Mohamed SNEIBA

Mauritanie : l’opposition tente de reprendre la main

Manifestation populaire en Mauritanie (photo : facebook)
Manifestation populaire en Mauritanie (photo : Facebook)

La Coordination de l’opposition démocratique (COD) a surpris tout le monde par sa volte-face. Alors que personne n’était prêt à miser une ouguiya contre un million sur sa participation aux élections municipales et législatives prévues le 23 novembre 2013, l’opposition radicale mauritanienne a annoncé sa disposition, pleine et entière, à dialoguer avec le pouvoir ! La COD a sans doute compris, un peu tardivement certes, que le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz ne lui laisse pas beaucoup de choix dans ce que d’aucuns ont vu comme un piège : le boycott.

En effet, ne pas participer à ces élections c’est, à coup sûr, perdre la trentaine de sièges de députés (sur 95) et la dizaine de postes de sénateurs (sur 56) gagnés de haute lutte lors des législatives de 2006. C’est surtout le risque d’une longue absence de cinq ans d’un Parlement où le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) et ses alliés de la majorité présidentielle devraient se contenter de la présence symbolique d’une opposition modérée constituée des trois partis de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) et des trois autres qui forment la Convergence patriotique (CP) et qui avaient boudé la majorité pour non implication dans les affaires de l’Etat.

L’acceptation du principe du dialogue ouvre donc la voie à des négociations pour revoir l’ensemble du dispositif électoral mis en branle, depuis 2011, par le pouvoir et ce que l’on appelle communément « l’opposition dialoguiste ». Des axes de réflexion sur ce qui peut être « revu et corrigé » on déjà été fixé par le président Ould Abdel Aziz lui-même, lors du « liqa’e echab » (rencontre avec le peuple) du 12 août dernier. Il avait laissé entrevoir la possibilité de revoir la configuration de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) formée sans la COD, la création d’un Observatoire pour le contrôle des élections et la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’Agence nationale des registres et titres sécurisés (ANRTS), maître d’œuvre de l’enrôlement sur lequel s’appuie la Céni pour mener le Recensement administratif à vocation électorale (Ranvec). Le seul point sur lequel le président Aziz ne cède pas, pour retrouver dans sa plénitude, l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, est la formation d’un gouvernement d’union nationale pouvant faire de la place à la COD. Comme en 2009. L’on pense cependant qu’un remaniement est inéluctable avant la tenue des élections. Parce que certains ministres, comme celui de l’Intérieur et de la Décentralisation, de la Communication et des relations avec le Parlement, de la Justice, sont pressentis pour porter le flambeau du parti au pouvoir aux élections législatives. Sans devoir nécessairement les faire remplacer par des « promis » de l’opposition modérée, Ould Abdel Aziz pourrait confier leurs ministères sensibles lors des élections, à des personnalités indépendantes susceptibles de rassurer la COD quant à la transparence et à la neutralité de l’administration.

En acceptant donc de participer aux élections, l’opposition cherche surtout à ne pas « perdre la voix » au sein d’un Parlement où, quoique largement minoritaire, elle a toujours su tirer son épingle du jeu lors des débats. D’aucuns pensent même qu’elle arrive à éclipser une majorité qui manque souvent d’arguments pour soutenir des mesures gouvernementales n’allant pas dans le sens de la vox populi.

La nouvelle stratégie de l’opposition consiste donc à reprendre la main, au niveau de l’usage qu’on peut faire de la parole. Sans aucun moyen de participer à la prise de décision ou de l’orienter, elle peut, tout au moins, dénoncer.

On peut donc s’attendre à une reprise des hostilités revigorée par le sentiment partagé par plusieurs opposants que le président de la République a le temps qui joue contre lui. A mesure qu’il dure au pouvoir, l’impression qu’il a placé la barre très haut, en promettant aux citoyens le paradis, devient conviction.

Mais si le pouvoir se rend compte que l’action qu’il mène sur divers plans pour convaincre de son efficacité et de sa capacité à apporter le  » changement constructif « , n’est pas probante, il sera obligé de revenir aux vieilles méthodes : diviser pour régner. Car aucun pouvoir au monde ne veut d’une opposition forte, même si celle-ci est tout de même nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie.

 Et pour revenir aux nouvelles velléités de l’opposition, disons que c’est une coalition plus large qui enterre, pour le moment, ses particularismes pour faire face à un danger plus grand : celui du retour en force du Parti-Etat. Ou de l’Etat-parti. Le décor est à nouveau planté. Reste à savoir comment pouvoir et opposition vont jouer leur nouvelle partition.


Mauritanie : Les politiques nous font chier

Candidats à la Présidentielle de 2009 (crédit photo: Tv5monde)
Candidats à la Présidentielle de 2009 (crédit photo: Tv5monde)

Trop c’est trop. Depuis août 2005, les hommes politiques se jouent de nous. Coup d’état, élections, comme sortie de crise, re-coup, réélections et re-crise ! Si les militaires sont toujours à l’origine de nos « maux » démocratiques, les hommes politiques sont là pour les entretenir. Sans distinction. Ceux qui sont avec le pouvoir comme ceux qui sont contre lui. Chaque camp défend ses intérêts, manœuvre en fonction de ce qu’il pense être non pas juste mais justifiable.

C’est ainsi qu’il faut comprendre tous les accommodements  qui ont permis aux auteurs du coup d’Etat du 3 août 2005 d’embarquer avec eux toute la classe politique mauritanienne dans une « transition » militaire qui était en fait un marché de dupes. Le président du Comité militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) avait apparemment joué le jeu pensant pouvoir revenir, à la ATT, au bout de cinq ans. C’était honnête de la part d’un colonel qui avait passé vingt à la tête de la sûreté nationale et avait accepté – malgré lui ? – de participer à une conspiration menée par deux colonels de la seconde génération. Le colonel Aziz, principal auteur du coup d’Etat, voulait faire passer son « champion », Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, et gouvernait à travers lui ! Les hommes politiques, « indépendants » ou pas, qui avaient soutenu ce funeste projet de travestissement de la démocratie sont ceux-là même qui continuent aujourd’hui à animer la scène avec une opposition non exempte, elle aussi, de reproches. Le premier est d’avoir toujours succombé au charme du pouvoir. Quand l’Alliance populaire progressiste (APP) de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, quitte « l’opposition » pour soutenir le « candidat d’Aziz ». Quand plusieurs partis d’opposition acceptent d’entrer dans le gouvernement du Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Waghf, provoquant la volte-face de la majorité manipulée ou pas par les militaires. Quand le RFD d’Ahmed Ould Daddah soutient, contre toute logique, le coup d’Etat du général Aziz, le 6 août 2008, voyant en lui un « raccourci » pour que son chef arrive enfin à cette présidence qui semble être l’unique objet – la quête du Graal – de son long combat politique.

