Mohamed SNEIBA

Corruption en Mauritanie : L’armée aussi

Crédit photo : Noorinfo
Crédit photo : Noorinfo

C’est sans doute le scandale du siècle en Mauritanie. Parce qu’il touche l’armée, une institution qui se devait de rester au dessus de tout soupçon. Qui a toujours invité la presse à la « laisser tranquille » ! Une manière de nous dire : « circulez, y a rien à voir ». Mais cette fois-ci, on ne peut ne pas parler, ne pas dire que cette affaire là est peut être le scandale de trop aussi : Les 410 millions d’ouguiyas dilapidés par un jeune homme, dont on ne sait que peu de choses (nom, prénom, et affinité tribale) rappelle à l’opinion publique nationale les 300 autres millions du Génie militaire partis eux aussi en fumée.

A l’heure actuelle, cette histoire n’a pas encore eu de suite autre que celle qui a poussé des fournisseurs, des prestataires de services ayant loué leurs engins au Génie militaires, à réclamer leurs dus ! Apostropher lors de l’une de ses sorties médiatiques sur cette question, le président Ould Abdel Aziz avait déclaré que les coupables doivent rendre compte ! Il aurait aussi déclaré, si l’on en croit certains sites de la place, que dans cette nouvelle affaire, il n’a pas de parent ! Une manière de couper court à toute tentative d’établir un lien entre lui et le jeune homme qui est issu de la même tribu que le Raïs.

Ce qui est sûr c’est que même si la gendarmerie a réussi, dans la nuit de samedi, à arrêter le jeune homme d’affaires Abeidy Ould Khoumany, disparu, dit-on, il y a deux semaines, avec des centaines de millions du budget de l’armée, il y a nécessité à pousser l’enquête jusqu’au bout. Il y a certainement des complicités en très haut lieu qui font que le budget de l’armée, destiné à améliorer les conditions de vie et de travail des soldats, dont certains sont aux frontières avec un pays en guerre (Mali) ne doit pas servir les desseins mercantiles d’individus sans scrupules ; l’honneur de l’armée doit être sauvé et il ne peut l’être que si les coupables – tous les coupables – sont trouvés et punis.

Nous continuons certes à dire que l’armée doit rester en dehors des contingences de la politique, protégée même des diatribes d’une certaine presse qui n’appréhende pas le rôle qu’elle joue dans le maintien de l’ordre et de la sécurité ainsi que la cohésion nationale. Mais pour cela, il ne faut pas qu’elle-même donne l’occasion aux journalistes et aux hommes politiques (de l’opposition) de lui « tirer » dessus.

La lutte contre la gabegie que le pouvoir dit mener depuis l’arrivée du président Aziz a jusque-là fait l’essentiel de ses victimes dans les rangs des civils : Un ex Premier ministre et des ministres emprisonnés, des hommes d’affaires obligés à rendre gorge, cela a été présenté comme la meilleure preuve que le temps de l’impunité est révolu. Mais y a-t-il encore des « intouchables » ? C’est au pouvoir de montrer que non.

 

 


Crise politique en Mauritanie: La « troisième voie »

 

L'opposition au  temps où elle était unie (crédit photo: Taqadoumy.com)
L’opposition au temps où elle était unie (crédit photo: Taqadoumy.com)

La Convergence patriotique (Adil, MPR, RD) est sur le point de rejoindre la Coalition pour une Alternance Pacifique (APP, Al Wiam, Sawab) pour constituer une troisième grande force politique sur l’échiquier national capable de donner la réplique aux deux grands ensembles déjà constitués, à savoir la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) et la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).

Pour bon nombre d’observateurs, la naissance de cette « Troisième voie », constituée par « l’opposition à la majorité » que constituaient les partis Adil, MPR et RD, et « l’opposition à l’opposition » qu’était l’Alliance populaire progressiste (APP), du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, d’Al Wiam, de Boidiel Ould Houmeid et de « Sawab » d’Abdesselam Ould Horma, est de nature à changer considérablement la donne politique fixée sur la Bipolarité. Le regroupement, qui constitue une première, entre une frange de la majorité et une autre de l’opposition est vue comme le refus des positions extrêmes – figées – d’une opposition radicale qui continue à brandir le slogan du « rahil » (départ) du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui reste tout de même bien assis dans son fauteuil et sûr de ce qu’il dit et fait, et une majorité qui ne semble pas vraiment impliquée dans une gestion des affaires dévolue à un cercle restreint de collaborateurs du rais.

Cette alliance qui, contrairement à ce que pensent certains n’est pas contre-nature, les deux groupes politiques sur le point de fusionner ayant toujours mis en avant des idéaux centristes, peut aider à mettre plus de pression sur les deux termes de la Bipolarité (CPM et COD) pour les pousser à faire des concessions. Il y a même que la peur de voir cette « troisième voie », qui jouit déjà d’une bonne estime au sein de l’opinion publique nationale exaspérée par la crise, ravir la vedette à ceux qui animent le débat politique depuis plus de trois ans, peut provoquer le déclic nécessaire favorisant le compromis. On sait, dans ce cadre, que la Convergence nationale mise en place par l’ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Yahya Ould Ahmed Waghf, et les députés Kane Hamidou Baba et Moustapha Ould Abeiderrahmane, avait développé, son approche politique de la crise sur une thématique pas loin de celle de Messaoud Ould Boulkheir. C’est même le fait que les trois hommes aient avancé une initiative, basée sur le compromis et la nécessité d’impliquer la COD dans tout processus politique à venir, qui constitue le principal point de convergence avec l’initiative du président de l’Assemblée nationale. Reste cependant qu’entre les nouveaux « coalisés » ( si la « troisième voie » devient une réalité), tout n’est pas parfait. On se demande, par exemple, comment on va s’y prendre pour convaincre le président du parti « Al Wiam », Boidiel Ould Houmeid, de la nécessité de revenir sur certains aspects du dialogue pour que la COD puisse rattraper le train. Qu’importe si elle doit le rattraper, en ralentissant sa vitesse comme on le fait actuellement, avec un processus de mise en œuvre des résultats du dialogue presque au point mort, ou s’il faut vraiment l’arrêter pour entreprendre un dialogue bis.

La Majorité en mauvaise posture

La constitution d’une troisième force politique sonnera comme un coup dur pour la Majorité présidentielle. En effet, après la sortie de l’AJD/MR et de Hatem, le départ d’Adil, du MPR et du RD sera vu comme un vrai désaveu de la manière dont le président Aziz traite avec ses soutiens. Cela rappellera les paroles du président du parti Hatem, Saleh Ould Hannena, ancien chef des Cavaliers du Changement, parlant d’une majorité « pour le décor », qui n’est sollicitée que pour les besoins de la cause mais pas impliquée dans la prise de décision. D’ailleurs, l’impression même qui se dégage d’une telle situation est que les généraux qui ont participé avec Aziz à la destitution du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi continuent à avoir la haute main sur tout. L’aile civile du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz fait montre d’une fébrilité telle qu’on a l’impression que les partis de la majorité n’existent qu’à travers certaines personnalités proches du pouvoir. Ce qui fait peser des doutes sur l’importance même de la force d’une CPM dont le silence assourdissant rend plutôt service à l’UPR, qui, tout en consolidant son statut de parti au pouvoir, n’arrive tout de même pas à donner la preuve qu’il participe, d’une manière ou d’une autre, à la prise de décision. Les seules fois où l’UPR parvient à faire jouer pleinement son rôle de locomotive de la CPM c’est quand elle donne la réplique à la COD, faisant jouer ce qui a toujours fait, jusque-là sa force : la réaction à toute action ou parole des opposants au pouvoir. Ce que d’aucuns mettent sur la volonté de se mettre en valeur par l’entretien d’une crise politique dont l’issue ne peut être entrevue qu’à travers l’organisation d’élections municipales et législatives qui seront une première pour l’UPR. Là aussi, le parti au pouvoir joue gros. Soit, il arrive à confirmer son statut de « première formation politique du pays », acquis sans coup férir grâce à la reconversion  des anciens « indépendants » de la transition militaire de 2005-2007, soit il est bousculé par les autres partis (de la majorité et des « oppositions » et alors il  donnera raison au président Aziz qui ne lui a jamais accordé l’importance d’un PRDS ou, si on remonte plus loin, du PPM. C’est dire tout simplement que tout rapport d’un parti-Etat au pouvoir dépend non seulement de la volonté du Chef mais aussi de la capacité de cette formation à persuader ce dernier qu’il ne s’agit pas d’un « machin » inutile et incertain, comme dirait Jean-François Revel.


Le 8 mars : Les femmes fêtent un jour sur 360

Femmes mauritaniennes, le 1er mai (crédit photo : AMI)
Femmes mauritaniennes, le 1er mai (crédit photo : AMI)

Le 8 mars. C’est la journée des femmes. De la Femme. Cette SEULE journée, sur les 360 que compte l’année, est censée rappeler aux hommes le combat menée par leur « seconde moitié » pour la consécration de leurs droits humain, politique, économique et social. Une journée qui est loin d’être un cadeau fait par les hommes…pour les femmes. Une galanterie en somme ! Elle trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du 20ème siècle en Europe et aux États-Unis. A l’époque, ces braves femmes ont décidé de réclamer aux hommes, à ceux qui dictaient leurs lois au monde, une égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Mais il fallait attendre 1977 pour voir les Nations unies officialiser cette journée et inviter chaque pays de la planète à la célébrer au nom du féminisme et des droits des femmes. Au niveau de la gouvernance  du monde (international), cette journée se perd dans toutes celles qui ont été choisies pour célébrer ceci ou cela. Au total 87 journées internationales initiées ou reconnues par l’ONU !

