Mohamed SNEIBA

Assemblée nationale: Le grand message d’une députée

Fatma Ely, députée d'Al Wiam (opposition) et présidente de l'ONG Espoir
Fatma Ely, députée d’Al Wiam (opposition) et présidente de l’ONG Espoir,,

Fatma Mint Sidi Mohamed députée du parti El Wiam a recueilli 39 voix,  lundi 17 février, lors d’un vote portant sur l’élection du deuxième vice-président de  l’Assemblée nationale   face au député islamiste Ghoulam Ould El Hadj Cheikh, lequel, a gagné avec  82 voix. Ce dernier a  amélioré , à l’occasion,  son score obtenu lors de l’élection du président de l’Assemblée,  qui n’était que de 34 voix.

La candidature de Ould El Hadj Cheikh  soutenue,  à la fois, par  la Majorité (110 députés) et l’Opposition (37 députés) a empêché  l’élection  d’une brave femme :  Ghalia Mint Ely Salem députée UPR  pressentie à  ce poste et écartée de celui-ci. Mais il n’y a décidément pas, que les femmes députées dociles à la place desquelles des hommes réfléchissent et agissent.

L’absence d’une candidature féminine à  un rang élevé dans la hiérarchie de l’Assemblée,  a ,  semble-t-il,  fait bouger  le coté leader  de la société civile de la  députée d’El Wiam,  lui rappelant son fastidieux parcours personnel,  son engagement  depuis la conférence de Pékin en 1995, sa participation aux différentes stratégies nationales pour les femmes et sa fonction à la cour de justice des femmes arabess.

Fatma  s’est donc  présentée au poste de deuxième vice président  malgré la consigne de El Wiam  réalisant du coup  un score honorable de 39 voix qui fait que cette députée  est maintenant,  une élue  avec laquelle, il faudra  compter à l’Assemblée nationale.

Elle n’avait certes aucun espoir de gagner face à la misogynie parlementaire,  mais elle est quand même parvenue à faire passer un grand message.  A décrypter !

IOM


Autour d’un thé : Mauritanie, le pays où les « Docteurs ès n’importe quoi » sont légion

Autour d'un thé (Crédit photo : Cridem)
Autour d’un thé (Crédit photo : Cridem)

Il y a une chose dont les Mauritaniens parlent peu. Ou ne parlent même pas. Pourtant, il est important d’en parler, surtout en cette période de lutte contre la gabegie, puisqu’il s’agit, justement, d’une forme élaborée de gabegie. Un phénomène qui a pris tant d’ampleur qu’il en est, tout simplement, banalisé.

Partout. Rien à faire. L’usurpation des titres qui a entrainé la banalisation de tout. Cheikh par ci, Oustaz par là. Excellence ou Honorable. Des titres distribués à tout va, au point qu’ils ne veulent plus rien dire. Je connais un respectable imam pour qui tous ceux qui prient derrière lui sont soit des cheikhs ou des oustaz, raconte-t-on sans ambages ni gêne. Usurpation. Dévalorisation. Accommodation. Comme ça, le petit vendeur de boîtes d’allumettes et d’un ou de deux paquets de cigarettes devient, illico, un homme d’affaires.

L’éplucheur de poisson, au marché de la plage, est un armateur. Celui qui sait à peine agencer quelques strophes, un éminent poète. Le restaurateur d’ordres, au bureau du moindre avocat, est affublé de Maître. Tous ceux qui se lèvent et marchent sont des experts en tout. Toute prestation à la TVM ou à la radio, la plus indigeste et médiocre soit-elle, vaut, à son auteur, de devenir spécialiste des groupes armés, au Nord-Mali ou au sud de la Mauritanie.

Comme ça, on se retrouve très en avance, sur tous les pays du Monde, en termes d’experts en tout. Des experts en sport, en ski, en golf, en tennis, en yoga, en triple saut, en judo, en karaté, en natation, en possible et en inimaginable. Et puis, tout ça en ayant la peau très dure.

Des gens qui n’ont jamais pu finir le cycle secondaire se permettent de se présenter au public comme sortants de grandes écoles : ne sont-ils partout, aujourd’hui, directeurs centraux, administrateurs régionaux, inspecteurs de département ministériel, officiers de corps constitués, députés, journalistes prétendument talentueux, banquiers bien « sapés », hommes d’affaires ayant le vent en poupe, présidents de formations politiques « incontournables » ?

Bref, tout ne veut plus rien dire, puisque rien se permet de tout dire. A cause de cela, la fonction a perdu sa sacralité d’antan. Il y a juste une décennie ou deux, les oulémas se comptaient sur le bout des doigts. Combien s’en réclament, aujourd’hui ? Même pas, on n’est plus seulement « alem¹ », on est « alama² » (forme d’exubérance) dont se réclame, publiquement, tout celui ânonnant, souvent maladroitement, quelques sourates et hadiths. Et les experts ? Ecole fondamentale. Collège d’enseignement général, Brevet : échec. Lycée, Bac : échec et mat.