Ce sont tous ces errements qui expliquent la crise dans laquelle le pays se débat aujourd’hui. La seule fois où parler d’accumulation d’erreurs se justifie. Et pourtant, on ne semble pas avoir tiré la leçon qui s’impose de tout le fatras politique engendré par la dislocation du Système Taya, en 2005, et de sa recomposition, en 2009, pour accompagner un président Aziz incapable de refouler une sorte d’admiration pour le « modèle » qu’il a accompagné vingt ans durant.

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Mauritanie : élections casse-tête pour l’opposition

Ahmed Daddah, chef de file de l'opposition démocratique (Crédit photo: Google)
Ahmed Daddah, chef de file de l’opposition démocratique (Crédit photo: Google)

Encore une fois, le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz met l’opposition – toute l’opposition – dos au mur. En cette fin de mandat pour le « président des pauvres » mais aussi pour ses soutiens au parlement et dans les conseils municipaux, ces élections là revêtent une importance capitale. Elles doivent déterminer le vrai rapport des forces entre les différents protagonistes de la crise qui secoue le pays depuis la présidentielle de juillet 2009. Il ne s’agit plus pour le pouvoir de faire échec à des tentatives de déstabilisation menées par la Coordination de l’opposition démocratique (COD), sous l’emprise du « printemps arabe », mais de défendre des acquis. Le retour aux citoyens, comme arbitres par les urnes et non dans la rue, ne se fait pourtant pas sans accrocs. On peut même dire qu’il est plus difficile aux hommes politiques de convaincre un électeur potentiel d’aller s’inscrire sur les listes que de manifester son soutien ou son opposition sur la place d’Ibn Abass.

Il reste cependant que le pouvoir semble voir trouvé, encore, la bonne stratégie pour embarrasser l’opposition. L’appel au dialogue, lancé par le Raïs, depuis Néma, lors de la quatrième édition du « liqa’e echab » (rencontre avec le peuple) et les concessions faites à l’opposition dialoguiste ont pour principal effet de mettre la COD dans la position défensive : refuser « l’ouverture » sur le pouvoir, et elle sera accusée par l’opinion publique nationale et internationale de va-t-en-guerre, ou accepter d’aller dans un processus fait sans elle, ce qui est synonyme, aux yeux de bon nombre d’observateurs, d’une nouvelle aventure !

C’est ce qui explique, en réalité, les divergences apparues au sein de la COD – et même de la CP-CAP. Cela ressemble, étrangement, au scénario de l’élection présidentielle de 2009, quand l’opposition, qui avait passé tout son temps à tergiverser, à demander des « accommodements » électoraux du genre « formation d’un gouvernement d’union nationale », a fini par céder sans savoir qu’elle courait à sa perte. Les protestations de l’opposition auprès de la communauté internationale, pour non application de l’Accord de Dakar, et ses tentatives de suivre la voie risquée des « révolutions » arabes, comme l’ont prouvé les scènes de guerre civile en Syrie, en Egypte, au Yémen et en Libye, ne lui ont apporté que désillusions et perte de crédit auprès de citoyens qui, sans être contents de la gestion du pays, se disent que rien ne vaut la stabilité que leur assure le pouvoir actuel.

Maintenant que le « zrig¹ » des élections municipales et législatives est prêt, faut-il le boire ou le bouder ? That is the question.

 1. Boisson locale, mélange d’eau et de lait.


Elections : Un jeu de poker menteur

Les signataires du dialogue en Mauritanie (crédit photo: elhourriya.net)
Les signataires du dialogue en Mauritanie (crédit photo: elhourriya.net)

L’organisation des prochaines élections municipales et législatives constitue, à n’en pas douter, l’ordre du jour en Mauritanie.

En fait, le sujet de discussion de tout le temps qui sépare encore de l’organisation d’un scrutin dont les modalités restent encore à définir. Même la date du 12 octobre 2013 fixée par le gouvernement (sur proposition de la CENI), n’a pas résisté plus d’un mois pour être remise en cause.

Elle aura tout de même permis d’éclaircir les positions des uns et des autres sur ce qui fait présentement l’essentiel de la crise politique en Mauritanie : les élections. La Coordination de l’opposition démocratique (COD) semble avoir mis de l’eau dans son zrig¹. Elle ne parle plus du « rahil » du président Aziz, dont le mandat arrive d’ailleurs à terme dans moins d’un an, mais seulement d’un « arrangement » politique pour qu’elle ne rate pas le train des élections, ce qui serait, pour elle, synonyme d’une longue traversée du désert de cinq ans.

Cette question des élections est également liée à celle de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, qui continue, elle aussi, à accaparer les discussions entre partis et coalitions politiques. Elle tient aussi à l’inhérence, entre autres probabilités, à cette fameuse proposition de gouvernement d’union nationale, que le président Mohamed Ould Abdel Aziz refuserait jusqu’au moment où la Coordination de l’opposition démocratique (COD) se prépare à donner une réponse définitive à l’initiative de Messaoud. Un autre sujet de débat même si l’acceptation du principe de « retrouvailles » politiques entre d’anciens compagnons d’armes ne constitue pas la garantie que des divergences ne puissent apparaître d’un moment à l’autre. Cette crainte vient d’abord, soulignent certains observateurs, du fait qu’au sein de la CAP (APP, Al Wiam , Sawab), Boydiel Ould Houmeid, qui a dirigé le dialogue avec la majorité, au nom de cette coalition, ne semble pas sur la même longueur d’ondes que Messaoud, en ce qui concerne les négociations avec la COD. Certains médias lui attribuent même des propos du genre : « les élections auront lieu, avec ou sans la Coordination », ce qui peut être vu comme une volonté de refuser, à tout prix, tout dialogue bis qui remettrait en cause celui qui a été donné par la Majorité et par la CAP, comme la meilleure démarche politique jamais entreprise par la Mauritanie, depuis l’avènement de la démocratie ou de ce qui en tient lieu.

Certains peuvent penser que le président du parti « Al Wiam », qui avait claqué la porte de la formation « Adil » pour incompatibilité d’humeur politique avec l’ex Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, veut voir multiplier ses chances d’avoir un bon score au Parlement et aux conseils municipaux, avec le boycott des formations de la COD. D’autres y voient plutôt un désir de ne pas se renier : le dialogue était bien, à tous égards, pourquoi alors le remettre encore sur la table ?

