Mohamed SNEIBA

Autour d’un thé : Chronique de mon frère

Crédit photo: Cridem.org
Crédit photo: Cridem.org

La Mauritanie n’a pas perdu le Nord. Heureusement. Vous savez, le diable est dans le Nord. Regardez autour de vous. Autour de nous. La semaine dernière, tous les walis étaient au Nord. Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation aussi était au Nord.

Il est allé plus au Nord de façon impromptue. Il faut bien gagner le Nord. Perdre le Nord n’est pas de bon augure. Le Sahara est au Nord. Les trois-quarts des putschistes sont du Nord. La nouvelle zone franche est au Nord. La nouvelle zone franche, vous savez, les conventions de pêche, surtout la plus controversée, celle avec les Chinois.

Enfin, le poisson, c’est là où je voulais en venir, ce n’est quasiment que le Nord. Le wali qui est devenu un ‘’œil blanc’’* et dont on n’a plus parlé, ça, c’est une histoire qui s’est passée au Nord.

Les événements de 1966 au cours desquels l’armée a tiré, à balles réelles, sur les gens, c’était au Nord. Même les incendies. Y en a eu plus d’une dizaine cette année, à Nouadhibou. C’est encore le Nord. Le feu, quand ça brûle, « ça ne bon pas », comme dirait un acteur de la série « Ma famille ».

Qu’Allah nous préserve du Nord et du Sud. Chaque fois que je discute avec un ami de la majorité sur un problème, c’est toujours, selon lui, cette affaire de « Tarakoumatt » (accumulations). Le problème des journaliers de Nouadhibou et de Zouérate. Ça, ce n’est pas nouveau. C’est depuis la MIFERMA. Vos présidents, civils ou militaires, d’avant la « révolution » du 6 août n’ont jamais rien fait pour le régler. Même pas une promesse non tenue. Ça, c’est nous. Le BASEP, c’est nous, comme a dit l’autre, le soir du 3 août 2005.

Mais, entre dire et ne pas faire et ne pas dire et ne pas faire, il n’y a que la différence entre le mensonge et la vérité. La révolte des journaliers du Nord, surtout ceux de Zouérate, remet, sur la table, au moins deux problématiques importantes.

La nouvelle forme d’esclavage moderne que l’Etat adopte, à travers son silence, complice, vis-à-vis du système, très répandu, du tâcheronnat qui prévaut dans toutes les grandes sociétés minières (SNIM, MCM, Tasiast…) et autres établissements comme le Port de Nouakchott où le Bureau d’Embauche de la Main d’Oeuvre Portuaire (BEMOP) sous-traite et maltraite plusieurs milliers d’hommes, suivant les formes les plus abjectes de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Ces organisations influentes ont leur bureau d’embauche pour recruter « leurs » travailleurs. De véritables comptoirs ou maisons des esclaves, envoyés vers les mines, en lieu et place des plantations de sucre ou de riz. Un secret de Polichinelle. Une véritable filière d’exploitation et d’arnaque. A remonter modérément, puisqu’elle peut vous amener loin, très loin même.

Mohamed Ould Nahah, le porte-parole des grévistes remontés de Zouérate, a confirmé une radio nationale indiquant qu’il avait été convoqué par les militaires proposant l’engagement immédiat de négociations contre l’arrêt du mouvement. Wilaya, moughataa, inspection du Travail, représentations locales de toutes les centrales syndicales nationales, sociétés intermédiaires employant les journaliers au profit de la SNIM. Initiative militaire.

Quant les étudiants manifestent, quand les dockers marchent, remuant la terre et le ciel. Ce sont les bons offices des officiers qui permettent de régler les problèmes. Mêmes les querelles internes de l’UPR sont gérées, du coin de l’œil, par les militaires.

C’est eux, selon les insinuations, on ne peut plus claires, du Président, qui serviront, à travers régions militaires, directions régionales de la Sûreté et compagnies de gendarmerie, de canaux spéciaux pour évaluer le poids électoral aux postulants upéeristes à la présentation aux prochaines élections législatives et municipales.

