrutement d’arbitres et aménagement d’une petite tribune pour les supporters.

En attendant, les sessions parlementaires pourraient fort bien se dérouler dans une grande cour à côté du terminus des bus d’El Mina. Et, à chaque fois que les députés auront besoin de se terrasser, l’arène est juste à quelques mètres, à gauche, en allant vers la plage. Ya plus que ça.

Depuis novembre 2011 que les parlementaires mangent indûment l’argent public, en contrepartie de comportements vraiment regrettables pour des représentants d’un peuple qui ne sait plus quoi faire : balle dans l’intestin présidentiel, coups de poing entre députés et insultes, copieuses, entre leaders et élite. Où va-t-on ? Je ne sais pas mais on y va…

Sneiba El Kory (Le Calame)


TVM : Dialogue…indirect

Cérémonie de lancement du dialogue nationale, octobre 2011 (crédit photo: Google.com)
Cérémonie de lancement du dialogue nationale, septembre 2011 (crédit photo: Google.com)

Il existe bien, chez les linguistes, un discours direct et un discours indirect. La Télévision de Mauritanie (TVM) vient d’inventer un nouveau concept : Le dialogue indirect ! En réussissant à convaincre les leaders de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à défiler, les uns après les autres, dans l’émission « El Hiwar » (le dialogue) de notre confrère Takiyoullah El Edhem, doublé, pour les francophones, de l’émission, tous les quinze jours, « le débat », d’un autre journaliste vedette de la TVM, Yedali Fall. Pour une fois, la TVM ouvre, tout de même, un débat sur les questions de l’heure. Et permet à l’opposition, dans ses deux composantes, de donner la réplique au pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Dans ce dialogue indirect donc, la prouesse de la TVM n’est pas d’avoir permis à ceux qui trouvent encore le temps de la regarder d’entendre le discours de l’opposition – puisque celle-ci n’a pas attendu cette « ouverture » pour aller dire ce qu’elle pense sur les places publiques – mais d’avoir montrer que la Majorité et la COD peuvent bien se parler. Même si elles ne s’entendent jamais.

Il est louable donc à la TVM d’avoir tout fait pour « entraîner » la COD dans les débats sérieux, ceux qui sortent la classe politique de ses…ébats. Le temps d’antenne consacré à chaque leader politique, qu’il soit de la majorité ou de l’opposition, est largement suffisant pour lui permettre de donner sa vision des choses, d’expliquer aux mauritaniens ce qu’il considère être la vérité sur une situation politique, économique et sociale donnée.

Pour une fois, la TVM ne verse pas dans la discrimination. En permettant à tous les Mauritaniens d’entendre ce que disent leurs responsables dans les deux langues utilisées au pays. Et même si certains s’en offusquent à tort, voulant priver les francophones de cette ouverture qui ne fait, tout de même, de mal à personne.

Le passage de la TVM d’un média très partisan à une chaine qui essaie de mettre les formes dans ce qu’elle fait n’étant pas si évident que ça, il faut donner le temps au temps, comme on dit.

Mais, d’un autre côté, les débats de la TVM constituent une occasion, pour la classe politique, de continuer, hors antenne, son jeu favori : les réactions aux propos de l’adversaire dans une démarche dont l’objectif semble être d’entretenir la crise ! Jusqu’à quand ?

Il faut dire que l’on est loin encore de cet idéal démocratique qui a permis à d’autres, comme nos voisins sénégalais, par exemple, d’éviter le pire. De pouvoir laisser de côté tout ce qui a embrasé les rues de Dakar au premier tour de la Présidentielle pour rivaliser, démocratiquement, au second et « dégager » un vieux président qui, jusqu’au dernier moment, croyait encore à ses chances de rester au pouvoir.

Inutile de dire ici que c’est le peuple souverain qui décide. Du choix des armes : descendre dans la rue, comme en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen et en Syrie, avec des in(fortunes) diverses, ou se fier aux urnes, comme au Sénégal. La Mauritanie, pays aux équilibres fragiles, doit résolument se tourner vers ce dernier exemple. Il en va de sa survie.


Mauritanie : « Elections peut être », selon Mamane

Mamane (Crédit photo : Rfi)
Mamane (Crédit photo : Rfi)

Quand Mamane maltraite l’actualité, cela ne laisse personne indifférent. Même pas ceux qui se sentent visés ! Les 54 « présidents fondateurs » de notre cher Gondwana à nous Zafricains ! Dans ces dernières chroniques, celui dont la page d’accueil de Rfi dit qu’il « regarde l’actualité de biais, d’en haut, d’en bas, de côté ; il la retourne dans tous les sens, la soupèse et nous la rend complètement décalée, tordue et tellement tordante » fait une allusion on ne peut plus claire à l’actualité des élections au Mali et en Mauritanie. Des élections « obligées » et des élections « peut être ».

Et cela nous sort de notre torpeur. Oui, les politiques, en France, n’accordent aucune importance à ce qui se passe en Mauritanie. Ou tout au moins, c’est l’impression qu’ils nous donnent. C’est plus pressé – plus pressant – au Mali où l’engagement militaire de Paris pour chasser les groupes islamistes armés des grandes villes du nord (Gao, Tombouctou, Kidal) a laissé un goût d’inachevé. Avec une menace terroriste qui plane toujours mais l’incertitude d’élections générales à organiser « obligatoirement », selon le vœu de la France, d’ici juillet 2013. C’est cela qui donnera l’impression que l’intervention militaire, l’opération Serval, n’était pas inutile, qu’elle a servi non seulement à écarter le danger qui pesait lourdement sur Bamako, avec des salafistes prêts à marcher sur le sud, mais aussi à remettre sur les rails une démocratie malienne mise à mal par le putsch hors-saison du capitaine Sanogo.

Cette nécessité de faire les élections, ici et maintenant, au Mali plus précisément, Mamane la présente comme le type d’élections « obligées », les « élections tchoko-tchoko en fonction de la date de péremption. Oui, comme pour les yaourts ou les boîtes de conserves. La date est écrite sur l’opercule ou sur le côté de la boîte, et pour ne pas que tu la rates, elle est aussi écrite, noir sur blanc, dans le premier paragraphe du décret présidentiel… ». De Hollande ou de Dioncounda Traoré ? Allez savoir !

Les « élections peut être » c’est en Mauritanie qu’il faut les chercher. Depuis 2011, on les attend, se fiant aux déclarations du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui répète, à chaque fois que la question lui est posée, qu’elles auront lieu à la date indiquée ! Mais c’est là tout le problème. La détermination de celle-ci a d’abord tardé parce qu’il fallait mettre en place un état-civil fiable. Une opération toujours en cours mais qui finira, « peut être » – n’est-ce pas Mamane ? – avant 2014. Ensuite, il a fallu penser à la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Début décembre 2011, la nouvelle tombe : Le Conseil des ministres, réuni dans sa session hebdomadaire, a adopté un projet de loi organique portant création d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI), avec le statut d’institution permanente, annonçait le un communiqué.

Selon le communiqué, « le présent projet de loi constitue une concrétisation de l’accord politique résultant du dialogue national qui s’est tenu entre la Majorité présidentielle consolidée et des partis de l’Opposition (APP, El Wiam, Hamam et Sawab) ».

A l’occasion de la clôture, en octobre 2011, du dialogue politique pouvoir-opposition, les différentes parties avaient vivement recommandé la mise en place d’une CENI qui devrait se charger de tous les processus électoraux dans le pays. Depuis, on attend. Des « élections peut être » (obligées)…en 2014. Merci Mamane.

Sneiba