Centre de formation en gestion et comptabilité, à Sebkha, Médina 3³ ou sis en une ruelle étroite, quelque part à l’Ilôt K ou Tevragh Zeïna. Et hop ! BT… BTS… Expert-comptable, expert en gestion des ressources humaines, fluviales ou maritimes, expert en droit international, en monétique ou en économétrie ; expert en sciences de l’espace ou en physique nucléaire, en tout ou bien en rien, peu importe, mais expert, surtout, ah, expert !

Les spécialistes et les analystes. Ceux-là sont légion. Tout a ses spécialistes : La poésie populaire et arabe, les télécommunications, le transit, l’édition, les groupes islamistes armés, l’espace, l’air, le vent, les oracles et les ouragans, l’Union Africaine et les putschs, la politique et l’économie, les tsunamis. Spécialiste en AQMI, spécialiste en Chine, en Japon, en Inde, en Grèce antique, en ping-pong, en jonglage, en lutte simple et en lutte avec frappe… Ici, tout y en a, y an na bon.

Les députés d’autrefois ne sont plus comme ceux d’aujourd’hui. Un ministre d’avant 2008, ce n’est pas comme un ministre d’après. Cherchez la différence. Instituteur, professeur, directeur, avocat, député, ministre et même Président, ce n’est plus comme avant. Ça n’a plus la même saveur, ni la même connotation, ni la même envergure. Instituteur, professeur, directeur : savoir, rigueur et exemplarité. Député et ministre : droit et autorité. Président : ambition et référence. Est-ce toujours la même incarnation ? La même sacralité, le même regard ?

Sneiba El Kory (Le Calame)

1. Alem (savant)

2. Alama (Grand savant, érudit)

3. Sebkha et Médina 3 : Département et quartier populaires de la capitale Nouakchott.


Échecs de l’opposition mauritanienne : la faute à Messaoud !

Messaoud Ould Boulkheir, président de l'APP (Opposition)
Messaoud Ould Boulkheir, président de l’APP (Opposition)

On croyait que l’anti-messaoudisme était révolu. L’homme avait semblé résolument tourner la page d’El Hor, version 1978-2005, pour s’engager dans un militantisme orienté vers l’Unité nationale, l’égalité et la consolidation de la démocratie. On croyait que les  tirs croisés d’antan seraient aujourd’hui orientés principalement vers le président de l’Initiative pour la résurgence d’un mouvement abolitionniste (IRA), Biram Ould Dah Ould Abeid, nouvelle bête noire des esclavagistes mauritaniens. Mais non ! après les élections municipales et législatives et leur dénouement (l’élection du président de la Communauté  urbaine de Nouakchott) Messaoud Ould Boulkheir est toujours considéré comme « le petit mur » par certains analystes maison. On le guette, on l’écoute plutôt, non pas pour connaître sa position sur une question donnée, mais trouver la brèche par laquelle s’engouffrer pour dire : « Voilà, Messaoud a  encore fauté ! » Mais trêve de théories. Voyons par les faits ce qu’on  reproche au président de l’Alliance populaire progressiste (APP).

Dites-moi une chose : existe-t-il une ou deux oppositions ? Les grands partis que l’on voit habituellement tirer à boulets rouges sur le pouvoir du président Aziz ont-ils en commun de défendre l’intérêt national ou seulement leurs positions ? Les uns par rapport aux autres ?

Ceux qui critiquent les choix du président Messaoud ne voient franchement pas la réalité des luttes politiques en Mauritanie. Leur faute – volontaire ou non – est d’oublier que la politique n’est pas du Coran. Et l’idéal opposant encore moins. Ce qu’on reproche à Messaoud est de l’avoir compris, lui qui ne sait pas tricher. D’avoir choisi, entre ce qu’il pense être le « mauvais » et le « pire ». Autrement, en langage cru d’un hartani, avoir à choisir entre Sidi et Ahmed (et non pas entre Sambe et Dembe), c’est exactement se dire : c’est du pareil au même. Deux anciens ministres de feu Moctar Ould Daddah. Deux hauts cadres issus de la même « vieille école », fils de famille maraboutique de  deux régions contigües (le Trarza et le Brakna), donc formés au même moule idéologique et sociologique. Alors un politique conséquent avec lui-même va seulement choisir en fonction de la « rentabilité » du choix. Il dira alors :  » Qu’est-ce que mon parti gagne ? » Et ne se souciera guère du « qu’en-dira-t-on? ».