En Mauritanie, le 8 mars est une journée plus qu’ordinaire. Elle passe presque inaperçue parce que l’écrasante majorité des femmes n’accordent que très peu d’importance à « id el mar’a » (la fête de la femme) qui n’est jour de repos que pour les fonctionnaires (femmes) et les élèves (filles). Oui, il faut bien qu’on le précise parce que même dans la langue « le masculin prime sur le féminin » !

Les droits de la  femme en Mauritanie méritent bien plus qu’une journée pour être reconnus. Jusqu’à récemment encore, les Mauritaniennes n’avaient pas le droit à la pension de retraite ! Une aberration qu’un projet de loi adopté en Conseil des ministres, le 06/10/2011, tente de corriger. Il abroge et remplace certaines dispositions de la loi 61-016 en date du 30 janvier 1961 fixant le régime des pensions civiles de la caisse de retraite de la République Islamique de Mauritanie. L’amendement de cette loi touchant les articles 21 et 22 dudit texte comble un vide juridique qui a longtemps duré, les nouvelles dispositions permettant à l’époux et aux enfants de bénéficier de la pension de la femme fonctionnaire décédée. Mais il y a un hic : Depuis deux ans, cette loi manque encore de décret d’application !

Les femmes ne retrouvent vraiment la plénitude de leurs droits que quand il faut imposer aux hommes la manière dont les mariages et les baptêmes sont faits. Des centaines de milles, voire des millions d’ouguiyas sont dilapidés le temps d’un mariage, d’un baptême, où il faut se surpasser, faire mieux que telle famille !

Les femmes règnent aussi en maîtresses durant les campagnes électorales (présidentielles, législatives et municipales). L’animation qui fait l’essentiel de l’action politique est laissée entre les mains de cette frange sociale qui, selon les dernières statistiques disponibles, représentent 53% de la population du pays ! Mais le leadership de la gent féminine s’arrête là. Depuis l’indépendance du pays, aucun président n’a pensé à désigner une « Première » ministre ou une « présidente » de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Il n’y a pas de femmes « magistrate », non plus. Dans la formation de chaque gouvernement, la première chose que l’on regarde, après, bien sûr, la question des quotas Maures –Négro-Mauritaniens, est celle de la parité. Combien de femmes ?

Généralement, il n’y en avait pas plus de deux ou trois, confinées dans les portefeuilles à caractère social (Condition féminine, Santé). La forte pression exercée par le « sexe faible » qui prend de plus en plus conscience de sa force cachée, a fini par porter ses fruits, quand les décideurs politiques ont accepté, d’ouvrir encore plus les portes du gouvernement à leurs consœurs.

Elles demandent encore plus

Mais la représentativité féminine au sein du gouvernement (5/28, soit 17,85%), quoique proche du quota de 20% prévu par un décret présidentiel, en février 2007, n’est réellement suivi qu’au niveau de l’Assemblée nationale où elles représentent environ 20% (19 députées sur un total de 95) mais seulement 1,66% du bureau de la chambre basse (2 femmes seulement sur 12).  Mais l’assemblée nationale fait tout de même mieux que le Sénat où les femmes ne représentent que 14,28% (8 sur 56) et ont été exclues, par manque de galanterie, du bureau de la chambre haute formé de 8 sénateurs !

Avec une proportion de 53% de la population, les femmes courent toujours derrière cette parité qui constitue aujourd’hui l’un des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Au niveau du parlement mauritanien élu en 2007, leur représentativité est beaucoup plus élevée que celle de leurs collègues marocaines qui se contentent d’un quota de 10 pour cent des sièges mais elles font encore moins bien que leurs consœurs sénégalaises qui constituent 52 % de la population et réalisent de belles performances : 23 % à l’Assemblée nationale, environ 10 % dans le Gouvernement, 12,97 % dans les conseils régionaux, 20,03 % dans les conseils municipaux et 27,32 % dans les collectivités rurales.

Dans les conseils municipaux, les femmes mauritaniennes peinent encore à se faire de la place alors que, justement, c’est le lieu le mieux indiqué pour elles pour faire leur apprentissage en politique. Sur les 216 conseils municipaux, les femmes n’en contrôlent que trois (1,38%), toutes présentes à Nouakchott (Fatimetou Mint Abdel Malick, Tevragh-Zeina, Rabi Haidara, Sebkha, Nouakchott et Salimata Yéro Sarr, El Mina). C’est encore pire dans l’administration territoriale où le poste de wali (gouverneur de région) reste une « spécialité » masculine. De même que dans le poste d’ambassadeur. Une ou deux nominations, au gré de l’humeur des dirigeants du pays.

Cette situation doit changer en Mauritanie pays qui se vante d’avoir le taux le plus élevé de scolarisation des filles, soit environ 70 pour cent scolarisés.

Ce qu’il faut maintenant pour elles, c’est de forcer ces portes qui restent encore désespérément closes (Primature, présidence de l’Assemblée ou du Sénat) et mener un combat pour la parité au niveau de l’administration et des bureaux exécutifs des partis politiques. Car, là encore, l’hégémonie de l’homme est encore totale. Seules quatre femmes commandent des partis politiques (Naha Mint Mouknass, Présidente de l’UDP), Mintata Mint Hedeit, Secrétaire générale du PRDR), Meghboula Mint El Gharabi, parti mauritanien pour la justice et le développement et Sehla Mint Ahmed Zayed, parti « Hawa ». Quatre femmes sur plus de 60, soit à peine 6,66% !

Dans la composition du Conseil national de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, elles ne sont que 44 femmes (24,69) perdues au milieu de 122 hommes. Elles réalisent à peu près la même performance au sein des organisations de la société civile mauritanienne où les femmes présidentes d’ONG sont au nombre de 74 sur un total de 307 (24,10%), selon les données du Cyberforum de la société civile.

Présentes également au sein des forces armées et de tous les corps militaires ou paramilitaires (gendarmerie, garde, police, douane, sapeurs-pompiers), les femmes mauritaniennes ne se fixent, apparemment, plus de limites. L’objectif recherché est d’arriver à jouir pleinement de leurs droits de citoyennes dans un pays où les pesanteurs sociales et religieuses constituent, quand même, quelque part, une barrière infranchissable. Naha Mint Mouknass, présidente d’un parti politique dont la raison d’être, comme tout parti, est d’arriver au pouvoir, peut-elle devenir un jour présidente de la République ? Une question qu’il faut poser peut-être à tous ceux qui, au nom de la religion, pensent que la femme doit tenir compte de certaines limites.

 


La Mauritanie, une mosaïque de problèmes

Grande mosquée de Nouakchott (crédit photo: tourisme-en-afrique.net)
Grande mosquée de Nouakchott (crédit photo: tourisme-en-afrique.net)

Quand on décide de présenter son pays, on se doit de le faire sous les meilleurs auspices. Certains placent une telle approche dans le  vocable même de ce qu’ils appellent le « patriotisme » ! Un mot bien beau, un idéal qui rattache chaque citoyen, quelques soit son appartenance politique ou idéologique, à une Valeur, une Fierté qui le poussent à privilégier, en accord avec les politiques, ce qu’on appelle communément « l’intérêt national ». Mais stop là, moi je n’emprunterais pas cette voie qui, très souvent, ne débouche que sur des quiproquos. Dire que « tout est pour le mieux dans le  meilleur des mondes possibles » alors que  tout est mal est une trahison. Voyez-vous, le tableau idyllique que je ferais de mon pays peut coûter la vie à des touristes croyant que la sécurité « 100% » dont  parlent les autorités mauritaniennes pour faire revenir une activité qui rapporte est garantie. Oui, ça va nettement mieux qu’en 2005, quand AQMI avait tué 15 soldats mauritaniens à Lemghaïty et en 2007, quand les mêmes terroristes, ayant compris que mon pays était le maillon faible dans la zone, avait récidivé à Ghallawiya, tuant quatre soldats, et en 2008, à Tourine où ils ont fait un autre massacre (12 militaires tués). Le président Aziz, qui venait de « putscher » Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, se devait de se présenter aux Occidentaux, aux Français notamment, comme l’homme de la situation, celui qui est en mesure de les aider dans leur guerre contre le terrorisme. Et, pour dire vrai, cela lui a plutôt bien réussi. Une  bonne partie du budget de l’Etat et de l’aide étrangère a été utilisée pour faire d’Aziz le champion de la  lutte contre AQMI. Le concept de la « guerre préventive » au Sahel était né.

