Crise politique en Mauritanie: La « troisième voie »

Article : Crise politique en Mauritanie: La « troisième voie »

Crise politique en Mauritanie: La « troisième voie »

 

L'opposition au  temps où elle était unie (crédit photo: Taqadoumy.com)
L’opposition au temps où elle était unie (crédit photo: Taqadoumy.com)

La Convergence patriotique (Adil, MPR, RD) est sur le point de rejoindre la Coalition pour une Alternance Pacifique (APP, Al Wiam, Sawab) pour constituer une troisième grande force politique sur l’échiquier national capable de donner la réplique aux deux grands ensembles déjà constitués, à savoir la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) et la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).

Pour bon nombre d’observateurs, la naissance de cette « Troisième voie », constituée par « l’opposition à la majorité » que constituaient les partis Adil, MPR et RD, et « l’opposition à l’opposition » qu’était l’Alliance populaire progressiste (APP), du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, d’Al Wiam, de Boidiel Ould Houmeid et de « Sawab » d’Abdesselam Ould Horma, est de nature à changer considérablement la donne politique fixée sur la Bipolarité. Le regroupement, qui constitue une première, entre une frange de la majorité et une autre de l’opposition est vue comme le refus des positions extrêmes – figées – d’une opposition radicale qui continue à brandir le slogan du « rahil » (départ) du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui reste tout de même bien assis dans son fauteuil et sûr de ce qu’il dit et fait, et une majorité qui ne semble pas vraiment impliquée dans une gestion des affaires dévolue à un cercle restreint de collaborateurs du rais.

Cette alliance qui, contrairement à ce que pensent certains n’est pas contre-nature, les deux groupes politiques sur le point de fusionner ayant toujours mis en avant des idéaux centristes, peut aider à mettre plus de pression sur les deux termes de la Bipolarité (CPM et COD) pour les pousser à faire des concessions. Il y a même que la peur de voir cette « troisième voie », qui jouit déjà d’une bonne estime au sein de l’opinion publique nationale exaspérée par la crise, ravir la vedette à ceux qui animent le débat politique depuis plus de trois ans, peut provoquer le déclic nécessaire favorisant le compromis. On sait, dans ce cadre, que la Convergence nationale mise en place par l’ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Yahya Ould Ahmed Waghf, et les députés Kane Hamidou Baba et Moustapha Ould Abeiderrahmane, avait développé, son approche politique de la crise sur une thématique pas loin de celle de Messaoud Ould Boulkheir. C’est même le fait que les trois hommes aient avancé une initiative, basée sur le compromis et la nécessité d’impliquer la COD dans tout processus politique à venir, qui constitue le principal point de convergence avec l’initiative du président de l’Assemblée nationale. Reste cependant qu’entre les nouveaux « coalisés » ( si la « troisième voie » devient une réalité), tout n’est pas parfait. On se demande, par exemple, comment on va s’y prendre pour convaincre le président du parti « Al Wiam », Boidiel Ould Houmeid, de la nécessité de revenir sur certains aspects du dialogue pour que la COD puisse rattraper le train. Qu’importe si elle doit le rattraper, en ralentissant sa vitesse comme on le fait actuellement, avec un processus de mise en œuvre des résultats du dialogue presque au point mort, ou s’il faut vraiment l’arrêter pour entreprendre un dialogue bis.

La Majorité en mauvaise posture

La constitution d’une troisième force politique sonnera comme un coup dur pour la Majorité présidentielle. En effet, après la sortie de l’AJD/MR et de Hatem, le départ d’Adil, du MPR et du RD sera vu comme un vrai désaveu de la manière dont le président Aziz traite avec ses soutiens. Cela rappellera les paroles du président du parti Hatem, Saleh Ould Hannena, ancien chef des Cavaliers du Changement, parlant d’une majorité « pour le décor », qui n’est sollicitée que pour les besoins de la cause mais pas impliquée dans la prise de décision. D’ailleurs, l’impression même qui se dégage d’une telle situation est que les généraux qui ont participé avec Aziz à la destitution du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi continuent à avoir la haute main sur tout. L’aile civile du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz fait montre d’une fébrilité telle qu’on a l’impression que les partis de la majorité n’existent qu’à travers certaines personnalités proches du pouvoir. Ce qui fait peser des doutes sur l’importance même de la force d’une CPM dont le silence assourdissant rend plutôt service à l’UPR, qui, tout en consolidant son statut de parti au pouvoir, n’arrive tout de même pas à donner la preuve qu’il participe, d’une manière ou d’une autre, à la prise de décision. Les seules fois où l’UPR parvient à faire jouer pleinement son rôle de locomotive de la CPM c’est quand elle donne la réplique à la COD, faisant jouer ce qui a toujours fait, jusque-là sa force : la réaction à toute action ou parole des opposants au pouvoir. Ce que d’aucuns mettent sur la volonté de se mettre en valeur par l’entretien d’une crise politique dont l’issue ne peut être entrevue qu’à travers l’organisation d’élections municipales et législatives qui seront une première pour l’UPR. Là aussi, le parti au pouvoir joue gros. Soit, il arrive à confirmer son statut de « première formation politique du pays », acquis sans coup férir grâce à la reconversion  des anciens « indépendants » de la transition militaire de 2005-2007, soit il est bousculé par les autres partis (de la majorité et des « oppositions » et alors il  donnera raison au président Aziz qui ne lui a jamais accordé l’importance d’un PRDS ou, si on remonte plus loin, du PPM. C’est dire tout simplement que tout rapport d’un parti-Etat au pouvoir dépend non seulement de la volonté du Chef mais aussi de la capacité de cette formation à persuader ce dernier qu’il ne s’agit pas d’un « machin » inutile et incertain, comme dirait Jean-François Revel.

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