Quoiqu’il en soit, il est difficile de penser une sortie de crise sans un compromis qui s’approche, dans sa forme finale, de ce que propose le président de l’Assemblée nationale. Le refus d’Aziz, mais aussi les hésitations de la COD, peuvent n’être qu’une partie de ce jeu (de poker menteur) auquel les politiques nous ont habitué : refuser pour pousser l’adversaire à renoncer, le premier, à des revendications considérées comme utopiques. Par exemple, le « rahil » (départ) d’Aziz réclamé par la COD et le désir de la Majorité de plier cette dernière à sa volonté de prendre le train en marche, pour participer aux élections, sont en train de céder le pas à un « repositionnement », de part et d’autres, pour aller à des élections qui, en fin de compte, constituent l’unique solution à la crise. A condition qu’elles soient vraiment libres et transparentes.


Top 10 des présidents de partis les plus en vue en Mauritanie

Ben, ce n’est pas vraiment le top 10 que j’avais promis. Le croustillant – déjà entamé- a finalement été abandonné. J’ai jugé que puisqu’il ne s’agissait pas seulement de moi, je devais m’interdire de parler de la vie privée des autres. Oui, il s’agissait d’un échantillon d’échanges sur les réseaux sociaux avec des amies ! Et bien que j’aie pris soin de supprimer tous les indices pouvant mener à l’identité de ces braves dames, j’ai finalement renoncé pour vous parler, en fin de compte, d’un sujet qui est plutôt dans mes cordes : la politique. Avec le top 10 des chefs de partis les plus en vue en Mauritanie.

1-     1 Messaoud Ould Boulkheir comme tête de liste de ce top 10, pourquoi pas ? C’est un choix. Mon choix. C’est forcément subjectif. Mais je trouve quand même qu’un homme comme l’actuel président de l’Assemblée nationale, avec un demi-siècle de lutte pour l’émancipation des Haratines (plus de 45% de la population mauritanienne), l’égalité entre toutes les communautés nationales et la promotion de la démocratie, mérite bien des égards. Aujourd’hui, une partie de ses anciens compagnons d’armes pensent qu’il a trahi la « cause », parce qu’il a tout simplement pris de la hauteur, en s’inscrivant non plus dans l’optique de revendications « particularistes » mais nationales. Homme de consensus, il pilote aujourd’hui une initiative qui cherche à concilier entre les positions d’une Coordination de l’opposition démocratique (COD) faisant du départ du président Aziz, l’essentiel de son agenda politique, et un pouvoir sûr de son fait.

2-      2Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz : Constitutionnellement, il n’est à la tête d’aucun parti politique, mais, dans les faits, il est le véritable boss de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir en Mauritanie. Ceci dit, on peut ne pas aimer l’homme qui préside actuellement à nos destinées mais reconnaissons lui quand même certains mérites : son franc-parler et mépris, non feint, qu’il a pour ceux qui prennent la politique pour un jeu d’intérêts ; même si on lui reproche d’avoir réhabilités certains anciens « valets » de Taya. Par nécessité de services (élections), ils sont là sans être là, confinés dans des postes d’ambassadeurs, de présidents de Conseils d’administration ou de conseillers. C’est l’un de ses échecs face au Système qui trouve toujours les ressources nécessaires pour rebondir de plus belle.

3-      3Mohamed Ould Maouloud : Le président de l’Union des forces de progrès (UFP) est, à l’image de sa formation de gauche, la politique personnifiée. Ils donnent un sens à l’Idéologie et à l’action que tout parti doit mener pour « vendre » ses idées aux électeurs dans une démocratie apaisée. La seule formation qui fonctionne comme une « machine » et non le parti d’un tel.

4-     4 Boidiel Ould Houmeid : Ancien syndicaliste, ancien ministre des Finances du président Taya, l’actuel président du parti d’Al Wiam (Entente), est l’un des principaux animateurs de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), l’aile modérée de l’opposition mauritanienne. Considéré comme l’alter ego de Messaoud Ould Boulkheir, il se refuse, depuis plusieurs années à suivre le discours d’un El Hor autonome, c’est-à-dire d’une communauté arabe scindée en deux. Une position qui dérange au sein de la communauté haratine mais fait gagner des points à Ould Houmeid au sein des anciens maîtres.

5-     5 Ahmed Ould Daddah : Frère cadet du premier président Mauritanien, Moctar Ould Daddah, Ahmed est rentrée d’exil, en 1992, à la faveur de l’ouverture démocratique en Afrique décrétée à la Baule par le président François Mitterrand.  Il se présente, à l’arraché, comme candidat de l’opposition contre Taya et obtient, malgré la fraude massive, 32% des voix à la Présidentielle. Ne s’entendant pas bien avec Messaoud Ould Boulkheir, alors secrétaire général de l’Union des forces démocratiques (UFD), Ahmed Ould Daddah manœuvre avec son groupe pour pousser leurs adversaires politiques à sortir de cette formation et à créer leur propre parti, Action pour le Changement (AC). Depuis, Ahmed Ould Daddah qui s’est séparé également de plusieurs autres groupes (islamistes de l’actuel Tawassoul et maoïstes de l’UFP), a recomposé ses militants au sein du RFD (Rassemblement des forces démocratiques) qui lui assure aujourd’hui d’être le chef de file de l’opposition démocratique.

6-      6Ely Ould Mohamed Vall : colonel de l’armée, président de la transition militaire 2005-2007, Ely Ould Mohamed Vall fut directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) vingt ans durant sous le régime de l’ancien président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Admiré pour avoir cédé le pouvoir au bout d’une transition de 19 mois, il voit son image se dégrader en 2009 quand il arrive largement derrière avec 3% à la présidentielle. Le pouvoir actuel a sans doute manœuvré pour qu’il en soit ainsi, le colonel Ely étant l’un des plus farouches adversaires du président Aziz, qu’il accuse d’avoir trahi son serment d’officier en renversant, le 6 août 2008, le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi faisant revenir le pays à la case départ.

7-      7Kane Hamidou Baba : Le président  du Mouvement pour la Rénovation (MPR) est un ancien du RFD dont il était l’un des vice-présidents. Elu député, en 2006, au nom de ce part, il le quittera lors de la crise de 2008, quand Ahmed Ould Daddah revient sur son soutien aux militaires putschistes. Il crée alors son propre parti, intègre la majorité présidentielle mais n’hésite pas à la quitter quand il se rend compte que le pouvoir n’a de considérations que pour l’Union pour la République (UPR) et considère tous les autres comme de simples satellites. Aujourd’hui, Kane Hamidou Baba fait partie de l’opposition « dialoguiste » (modérée) et critique de plus en plus les choix politiques et économiques d’un gouvernement accusé d’avoir choisi la fuite en avant plutôt que de faire face à une crise dont la solution nécessite que tous les pôles politiques reviennent à la table des négociations.