Marché de la capitale (crédit photo: Looklex.com)
Marché de la capitale (crédit photo: Looklex.com)

Voudriez-vous aussi qu’au nom d’un patriotisme  débridé je dise à ceux qui me lisent chaque jour, et qui voient mis  en exergue sur mon blog, « tout sur mon pays, ce que je pense », qu’il y a  la démocratie chez moi ? Voyez-vous, ceux qui pensent que oui, ont une vision réductrice de cette denrée rare en Afrique et dans le monde arabe. Même dans les pays où l’on pense que le « printemps arabe » a apporté un changement positif, le Système fait de la résistance. En Tunisie, en Egypte, en Libye, en Cote d’Ivoire, en Guinée et…en Mauritanie. En Mauritanie où la démocratie, ce que j’appelle moi la « démogâchis », me permet de dire ce que je veux, de critiquer le président, son gouvernement, les hommes d’affaires, les politiques, les parlementaires, les chefs de tribus, les policiers, les vendeurs de poisson qui exportent le meilleur et ne me permettent de manger à midi que les espèces à faible valeur marchande. Certains poussent même cette « liberté » jusqu’à empiéter sur celle des autres ! L’Etat qui sait que les paroles n’ont jamais fait de mal à personne les laisse faire, s’amuse même, en faisant sienne cette phrase de J.P. Sartre dans la  préface à « Les damnés de la terre » de F. Fanon : « et puis, laissons les gueuler, ça les soulage, chien qui aboie ne mord pas ». L’Etat a d’autres moyens pour corriger le tir. Pour limiter la liberté de la presse, il sert les vis. Fini le temps où les administrations publiques et les entreprises accordaient pubs et abonnements à des journaux et sites qui aimaient répéter à qui veut les entendre qu’ils sont « le quatrième pouvoir ». Le président Ould Aziz qui n’a apparemment pas une grande estime pour la presse infestée de « peshmergas » lui permet à peine de survivre avec un appui annuel de 200 millions d’UM dont la distribution non équitable est confiée à la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA).

Livreur d'eau dans un quartier pauvre de Nouakchott (photo: Rfi)
Livreur d’eau dans un quartier pauvre de Nouakchott (photo: Rfi)

Voudriez-vous qu’au nom du patriotisme je vous dise que tous les Mauritaniens sont égaux en droits et en devoirs ? Ce serait mentir que de le dire. On me dira que cet idéal n’est même pas pensable ailleurs, pas même dans ces « démocraties » qu’on donne en exemple aux citoyens du Tiers-monde. Mais bon, c’est une question de degré et de bon sens. Ailleurs, les inégalités sont une affaire de lente évolution, de circonstances exceptionnelles (le plus souvent individuelles) ; ici, cela relève d’un rapport de forces entre communautés, régions et tribus. Jusqu’à récemment encore, des portefeuilles ministériels (Intérieur, Affaires étrangères, Défense, Justice) n’étaient pas accessibles à une certaine catégorie de Mauritaniens ! Et puis, on s’est rendu compte qu’on peut bien ouvrir ces portes à ces « citoyens de seconde zone » mais prendre les précautions utiles de les contrôler. Ils sont là pour la forme. Le pouvoir est ailleurs. On me dira qu’avec l’actuel rais, c’est le cas de tous les « ministrés », qu’ils soient blancs, rouges ou noirs, mais les pesanteurs sociales empêchent toujours certains de se laisser aller. D’agir en vrais ministres.

Et puis je ne peux finir cette présentation de mon pays, mon beau pays (je suis fier d’être Mauritanien), sans évoquer ces disparités flagrantes dans l’habitat à Nouakchott, la capitale.

Tevragh-Zeina (elle finira belle) est le quartier chic de la capitale Nouakchott. En termes d’habitants – je ne dis pas d’habitat – il présente une belle harmonie. C’est normal parce que les gens qui y vivent sont ceux-là même qui détiennent tout : tribus, argent et savoir. Rarement, des citoyens de seconde zone parviennent à passer par les  mailles du filet pour venir déteindre dans cette bourgeoisie née du transfert du bien public en biens privés. Pour certains, j’exagère mais au fond tout le monde sait que je dis vrai. Les familles qui ont réussi grâce à des activités de négoce, les tribus même, se comptent sur les doits d’une seule main. Durant les vingt ans de l’ère Taya, le credo était : « détourne et tais-toi ».

Cinquième, Sixième, là ce sont des départements (moughataa, disons-nous) où vivent globalement les Négro-mauritaniens. On m’en voudra peut être de le dire mais ce sont des départements laissés-pour-compte. Sales et manquant cruellement d’infrastructures. C’est là aussi que, l’écrasante majorité de migrants ouest-africains vient s’installer par « solidarité de couleur ». Gambiens, Ghanéens, Nigérians, y côtoient Sénégalais, Maliens et Guinéens. Dans l’imaginaire des Nouakchottois, ces « moughataas » sont devenues des zones étrangères où il ne faut pas s’aventurer.

Riadh, Arafat, Toujounine, Teyarett, Dar Naim, ce sont là d’autres départements populaires de la capitale Nouakchott. Dans ces zones, on retrouve les parents pauvres des « gens de Tevragh-Zeina ». Comme quoi, la dilapidation des biens publics n’a pas fait des victimes seulement au sein d’une seule communauté nationale. Ce sont même des départements où l’on trouve la Mauritanie dans sa diversité. Pas celle qui a choisi d’exhiber son opulence, comme à Tevragh-Zeina, ou qu’on a voulu marquer comme « différente », comme aux Cinquième et Sixième Arrondissements.

Reste le Ksar, le quartier noyau de Nouakchott, celui qui, à la création de cette capitale du désert était la Ville. Longtemps zone du commerce et de l’industrie, où habitent les premières t plus anciennes fortunes du pays, il revit aujourd’hui grâce à de nouveaux lotissements qui constituent une jonction entre lui et Tevragh-Zeina. Ce n’est rien d’autre qu’un rapprochement, une fusion plutôt, entre anciens et nouveaux riches.


Mauritanie : un pays en crise

mauritanian ouguiya (Wikimedia Commons)
mauritanian ouguiya (Wikimedia Commons)

Les Mauritaniens ne savent plus où donner de la tête. Les crises se succèdent et se ressemblent. Depuis l’indépendance du pays, nous ne cessons de traverser les crises, politiques, sociales, économiques, raciales et ethniques.

La preuve, on s’embourbe de plus en plus dans une crise politique et, comme pour nous rendre encore plus en phase avec ce qui est devenu notre nature, on ajoute à la crise économique ambiante un imbroglio juridico-financier qui est devenu, maintenant, la crise dans la crise : l’affaire Bouamatou. Une affaire qui a atteint son summum avec la fermeture, dimanche, du fleuron du groupe BSA, la Générale de Banque de Mauritanie (GBM).

Pour l’instant, la crise laisse indifférent tous ceux qui n’appréhendent pas encore la portée d’un tel acte. Qui ne voient en cette décision que le prolongement du bras de fer entre le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz d’un côté et son cousin, de l’autre, le plus important soutien à la présidentielle de juillet 2009, Mohamed Ould Bouamatou. Ils oublient que même que l’Etat avait dans sa ligne de mire d’autres hommes d’Affaires (les groupes AON et MAOA) et d’autres hommes politiques (l’ex Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, Ould Dadde, Commissaire aux droits de l’homme libéré il y a un mois après deux ans d’incarcération, Ahmed Ould Khattry, ancien directeur nationale de l’Agence de nationale d’Epargne et de Crédit).

A l’époque, on n’envisageait nullement que ce qui était apparemment un règlement de comptes allait se transformer en drame pour plusieurs dizaines, voire des centaines d’employés qui se retrouvent, du jour au lendemain, dans la rue. Une banque fermée, c’est le dérèglement de tout le système. C’est un vide qu’il faut combler, et vite. Certes, on dira qu’il y a d’autres banques qui peuvent absorber ce que « dégage » la fermeture de la GBM, mais la confiance ne sera plus dans un système qui agit sans règles (règlements) véritables.

La triste normalité de la crise

Tout est allé trop vite pour qu’on ne puisse pas croire qu’il n’y avait pas de la manipulation dans l’air. Tout est confus, politisé, personnalisé même, et il sera difficile de croire que la Banque Centrale de Mauritanie a agi suivant des dispositions reconnues par les textes qui la régissent. Ce qui est sûr, c’est cette fatalité qui poursuit les Mauritaniens. Ils sont condamnés à vivre les  crises comme une sorte de « normalité ».

Il n’y a pas autre chose à attendre de ceux qui les gouvernent et de ceux qui s’opposent en attendant la première occasion pour s’emparer du pouvoir et reproduire les mêmes errements qu’ils fustigeaient pourtant ! Car alors que tout le monde se projette déjà dans des élections municipales et législatives qui accusent un sérieux retard, voilà qu’on nous sert une autre crise qui nous fait oublier les questions de survie, d’insécurité (dans les grandes villes et sur nos frontières avec le Mali), de ralentissement de l’économie nationale, de manifestations de l’opposition, de trahison des Chinois de Poly-Hondone, de marche arrière de l’Union européenne en ce qui concerne les accords de pêche, de régression de la  production de fer, d’or et de cuivre, d’implication – réelle ou supposée – de notre raïs dans un réseau international de trafic de drogue qui prendrait ses sources en Amérique du sud, passant par la Guinée Bissau et la Mauritanie, pour finir dans le Vieux Continent. Et la liste est longue, très longue, de ce qui préoccupe aujourd’hui les Mauritaniens et qui ne soit pas seulement ces guéguerres entre le pouvoir et l’opposition.