Le premier choix de Messaoud que d’aucuns qualifient de « trahison » a été pourtant hautement stratégique pour son parti et pour lui-même. La présidence de l’Assemblée nationale n’est pas rien. On me dira  qu’Ahmed Ould Daddah lui avait fait la  même  proposition ou plus, mais personne ne peut assurer aujourd’hui que les choses allaient se passer ainsi. Et puis, le tort fait à Messaoud est d’oublier – volontairement – que le passage en force du représentant le mieux placé de l’opposition, en 2007, Ahmed Ould Daddah, ne dépendait pas que de lui. Il y avait surtout la position de l’ancien gouverneur de la BCM, Zeine Ould Zeidane, arrivé troisième, avec 15,27 % des voix. Personne n’a voulu faire comprendre que le choix tout aussi « stratégique » de celui qui allait devenir le Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi annihilait le positionnement de Messaoud sur la ligne de l’opposition d’alors. La petite avance de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi sur Ahmed Ould Daddah (24,79 % contre 20,68 %) rendait la course à la présidentielle semée d’embûches. On se focalise sur les 10 % du candidat Messaoud comme s’ils allaient, à eux seuls, conjurer le mauvais sort qui nous colle depuis le 10 juillet 1978, quand l’armée avait, pour la première fois, pris le pouvoir en Mauritanie. Je ris sous cape en entendant certains dire, avec force conviction, que Messaoud nous a fait rater l’occasion d’en finir DEFINITIVEMENT avec le pouvoir de l’armée ! Comme si le « coup du berger » par lequel le général Aziz a maté le président Sidi ne pouvait pas fonctionner également avec Ahmed ! Et l’on oublie aussi que ce dernier a rendu sa monnaie à Messaoud, en quelque  sorte, en soutenant la « Rectification » quand le président de l’Assemblée nationale dirigeait avec force le front du refus du coup d’Etat de trop mené par Aziz. A moins cinq, l’opposition allait convaincre la France (et le reste du monde) qu’il fallait refuser le tour de passe-passe des généraux mauritaniens pour remettre en cause la transition militaire 2005-2007 par la « destitution » du premier président démocratiquement élu. Ahmed n’a  pas été considéré comme un « traître » à la cause de l’opposition parce qu’il avait cru, naïvement, que le putsch était un raccourci pour réussir, avant 2012 (fin du mandat de Sidioca) ce qui a été raté de peu en 2007. N’est-ce pas là un choix politique et stratégique, exactement, comme celui qui a poussé Messaoud à s’allier avec Sidioca ? Sauf que Ould Boulkheir a obtenu ce qu’il voulait (la présidence de l’Assemblée nationale) et Daddah a encore une fois perdu parce qu’Aziz a encore joué et gagné.

Sneiba Mohamed


Mauritanie : Dommages collatéraux…en attendant la formation du gouvernement

Lalla Mint Chriv, présidente du Sursaut et ministre de la Culture (photo : Google)
Lalla Mint Chriv, présidente du Sursaut et ministre de la Culture (photo : Google)

Une semaine déjà que les mauritaniens attendent la formation du nouveau gouvernement. Ce que moi j’appelais le « supplice du jeudi », dans l’attente du communiqué du Conseil des ministres, avec les limogeages et les nominations, concernent, en ce moment, la longue veillée d’armes des ministres sortants. Avec cette question : qui sera reconduit et qui ne le sera pas ? Une seule certitude : Au moins six anciens « ministrés » ne refouleront pas le sol du Palais présidentiel puisque le président de la  République, Mohamed Ould Abdel Aziz, et son Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf, ont décidé de faire de la place aux partis de la majorité représentés au Parlement avec trois députés ou plus. Ainsi, l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) de l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Naha Mint Mouknass, et le parti Al Karama, qui ont chacun 6 élus, peuvent prétendre à deux portefeuilles chacun. Le parti Unité et Développement (PUD), de Mohamed Barro, et le Sursaut de la jeunesse pour la Nation de Lalla Mint Chriv, ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports, dans le gouvernement sortant, auront un ministre chacun.

Mais cette « ouverture » aux autres partis de la  majorité devant gouverner avec l’Union pour la République (UPR) durant, au moins, les six mois qui nous séparent de la présidentielle de juin 2014, a  suscité de grands remous politiques au  sein des formations qui frappent à la porte du gouvernement. Au sein des bureaux politiques c’est la course au privilège d’être « ministré ». Et si au niveau du parti au pouvoir tout vient d’en-haut, le choix étant fait par le président de la République lui-même, le fait que le Premier ministre ait demandé aux autres partis de présenter une short liste de trois noms (trois candidats pour un fauteuil) n’a pas facilité les choses. Pour un poste de ministre, le parti Sursaut de la Jeunesse, né il y a à peine un an, est en train de voler en éclats. Les lieutenants de Minit Chrif, élue députée sur la liste des femmes, lui reprochent d’avoir proposé son nom pour être reconduite. A la réunion de concertation sur le nom à proposer nos braves jeunes qui sont à l’apprentissage de l’opportunisme depuis l’appel du Raïs pour le renouvellement de la classe politique, ont failli en venir aux mains. Et leur chère présidente qui voulait conserver son ministère aurait été obligée d’appeler les forces de l’ordre pour éviter une bataille rangée entre ses partisans et ses nouveaux détracteurs ! En attendant de savoir qui représentera le Sursaut dans le futur gouvernement, on peut dire déjà que ce parti n’existe plus puisque, à coups de communiqués, il est aujourd’hui scindé en deux. L’Affaire est même portée devant la justice mauritanienne pour trancher ce litige né du désir d’une poignée de cadres du Sursaut, supposés représentés des dizaines de milliers de jeunes, de forcer la porte du gouvernement. Pauvre Mauritanie.