8-      8Yahya Ould Ahmed Waghef : Le président du parti Adil, et ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (2007-2008) est aujourd’hui, comme Kane Hamidou Baba, un déçu de la Majorité. Sa formation, bien que principale victime du coup d’Etat du 6 août 2008, a longuement hésité avant d’intégrer la majorité présidentielle. D’aucuns avaient considéré, à l’époque, que c’était une condition pour que cessent les poursuites engagées par le pouvoir contre Ould Waghf dans le cadre de ce que les Mauritaniens avaient appelé « l’affaire du riz avarié » et qui avait conduit l’ancien Premier ministre en prison. Mais même au sein de la Majorité, Ould Waghef n’avait pas cessé de critique la gestion du pays et à appeler à un dialogue avec la COD. Une attitude qui a provoqué une scission au sein de son parti, quand il avait pris la décision de sortir de la majorité, avec le PMR et le RD, pour former la Convergence démocratique (CP) et fusionner par la suite avec la CAP (APP, al Wiam et Sawab).

9-      9Naha Mint Mouknass : La Présidente de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) a déserté la scène politique nationale depuis qu’elle a été débarquée de son poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, au moment où son « protecteur », Kadhafi, se démenait pour rester au pouvoir. Fille du plus illustre des ministres mauritaniens des Affaires étrangères, Hamdi Ould Mouknass, Naha a hérité du parti créé par son père mais aussi de ses relations à travers le monde. Au sein de la majorité (même du temps de Taya), l’UDP est toujours le parti refuge de tous ceux qui expriment leur mécontentement par rapport au  pouvoir, sans avoir le courage d’aller à l’opposition.

10-   10Ibrahima Moctar Sarr : Le président de l’AJD/MR (Action pour la justice et la démocratie/mouvement pour la rénovation) a un parcours atypique. Ancien des FLAM (Front pour la libération des Africains de Mauritanie), journaliste et poète de renommée, il a longtemps milité avec l’actuel président de l’Assemblée nationale, au sein du parti AC dont il était secrétaire général. Taxé d’extrémiste, IMS continue toujours à réclamer un meilleur partage du pouvoir, une reconnaissance véritable des langues nationales (pulaar, wolof, soninké) et une reconsidération de certains attributs de la République (nom du pays, hymne et drapeau). Après un flirt avec le pouvoir actuel, il a préféré renoué avec l’opposition modérée sans aller jusqu’à intégrer officiellement la CP-CAP.


La rencontre avec le peuple : L’Etat de la nation selon le président Aziz

Accueil du Président Aziz à l'aéroport de Néma (photo: El hourriya.net)
Accueil du Président Aziz à l’aéroport de Néma (photo: El hourriya.net)

C’est l’une des rares fois où je regarde, de bout en bout, une émission de la télévision de Mauritanie. J’ai même renoncé à suivre la reprise, dans la soirée, des championnats d’athlétisme de Moscou qui me passionnent plus qu’une finale de coupe du monde ou de Champion’s Ligue de football. Le Président de la République va parler et il répondra, en principe, à toutes les questions. C’est donc une occasion à ne pas rater, pour savoir ce qu’il pense des questions de l’heure (élections, dialogue, initiative de Messaoud, crise économique) mais aussi réentendre sa version sur l’incident de « Toueila », connaitre son véritable état de santé et ses réponses aux accusations – graves – du député français Noëlle Mamère et de ce qui est connu sous l’appellation des « enregistrements d’Accra » relatifs à son implication, supposée ou réelle, dans une affaire de trafic de drogue d’ampleur internationale.

Le « Liqa’e echab » (rencontre avec le peuple) était en fait une grande « production » en deux épisodes : D’abord, le Raïs présente son bilan de quatre an, chiffres à l’appui, dans tous les secteurs. Et franchement, il n’y a là rien de nouveau ! Une compilation de chiffres, du déjà vu déjà entendu dans la bouche du plus anonyme des chefs de service au ministère des Finances ou des Affaires économiques, au Premier ministre dans son Discours de Politique Générale prononcé chaque année devant le Parlement. Reviennent donc en sourdine ces indicateurs de performances économiques « certifiés » par la Banque mondiale et le FMI et prenant toujours pour repère l’avant Aziz (2008) pour souligner que le pays avance depuis. Tout  y passe donc : croissance de 6%, inflation contenue à 3%, réserves en devises de plus d’un milliards d’UM, réduction du taux de chômage qui passe de 31% à 10%, et tant d’autres chiffres qui dénotent, selon le président Aziz, que la Mauritanie est sur la voie du progrès. Ainsi, au lieu d’avoir le bilan de l’année en cours (celle de cette quatrième édition du « liqa’e echaab », on revient, encore et encore, sur cette comparaison entre un avant  et un après.   Lassant non,

On pensait, à tort cette fois-ci, que la partie questions-réponses allait être plus « vivante », plus instructive mais surtout plus ouverte que celle où le président de la République ne fait que reprendre des données économiques qui laissent de marbre un auditoire profane n’ayant aucune connaissance de la macroéconomie ou des tendances du marché mondial. La manière même de gérer le débat laisse à désirer. Trop classique. Chaque journaliste est appelé à « exploiter » deux misérables petites minutes pour poser quelques questions au président de la République ! Et le premier qui passe, ne se prive pas : sept questions qui font sourire le Président mais décourage les autres journalistes, qui se disent qu’ils n’ont plus rien à dire. Et c’était vrai. Tout tourne en effet autour des élections, de l’initiative de Messaoud, du retour des « moufcidines » (gabégistes), des prix et de l’état de santé du président. Après la réponse apportée à cette première batterie de questions, tout le reste n’a été que rabâchage, avec l’impression quelques fois que certains journalistes n’étaient pas là pour pousser le Président à se livrer mais jouer le rôle dévolu traditionnellement aux soutiens du pouvoir : louer les réalisations du Raïs. Hum !