Une absence totale de volonté d’agir ?

Et puis, le grand problème auxquels les Mauritaniens sont confrontés, c’est cette indicible  insouciance qui fait qu’ils regardent le temps et les choses passer sans volonté de réagir. Le président, le ministre, le wali, le directeur ou n’importe quel quidam ou parvenu peut agir à sa guise en étant sûr qu’il n’aura en face de lui que des « Consentants » ! Ce n’est nullement un appel à la sédition – à ce que les médias classent sous le vocable de « printemps arabe » – mais il faut au moins savoir exiger de ceux qui nous gouvernent (ou qui ont choisi de s’opposer au pouvoir) de mettre en priorité les problèmes du citoyen.

Si une crise perturbe le fonctionnement de l’Etat, ce sont les populations qui en subissent les conséquences. Que le gouvernement cherche à se donner les moyens de sa politique, en augmentant les impôts et taxes sur les entreprises est chose normale, mais qu’il prenne un malin plaisir à fermer des entreprises, mettant dans la rude des dizaines d’employés et créant par ricochet des dysfonctionnements énormes tout simplement parce que les responsables de ces sociétés refusent une autorité envahissante doit pousser à réagir. Ne serait-ce qu’au niveau de l’élite qui ne mérite ce nom que si elle fait preuve de courage et de responsabilité pour dire au pouvoir la vérité.

On s’attend, dans les heures qui suivent, à ce que la classe politique oublie la politique pour dire son avis sur les choses de l’économie. On ne voudrait pas que cette affaire de fermeture de banque, qui aura des répercussions incalculables sur d’autres structures, du groupe BSA ou des entreprises qui menaient des transactions avec lui, resurgissent sur le quotidien du mauritanien moyen et sur l’image même de l’Etat à l’étranger. Cela aussi compte beaucoup pour un pouvoir qui a à cœur de « vendre » sa démocratie, sa lutte contre la gabegie et son climat des affaires.


CENI : Un communiqué trouble à propos des élections en Mauritanie

La CENI (commission électorale nationale indépendante)  a annoncé, dans un communiqué rendu public jeudi dernier, qu’elle a décidé d’organiser les prochaines élections législatives et municipales, tant attendues en Mauritanie, dans la fourchette de temps comprise entre mi-septembre et mi-octobre 2013.

Dans le même communiqué, il est indiqué que « la date précise de la tenue de ces scrutins sera arrêtée en concertation avec les partenaires concernés.»

Cette annonce, qui survient à un moment particulièrement tendu, avec le retour des manifestations de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et la polémique autour de ce qui est désormais « l’affaire Bouamatou », suscite mille et une interrogations. Pourquoi maintenant ? la CENI est-elle réellement indépendante pour avoir fixé, elle-même, cette date qui, comme l’ont laissé entendre beaucoup d’analystes, permet – encore – au pouvoir de ruser, de jouer aux prolongations jusqu’à arriver à 2014 où l’élection présidentielle devrait, elle aussi, avoir lieu ?

Toujours est-il que nonobstant le caractère singulier d’une annonce vue par certains comme une  tentative « d’étouffer » les cris de la COD, appelant au « rahil » (départ) du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, par l’annonce, enfin, d’élections considérées comme l’unique sortie de crise sans grands frais pour le gouvernement, les réactions ne se sont pas fait attendre. Du côté de la COD, le président du Rassemblement pour la démocratie et l’unité (RDU), Ahmed Ould Sidi Baba, assurant la présidence tournante de la coordination de l’opposition démocratique, a très vite réagi en disant que le communiqué de la Ceni ne les concerne pas ! Et c’est vrai, quelque part si l’on suit la logique adoptée par la COD qui se refuse à prendre le train  en marche, pour éviter de tomber dans les mêmes erreurs qu’en 2009, quand, sortant des Accords de Dakar, elle a accepté de se lancer dans une présidentielle qui ne lui donnait qu’un seul petit mois pour tenter de « renverser » le général Aziz au pouvoir depuis le 6 août 2008. Ou depuis le 3 août 2005, pensent ceux qui considéraient qu’il cogérait le pouvoir avec son cousin le colonel Ely Ould Mohamed Vall, depuis la chute du dictateur Taya.

La COD parle de non évènement

Ainsi, la COD, qui n’a aucun représentant au sein de la CENI, qui n’a pas pris part au dialogue ayant présidé à la constitution de celle-ci et à la prise de décisions d’importance pour l’ensemble du processus de retour à la normale en cours, se trouve aujourd’hui dans une position inconfortable qui l’oblige à jouer serré pour obtenir du pouvoir (et de l’autre opposition qui l’accompagne dans le processus) des concessions lui permettant de ne pas prendre trop de risques en s’engageant. Car l’option du boycott, qu’elle présente pourtant aujourd’hui comme la  plus sérieuse de ses hypothèses de travail, ne l’arrange vraiment pas, si le pouvoir est décidé à aller jusqu’au bout de sa logique du « à prendre ou à laisser ». Ce sera, tout simplement, le prolongement de la crise puisque la tenue d’une élection sans la COD et ses résultats souffriront d’un manque de reconnaissance tant au niveau national qu’international. Une donne que le pouvoir ne peut ignorer, lui qui a encore dans la mémoire l’inconséquence de la démarche qui le poussait, avec les encouragements du défunt « Guide » libyen, Mouammar Kadhafi, à aller aux élections, le 6/6/2008, et qui a fini par y renoncer.

La CAP peut ne pas suivre

Mais le grand problème qui pourrait se dresser devant l’agenda de la CENI (ou du pouvoir, selon ceux qui considèrent qu’elle agit « sur ordres ») serait le refus de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) de suivre la voie tracée pour l’organisation des élections municipales et législatives. Vendredi dernier, le président du parti « Sawab », Abdesselam Ould Horma, assurant la présidence tournante de la CAP, a déclaré, pour un site de la place, que la CENI  doit s’occuper d’abord des préalables avant d’annoncer une date pour les élections ! Et Ould Horma d’évoquer le respect des « accords » convenus entre la majorité et « l’opposition participationniste » de nature à garantir la transparence des futures élections.

Abdesselam Ould Horma ira même plus loin en disant que la CENI doit « rassurer l’ensemble de la  classe politique nationale avant d’annoncer la date des futures échéances électorales », ce qui  n’est pas loin  de la démarche préconisée par le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, dans son initiative, et qui cherche  justement à amener tout le monde vers cette échéance en s’assurant un consensus national sur certaines questions qui fâchent.

Ould Horma a ajouté que, du point de vue pratique, « personne ne sait à l’heure actuelle l’état d’avancement de l’opération d’enrôlement », que l’établissement de la liste électorale n’a pas commencé encore et ce sans oublier le blocage politique qui pèse sur la situation ».

Le président de la CAP est arrivé à la conclusion que les conditions actuelles ne rendent pas favorables l’organisation d’une élection et que « l’apaisement du climat politique est le plus important ». Un message en guise d’avertissement à peine voilé que la CENI – ou le pouvoir – doit prendre au sérieux si elle ne veut pas voir la CAP changer de cap. La pire des catastrophes pour le pouvoir du président Aziz.

 

 


« Hag badh *», ou comment un homme arrive à se tirer d’affaire quand il est pris en « flagrant de lit »

Crédit photo: megaportail.com
Crédit photo: megaportail.com

Nous les hommes, nous avons toujours une porte de sortie quand on est acculé par nos honorables moitiés. Un ami, connu pour être un sacré rigolo, m’a juré sur la tête de sa défunte mère que l’histoire que je reproduis ici est vraie,
« comme le ciel est en haut et la  terre en bas », dit le commun des Mauritaniens pour donner un brin de certitude à ce qu’il dit. Mais trêve de présentation du contexte, je vous livre « toute chaude » cette histoire, à vous de juger.

Mon ami déclare avoir un cousin de militaire (un garde plus précisément) qui, n’aimant pas gaffer, proposait à toute femme qui lui tape dans l’œil de l’épouser ! Ah, c’est déjà très fort comme début, parce qu’on peut me dire : « Et si cinq ou dix femmes l’attirent en même temps, qu’est-ce qu’il fera, le pauvre, puisqu’on sait que la charia n’autorise pas plus de quatre femmes et pose même des conditions drastiques pour cela ? Bon, je préfère ne pas répondre, puisque ce n’est pas l’objet de mon histoire. Et puis mon ami ne m’a pas dit qu’un tel cas s’est posé un jour.

Alors à la femme qui lui tape dans l’œil, le militaire qui-n-aimait-pas-gaffer – et qui était déjà marié – propose le mariage. Tout bonnement. Evidemment, qu’il lui dit être divorcé et même qu’il n’a jamais eu d’enfants. Ça aussi, tous les candidats à un « second tour » le disent parce que les femmes préfèrent un homme « propre » à celui qui a déjà plusieurs épouses au compteur.