Mauritanie: après le « président des pauvres » place au « président de l’Union africaine »

Le président Aziz à l'UA (photo : AMI)
Le président Aziz à l’UA (photo : AMI)

On commence même à l’appeler « le président de l’Union africaine » tout court ! Ah les Mauritaniens sont très trop forts. L’Agence mauritanienne d’information (AMI), la télévision de Mauritanie (TVM) et la radio nationale vont surfer, un mois, si ce n’est toute cette année 2014 sur ce que certains médias étrangers ont qualifié d’élection « par défaut ». Non, c’est pour « son rôle dans la crise libyenne » que notre cher raïs a été nommé. Kadhafi doit se retourner dans sa tombe. Son rôle aussi dans la crise ivoirienne, alors qu’on sait que quand la France avait décidé d’aller chercher Laurent Gbagbo dans son bunker, la médiation africaine ignorait tout de cette évolution vers la « solution finale ». Concernant la crise malienne, la Mauritanie a tout simplement préféré la neutralité. Pays frontalier avec le Mali, donc concerné au premier chef par le conflit entre Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et les troupes franco-africaines, Nouakchott se devait de participer à l’opération Serval. Elle ne l’a pas fait pourquoi ? Deal avec Aqmi pour un armistice qui ne dit pas son nom ? Ou bien attitude de prudence pour ne pas redevenir une cible privilégiée d’Al-Qaïda une fois les soldats français partis ?

Je ne suis pas de ceux qui ont vu en cette présidence de l’UA une consécration de notre diplomatie ou de notre cher président. Certes, je m’en réjouis parce que, au moins, la Mauritanie, « l’oubliée » du Maghreb – souvent – et de l’Afrique de l’Ouest (toujours) sera au-devant de la scène, pour un an, dans tout ce qui concerne l’Afrique dans ses rapports avec le monde et entre ses différents Etats.

Mais je crains aussi que cet honneur ne se transforme en…déconvenues ! Et oui. Comment ne pas penser que l’on peut transposer nos échecs à l’échelle continentale ? Les ratés de notre diplomatie, les hésitations langagières de notre président, nos à-peu-près et nos exagérations. Comme celle qui a poussé le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) a fêté la présidence de l’UA par la Mauritanie comme l’Evènement de ce demi-siècle ! Une mythification qui est vue comme un nouveau point marqué contre cette pauvre opposition qui ne sait plus quoi faire, mais qui, certainement, nous présente ailleurs comme le Gondwana de Mamane. On dit chez nous « el medarag blayam ar’yan » (littéralement : celui qui se cache derrière les jours est nu). Autrement : la joie (et la propagande) qui entoure la présidence de l’UA sera payée cash par la Mauritanie si, dans un an, il s’avère que c’est la plus mauvaise jamais connue par l’organisation panafricaine. Eywa, faisons-nous tout petit et attendons de voir comment notre président va assumer son destin africain.


Autour d’un thé : A l’Assemblée, la comédie peut commencer

Séance du parlement mauritanien (photo : Alakhbar)
Séance du parlement mauritanien (photo : Alakhbar)