Aïoun : rudes confrontations entre transporteurs et policiers, nombreuses blessures et arrestations.

Nouadhibou et Zouérate : Les journaliers très en colère cassent et brûlent tout sur leur passage.

Aleg : cinq villages de l’arrondissement de Dar El Barka organisent un sit-in pour protester contre la soif.

Kiffa : un homme essaie de mettre le feu à la direction régionale des Affaires sociales et de la santé. Pas de crise, ni politique, ni sociale. Juste un excès de chaleur. Le thermo affiche parfois 48° à l’ombre. Normal alors que les têtes chauffent. Mais plus que les militaires, faudrait donc déployer les pompiers… On ne sait jamais.

Sneiba El Kowri

Le Calame (Mauritanie)

*Traduction littérale du hassaniya « aïn beïdha » (oeil blanc », signifiant « qui a disparu », qu’on n »a plus revu ».


Elections en Mauritanie : Cap sur…2014

Bureau de vote à l'intérieur du pays (crédit photo: Elhourriya.net)
Bureau de vote à l’intérieur du pays (crédit photo: Elhourriya.net)

De sources dignes de foi, le gouvernement mauritanien s’apprête à rendre public sa décision de remettre l’organisation des élections municipales et législatives, déjà reportées à deux reprises, à 2014.

Une échéance qui coïncide avec la fin du quinquennat du président Mohamed Ould Abdel Aziz et qui, si les choses étaient allées d’elles-mêmes, verrait également l’organisation d’élections générales pour le renouvellement des conseils municipaux et du Parlement.

En dehors même de la crise, qui a occasionné un retard considérable pour l’organisation des élections municipales et législatives fin 2011, le gouvernement mettrait en avant que l’option des élections groupées en diminue le coût financier sur le budget de l’Etat, d’autant que jusqu’à présent les soutiens extérieurs à ce scrutin, qui se manifestent habituellement tôt, ne sont pas encore sûrs. Cependant, la décision d’ajourner encore ces élections remet en cause l’indépendance de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a procédé, depuis sa création, à la mise en œuvre d’un processus électoral dont la dernière mesure en date est l’accord signé avec l’Office nationale des statistiques (ONS), pour le recensement à vocation électorale devant aboutir à l’établissement de la liste électorale.

En 2014, il ne s’agirait plus d’organiser une seule élection, mais trois ! Les suffrages législatifs et municipaux devraient ainsi se tenir en même temps que la future présidentielle. Finalement, et même si une telle décision va prolonger le mandat des élus mauritaniens de cinq ans indus, cela arrange tout le monde. Le gouvernement d’abord, qui fait face à une crise politique sans pouvoir trouver la solution « acceptable » pour faire venir la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à la table des négociations. Ce même pouvoir est également en face du dilemme que pose l’organisation, ici et maintenant, d’élections municipales et législatives sans disposer d’un état-civil fiable, ni même des moyens financiers et matériels pour le faire. Pour beaucoup d’observateurs, ce sont là les principales raisons objectives et suffisantes qui ont poussé le pouvoir à reculer les élections jusqu’en 2014, quitte à subir les critiques d’une opposition qui y verra, de toute façon, une autre faillite du régime. Même si le gouvernement peut arguer que le report à une échéance lointaine permet de mieux préparer ce scrutin pour donner toutes les garanties de transparence et de liberté requises à une opposition qui voit la fraude partout.

Il est incontestable que le report de deux ans d’une élection arrivée à terme depuis plusieurs mois ne sera pas du goût de tout le monde. Ni des populations qui, très souvent, ont posé la question de leur organisation pour pouvoir se débarrasser d’une bonne partie d’élus décevants à plus d’un titre. C’est d’ailleurs pourquoi l’on ne serait pas étonné d’apprendre demain que ce sont les parlementaires décidés à jouir d’un deuxième mandat à l’allure de  » bonus  » qui pourraient bien avoir soufflé au gouvernement cette parade pour ne pas devoir descendre dans une arène pleine d’incertitudes.