Un jour que notre brave garde était tranquille avec la nouvelle, l’ancienne le surprend en « flagrant de lit ». Bon pas au lit, mais assis cote à cote sur un matelas, dans un confortable salon mauritanien. Il tenta par tous les moyens de convaincre la mère de ses enfants que la dame là était une lointaine cousine arrivée dans cette ville il y a peu et que c’est son ami Ismaïl qui l’a rencontrée, tout à faire par hasard, et l’a appelé pour qu’il vienne la saluer. Mais la femme ne voulait rien entendre. Elle insista pour qu’Ismaïl vienne témoigner, jurer même, que ce que dit son mari de garde est vrai. Alors appelé au téléphone, Ismaïl arrive dare-dare et voyant les deux femmes entourant son ami, il comprit très vite le topo. Et quand son ami, lui demande :

–         Alors Ismaïl, n’est-ce pas toi qui m’a dit ce matin que Selma, ma cousine, est ici à Rosso ?

–         Hag badh (c’est vrai), répond Ismaïl prêt à tout pour tirer son ami de ce mauvais pas.

–         Alors ? dit le garde, s’adressant à sa première femme.

–         Ben, puisqu’Ismaïl le dit…répond la pauvre Première Dame.

Cette scène s’est répété autant de fois que notre garde a contracté de mariages. Et à chaque fois, qu’il est pris la main dans le sac, il appelle à la  rescousse son ami Ismaïl, qui prononçait son légendaire « hag badh ». Un « oui, c’est vrai » qui finit par devenir un tic chez lui et par dévoiler à la première femme cocue toute la part de mensonge dans ce témoignage « prépayé ». A chaque fois que son ami l’appelait :

– « Ismaïl », il  répondait, machinalement, « hag badh ».

 

* Oui c’est vrai.


La Mauritanie et la CEDEAO : Etre ou ne pas être

Le président mauritanien au centre (Crédit photo : AMI)
Le président mauritanien au centre (Crédit photo : AMI)

La Mauritanie et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), c’est une histoire d’amour et de désamour.

Depuis la décision prise par Nouakchott, en 2000, de sortir de cet ensemble économique regroupant 15 pays,  onze ans après la création d’une autre organisation sous régionale, l’Union du Maghreb Arabe (UMA), il y a eu comme une sorte de fracture qu’on n’arrive pas encore à guérir. Malgré un accord de coopération privilégié entre la Mauritanie et la CEDEAO ; malgré aussi cette présence, ce retour de facto, mais non de jure, qui fait que la Mauritanie est présente pratiquement à toutes les réunions de la CEDEAO.

Pour des discussions sur l’évolution de la crise malienne, lors du sommet de la CEDEAO à Yamoussoukro, capitale politique de la Cote d’Ivoire, la présence du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz est très remarquée. Deux mois après l’engagement militaire de la France, du Tchad et de certains pays de la CEDEAO au Mali, l’on ne désespère pas de voir la Mauritanie et l’Algérie prêter main forte à cette coalition dans ce qui est devenu maintenant la traque des djihadistes dans les montagnes des Ifoghas, à la lisière de la frontière algérienne. Et il faut dire qu’après avoir laissé passer l’orage, la Mauritanie pourrait bien être tentée par une « participation plus active » à ce qui se passe au Mali. En envoyant des militaires ou en contribuant à l’effort de guerre, fixé à Yamoussoukro, à 950 millions d’euros. Ce serait alors une option de rapprochement d’un regroupement qui, à l’origine économique, devient de plus en plus politique et militaire. Même si sur les 8000 hommes prévus au Mali, la CEDEAO n’en fournit, à l’heure actuelle, que 1500, nettement moins que le Tchad, pays nom membre et qui a déjà payé un lourd tribut dans son engagement sur les premières lignes des combats contre les groupes islamistes armés.

Signalons que la Mauritanie avait quitté la CEDEAO en 2000 mais qu’elle entretient, tout de même, des relations commerciales et douanières privilégiées avec cet ensemble sous-régional africain constitué de 15 pays.

Pour certains, le véritable combat pour les partisans de l’intégration sous-régionale et africaine est le retour de la Mauritanie dans la zone de la CEDEAO. Pour le maire adjoint de la commune de Rosso-Sénégal, s’exprimant lors du passage d’une caravane sensibilisant les questions d’intégration et de fluidité de la circulation des personnes et des biens, «Le retour de la Mauritanie est un impératif de taille. Pour une bonne circulation des personnes et des biens, il faut le retour de nos amis mauritaniens dans la zone CEDEAO», explique-t-il.

La Mauritanie qui est un pays hors CEDEAO mais assurant avec cet ensemble des relations privilégiés, doit-elle se contenter de cette situation à problèmes ou prendre, carrément, le chemin du retour ?

 

 

 


Affaire Bouamattou : La Défense dénonce des manipulations sur les procès-verbaux de la police

 

Mohamed Bouamatou (crédit photo: facebook.com)
Mohamed Bouamatou (crédit photo: facebook.com)

L’affaire Bouamatou, du nom de ce richissime homme d’affaires mauritanien qui vit aujourd’hui en exil au Maroc, fait l’essentiel de l’actualité en Mauritanie. Même le retour des manifestations des partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) n’ont pas réussi à l’éclipser, le temps d’un meeting, parce que les adversaires du président Mohamed Ould Abdel Aziz voient en elle une autre preuve de l’inconséquence d’un pouvoir accusé de tous les maux. Tous les partis de cette coalition qui appelle au départ de cet ancien général, auteur de deux coups d’Etat, en 2005 et en 2007, ont exprimé leur solidarité avec cet homme d’affaires, ancien soutien d’Aziz, mais qui s’est trouvé subitement dans la ligne de mire du fisc, de la Banque centrale de Mauritanie et de la direction de la police chargée de la répression du crime économique. Cette dernière a déterré le dossier de la compagnie aérienne Mauritania Airways, tombée en faillite et dont la clé de répartition du capital de 10 millions de dollars US était 51% pour Tunis Air, 39% pour le groupe Bouamatou et 10% pour l’Etat mauritanien. Incapables d’atteindre le patron du groupe BSA, qui vit en exil à Marrakech, les autorités de Nouakchott ont alors mis en examen, puis envoyé en prison Mohamed Ould Debagh, le vice-président de ce holding, qui comprend une banque (GBM), une société d’assurances (AGM), une cimenterie (BSA ciment) et des parts dans l’opérateur de télécommunications, la Mattel (Mauritano-tunisienne de télécommunications). Après un mois d’emprisonnement, le vice-président du groupe BSA est présenté au juge d’instruction du tribunal chargé des crimes économiques mais ses avocats dénoncent des manipulations sur les procès-verbaux de la police. Jeudi 28  février, ils ont rendu public ce communiqué qui, selon eux, donne une idée claire de ce qui se trame contre leur client :

 

« A l’issue de la première audience d’instruction de notre client, tenue ce jour 27 février 2013, la défense de Monsieur Mohamed Ahmedou Debagh tient à exprimer ses plus vives inquiétudes quant aux atteintes manifestes et répétées aux droits de la défense.

I-Lorsque la défense a pris connaissance du dossier d’instruction, elle s’est rendu compte que certains procès-verbaux établis par la police économique lors de l’instruction préliminaire ont été falsifiés. Les procès-verbaux authentiques et signés par notre client ont été grossièrement et illégalement remplacés par d’autres au contenu tronqué et contenant l’allégation mensongère que notre client « a refusé de signer ».

Nous rappelons que ce faux est un crime qui est passible des travaux forcés à perpétuité, et ne doit en aucun cas rester impuni d’autant qu’il  jette un grand discrédit sur le travail honorable de la police.

Ceci est d’autant plus grave que les procès verbaux de police sont le plus souvent  la pièce maîtresse voire unique des dossiers sur la base de laquelle les cours criminelles et tribunaux correctionnels n’hésitent pas à condamner à des peines allant jusqu’à plusieurs années fermes.

Nous avons alors adressé une lettre au commissaire Fodé Dramé, responsable directe de cette falsification, lui demandant de transmettre au parquet les procès-verbaux authentiques, mais l’intéressé a refusé de décharger ce courrier, allant jusqu’à menacer son porteur de prison.

 

II-Aussi avons-nous immédiatement déposé une plainte auprès du procureur de la République, contre le commissaire Fodé Dramé directeur  central de la lutte contre la criminalité économique et financière au sein de la direction générale de la sûreté nationale,  et toute personne impliquée dans ce faux.

Une semaine après le dépôt de cette plainte, nous constatons avec le plus grand désarroi qu’aucune enquête n’est encore ouverte et que le commissaire Fodé continue son travail sans aucune interpellation, risquant d’envoyer en prison d’autres innocents.

 

III-Aujourd’hui encore, lors de la première audition de notre client par le juge d’instruction, nous avons été extrêmement surpris et dépités de constater que le juge d’instruction se refuse à consigner dans le procès-verbal d’audition une grande partie des déclarations de notre client, au motif que ces déclarations seraient sans rapport avec le dossier.