Lettre ouverte au « Président des pauvres »

Le président Aziz visitant un hôpital, le jour de la fête (Photo: Ami)
Le président Aziz visitant un hôpital, le jour de la fête (Photo: Ami)

Monsieur le Président…des pauvres. Oui, oui, vous êtes sans doute content que je renoue, à quelques mois des élections municipales et législatives, avec cette appellation que vos soutiens vous ont collée au lendemain de votre arrivée au pouvoir. Peu importe la manière. Coup d’Etat contre un président démocratiquement élu ou « Rectification » d’un processus qui était en train de nous ramener vers la case départ. C’est de l’histoire ancienne ça. Ce qui compte, Monsieur le Président donc, c’est de rappeler aux pauvres que vous êtes bien leur Président, avant d’être celui des riches ! N’est-ce pas les habitants de la « Mauritanie profonde » et ceux des « gazra[1] » de Nouakchott qui vous ont permis de battre vos adversaires politiques de l’opposition avec un score sans appel de 52% lors de la Présidentielle du 18 juillet 2009 ?

Il y a cinq ans, les pauvres, de Nouakchott et de l’intérieur du pays, avaient tout misé sur vous. Ils ont apprécié grandement la première « sortie » que vous leur avez réservée, en vous rendant dans cette immense « gazra » de Hay Saken (le quartier qui ne bouge plus) et en ordonnant, tout de go, qu’il soit loti et distribué à ses habitants pauvres ! Il est vrai que l’opposition d’alors avait vu en cela un coup médiatique, un acte de politique politicienne d’un général putschiste qui s’apprêtait à légaliser, par voie d’élections, un changement que ses partisans trouvaient déjà légitime. N’est-ce pas vous qui avait mis fin à vingt ans de dictature de Taya[2], rendu possible une transition de 19 mois et favorisé l’élection d’un « président qui rassure[3] » ? Oui, j’ai bien dit « qui rassure » ! Contre le retour en arrière, contre la chasse aux sorcières dont pouvait être victimes tous les soutiens de l’Ancien Régime, dont vous, Monsieur le Président, qui étiez le commandant du Bataillon de la Sécurité Présidentielle (Basep).

Monsieur le président…des pauvres, vous avez mené, au pas de charge, une série d’actions qui ont compté dans votre bilan économique et social : des routes, des hôpitaux, des écoles, et même des villes nouvelles (Chami, Nbeyket Lahwach, Termessa, Rosso). Mais revers de la médaille, vos adversaires politiques – toujours eux – pensent que tous ces chantiers ont été lancés pour faire tourner la machine des marchés qui ne profitent qu’à vous et à votre parentèle. On dit même que vous avez votre propre société de BTP, votre banque, votre société d’assurances, de transit, de pêche (avec les Chinois), d’immobilier, de distribution d’hydrocarbures, de…Bon, ce sont des « on-dit » comme vous l’avez signalé, il y a un an, à Atar, lors de la « Rencontre avec le peuple » (liqa’e echab) et ceux qui racontent ce genre de bobards à votre compte doivent en apporter la preuve.

Monsieur le Président…des pauvres, vous vous apprêtez à rencontrer le peuple, à Néma, ville de l’est mauritanien, dans la quatrième édition de « Liqa’e echab ». Une rencontre, à ciel ouvert, qui s’effectue chaque année, à l’occasion de la commémoration de votre accession au pouvoir et qui doit, en principe, permettre aux sans voix de pouvoir parler des problèmes qu’ils rencontrent tous les jours. Mais monsieur le Président, dans cette capitale d’une région considérée comme le premier réservoir électoral du pays, située à 1200 kilomètres de Nouakchott, qui elle concentre tous les riches du pays, les pauvres seront encore marginalisés par les « envahisseurs », ces politiques, ces applaudisseurs professionnels qui vous suivent partout et vous empêchent de voir la réalité. Ils parleront pour les autres, eux qui ne savent rien de leurs souffrances de tous les jours. Ils vous diront que tout « est bien dans le meilleur des mondes possibles », que les boutiques « Emel » (espoir) vendent les produits de première nécessité à des prix défiant toute concurrence, que l’eau potable est à la portée des populations, qu’il n’y a pas de coupures d’électricité, que les routes sont aussi bonnes que celles de la France, que les hôpitaux régionaux offrent des services de qualité, à tel point qu’on n’a plus besoin de parcourir des centaines de kilomètres sur des routes cahoteuses pour évacuer les malades vers Nouakchott. Personne ne vous dira, Monsieur le président…des pauvres, que la société mauritanienne d’électricité (Somelec) a déplacé, le temps d’une visite, des groupes électrogènes de capitales régionales pour que votre « rencontre avec le peuple » soit éclairée ! C’est ce qu’on appelle, Monsieur le président, le PARAITRE ; déshabiller Paul pour habiller Jean, ou encore plonger la ville d’Aleg dans la pénombre pour que Néma devienne une « ville lumière » durant votre séjour de vingt-quatre heures !

Monsieur le président… des pauvres, ce qui compte maintenant ce n’est pas ce qui est mais ce qui doit être. Le bilan de votre quinquennat  finissant est mitigé. Histoire du verre à demi plein ou à demi vide. Vous avez bien manœuvré, Monsieur le président, pour mettre au pas une administration fainéante. Les ministres, les directeurs et les chefs de projets ne sont plus lâchés, comme avant, pour n’en faire qu’à leur tête. Bon, je ne dis pas que la gabegie a cessé mais elle ne se pratique plus à ciel ouvert. Les arrestations de hauts responsables et d’hommes d’affaires, que l’opposition a mis sur le dos d’un règlement de comptes, ont poussé les gestionnaires à la prudence ; personne ne voulant séjourner dans le gnouf pour une durée indéterminée.

Vous avez bien agi également, Monsieur le Président, dans le domaine de la sécurité. Depuis votre arrivée au pouvoir, AQMI a cessé pratiquement ses incursions sur notre territoire. Vous avez même poussé l’exploit plus loin en s’attaquant à cette organisation terroriste sur ses propres terres, dans ce nord Mali où la France est allée à son tour livrer bataille aux groupes islamistes armés et permettre à Bamako de recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire malien. Mais Monsieur le Président, ça va mal à l’intérieur. Il faut une action énergique pour redorer le blason de la police et arrêter la vague de crimes, souvent odieux, qui s’abat sur la capitale Nouakchott. Meurtres crapuleux, vols et viols alimentent les colonnes des quotidiens nationaux. D’aucuns pensent que la police a baissé les bras parce que vous l’avez mise à l’écart en créant ce Groupement général pour la sécurité des routes (GGRS) simplement parce qu’elle a été commandée, cette police, vingt ans durant, par votre ennemi juré, l’ex colonel et président de la transition militaire 2005 – 2007, Ely Ould Mohamed Vall.