Cette fois, les élections sont bien terminées. Le « troisième tour » a pu enfin avoir lieu. Les résultats sont tout aussi connus. Comme au premier et au deuxième tour, le pouvoir a tout raflé, en prenant, quand même, le soin de laisser un tout petit peu aux autres. Comme ça, la comédie peut commencer. Acte 1. Lundi 27 janvier 2014, les cent quarante-six députés sont convoqués sur scène. C’est encore parti pour cinq ans… de rien. Assemblées extraordinaires. Assemblées ordinaires. Projets de lois. Projets de budget. Débats. Voyages de groupes parlementaires. Séjours réguliers à la badya¹. Accueils des délégations officielles, dans les circonscriptions électorales où l’on s’est fait élire. Campagne présidentielle. Et si, éventuellement, on ne sait jamais, un général ou un quelconque militaire arrivait à faire un coup d’Etat, soutien inconditionnel à la Rectification bénie, marches à travers le pays, pour dénoncer les pratiques qui prévalaient durant toute cette période de ténèbres et de dictature. Les blues doivent savoir comment se comporter. Comment marcher. Comment saluer. Où sont les sanitaires. Et, surtout, où est le questeur. « Celui sur qui la vache a été égorgée »². Les blues doivent attendre, un peu, pour apprendre à danser et à applaudir, pour ne pas mélanger la cadence. Les promesses aux populations, les belles paroles, la gentillesse des jours de campagne, la douceur des nuits électorales : tout ça, ce sont les choses de la campagne qu’il faudrait ranger soigneusement. Le terroir, c’est juste tous les quatre à cinq mois, à l’occasion d’une fête ou de la visite d’un officiel important, comme le Président ou le PM. Autrement, un député, c’est un thé par-ci, avec un ami ministre, ou un tagine par-là, sur le bureau d’un autre ami directeur général, ou encore une causerie douteuse, quelque part là-bas, en brousse, avec des intimes. En fait, le travail d’un député, c’est quoi ? Les populations n’attendent pas des députés d’être des « traîtres » (du verbe traire) de vache ou de brebis. Ni des puisatiers, des cultivateurs ou jardiniers. Un député, c’est la loi. C’est la belle écharpe aux couleurs nationales, nouée en bandoulière au cours des cérémonies officielles. Un député, c’est, à la limite, une belle 4×4 – qu’Allah aveugle les « œilleurs » (envieux) ! – et un joli boubou Ezbi « yetvarkak » (craquelant). Quand tout cela vient d’un député, rien ne reste. Et puis, cette fois, l’Assemblée nationale est particulièrement hypocrite – euh, pardon, je voulais dire hétéroclite. Idéologiquement : il y a de tout, des maoïstes aux islamistes les plus bornés. Socialement : toute la Mauritanie y est. Par ses Maures, ses Harratines – eywe ! qu’est-ce qu’on va faire ? – ses griots, ses forgerons – et fiers de l’être – ses Kwars – Pulaar, Soninké et Ouolof – ses Aznagas, ses femmes, ses jeunes et ses vieux. Politiquement : UPR et « upérons » (petits de l’UPR), ainsi qu’une fraction de l’opposition. Vous savez, il paraît que, juste après le démarrage des numéros de l’Assemblée, les élections des sénateurs seront programmées. Comme quoi, le pays sera, enfin, comme la marmite des autres : soit sur le feu, soit en train d’être lavée. Compliqué de savoir si c’est le tiers, le quart ou la totalité des sénateurs qui sera renouvelé ! Et puis, il y a aussi la présidentielle. Là, c’est la grande histoire. La grande affaire. La cerise sur le gâteau. « Edieb lekbir » (la grande affaire), comme disent les gordieguènes, quand un grand danseur entre en scène. Plus rien n’est derrière. Le Président des pauvres se représente. Heureusement qu’il en reste encore pour le faire réélire. La gabegie. Heureusement qu’il y en a encore. Sinon, l’opposition remporterait les élections. Cette histoire de financement de la centrale électrique, merci institution Sherpa. Les festivals. Les 15 milliards donnés, par la SNIM, aux établissements Nejah. L’affaire de l’aéroport de Nouakchott. Le financement de la dernière campagne électorale. Les avions régulièrement loués, à la moindre occasion. Gloire à Allah qu’il y ait encore des pauvres en Mauritanie et de la gabegie. Comme ça, la présidentielle se jouera en un seul tour.

Sneiba El Kory (Le Calame)

1. Campagne

2. Raison d’être d’une chose


La Mauritanie dans l’attente du futur gouvernement

Mauritanie : Conseil des ministres (Photo AMI)
Mauritanie : Conseil des ministres (Photo AMI)

Ouf ! La nouvelle Assemblée nationale est née ! Nouvelle-ancienne quoi puisque l’Union pour la République (UPR) – l’Union pour rien – comme écrit souvent un cridémien¹ – reste la principale force politique de la Chambre basse du Parlement mauritanien. Le parti au pouvoir a réussi, sans grandes difficultés, à reconduire la plupart de ses « dibii-te² ». Ceux que les Mauritaniens fâchés contre le pouvoir appellent, méchamment, les « applaudisseurs » sont 77 dans la nouvelle assemblée, contre 34 « dépités » de l’opposition. La « participationniste », s’entend, puisque la Coordination de l’opposition démocratique (COD) a boycotté les dernières élections municipales et législatives, laissant les islamistes du parti « Tawassoul » descendre, seul, comme opposition radicale, pour entretenir les (d)ébats avec les élus de la majorité parlementaire. Les élus de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), dont l’un des leaders ne cesse d’appeler à une opposition « responsable », qui ne recourt « ni aux pierres ni aux bâtons » ne suivront sans doute pas le parti « Tawassoul » dans sa propension à reprendre ses attaques contre le pouvoir.

L’autre grand évènement a sans doute été le départ de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Alliance populaire progressiste, qui cède la présidence de l’Assemblée nationale à l’ancien ministre de l’Intérieur Mohamed Ould Boïllil de l’UPR. Le pouvoir n’a donc pas voulu « renégocier » avec l’APP, qui n’a que 7 députés, pour des considérations de cohésion interne évidentes. Les dissensions qui avaient secoué le parti au pouvoir lors du choix des candidats aux élections municipales et législatives ont sonné l’alarme sur les risques possibles. On avait même mis le report de la session extraordinaire, finalement ouverte mercredi 29 janvier, sur le compte d’un refus de la majorité d’aller dans le sens de négociations entre Messaoud et Aziz. Ce dernier aurait proposé à son « ami opposant » de se résigner à rejoindre la majorité pour sauver son perchoir à l’Assemblée, mais en vieux baroudeur de la politique le président de l’APP n’est pas tombé dans ce que beaucoup d’observateurs avaient vu comme un suicide politique.  Mais pour empêcher un retour possible de l’APP dans le giron de la COD, à la veille d’une élection présidentielle à plusieurs inconnues, le pouvoir est obligé de faire une proposition sérieuse à Messaoud, mais aussi à ses alliés de la CAP. L’on parle, par exemple, de la création d’un ministère d’Etat (qui regrouperait le Conseil économique et social, l’agence Tadamoun et le commissariat chargé des droits de l’homme et de l’action humanitaire) pour l’offrir à celui qui a présidé l’Assemblée nationale durant sept ans. Toujours est-il qu’il faut attendre le retour du président Aziz d’Addis-Abeba, où il vient d’être porté à la tête de l’Union africaine. Dès dimanche prochain, les Mauritaniens déplaceront leur intérêt vers la formation d’un nouveau gouvernement, mais aussi vers le geste qui sera fait pour l’opposition « participationniste ». Si celle-ci ne participe pas à la nouvelle équipe et si Messaoud n’est pas coopté pour un poste de prestige, les risques sont grands pour le pouvoir de voir son trop- plein d’assurance pousser la CAP dans les bras de la COD.