Qu’en pense la classe politique ?

Mais c’est sans doute du côté de la COD qu’il faut s’attendre à la plus vive des critiques. L’opposition qui est actuellement dans la meilleure de ses formes, si l’on tient compte des mouvements de revendications et du pouls de la rue, ainsi que de ralliements sans précédents (partis) trouvera qu’un tel report est tout simplement une dérobade de la part du pouvoir pour ne pas subir une cuisante défaite. Le pouvoir qui a tout l’air d’avoir des craintes quant à la fiabilité de son système de noyautage – et de la manière dont fonctionne la Coalition de la Majorité Présidentielle (CPM), veut se donner le temps nécessaire pour rebattre les cartes et parvenir, avant les élections, à remodeler le paysage politique en sa faveur. Cela est d’autant plus vrai que l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, et le parti Sursaut de la Jeunesse pour la Nation (qu’on a voulu présenter comme le nouveau chouchou du président Aziz) ne semblent pas disposer de réelles capacités pour assurer au régime le raz-de-marée dont il a besoin pour continuer à régenter le Parlement et les conseils municipaux. Mais il faut reconnaître aussi que, maintenir pour une  » longue durée  » des élus, c’est un signe de la mauvaise santé de notre démocratie. C’est, surtout, priver d’autres aspirants à profiter d’une situation politique qui peut leur être favorable, quand on sait que plusieurs des parlementaires actuels n’avaient pas été élus sous les couleurs de la majorité actuelle. C’est à la faveur du fameux système de vases communicants que connait bien le monde  » bordelesque  » de la politique en Mauritanie que plusieurs élus des deux bords ont voulu « refaire » leurs parcours en fonction d’intérêts qui n’ont souvent rien à voir avec ceux de leurs électeurs.

Ce report est un problème sérieux qui rappelle également que les 2 tiers du Sénat devait être renouvelé, il y a plusieurs mois, et que le gouvernement bute toujours sur cette question du dialogue entre Majorité et Opposition. Avec toutes les ambigüités que cela entraîne ! L’opposition avait demandé le report, le ministère de l’Intérieur affiche une fin de non recevoir puis, finalement, il y a quand même report ! L’opposition ne manque pas d’indexer l’UPR (qui n’est pas suffisamment préparée pour faire face à des divergences internes) alors que le gouvernement affirme, lui, avoir accepté une requête d’une partie de l’opposition !

 Remise en cause du dialogue

 Dans ce jeu au chat et à la souris, il y a de fortes chances que les résultats du dialogue déçoivent. Et qu’on soit obligé, contrairement à la volonté du camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, à revenir à un dialogue bis avec la COD ! Autrement, à revenir à la case de départ, sans vraiment être assuré que cette fois soit la bonne. Le pouvoir joue, sans aucun doute, sur le temps, mais l’opposition peut aussi tirer profit de ce qui ressemble, de plus en plus, à des actes politiques posés sans réflexion aucune. Autrement, une navigation à vue perceptible à tous les niveaux et qui, dans le domaine de l’économique et du social, peut être fatale.

Car on n’est même pas assuré, dans ce cas de figure, que le courant continue à bien passer entre le président Aziz et Messaoud, que l’on dit être le principal artisan de ce dialogue à minima avec le pouvoir. Quand, il y a quelques mois, le président de l’Assemblée nationale avait pris sur lui de demander au président Aziz d’ordonner l’arrêt du recensement en cours, la réponse n’a pas tardé à délimiter le champ de « l’acceptable » pour le pouvoir. Oui, quand il s’agit de prendre une position qui permet de diviser l’opposition en « participationniste » et « boycotteuse », avec le confort que cela donne à un gouvernement qui fait face à mille et un problèmes. Non, quand il s’agit de remettre en cause des décisions importantes qui ont été prises par le Raïs lui-même. Demander la suspension de l’enrôlement des populations, l’arrêt de la « guerre  » contre la gabegie, qui ne serait en fait que des règlements de comptes, ou le confinement des militaires dans leurs casernes, c’est comme si on demandait à Aziz de remettre en cause tout ce qu’il avait mis en avant, en août 2008, pour destituer le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi !

C’est d’ailleurs pour ces considérations, apparemment sans importance, que tout dialogue avec la COD pourrait ne pas aboutir à autre chose que l’organisation des élections municipales, législatives et présidentielles.

La même praxis vaut aussi pour ce qu’on appelle communément ici l’exercice de la démocratie. Tout est dans les formes, pas dans les contenus, qui restent attachés à ce que des hommes et femmes ont toujours dit – ou fait – depuis que la Mauritanie a pris son destin en main. La tribu, l’argent et le savoir étaient et restent encore le tiercé gagnant de la pratique politique dans le pays. Taya l’avait compris, après avoir voulu créer une sorte de « révolution » à la Atatürk. Son retour au Système lui a assuré la tranquillité vingt ans durant avant qu’il ne soit victime d’une énième révolution de palais en Mauritanie. Son tombeur, l’actuel président, suit, lui aussi une démarche similaire en voulant « réformer » non pas l’Etat, mais les esprits ! Un effort qui, en quatre ans de pouvoir, commence déjà à s’estomper. Et à faire douter sur la capacité d’un dirigeant, aussi décidé soit-il, à amener les hommes politiques mauritaniens à changer.


Zouerate : Les prémices d’un « printemps mauritanien » ?

Manifestation de travailleurs dans la cité minière de Zouerate (photo: Facebook)
Manifestation de travailleurs dans la cité minière de Zouerate (Photo: Facebook)

Ce qui s’est passé, hier mardi, à Zouerate, est préoccupant. Des centaines de travailleurs qui marchent sur les locaux de la wilaya pour y mettre le feu. Certes, ce n’est pas la première fois que des travailleurs (ou d’autres groupes sociaux) manifestent leur ras-le-bol, mais c’est le symbole qui compte : l’autorité de l’Etat est sérieusement entamée. L’ampleur des dégâts aussi.

Il faut dire ici que la responsabilité du gouvernement est pleine. On ne peut pas croire qu’il laisse un problème aussi sensible que celui des travailleurs – fussent-ils journaliers – de la plus grande entreprise du pays, et deuxième employeur après la Fonction publique  (SNIM) perdurer, aboutir à ce que nos hommes  politiques de la majorité aiment appeler des « accumulations » pour finalement provoquer ce mouvement de révolte des travailleurs journaliers. On sait pourtant, que c’est sur injonction du président de la République lui-même, que le dossier avait connu un début de solution. Avec les négociations menées, il y a un peu plus d’un an, par les sociétés intermédiaires pressées par la SNIM de le faire mais c’est comme s’il y avait de la mauvaise foi quelque part. Il faut dire aussi que les derniers événements au Port autonome de Nouakchott dit Port de l’Amitié (PANPA), puis le mouvement des dockers ville à Nouakchott, les manifestations des transporteurs à Aioun, de la mairie de Kiffa, le vent de révolte qui a secoué les zones d’habitats précaires de Dar Naïm, avec l’agression perpétrée contre le préfet de cette moughataa, sont une succession de faits qui, mis ensemble, sont la preuve qu’il y a un profond malaise social dont les autorités ne semblent pas prendre conscience, préférant plutôt gérer, à leur manière, une crise politique qui n’en finit pas.