Monsieur le président…des pauvres, vous avez sans doute remarqué que je ne vous ai pas apostrophé cette fois pour parler politique. Seules les questions ayant trait à la vie économique et sociale des populations ont été abordées. La raison est simple : En matière de politique, on ne peut départager la majorité et l’opposition. Le verdict est sans appel : tous coupables ! Tous entretiennent la crise parce qu’elle sert leurs intérêts. Les députés, les maires et les sénateurs jouent les prolongations parce que la plupart d’entre eux craignent de perdre leurs fauteuils. Les partis politiques retardent les échéances électorales parce qu’elles constituent un facteur déterminant pour connaître le vrai rapport de forces. Les ministres s’accrochent à leurs postes et prient matin et soir pour que la crise continue, avec votre niet à la formation d’un gouvernement d’union nationale comme le propose l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir.

Monsieur le « Président des pauvres », je sais que vous n’êtes plus le même depuis l’incident de « Toueila ». Tout le monde a remarqué les changements physiques intervenus mais certains trouvent que c’est normal, la « balle amie » ayant sans doute causé de sérieux dégâts. Mais le pire a été évité Al hamdoullilahi[4], grâce à nos médecins et à nos amis français qui vous ont traité par la suite.

Monsieur le « président des pauvres », un dernier mot avant de fermer cette lettre : Le peuple veut que vous retrouviez, à l’occasion de la rencontre de Néma, cette jovialité qui a toujours constitué votre force. Ce « liqa’e echab », dernière rencontre avec le peuple avant l’élection présidentielle de 2014, sera déterminant pour votre réélection. Car tout laisse présager que vous êtes candidat pour un second mandat et que l’opposition radicale, qui est sortie moult fois dans la rue pour demander votre « rahil » (départ), s’essayera au coup qui a permis aux voisins sénégalais de vaincre Me Wade par les urnes.

Sneiba Mohamed


[1] Squat, bidonvilles de Nouakchott.

[2] Président de la Mauritanie entre décembre 1984 et août 2005.

[3] Slogan de campagne du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi soutenu par l’actuel chef de l’état alors général et homme fort de l’armée.

[4] Dieu merci.


Critique de la raison « pire »

Crédit photo: Philipitt.fr
Crédit photo: Philipitt.fr

Pardonnez-moi d’abord cette hérésie. Pasticher la Critique de la Raison pure (en allemand, Kritik der reinen Vernunft) œuvre majeure d’Emmanuel Kant parue en 1781, en 856 pages. La comparaison s’arrête là. Lui parle de Raison, moi de déraison. Lui évoque, en connaisseur, des notions d’espace, de temps, d’analytique transcendantale, d’entendement, de dialectique, de l’Idéal de la raison pure (avec les trois preuves de l’existence de Dieu). Moi, je ne sais même pas de quoi je parle. En fait, j’ai commencé avec un projet d’écriture sur la critique de la raison « pire » en politique. Avec comme exemple la Mauritanie. Ce pays qui étonne par sa capacité à survivre aux crises qu’officiers supérieurs de l’armée et hommes politiques entretiennent, en fonction de leurs seuls intérêts. Une déraison commune à tous, qui apparait, chaque jour, dans leur incapacité à tendre vers ce que Kant appelle la « discipline de la raison pure ». Celle qui permet à chacun d’entre nous d’éviter d’agir en crétin et de penser les autres comme une image de lui-même. Quoi en effet de plus vexant que d’entendre un homme politique, ministre, député, sénateur ou maire parler de ce que l’on sait comme s’il était le seul à le connaître. Nous dire, par exemple, que l’ancien président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été destitué parce qu’il avait pris la décision de trop, celle de limoger, d’un trait de stylo, les quatre généraux qui tenaient en réalité le pays. Peut-on véritablement croire que la démocratie est un bien     acquis en Mauritanie ? Nous peinons à renverser la conception habituelle du pouvoir par la nature du savoir. En nous règne une confusion générale de la connaissance, politique ou autre, alors que Kant détermine très bien les limites entre le savoir et l’opinion qui est « une créance consciente d’être insuffisante subjectivement tout autant qu’objectivement. Si la créance n’est suffisante que subjectivement et est en même temps tenue pour objectivement insuffisante, elle s’appelle croyance. Enfin, la créance qui est suffisante aussi bien subjectivement qu’objectivement s’appelle le savoir. La suffisance subjective s’appelle conviction (pour moi-même), la suffisance objective s’appelle certitude (pour chacun).

Si de tels concepts sont clairs en nous, nous ne craignons plus alors d’être induits en erreur par nos hommes politiques ; leurs opinions ne pouvant plus s’élever au degré du réel que par les deux derniers schèmes décrits par Kant (la conviction, comme savoir pour moi-même et la certitude, comme certitude pour chacun) et non comme une « somme » d’opinions ne s’établissant nullement en Vérité. Si les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) disent tout le mal possible du président Aziz cela ne le transforme pas en démon et si la Majorité l’adoube comme un saint, c’est loin d’être une transformation « réélisée ». Le tout est de pouvoir – savoir – faire le départ entre la réalité et l’image qu’en donnent les politiques et les intellectuels. Concernant ces derniers, on peut dire : «tous coupables.» Ce sont eux qui portent très haut, très loin, les idées de la politique dans tous ses états. Ils ont dit aux citoyens ordinaires que le changement du 03 août 2005 était parfait. La transition et ses querelles byzantines ont démenti la perception qu’on avait eu, à la hâte, de la « détayasition¹ ». La Rectification, qui a consacré la destitution de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, « premier président démocratiquement élu » en Mauritanie a achevé de nous convaincre que nous faisons encore fausse route. Depuis, nous tournons en rond, nous résonnons de nos errements, nous pourchassons les chimères d’une démocratie que nos politiques utilisent, depuis sa découverte tardive, comme « l’opium du peuple ». Pire que la pure des dictatures.

¹ De Taya, président mauritanien de 1984 à 2005.


24 H Chrono : Nouakchott – Dakar – Nouakchott

Taxi-brousse (crédit photo: Google)
Taxi-brousse (crédit photo: Google)

Vous aviez raison mes amis.  Etfou[1] essence ! Ce n’est vraiment pas la peine d’avoir une voiture qui carbure avec ce liquide dans un pays où 95% des véhicules consomment du gazole. Je m’en suis rendu compte, enfin, il y a une semaine quand ma bagnole, comme un vieux bourricot, s’est arrêtée net devant la caserne du Groupement général pour la sécurité des routes (GGSR), ce corps spécial – « mutant », disent les mauvaises langues – qui a remplacé la police dans sa mission la plus « lucrative » : Le fameux contrôle. Mais qui serait intraitable avec les automobilistes en infraction. Bon ça c’est une autre histoire, revenons à cette histoire de voiture et d’essence.