Nous exposons ci-après ces déclarations refusées par le juge (n’étant pas couvertes par le secret de l’instruction)

 

1- Mohamed Ahmedou Debagh a rappelé au juge que son inculpation et son emprisonnement sont nuls dans la mesure où ils sont fondés sur une instruction préliminaire elle-même nulle pour falsification de procès-verbaux.

 

2- Mohamed Ahmedou Debagh a rappelé certains passages censurés par la police économique lors de l’enquête préliminaire et relatifs à son intervention personnelle et celle de son Groupe BSA dans des affrètements d’avions de Mauritania Airways pour le compte de la présidence de la République dont à titre d’exemple :

– Les avions mis à la disposition du candidat Mohamed Ould AbdelAziz lors de la dernière campagne présidentielle;

– L’avion mis à la disposition du ministre de la justice pour obtenir auprès des autorités maliennes la demande d’extradition d’Oumar Sahraoui ;

– L’avion qui a servi au transport des troupes de l’armée Nationale de la ville d’Atar à Nema;

– L’avion qui a servi à transporter le ravitaillement en carburant à nos avions militaires en panne à Tombouctou;

– L’avion qui a servi au transfert du prisonnier Oumar Sahraoui pour permettre la libération des otages espagnols ;

– L’avion qui a servi au transport de la sécurité présidentielle (25 éléments) et certains membres de la délégation vers Bamako pour assister au 50ème anniversaire de l’indépendance du Mali (Monsieur Bouamatou, Le Président de la République et ses ministres étant acheminés par un Falcon).

Tous ces affrètements ont été commandés et payés par le Groupe BSA.

 

3- Mohamed Ahmedou Debagh a attiré l’attention du juge d’instruction sur le caractère strictement politique de son emprisonnement. Il a rappelé que c’est le président de son Groupe, Monsieur Mohamed Bouamatou, qui est visé par le pouvoir politique et qu’à défaut de pouvoir mettre la main sur celui ci, il a été arrêté lui, son vice – président. Pour corroborer le caractère personnel et ciblé des poursuites judiciaires dont il fait l’objet, il s’est demandé s’il a commis une infraction plus grave que le fils du président de la République qui a tiré à bout portant sur une personne la blessant grièvement et qui n’a même pas été entendu par la justice.

La défense de Mohamed Ahmedou Debagh tient à dénoncer avec la plus grande vigueur le traitement dont son client fait l’objet, qui se caractérise par des violations systématiques des droits de la défense depuis la première audition par la police jusqu’à l’instruction.

Ces violations la confortent dans le caractère éminemment politique des poursuites dirigées contre son client, poursuites qui s’écartent sensiblement des règles de procédure légale normalement suivie dans un Etat de droit. »

LA DEFENSE


Le président de l’Assemblée nationale de Mauritanie : « Un gouvernement d’union nationale est une question de bonne volonté et de choix de celui qui gouverne »

Crédit photo: Sneiba Mohamed
Crédit photo: Sneiba Mohamed

Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée  nationale depuis 2007 et de l’Alliance populaire progressiste, est une personnalité nationale qu’on ne  présente plus.  Opposant féroce au pouvoir d’Ould Taya, qui a pourtant fait de lui, en 1984, le premier ministre haratine depuis l’indépendance de la Mauritanie, il a continué la lutte pour la démocratie après avoir mené celle pour l’éradication de l’esclavage et l’émancipation d’une communauté qui compterait pour plus de 40% de la population mauritanienne. A l’heure où la scène politique nationale connait une effervescence sans précédent, rappelant celle de la crise de 2008, nous l’avons rencontré pour évoquer avec lui les questions de l’heure en Mauritanie ; celles qui préoccupent l’opinion publique nationale, telles la crise politique, les élections, les rapports avec le pouvoir, la guerre au Mali, le «printemps arabe, etc. »

Vous avez annoncé, récemment le lancement officiel de votre initiative. Quelle évaluation faites-vous de ce lancement ?

Je vous remercie d’abord pour l’occasion offerte de parler non seulement de l’Initiative qui vient d’être lancer officiellement mais aussi de diverses questions de l’heure.

Oui, l’opportunité était bonne, les conditions étaient favorables pour annoncer, officiellement, le lancement de cette initiative, surtout que le temps a été donné aux acteurs politiques et aux organisations de la société civile de l’étudier pour pouvoir se prononcer sur elle. Mais il y a eu, l’incident malheureux de blessure du président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a aussi obligé à attendre son retour après une convalescence de plus d’un mois en France, pour en discuter avec lui ; parce que, réellement, c’est lui le premier concerné. A son retour donc, je l’ai rencontré et lui ai présenté l’initiative recevant alors ses remarques sur ce plan de sortie de crise. Il n’y avait alors plus aucune raison d’attendre pour le lancement officiel de cette initiative destinée à favoriser la réconciliation nationale, surtout qu’à nos problèmes intérieurs sont venues s’ajouter les complications liées à la crise malienne.

Concernant l’évaluation du lancement officiel de l’initiative, il faut se référer aux nombreux avis donnés par les autres et à la très forte mobilisation (toute la Mauritanie, toutes les communautés), ce qui dénote de l’intérêt accordé à cette initiative par la COD et par la Majorité présidentielle représentées au plus haut niveau. Par aussi la présence du corps diplomatique et les témoignages qui disent que le Palais des congrès de Nouakchott a connu, le 11 février 2013, l’une de ses affluences record. Cela nous encourage à aller de l’avant. Les Mauritaniens veulent, plus que jamais, une solution à la crise ; les gens sont réellement fatigués de cette situation. L’espoir est grand que cette attente populaire, cette pression des masses sur les politiques poussent les uns et les autres à lâcher du lest, à se rapprocher pour s’entendre sur les modalités d’une sortie de crise convenable.

La COD pense que l’Initiative est la  preuve qu’il y a une crise politique dans le pays, ce que la majorité nie de toute évidence. Alors pour vous, il y a crise ou pas crise ? Autrement, quelle appréciation faites-vous de la situation politique dans le pays ?

Les analyses, les appréciations dépendent de ceux qui les font. Chacun regarde la situation en fonction de prismes et de perspectives propres. Mon point de vue à moi c’est cette initiative qui regarde la situation dans tous ses aspects, politique, économique, social, militaire, etc) ; ce qui suppose qu’il faut trouver une issue, accorder de l’importance aux problèmes des populations, leur assurer une réelle égalité des chances, la justice ; c’est ce qui nous manque réellement pour créer un citoyen véritable. J’ai dit sans ambages que la situation actuelle n’est pas celle que veulent les citoyens ; alors est-ce une crise ? Celui qui répond par « non » doit trouver une appelation à la situation présente. J’irai même plus loin, en disant qu’il y a une crise partout, au niveau des hommes politiques, de la citoyenneté, l’administration, la  gestion de l’Etat, une crise qui n’épargne personne ; mais aussi que je ne comprends pas pourquoi ceux qui évoquent cette crise ne soient pas plus disposés, dans l’intérêt du pays, à se rapprocher du pouvoir pour tenter de trouver une issue à la situation préoccupante qui prévaut aujourd’hui. C’est pourqoi, je reviens pour dire que s’il y a une crise politique, économique, morale, il y a aussi une crise des hommes politiques mauritaniens et la question qui se pose est : sont-ils à la hauteur ou non ? Loin de moi ici la volonté de douter de la capacité de quiconque ou de ses capacités mais l’appel que nous avons lancé pour la  réconciliation, « la Mauritanie d’abord » exige qu’on laisse de côté nos convenances personnelles pour penser aux meilleurs moyens de bâtir un pays auquel nous serons fiers d’appartenir, que nous défendrons tous et  mettons ses intérêts avant les nôtres. C’est ce que je veux dire ici.

Pensez-vous que les élections sont la voie  royale pour venir à bout de la crise et quelles sont les conditions à réaliser avant d’aller à ces échéances ?

La participation de tous les partenaires politiques aux futures élections est une nécessité, ne serait-ce que pour l’acceptation de  leurs résultats. Et parce qu’aussi, organiser des élections, c’est permettre à chaque citoyen de donner son avis.  Les autorités doivent  donc œuvrer pour que tous les Mauritaniens participent à ces élections. Je repète que c’est une condition importante de leur validité. Il faut que les conditions d’organisation du scrutin soient acceptées par l’opinion publique nationale et internationale pour que celui qui décide de ne pas participer le fasse pour des raions autres que celles de la non transparence. Naturellement, la classe politique doit trouver le consensus nécessaire pour s’entendre et résoudre les problèmes politiques pendants. C’est d’ailleurs là l’objectif de mon initiative qui met en avant l’intérêt national et non celui des  partis ou des individus.

Il est aussi dans la nature même des élections qu’elles connaissent une participation importante ou moindre, mais il ne faut pas que, dans ce dernier cas, cela soit mis sur le dos de manquements mais de choix personnels.

Pour en venir à l’autre terme de votre question lié à la possibilité ou non d’’organiser les élections cette année, je dirai que tout dépend de l’enrôlement en cours qui doit être achevé rapidement mais avec sérieux. Nous avons besoin de savoir combien nous sommes, c’est incontestable, mais après le travail de l’administration (l’Agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés, NDLR), nous aurons besoin d’un audit. Alors si les choses sont faites de cette manière, avec l’enregistrement de tous les citoyens, la vérifiction des listes, l’assurance que c’est bien la CENI qui contrôle l’opération et non le ministère de l’Intérieur, alors celui qui prendra la décision de ne pas participer l’aura voulu. Ce sera alors un choix politique et c’est son droit.