https://youtu.be/gs0ZDh0NwPU

L’intervention de l’armée à Zouerate est salutaire ; il faut même reconnaître qu’elle a joué pleinement son rôle, en toute responsabilité. Sans user – et abuser- de la force, dont elle dispose pourtant plus que les autres corps appelés à assurer le maintien de l’ordre, mais en assurant aussi la protection des biens publics et privés et la sécurité des personnes. A Nouakchott, le soulagement doit être total de savoir que l’anarchie a cessé. Il faut attendre maintenant le retour du président Mohamed Ould Abdel Aziz pour voir comment il va réagir à tous ces événements. Car, véritablement, il y a péril en la demeure. Le rais doit comprendre que des problèmes de ce genre ne peuvent être laissés entre les mains de ministres qui, eux-mêmes, manquent de convictions ! L’idée ambiante que c’est Ould Abdel Aziz, qui pense, décide et exécuté fait plus de ravages que les attaques sans discontinuer d’une opposition qui se délecte des erreurs du pouvoir en place. Je le dis parce que cette histoire de journaliers de la SNIM a trop duré alors qu’on nous avait dit, il y a plusieurs mois, que l’affaire est réglée, avec même une prise de décision, que ce travail de tâcheronnat qui n’est rien d’autre qu’une exploitation de l’homme par l’homme. Un esclavage moderne pur que celui que dénoncent Biram Ould Dah Ould Abeid et ses amis de l’Initiative pour la Résurgence d’un Mouvement Abolitionniste (IRA).

Aziz doit donc se mettre en avant. Maintenant et ici. La situation sociale l’exige mais aussi la politique. On est aux portes d’élections municipales et législatives où ce qui compte ce n’est pas le passé, aussi glorieux soit-il, mais le présent et l’avenir. Ainsi, le bilan du pouvoir ne peut être mis en avant quand les événements récents commencent à attirer plus l’attention des citoyens que ce qui a été fait dans le domaine de la lutte contre la gabegie, la réalisation d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux) et de la sécurité.

Car dans tous ces domaines, les populations ont tendance à oublier – ou plutôt à en demander plus – Au moment où les hommes politiques commencent à bouger dans tous les sens, reprenant l’animation bien connue des veilles de campagnes électorales. Des ralliements par-ci, des ralliements par là et, souvent, il ne s’agit que d’individus qui veulent gagner le jackpot. Même si le président Aziz est plutôt connu pour son aversion de cette politique politicienne, celle qui rappelle les pratiques de l’Ancien Régime ! L’acceptation par le rais de ce retour en arrière serait vue par certains comme un mal (non) nécessaire, même si l’on sait qu’il s’agit de la quête de voix par le biais de ceux qui ont toujours tiré profit de leur médiation politique. Son refus sera, lui, un véritable challenge : Aziz, élu à la présidentielle de juillet 2009 à plus de 52% doit maintenant prouver qu’il doit son sacre non pas à l’appel à la rescousse de la « vieille garde » mais à son action personnelle. Pour cela, il ne doit pas laisser la fin de son quinquennat finir dans les troubles sociaux. Cela reprendra, étrangement, un cycle de violence qu’on a connu un peu partout, en Tunisie, en Egypte, en Libye et même au Sénégal voisin, provoquant la chute des régimes par la force de la rue ou des urnes.


Démocratie : L’exception mauritanienne

Bulletin unique, élection 2009 en Mauritanie (crédit photo : google.com)
Bulletin unique, élection 2009 en Mauritanie (crédit photo : google.com)

On est fiers de nous. Notre « démocratie » est en train de faire notre renommée. Après avoir été le pays du « million de poètes », nous sommes en train de nous forger une autre image, plus moderne celle-là: Le pays où la démocratie est toujours en construction. Ou plutôt en déconstruction.

Ailleurs, on commence à présenter la Mauritanie, pays à cheval sur le Maghreb arabe et l’Afrique de l’ouest, comme celui qui vit une crise politique permanente. Une crise qui dépasse de loin les soubresauts que le pays traverse depuis la chute de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, le 3 août 2005. L’épisode de la transition militaire 2005-2007, et l’élection présidentielle qui a porté au pouvoir Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, « déposé », quinze mois plus tard par le général Mohamed Ould Abdel Aziz qui assurera une seconde transition appelée « Rectification », entre le 6 août 2008 et le 18 juillet 2009, date de son élection à la présidence de la République.