Après le diagnostic de mon mécano, j’ai parcouru, trois jours durant, tous les commerces de pièces détachées de Nouakchott. Avec les spécifications de mon brave mécanicien Barry en main. Rien. A croire que ce type de voiture n’a été conçu que pour moi ! Je me suis rabattu ensuite sur les « naharra[2] » qui achètent les vieilles voitures et les véhicules accidentés pour les revendre en pièces détachées. Un commerce qui rapporte gros, me dit-on, et qui attire du monde. Même les Maliens qui ont leur coin au Ksar, le plus vieux quartier de Nouakchott, et qui sont le dernier recours. Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez chez les Maliens, alors, il ne vous reste plus qu’à commander la pièce chez « Ehel Salek », une sorte de royaume de l’automobile, ou à vous rendre à Dakar. C’est donc décidé, j’irai à Dakar, une ville que je n’ai pas revue depuis le séjour des Mondoblogueurs. Dakar durant le Ramadan ce n’est vraiment pas Dakar. Ça il faut le préciser dès à présent pour stopper net toute supputation déplacée.

Vendredi 2 août, 8 heures :

Direction la gare routière du PK 7. J’ai pas attendu longtemps avant de m’embarquer, avec 7 autres personnes dans une vieille Renault 21, marque qui a détrôné les Mercedes et autres Toyota dans le transport interurbain. Deux cents kilomètres à parcourir. Deux à trois heures avant d’arriver à destination, tout dépendant du chauffeur. S’il a « le pied chaud[3] », il faut prier pour ne pas compter parmi les nombreuses victimes des routes mauritaniennes dont l’état lamentable n’est dénoncé par la presse que quand survient un accident mortel. Quarante kilomètres avant Tiguent, la pluie est venue gâcher la fière allure de notre voiture dont le chauffeur avait des ambitions de pilote de F1. Sans essuie-glaces, il était obligé de rouler à 30 Km/h, voire de s’arrêter carrément sur une route en réfection depuis quatre ans ! Pour seulement 48 kilomètres ! Finalement, on ne sera à Rosso qu’à 13 H30 et la prière du vendredi m’obligea à attendre encore une heure avant de franchir la frontière.

15 heures : La traversée (du fleuve pas du désert) :

La traversée du fleuve Sénégal (photo: Jiddou Derdeche
La traversée du fleuve Sénégal (photo: Jiddou Derdeche

Elle s’effectue dans une petite barque à moto où une vingtaine de personnes pressées comme moi n’avaient pas attendu le bac de Rosso pour sa première rotation de l’après-midi. Arrivé sur la rive gauche du fleuve Sénégal, deux jeunes m’abordent et me proposent de voyager avec eux dans un 4X4 qu’ils me montrèrent du doigt, garé derrière le poste de police. Le fait de savoir que c’est au même pris que les taxis-brousses qui attendaient cinq cents mètres plus loin m’incita à accepter mais après une demie heure d’attente, j’ai dû me résigner à aller à la gare routière. Pour me réserver une place de choix, à côté du chauffeur ou au milieu, je glisse 500 F au « coksseur [4]».

Comme entre Nouakchott et Rosso, la pluie va aussi changer la donne du voyage. Au lieu des quatre heures habituelles pour parcourir les 370 kilomètres, on mettra plus de cinq heures. A l’arrivée, je saute dans un taxi pour me rendre à l’hôtel le Fouta 2 que j’affectionne tant pour son calme et ses prix très abordables.

Samedi 3 août, 10 heures.

Direction Avenue 93 Blaise Diagne, plus connue sous le nom de Dufoncé qui rime pour les connaisseurs avec « pièces détachées » et accessoires automobiles. Je tombe sur  un jeune mécano qui me dit tout de suite qu’il a tout ce que je cherche. C’est à peine s’il ne m’a pas dit que c’est lui-même qui a fabriqué ma voiture !

« Assois-toi là, je reviens », me dit-il. Et c’était parti pour trois longues heures d’attente. Les pièces s’accumulaient devant moi au bout d’une longue recherche. J’avais pourtant une certaine appréhension : on n’a pas discuté du prix. Et apparemment lui n’était qu’un intermédiaire dont je dois supporter le « coût ». Et quand je demandais enfin les prix, les francs volèrent par milliers : 18.000 F pour la croix (ou chaîne, je ne sais plus) de distribution, 12.000 F pour le joint de culasse, 30.000 pour les soupapes, 6000 F pour les bougies. Je me dis que j’aurais pu m’épargner ce dur voyage et changer mon moteur essence contre un autre diesel. Lui doit se dire que puisque je suis là, je dois forcément acheter. C’était son calcul de Sénégalais qui connait bien la mentalité du Mauritanien, de son « Nar », comme nous appelle nos joyeux voisins. Moi aussi, je n’étais pas dupe, il n’a pas mis tout ce temps et fourni tant d’énergie pour me laisser partir. C’est pourquoi quand son ami intervient pour rapprocher nos vues, il accepta sans trop de difficultés. Il a dû faire une bonne affaire puisqu’il m’accompagne jusqu’au goudron, héla un taxi et négocia durement avec le chauffeur pour me faire économiser 200 F ! Pressé de rentrer chez moi, j’ai accepté le prix du taximan qui partit en trombe vers le garage Pompier.

13 heures : A la gare

Le taxi que je devais prendre était là, garé avec une montagne de marchandises sur le porte-bagages. Ça se comprend, on est à quelques jours de la fête d’Id El vitr. On est entré dans cette frénésie qu’on appelle en Mauritanie « weyloumak yel warrani » (gare au dernier ou quelque chose comme ça).

18 H45mn :

Le taxi-brousse a enfin ses 7 passagers habituels. Destination Rosso donc. Mais non, c’est à la sortie de la gare routière que le chauffeur nous apprend que c’est un « voyage mélange », eh oui, comme le dernier vol que j’ai pris à partir de Tunis, qui embarquait des gens allant à Nouakchott, Bamako, Conakry et je ne sais quelle autre capitale ouest-africaine. Sauf que l’avion a un trajet connu à l’avance. Dans notre cas, c’est en route qu’on a discuté de la « priorité ». Rosso d’abord ou Richard Toll, quinze kilomètres plus à l’est ? Ça devrait être facile : on vote ! 4 pour Rosso et 3 pour Richard Toll mais avant qu’on ne crie victoire, le « pilote » décide pour Richard Toll. Il est vrai qu’avec sa voix, c’est l’égalité parfaite mais il est le chef. Et son intérêt est de passer d’abord à Richard Toll, décharger les marchandises et continuer à Rosso où il doit passer une nuit tranquille. Mais c’était compter sans les contrôles. Un premier poste de gendarmerie colla à notre chauffeur une amende (ils appellent ça « reçu ») de 6000 f pour surcharge de bagages. « Immunisé » contre cette infraction, il allait se rendre compte que les « hommes de loi » avaient plus d’un tour dans leur sac. Défaut d’immatriculation, lumière faible, tout y passa pour soutirer au pauvre chauffeur une bonne partie du montant payé par les passagers pour leurs bagages.