Sans doute que parmi les préalables à l’organisation de ces élections figurent en bonne place la CENI et un état-civil fiable. Considérez-vous la formation d’un gouvernement d’union nationale comme une troisième condition sine qua non ?

Non ce n’est pas vraiment une condition nécessaire. Un gouvernement élu qui gouverne n’est pas obligé de partager avec son opposition mais j’ai  dit que l’intérêt général et la situation qui prévaut peuvent le  pousser à le faire. C’est une question de volonté et de choix, pas plus. Toutefois, parmi les griefs que je fais au pouvoir actuel c’est de gouverner sans les autres. Oui, il y a des postes que l’opposition ne doit pas convoiter (ministres, et autres nominations à caractère politique) mais il y en a d’autres où il faut voir les choses autrement. Si le pouvoir décide de s’ouvrir à tous, ce sera un signe de bonne  volonté, une preuve qu’il accorde de l’importance à l’intérêt national. C’est donner la  chance à tous de participer à des élections libres et transprentes non conduites par le ministère de l’Intérieur. Ce sera aussi l’occasion donnée à l’opposition de savoir que la démocratie ce n’est pas seulement dénoncer ce qu’elle considère comme les errements du pouvoir, reconnaître un président, le rejeter ensuite, pour le reconnaitre à nouveau, mais savoir aussi accepter ses propres erreurs, participer à l’apaisement,  à la consolidation de l’unité nationale et œuvrer de la sorte au développement du pays et  au renforcement de la  démocratie.

La crise politique a son pendant sur le plan économique. Que pensez-vous des conditions de vue des populations et de la  gestion des affaires par l’actuel gouvernement ?

J’ai toujours dit que je ne suis pas  satisfait de la situation économique dans laquelle se trouve le pays. Les ressources dont parle le  gouvernement ne profitent qu’à une minorité. Les choses doivent être revues  et corrigées ; les riches dans ce pays sont connus, ils appartiennent à quelques régions, voire à certaines familles. Les Mauritaniens doivent pouvoir profiter de leur poisson et de l’or qu’on dit exister en grandes quantités. Une telle abondance doit se réfleter dans les salaires, se traduire dans la construction des routes, des hôpitaux et de projets qui bénéficient aux populations. L’argent n’a pas d’importance s’il n’est pas investi et s’il ne profite pas aux citoyens au niveau des secteurs sociaux comme l’éducation et la santé, des domaines où cela  est loin d’être évident. J’ai dit, dans mon initiative, que l’enseignement va mal,  de sorte que le désespoir gagne tous  les coeurs. On se demande à quoi sert-il d’avoir un grand diplôme si on ne peut accéder au travail, s’il n’y a pas possibilité de vivre décemment, d’avoir un logement alors que des personnes sans références parviennent, grâce à leurs relations, à se hisser au sommet et à amasser des fortunes immenses. Ce qui pousse certains à se demander à quoi servent les études. La situation au niveau de la santé n’est pas meilleure. Il suffit de voir la ruée,  ces dernières semaines, vers un puits que l’on dit pollué censé guérir tous les maux ! C’est effarent. Ajoutons à cela qu’il y a  des communautés marginalisées qui souffrent plus que les autres, même si la situation commence à se généraliser. Oui, il y a ceux qui n’ont jamais connu l’école, qui n’ont jamais été soignés et ont toujours lutté pour leur survie. Et au  lieu  de faire quelque chose  pour cette large frange de la population, on laisse la situation empirer pour que la misère gagne une partie de ceux qui ont toujours été épargnés. C’est là où il y a le danger. Sans doute que l’augmentation vertigineuse des prix compte parmi les problèmes sérieux que rencontrent les citoyens qui éprouvent de plus en plus de difficultés à subvenir à leurs besoins quotidiens. Sans doute aussi que l’accumulation de tous ces problèmes et la tension qui en résulte rendent la siation plus qu’explosive. Il faut donc penser, au plus vite, à la corriger par une meilleure redistribution des richesses, une meilleure offre dans le domaine de l’éducation, de la santé et du logement. Sans cela, inutile de se voiler la face, il y a un risque d’explosion sociale, malgré que l’on soit un peuple pacifique et comme on dit, la patience à ses limites. J’ai abordé toutes ces questions, en toute objectivité, dans mon initiative parce que je considère qu’il est de mon devoir de dire aux Mauritaniens la vérité, ou du moins ce que je pense, de faire des propositions susceptibles de contribuer à tout ce qui peut alléger les souffrances des populations et éviter au pays le chaos.

L’organisation IRA a sillonné  en long et en large l’intérieur du pays, mettant en avant la dénonciation de l’esclavage. Pensez-vous que ce phénomène que vous êtes le premier à avoir dénoncé et combattu, nécessite toujours de telles méthodes de lutte ?

La meilleure façon d’aborder cette question est, je le pense, celle que j’ai adoptée, moi et mes camarades, il y a longtemps de cela. C’est le combat pacifique. Nous sommes un seul peuple, un peuple musulman dont il faut veiller à l’unité et à la cohésion sociale. La violence ne règle rien et j’ai déjà dit, en des occasions diverses, que je ne partage pas la méthode suivie par IRA. Ce que je partage avec eux, c’est cette conviction que l’esclavage est un fléau qui existe à très grande échelle, et qu’il est entouré par des îlots de pauvreté, d’ignorance et de marginalisation qui rendent encore plus précaire la situation d’une grande frange de la société. Ce fléau doit être combattu par les moyens pacifiques et nous devons comprendre que c’est l’affaire de tous. L’Etat, premier responsable, doit se départir de sa carapace démagogique et reconnaître que ce phénomène existe encore ; il doit surtout sommer son administration, sa justice et ses responsables d’appliquer les lois. L’Etat doit aider toute personne ou organisation qui œuvre, sincèrement, sans arrière pensée, à l’éradication de ce fléau, parce que nous sommes un même peuple, et il ne faut pas créer la division au sein  des fils  d’un même pays.

Contre l’esclavage, il ne suffit pas de promulguer une loi, ou même de le dénoncer dans  une constitution. C’est une pratique abjecte contre laquelle tous doivent lutter, mais de manière pacifique, sans haine et sans passion, sans provoquer  une scission au sein du peuple.

L’APP a connu ce que certains ont appelé  une  crise politique ayant conduit à la sortie de certains de ses leaders qui ont d’ailleurs créé un nouveau parti. Cette scission vous a-t-elle affaibli, comme le supposent certains ?  Et quelles sont vos relations avec ces désormais « anciens dirgeants » de l’APP ?

Je commencerai par le second terme de votre question en disant qu’il n’y a pas de relations entre ces personnes et moi. Ce n’est pas que je  refuse, mais je pense que celui qui est parti, qui est devenu « indépendant », doit s’occuper de ce qu’il fait, avoir un programme politique qui ne soit pas seulement la critique de Messaoud. Je vous dis, que l’APP se porte très bien après ce départ. La confiance en son programme et en son président existe toujours et augmente même  jour après jour. Je n’en veux pour preuve que la grande mobilisation et les témoignages favorables au lancement officiel de mon initiative pour lequel une invitation a été adressée au parti qu’ils ont créé (Al Mostaqbal, ndlr) comme à toute autre formation de la COD.

Pourtant, dans un entretien avec une radio locale, le président d’Al Mostaqbal a déclaré avoir été invité par une des parties soutenant l’initiative.

Je ne m’intéresse pas  aux dires des gens, et  comme je l’ai  dit auparavant, mon objectif ici n’est pas de répondre aux déclarations des autres.parce que je considère que mon rôle est de  montrer la voie à tous, de faire ce que je considère comme juste et profitable à tous les Mauritaniens. Je ne fais pas la politique pour médire des autres. Et si j’ai un conseil à leur donner c’est de dire que celui qui a créé un parti doit avoir un grand projet de société et s’occuper à la réaliser. Les partis ne se fondent pas sur la critique des personnes. Ils doivent comprendre cela et laisser Messaoud tranquille.

Toujours dans le cadre de ce qui se  raconte, l’on pense qu’APP est devenu « un parti de la Majorité » ou du moins que Messaoud Ould Boulkheir a  des affinités suspectes avec Aziz. Que répondez-vous à ces  insinuations ?

Je redis la même  chose à ceux qui pensent ainsi. Celui qui te donne un conseil doit regarder d’abord ce qu’il fait lui-même. Je ne suis pas de la Majorité, j’en ai fait partie  un court instant et c’est Mohamed Ould Abdel Aziz qui m’en a fait sortir. L’histoire est là pour dire qui a fait quoi et ce qui s’est passé est connu de tous. En fait, j’ai rencontré le président dans le cadre d’un dialogue demandé par lui et qui a été accepté d’abord par l’ensemble de l’opposition. Mais le  « printemps arabe » est venu brouiller les cartes poussant certains à faire marche arrière alors qu’il y en avait qui cherchaient à me pousser moi à aller plus vite vers ce dialogue. Si dialoguer avec Ould Abdel Aziz suppose être avec lui, alors oui, je suis preneur parce que l’intérêt de la Mauritanie passe avant tout. C’est la préoccupation, la seule, que j’ai eu durant tout mon parcours dans l’administration et en politique.