Une crise qui prend racines dans l’évolution politique de la Mauritanie, de l’indépendance à nos jours, et dans ce que d’aucuns appellent, sans pénétrer réellement ses secrets, le «partage du pouvoir» entre les différentes communautés nationales. Elle a donc, cette crise, des aspects multidimensionnels qu’il faut, nécessairement, mettre en rapport pour comprendre les mécanismes qui sous-tendent la gestion des affaires de l’Etat, que ce soit par un régime de type militaire (dictatorial par essence) ou un pouvoir « civil » qui, le plus souvent, n’est que le résultat d’une mutation non accomplie d’un régime d’exception.
Comprendre cela, c’est percevoir la politique en Mauritanie comme le fait de systèmes établis, de corollaires entre considérations sociales et économiques plutôt que comme l’émergence d’hommes au destin exceptionnel. Aucun chef d’Etat mauritanien, de feu Moctar Ould Daddah à Mohamed Ould Abdel Aziz n’a agit seul pour mettre en place le pouvoir qu’il gère, même quand il parvient, plus tard, à n’en faire qu’à lui-même. Tout Pouvoir en Mauritanie est ainsi servi par les pouvoirs qui le font : la Tribu, l’Argent et le Savoir qui, à leur tour, en profite pour se consolider et assurer leur mainmise sur la gestion des ressources nationales. Aucune exception à la règle n’existe pour mettre à mal cette théorie de vases communicants qui, à travers le long cheminement de la situation politique en Mauritanie, mais aussi à travers une sorte de « croisement » perpétuel entre les intérêts des différents éléments du Système.

A des niveaux différents, l’évolution politique en Mauritanie s’est faite à travers le rapport à la tribu, aux partis, à l’argent et à l’élite intellectuelle. Jamais à travers le peuple dont le statut de sujet, dans toute démocratie qui se respecte, est réduit à celui d’objet dont l’utilité n’apparaît réellement qu’en période de joutes électorales. Que ce soit au niveau local (communal) ou national (Parlement, gouvernement), les voix du peuple ne comptent que le temps nécessaire au Sacre de celui qui détient le pouvoir au sein de la tribu ou de la région. Par la force de l’argent ou du savoir. Sur ce plan, la continuité historique est d’une évidence telle que le fils d’un chef de tribu ou d’un grand marabout ou d’un ancien ministre de la « République » arrive presque toujours à lui succéder dans les faveurs accordées par le pouvoir central. Rarement, l’argent ou le savoir portent leur détenteur à bousculer la tradition bien ancrée d’asseoir l’autorité d’un président, d’un gouvernement ou d’un parti sur autre chose que ce que donne le rapport de force au sein de la tribu ou de la région.

Changer la donne

C’est pour dire que la guerre des tranchées que se livrent actuellement l’opposition et le pouvoir n’est pas celle des « forces du changement ». C’est toujours la continuation, à des degrés divers et imbriqués, de pans des pouvoirs anciens. De sorte que l’argumentaire développé par les uns et les autres bute sur les contradictions intrinsèquement liées à la présence, au sein de la Majorité et de l’Opposition, de personnalités appartenant à la vielle garde, refusant de céder la place à la jeune génération qui surfe, sans conviction, sur le « renouvellement de la classe politique énoncé, à un moment donné, par Ould Abdel Aziz, sous  forme de stimuli comme « le président des pauvres », le « changement constructif » ou « la lutte contre la gabegie ».