Dimanche 4 août, 2 heures du matin :

Un léger écart de la route, au passage d’un gros camion venant en sens inverse, puis un étrange bruit qui se fait entendre au niveau du pneu droit avant. Le chauffeur est obligé de s’arrêter pour constater les dégâts : Un amortisseur foutu, à cause sans doute de la surcharge de bagages. Quarante kilomètres à parcourir au pas de tortue avant d’arriver à Saint-Louis où un mécanicien tiré de son lit parvient heureusement à réparer la voiture. Direction Rosso ou plutôt Richard Toll où on arriva à quatre heures du matin. Une demi-heure plus tard, on arrive à Rosso. Rapides formalités pour deux compatriotes et moi puis un piroguier se proposa de nous faire traverser à 2000 F par personne. La police devrait normalement fermer les yeux, me dit-on puisqu’il y a un pacte tacite entre elle et ces piroguiers qui agissent comme des passeurs de clandestins. Mais ils évitent à tout prix de prendre des étrangers.

Sur la rive mauritanienne, le gendarme de faction devant la grande porte refusa qu’on sorte par là. Il faut aller de l’autre côte, voir le poste de police et s’arranger avec leur chef pour sortir de l’enceinte du bac à cette heure. L’un de mes compagnons était apparemment bien connu des hommes de loi. On se mit à l’interroger en hassaniya s’ils nous connaissaient, ce qui provoqua ma colère. Je m’entendis dire au policier : « oui, nous aussi nous sommes Mauritaniens ». Vexé sans doute par ce propos dit sur un ton de reproche, le policier autorisa « sa connaissance » à humer l’air du dehors et me signifia que je dois attendre l’ouverture de la frontière, vers huit heures, pour sortir. « J’attendrais même après demain, rétorquai-je, mais la loi doit être la même pour tous. En voulant l’appliquer sur nous, vous l’avez enfreinte en autorisant votre « connaissance » à sortir. Alors attendez-vous à ce que l’affaire ne s’arrête pas là ». Surpris par cette riposte, sur la rive du fleuve où d’autres hommes de lois (gendarmes et douaniers) dormaient encore, il me demanda ma pièce d’identité que je lui remets avec ma carte de presse. Sous la clarté de l’aube naissante, je vis son visage se transformer. Il se dirigea vers la porte, l’ouvrit et nous invita à sortir tout en disant : « sachez tout de même que ce n’est pas un droit, je le fais pour vous arranger, c’est tout ».

Pour toute réponse, je réponds : « oui, ce n’est pas un droit, mais la loi s’applique à tous sinon elle devient autre chose ».

 


[1] Exprime le dégoût en Hassaniya, dialecte arabe de Mauritanie.

[2] Littéralement : dépeceurs – ou plutôt « dépiéceurs ».

[3] « Kraou hami », comme on dit en hassaniya d’un amoureux de la vitesse.

[4] Collecteur de l’argent des billets


A quitte ou double : Mali, Egypte, Tunisie…

Camp de réfugiés maliens (crédit photo: un.org)
Camp de réfugiés maliens (crédit photo: un.org)

Bon on a voté au Mali. Mieux à la date choisie par la France. Par François Hollande plutôt qui a, pour une fois, joué et gagné. Gagner la guerre contre les groupes islamistes armés qui avaient semé la terreur, une année durant au nord Mali mais gagné aussi le pari des élections dans un contexte qui, franchement, n’y était pas favorable. Question : Le président « normal » des Français va-t-il être l’artisan du retour de la « normalité » constitutionnelle au Mali ? Ou bien faut-il craindre qu’il ne s’agisse que d’un simple répit avant qu’un autre capitaine ou sergent ou caporal surgisse du néant et obligent les Maliens à revenir à la case départ ? Eh oui, ce n’est pas une improbabilité puisque cela est déjà arrivé quelque part (suivez mon regard). Pour contourner l’infamie qui frappe les coups d’Etats revenus à la mode en Afrique, les hommes en uniforme parlent de « rectification », de « tamaroud » (fronde) et de volonté du peuple ! Des raisons suffisantes pour remettre en cause tout processus démocratique – ou révolution – qui permet à un peuple de se débarrasser, d’une manière ou une autre, d’une dictature d’un autre âge. Mais s’il faut à chaque fois crier « le roi est mort, vive le roi », enterrer une dictature pour voir une autre renaître sur ses cendres, il y a de quoi être inquiet.

Ce qui se passe actuellement en Egypte et en Tunisie n’inspire pas confiance. Le « printemps arabe » s’avère n’être qu’un rapport de forces entre les groupes idéologiques qui l’ont déclenché. Ce qu’on pensait être une révolution n’est, en réalité, qu’une révolte. Contre un système ou une personne. L’essentiel est de mettre fin à une situation. On n’a pas véritablement pensé à la suite. En Tunisie tout comme en Egypte, il fallait chasser Ben Ali et Moubarak du pouvoir, organiser des élections sans penser aux garde-fous nécessaires pour empêcher le retour de la bête, sous les traits d’un parti islamiste peu soucieux des règles de la démocratie pluraliste ou d’un général véritable Pharaon des temps modernes ! Et, de nouveau, les foules sortent dans les rues. Elles font face à leur destin avec comme seuls choix de reprendre la lutte là où la conceptualisation de ses résultats à été mal pensée, favorisant les dérapages que l’on observe actuellement en Egypte et en Tunisie, ou de céder à la fatalité, comme cela risque d’être le cas en Syrie. Parce que, justement, la communauté internationale a manqué de cette fermeté qui a permis à la France de faire revenir l’Ordre en Cote d’Ivoire, du temps de Sarkozy, et au Mali avec Hollande. C’est un peu la réplique française de ce que les Bush avaient entrepris, après les attentats du 11 septembre, en Irak et en Afghanistan pour des considérations géostratégiques loin d’être évidentes. Mais qui sont sans doute pour quelque chose dans ce qui se passe actuellement dans le monde arabe. Une sorte de boite de Pandore où se sont les peuples des pays, théâtre de ces troubles, qui sont les apprentis sorciers.