Il y a l’affaire Bouamatou. Certains se demandent pourquoi vous n’agissez pas dans son cas, comme cela a été fait pour d’autres hommes d’affaires, d’autres personnes ?

Vous vous rappelez sans doute de ce que j’ai dit à la télévision, lors de l’émission « El Hiwar » (dialogue) à propos de cet homme ? J’ai évoqué l’aide qu’il m’avait apporté lors de la campagne présidentielle parce que j’estime qu’il fallait le faire. Je ne suis pas ingrat,  Quand j’ai appris la nouvelle de ses tracas avec le pouvoir, j’ai revêtu mes habits officiels et suis parti voir le président de la République pour l’entretenir de cette affaire – et de plusieurs autres concernant les mauritaniens de manière générale qui viennent me poser leurs problèmes espérant que je puissent les régler. Le président m’a promis que le ministère du Commerce va s’occuper du problème posé par les importateurs de « zazou » (sachets en plastique) mais pour le cas d’Ould Bouamatou, il avait des arguments et une position que j’ai transmis à qui de droit par l’entremise de ses proches. Voilà, je vous l’ai dit, j’agis en toute discrétion, sans tambours ni trompette, parce que dans ce genre de démarche, c’est une conviction, un devoir envers les Mauritaniens, de quelque condition qu’ils soient,  et non un acte à exploiter politiquement.

Quelles relations  entretenez-vous avec les partis de la COD ?

Ce sont des relations normales. Pas comme avant mais des relations apaisées. Vous vous rappelez là aussi que je suis le premier à avoir brisé la glace mais leurs réactions n’ont pas été les mêmes. Maintenant que mon initiative est lancée de manière officielle, je suis décidé à revenir les voir une nouvelle fois pour discuter et probablement, ils comprendront que les problèmes de la Mauritanie nous concernent tous et ne doivent pas être ramenés à des dissensions entre personnes. Et si nous avons l’ambition de gouverner la Mauritanie, on doit être ouvert pour comprendre qu’on peut avoir des positions différentes mais cela n’empêche qu’on se rencontre pour discuter de ce qui concerne la Mauritanie et les Mauritaniens.

Avant de dépasser cette question, il a  été annoncé, hier (mercredi 20 janvier 2013) que l’actuel président de la COD compte présenter une initiative de sortie de crise dont le principal  point est la réduction des pouvoirs du président ? Un premier commentaire ?

Je pense qu’en parler peut être vu comme une jalousie pour mon initiative et c’est pourquoi je préfère me taire. De toutes les façons, s’il s’agit de compétition entre les initiatives, elles doivent être  posées toutes et c’est aux Mauritaniens de choisir. Leur initiative est la dernière à être annoncée ;  plusieurs initiaitives ont été lancées avant la  nôtre mais leurs initiateurs ont fini par la soutenir. Et si l’objectif de cette  initiative est de faire barrage à mes propositions, je dis « inna lilahi we inna  ileyhi rajioun » (nous sommes à Dieu et à Lui nous revenons). Je ne suis pas loin de ce qu’ils proposent et l’essentiel, encore une  fois, c’est l’intérêt de la Mauritanie.

Quelle est la  nature des relations à l’intérieur de la CAP ? Est-ce une alliance conjoncturelle (pour mener le dialogue avec le pouvoir) ou bien stratégique (pour aborder les futures élections en tant que front uni) ?

Il est prématuré  d’en parler. Nous tous marchons sur le chemin de l’entente et de l’apaisement entre les différents pôles politiques, avec comme objectif de préserver l’intérêt supérieur de la Nation. Je pense que, concernant les élections, il y a plusieurs conditions qui doivent se réaliser d’abord pour déterminer notre position sur les élections. Comme je l’ai dit, il faut que les conditions de transparence soient réunies  pour aller à ces élections. En ce qui me  concerne, s’il y a  des choses qui clochent, je ne m’engagerais pas. Je précise que je parle ici en mon nom.

Pensez-vous que l’intervention française au Mali était l’unique solution pour régler la crise et quelles conséquences a cette dernière sur la Mauritanie ?

Oui, pas seulement nécessaire mais aussi voulue par les Maliens eux-mêmes. Je soutiens cette intervention de la France et de la Cedeao et regrette que la Mauritanie ne se  soit pas engagée à leur côté. En tant que voisin du Mali, il était de notre devoir de voler à son secours, de participer au règlement de sa crise. Ensuite, ce qui touche le Mali constitue également une menace pour la Mauritanie. Si c’est le terrorisme, il nous a déjà traumatisé avant lui et si c’est le problème de la difficile cohabitation entre communautés différentes, nous sommes dans une situation pareille.  Certaines d’entre elles considèrent qu’elles sont victimes de l’injustice et de la maginalisation. Donc si les portes de la sécession sont ouvertes, nous ne pouvons y faire face parce que nous sommes un Etat fragile. C’est ce qui me pousse à soutenir l’intervention au Mali et à dire que c’était un devoir politique, moral et religieux pour la Mauritanie envers ce pays frère d’y aller aussi.

On ne peut finir Monsieur le Président sans connaître votre avis sur le « printemps arabe » et les évolutions qu’il a connues.

Concernant la Syrie, je suis du côté des révolutionnaires. En ce qui concerne les « printemps arabes », les peuples savent mieux que quiconque ce qu’ils font. Chacun agit en fonction de ses spécificités, de ce qu’il pense juste et bon pour lui. Et, de manière générale, je ne souhaite pas que les révolutions arabes suivent le pas de la révolution française menée au nom de la liberté, de la République, mais qui, finalement, a produit un empire. Les révolutions, dans leur idéal de justice et de défense des faibles ne peuvent être rejetées par personne. Je souhaite la paix pour tous et que ces révolutions soient le moyen d’instaurer la justice et la  liberté dans ces pays. Mais si l’objectif de ces « printemps arabes » est tout simplement ce qui correspond au dicton qui dit « pousse-toi que je me place », pour que ceux qui arrivent au pouvoir reproduisent les mêmes pratiques hier honnies de tous, le mieux est que cela soit par les voies pacifiques, celles qui préservent les vies et les infrastructures de base d’un pays. Celui qui observe la Syrie constate, malheureusement, qu’elle a été détruite, ce qu’aucun président, même élu démocratiquement, ne doit se permettre. Et que dire alors d’un président dans les habits d’un émir ? La Syrie n’est pas une dynastie des Assad. Bachar qui n’est pas parvenu au sommet de l’Etat par ses mérites et son travail mais comme « héritier » de son père, le sait très bien. Détruire un pays et tuer des dizaines de milliers de gens pour rester au pouvoir est la plus grande preuve qu’il n’est pas habilité à demeurer à la tête de la Syrie. L’objectif de tout dirigeant est de protéger son peuple avant de se protéger lui-même.

Un dernier mot

Je réitère mes remerciements particulièrement à ceux qui ont soutenu mon initiative dès le début et ont vu en elle une proposition sincère au service de ce pays, lui ont donné cette importance et ce soutien dont elle avait besoin. C’est ce qui est attendu de tous les pôles politiques, qu’ils mettent l’intérêt de la Mauritanie au  dessus de tout. Je remercie aussi le peuple mauritanien qui, dans sa diversité ethnique et politique, a préféré mettre de côté l’appartenance politique pour se mobiliser derrière mon initiative et pour montrer que l’opinion publique nationale préfère l’entente et la réconciliation, que le peuple se lasse de ces antagonismes sans fin. Je remercie également les hommes politiques qui, en fin de  compte, ont choisi de  participer au lancement officiel de cette initiative. La présence de tous les leaders de la COD, que je remercie ici, est un bon présage pour la suite, avec l’espoir d’arriver à s’entendre, tout comme la participation de la  Majorité, notamment de l’Union pour la République, pousse à l’optimisme quant  à la  suite de ce projet que nous menons pour apaiser la  situation et amener tout le monde à œuvrer pour  la construction d’une Mauritanie forte, solidaire, démocratique et tolérante. Nous prions Allah le Tout Puissant pour que l’intérêt général prenne le dessus sur l’intérêt personnel ; parce que les ambitions personnelles trouveront leur place s’il y a la paix et la  stabilité. Tous doivent comprendre qu’il arrive des moments où la Nation a besoin de tous ses fils, de son peuple et de ses responsables. Elle a  surtout besoin de sagesse et de patience. L’estime dont je bénéficie aujourd’hui, je ne rêvais et ne voulais à aucun moment l’avoir seul, sans ceux qui ont œuvré avec moi pour le dialogue, pour l’éloignement du spectre de la division qui menance le pays. Et j’ai tout fait pour que cet honneur soit commun, en allant tous vers le dialogue et ce qui compte vraiment pour le pays. Mais la situation m’échappe et c’est Dieu qui commande.

                                         Entretien réalisé par : Sneiba Mohamed et Ahmed Salem Ould Youba Khouya