Autour d’un thé : A l’Assemblée, la comédie peut commencer

Article : Autour d’un thé : A l’Assemblée, la comédie peut commencer
1 février 2014

Autour d’un thé : A l’Assemblée, la comédie peut commencer

Séance du parlement mauritanien (photo : Alakhbar)
Séance du parlement mauritanien (photo : Alakhbar)

Cette fois, les élections sont bien terminées. Le « troisième tour » a pu enfin avoir lieu. Les résultats sont tout aussi connus. Comme au premier et au deuxième tour, le pouvoir a tout raflé, en prenant, quand même, le soin de laisser un tout petit peu aux autres. Comme ça, la comédie peut commencer. Acte 1. Lundi 27 janvier 2014, les cent quarante-six députés sont convoqués sur scène. C’est encore parti pour cinq ans… de rien. Assemblées extraordinaires. Assemblées ordinaires. Projets de lois. Projets de budget. Débats. Voyages de groupes parlementaires. Séjours réguliers à la badya¹. Accueils des délégations officielles, dans les circonscriptions électorales où l’on s’est fait élire. Campagne présidentielle. Et si, éventuellement, on ne sait jamais, un général ou un quelconque militaire arrivait à faire un coup d’Etat, soutien inconditionnel à la Rectification bénie, marches à travers le pays, pour dénoncer les pratiques qui prévalaient durant toute cette période de ténèbres et de dictature. Les blues doivent savoir comment se comporter. Comment marcher. Comment saluer. Où sont les sanitaires. Et, surtout, où est le questeur. « Celui sur qui la vache a été égorgée »². Les blues doivent attendre, un peu, pour apprendre à danser et à applaudir, pour ne pas mélanger la cadence. Les promesses aux populations, les belles paroles, la gentillesse des jours de campagne, la douceur des nuits électorales : tout ça, ce sont les choses de la campagne qu’il faudrait ranger soigneusement. Le terroir, c’est juste tous les quatre à cinq mois, à l’occasion d’une fête ou de la visite d’un officiel important, comme le Président ou le PM. Autrement, un député, c’est un thé par-ci, avec un ami ministre, ou un tagine par-là, sur le bureau d’un autre ami directeur général, ou encore une causerie douteuse, quelque part là-bas, en brousse, avec des intimes. En fait, le travail d’un député, c’est quoi ? Les populations n’attendent pas des députés d’être des « traîtres » (du verbe traire) de vache ou de brebis. Ni des puisatiers, des cultivateurs ou jardiniers. Un député, c’est la loi. C’est la belle écharpe aux couleurs nationales, nouée en bandoulière au cours des cérémonies officielles. Un député, c’est, à la limite, une belle 4×4 – qu’Allah aveugle les « œilleurs » (envieux) ! – et un joli boubou Ezbi « yetvarkak » (craquelant). Quand tout cela vient d’un député, rien ne reste. Et puis, cette fois, l’Assemblée nationale est particulièrement hypocrite – euh, pardon, je voulais dire hétéroclite. Idéologiquement : il y a de tout, des maoïstes aux islamistes les plus bornés. Socialement : toute la Mauritanie y est. Par ses Maures, ses Harratines – eywe ! qu’est-ce qu’on va faire ? – ses griots, ses forgerons – et fiers de l’être – ses Kwars – Pulaar, Soninké et Ouolof – ses Aznagas, ses femmes, ses jeunes et ses vieux. Politiquement : UPR et « upérons » (petits de l’UPR), ainsi qu’une fraction de l’opposition. Vous savez, il paraît que, juste après le démarrage des numéros de l’Assemblée, les élections des sénateurs seront programmées. Comme quoi, le pays sera, enfin, comme la marmite des autres : soit sur le feu, soit en train d’être lavée. Compliqué de savoir si c’est le tiers, le quart ou la totalité des sénateurs qui sera renouvelé ! Et puis, il y a aussi la présidentielle. Là, c’est la grande histoire. La grande affaire. La cerise sur le gâteau. « Edieb lekbir » (la grande affaire), comme disent les gordieguènes, quand un grand danseur entre en scène. Plus rien n’est derrière. Le Président des pauvres se représente. Heureusement qu’il en reste encore pour le faire réélire. La gabegie. Heureusement qu’il y en a encore. Sinon, l’opposition remporterait les élections. Cette histoire de financement de la centrale électrique, merci institution Sherpa. Les festivals. Les 15 milliards donnés, par la SNIM, aux établissements Nejah. L’affaire de l’aéroport de Nouakchott. Le financement de la dernière campagne électorale. Les avions régulièrement loués, à la moindre occasion. Gloire à Allah qu’il y ait encore des pauvres en Mauritanie et de la gabegie. Comme ça, la présidentielle se jouera en un seul tour.

Sneiba El Kory (Le Calame)

1. Campagne

2. Raison d’être d’une chose

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