1. Cridem: site le plus lu en Mauritanie.

2. Prononciation en hassaniya de « député », pluriel de « dibii-te ».


Mauritanie : Si les banques ferment leurs portes devant vous, les « fournisseurs » vous ouvrent celles de la prison

Un vendeur de "cartes de crédit" (Photo : Sneiba)
Un vendeur de « cartes de crédit » (Photo : Sneiba)

Au commencement, ce terme était connu seulement des habitués du ministère des Finances. Un « fournisseur » (le terme se prononce comme tel en hassaniya » est  une « Personne ou établissement qui fournit habituellement à l’Etat (ministères, directions, entreprises publiques) certains biens et services ». C’était monnaie courante de voir un « ministré » ou directeur demander à son fournisseur une grosse quantité de produits qui, finalement, n’est pas livrée. A la place, c’est la contre-valeur en ouguiya qui est remise au « responsable ». Le fournisseur gagne doublement dans cette transaction, en prélevant à la source une sorte de rétro commission et en surfacturant le bien ou le service vendu à l’Etat. Ce procédé, peu musulman (pour ne pas  toujours accuser les catholiques de tous nos maux) a causé un énorme préjudice à l’Etat. Il y a peu, les « fournisseurs », sevrés par le président Aziz, lui réclamaient la bagatelle de 40 milliards d’UM d’arriérés, aussi bien pour la période de Taya que pour la « transition » militaire 2005-2007. Après étude et « appréciation » du ministère des Finances, l’Etat soumis à la règle de la continuité (en bien et en mal) aurait accepté de payer aux « fournisseurs » 15 milliards d’UM ! L’histoire s’arrête là. Disons que celle qui fait l’objet de ce billet est tout autre. Il s’agit bien de « fournisseurs » mais d’un tout autre genre.

C’est une nouvelle race d’usuriers – de « vendeurs d’argent, comme on dit chez nous – qui ont pignon sur rue aux alentours des banques et du fameux marché « Noughta Sakhina » (Point chaud), véritable royaume du téléphone portable et des cartes de recharges. Ou « cartes crédit », qui est la terminologie la plus usitée chez nous. Ces cartes sont au centre de transactions qui, aujourd’hui, font un véritable ravage au sein des fonctionnaires et agents de l’Etat.

Après avoir usé – et abusé – de toutes les combines possibles avec les banques (visas, dépassements et avances sur salaires), les clients de celles-ci se sont tournés vers les « fournisseurs » qui se chargent de les achever ! Et oui, il s’agit d’une véritable mise à mort. Imaginer un pauvre fonctionnaire qui gagne 100.000 UM par mois (250 euros) dont 50% est retenu par la banque, qui l’a « ferré » pour 36 ou 48 mois, se tournant vers un « fournisseur » qui lui procure la valeur, en cartes de recharge de 100.000 UM  à 120 mille, parfois plus. Parce que souvent Madame ignore le piège à con dans lequel son homme est allé se fourrer, ce dernier est obligé de s’endetter encore et encore pour lui donner l’illusion que le « mois est mort » et qu’il continue à percevoir son salaire de manière ordinaire. De « fournisseur » à « fournisseur » notre pauvre fonctionnaire se retrouve dans un cercle vicieux, et finit souvent en prison.

L’Etat réagit mais les banques résistent

L’Etat qui a pris conscience de l’endettement excessif de ses fonctionnaires et agents, a voulu pousser les banques à observer une sorte de règle prudentielle appliquée non pas aux entreprises mais aux particuliers, en revenant au principe qu’un client ne doit pas bénéficier de plus de trois mois de salaires payables en 12 mois avec une échéance ne dépassant pas 20%. Cette mesure objet d’une circulaire de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) devrait être appliquée à partir du 1er janvier 2014 mais jusqu’à présent, les banques primaires qui s’adonnent à une concurrence déloyale pour attirer les clients, n’ont pas encore mis un terme à cette pratique. C’est à croire même qu’elle n’est plus à l’ordre du jour. Pour diverses raisons.

D’abord, la plupart des clients de ces banques ne pourraient pas prendre de nouveaux prêts avant deux ou trois ans, alors qu’ils avaient la possibilité de « s’abreuver » à cette « source de jouvence » à la onzième échéance payée. La banque gagne deux fois : elle récupère la mise avant terme et « re-ferre » sa victime pour qu’elle n’ait pas la possibilité d’aller vers une nouvelle banque qui lui fait miroiter des propositions plus  alléchantes. Si, par exemple, la BMCI ou la BNM offre 16 mois, Orabank ou la BPM, parce qu’elles sont nouvelles sur le marché, vous proposent 18 ou 20 !

Ici encore, les « fournisseurs » ont trouvé la formule magique de s’incruster pour fructifier leur business « pas musulman » : le rachat du crédit. Vous devez encore 1 million à une banque, le « fournisseur »  verse ce montant en votre nom, dans votre compte. Il ne vous reste plus qu’à entamer  la procédure nécessaire pour fermer ce compte de malheur et à en ouvrir un autre dans la banque indiquée par votre « fournisseur » qui aura déjà eu l’assurance que vous aurez le « maximum » possible. Là encore, le pauvre client est pris dans un autre engrenage. Souvent, le « transfert » d’une banque vers une autre prend du temps. Les formalités et l’attente d’un virement ou deux de salaires sont une occasion exploitée, judicieusement, par le « fournisseur » pour vous enfoncer encore plus : En attendant le prêt, les cartes de recharges vous sont cédées avec l’intérêt de 20% à 30% par mois, qui est, en réalité, la vraie motivation du fournisseur. Et quand ce dernier s’assure que le prêt sera tout juste suffisant pour lui payer tout ce qu’il a dépensé depuis le début de vos « relations d’affaires », il débloque la  situation, comme par miracle et, muni de son chèque, il va à sa banque – ah, pardon, à votre nouvelle banque – pour vider votre compte. Comme consolation, vous avez la possibilité de prendre des cartes de recharge et de recommencer la descente aux enfers.


Mauritanie : la bataille de la présidentielle a déjà commencé

Les présidentiables face à l'armée (photo: cridem)
Les présidentiables face à l’armée (photo : cridem)

Les Mauritaniens n’ont d’yeux que pour la tenue de la première session de la nouvelle Assemblée nationale prévue fin janvier. Certes, la configuration de la Chambre basse du Parlement est déjà connue, avec une majorité confortable pour l’Union pour la République. L’UPR qui peut, sans gêne aucune, choisir un remplaçant dans ses rangs au président sortant Messaoud Ould Boulkheir, et élire un nouveau bureau dans lequel elle aura les postes clés, mais c’est compter sans la volonté du président Aziz. Car l’enjeu de la présidence de l’Assemblée nationale, et de la formation – tant attendue – du gouvernement est ailleurs.

Dans six mois, les Mauritaniens vont retourner aux urnes pour élire un président de la République. Ould Abdel Aziz, élu en juillet 2009 au premier tour avec 52 % est donné partant. Ses soutiens les plus inconditionnels déclarent à qui veut les entendre que son bilan est largement positif et qu’il faut, pour cela, se préparer à lui assurer un second mandat.

Ceux qui prennent pour référence le résultat des élections municipales et législatives passées, pour établir un rapport le futur rapport de force se trompent de perspectives. L’enjeu local d’une élection municipale, qui a  vu naître des dissidences non négligeables au sein de l’UPR (et de la majorité de manière générale) n’a jamais eu d’incidences sur une présidentielle où le rôle des partis est atténué par la « passion » pour un homme, les considérations tribalistes, régionalistes et communautaires. Aziz semble l’avoir compris, depuis 2008, lui qui se présente comme « le président des pauvres » a volontairement poussé certains de ses soutiens à se présenter sous les couleurs de partis satellites de l’UPR. De sorte qu’une éventuelle « pression » du parti au pouvoir sur le raïs (pour la formation du gouvernement, l’occupation des postes clés et la gestion unilatérale du pouvoir) n’est plus envisageable avec une majorité parlementaire éclatée, mais unie derrière Ould Abdel Aziz.

Parer à toutes éventualités

Il reste que, comme dit le dicton, « abondance de biens ne nuit pas ». Aziz peut toujours envisager, dans la perspective de la présidentielle, d’élargir sa majorité. Des quatre partis d’opposition qui ont pris part aux élections municipales  et législatives, trois pourraient bien passer de l’autre côté, si le pouvoir présente une « offre » alléchante. L’actuel président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, ne résisterait pas, dit-on, à la tentation d’être reconduit en échange d’un soutien à Aziz, et, pourquoi pas, d’une intégration en bonne et due forme, à la majorité. La question qui reste posée est celle de savoir si l’Alliance populaire progressiste (APP) ferait ce saut seule ou avec ses autres alliés de la Convergence pour une alternance pacifique (CAP), Wiam et Sawab, et de l’AJD/MR qui n’en est pas loin considérant la ligne centriste de ces quatre formations qui sont les seules de l’opposition présentes au Parlement.

Evidemment, si Messaoud n’a de préoccupations, supposées ou réelles, que la présidence de l’Assemblée nationale, les autres leaders de la CAP, comme Boidiel Ould Houmeid, lorgnent vers la formation du gouvernement. Leur entrée dans la future équipe sera vue comme le  vrai remodelage de la scène politique nationale parce qu’elle va consacrer, à nouveau, le retour à la bipolarité et pousser la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à envisager une candidature unique pour essayer de battre Ould Abdel Aziz en juillet 2014.


Mauritanie: Foot, politique et désillusions

Mourabitounes (Crédit photo: Maurifoot)
Mourabitounes (Crédit photo: Maurifoot)

On est tombé de très haut. Ou, disons plutôt que le miracle n’a pas eu lieu. Nos Mourabitounes sont sortis ce mercredi du CHAN sans les honneurs attendus. Une cuisante défaite 4 à 2 face aux Panthères du Gabon n’ajoute certes rien à une sentence déjà proncée depuis samedi dernier, quand ils avaient perdu bêtement leur second match, face aux Burundais, en prenant un but (de trop) à la 94ème minute. Sans doute que sans ce mauvais coup du sort, le 2-2 qu’ils tenaient jusqu’au bout, sans ces cruelles minutes de temps additionnel, allait continuer à nourrir leurs espoirs – et les nôtres – de les voir aller plus loin dans ce qui était leur première grande aventure africaine.

Pourtant, les Mourabitounes n’ont rien à se reprocher. Leur exploit contre le Sénégal était en lui-même un sacre. Leur seule faute est de nous avoir permis de rêver. Un rêve qui a coûté cher aux pauvres citoyens entraînés, malgré la précarité de leurs conditions de vie, dans une levée de fonds qui, finalement, risquent de suivre les voies insondables de la mauvaise gestion. Déjà l’on murmure que le ministre des Finances a empêché le président de la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) de tirer quelques millions du compte spécial dans lequel les 500 millions et quelque des Mourabitounes ont été placés. Certaines mauvaises langues indiquent même que les 50 millions d’UM donnés par le président Aziz à des associations de jeunes, lors de l’ouverture du Festival des Villes Anciennes de Oulata, proviennent de ce fonds ! Ces on-dit vont même plus loin : Dans la perspective de la présidentielle de juin 2014, des politicards en panne de « bonnes idées » chuchotent dans l’oreille du Raïs que les Mourabitounes ne pouvant pas aller très loin dans ce CHAN, l’argent du téléthon peut servir comme « aliment » de bétail campagne ! Et l’opposition du ministre des Finances à l’utilisation de ce « butin » par le président de la FFRIM est toute trouvée ! Un match dans le match quoi.

Et ces colporteurs de vraies-fausses informations de faire un parallèle entre ce qui se passe dans le foot et d’autres secteurs comme la Défense, l’agriculture, les infrastructures routières et les aéroports. Un exemple parmi tant d’autres de ces financements à « usages multiples ». Le pouvoir du président Aziz décide de déterrer ce vieux projet d’aéroport international de Nouakchott. L’idée était de le faire construire en donnant le marché aux Chinois contre…la valeur en minerai de fer ! Maaouya parti, le « président démocratiquement élu » en 2007 ne peut accomplir ce deal parce que le partenaire chinois veut qu’on tienne compte du prix fluctuant du minerai de fer. Evidemment, la Mauritanie dit niet craignant de devoir donner toute sa production de fer (11 millions de tonnes) à l’insatiable ogre chinois. A l’arrivée d’Aziz, l’on maintient cette idée de « génie » mais avec une variante sur l’objet du troc : ce sera des centaines d’hectares (l’ancienne ceinture verte de Nouakchott et l’actuel aéroport) au lieu du fer de la SNIM ! Le ministre des Affaires économiques que l’on soupçonne d’être derrière cette idée permettant à l’Etat d’avoir son aéroport pouvant accueillir les plus gros porteurs et 2 millions de passagers par an, pavoise. Mais pas pour longtemps : La société Najah chargée de ce projet a vite montré ses limites. L’Etat ordonne à la SNIM de lui donner « prêter » 15 milliards d’ouguiyas ! Quelque temps après, le gouvernement emprunte auprès d’un fonds arabe quelques autres milliards pour l’équipement de cet aéroport qui commence décidément à devenir un véritable gouffre financier. Mais on pourrait me dire : quel rapport entre une équipe nationale de football qu’on « finance » avec un téléthon et un aéroport payé « cash » en terrains à très haute valeur commerciale ? Aucun en apparence. Ou plutôt si : pour ne pas avoir à satisfaire nos besoins essentiels (santé, éducation, eau et électricité), nos dirigeants éclairés nous vendent les illusions : celle d’avoir, du jour au lendemain, une équipe capable de remporter le CHAN, la CAN et, pourquoi pas, le Mondial, et un aéroport qui peut accueillir 2 millions de « Martiens » alors que, pour faire venir 200 « terristes » français au Festival de Oualata, le gouvernement mauritanien a pris tout en charge !  Des touristes qu’on paye pour venir, on ne voit ça que chez le pays qui rêve de voir son équipe gagner une coupe parce qu’elle a gagné un match !