C’est pour dire tout simplement qu’il ne faut pas s’attendre, dans les quelques mois qui séparent les Mauritaniens de la présidentielle de 2014, à un changement notoire. Les deux forces en présence sont coulées dans le même moule et il n’y aura pas de différence fondamentale entre la gestion d’un pouvoir dirigé par Ould Abdel Aziz, entouré par tous ceux qui ont fait que Taya gouverne la Mauritanie durant deux décennies, et « l’alternance » que provoquera l’arrivée d’un leader de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) au sommet de l’Etat. Tout au plus, on aura droit à mettre à l’épreuve de nouvelles figures, de tester de nouvelles capacités mais le Système tel que nous le connaissons depuis le début de l’indépendance de la Mauritanie ne changera pas d’un iota.

C’est dire aussi que les futures élections dont on parle tant ne constituent pas une solution miracle à la crise politique actuelle. Elles permettront, tout au plus, de « débloquer » une situation qui fait craindre, chaque jour, que le pays ne plonge dans ces troubles qu’ailleurs ont a appelé « le printemps arabe » mais elles ne peuvent aucunement être une solution durable à l’accumulation de problèmes qui dépassent le cadre spatio-temporel de l’ère Aziz. Comprendre cela, c’est tempérer ses ardeurs quant à la possibilité de sortir le pays de la crise multiforme sans chercher ses vraies causes dans l’impossibilité d’opérer une rupture avec la pratique politique en cours depuis cinquante ans.


Liebster Blog Award: Ah, enfin, je suis touché par la grâce !

Merci Salma. Je ne sais pourquoi mais je savais que si un jour je suis appelé à me soumettre à cet « exercice de style » imaginé par David

Crédit photo ! Google.com
Crédit photo : Google.com

Kpelly, ça ne peut venir que de toi ! C’est vrai que sur la plateforme j’ai des amis plus « intimes » mais c’est avec toi que j’ai correspondu le plus depuis notre « séparation » !

Merci à mon « cochambrier« , comme il aime s’appeler, qui a aussi penser à moi, et à l’Ukrainien que je revois régulièrement grâce à facebook.

Merci aussi à Kpelly qui donne là un moyen supplémentaire de mieux nous connaître, de révéler chacun sa face caché, celle que dix jours de « bonnes compagnies » à Dakar n’a pas permis de cerner vraiment. Alors….

A – Pour commencer, les 11 faits sur moi

1 – J’ai toujours eu cette boutade, « journuliste ». Une manière d’exprimer mon insatisfaction de ne pas parvenir là où je veux. Pourtant, je bosse pour plusieurs médias qui sans doute ne me payent pour écrire des futilités : L’Authentique quotidien, Elhourriya.net, Afrimag.

2 – J’ai horreur des grands aéroports. Une mauvaise expérience peut être de ceux de Tokyo et d’Addis Abeba à cause de mon anglais très rudimentaire.

3 – Dakar est la ville où je me rends très souvent. Devinez pourquoi…

4 – Quand j’enseignais le français en classes terminales, mes chers élèves m’appelaient M. Camus. Une référence pour moi.

5 – je les aime. Je n’en dis pas plus. Voir: Moi et mes 101…

6 – Je ne dors pas avant 1heures du matin.

7 – J’aime ma femme, c’est sûr. Pourtant …

8 – Mon plus grand souhait est de pouvoir sortir mes écrits de l’état de projet en les publiant.

9 – je suis de nature très optimiste. Seul le présent compte pour moi.

10 – Je lis de moins en moins depuis que je n’enseigne plus.

11 – Il m’arrive de m’arrêter pour faire le bilan de ma vie mais ne me demandez pas de vous dire ce que j’en pense.

B – Je réponds aux 11 questions :

1 – Moi c’est Sneiba Mohamed, cadre au ministère de l’Education, « en cavale » par amour pour le journalisme. Mon blog, « Mauritania Akhbar » (Nouvelles de Mauritanie) est, pour l’essentiel, la reprise de mes chroniques et analyses politique quasi quotidienne pour L’Authentique et le site Elhourriya.net, mais aussi des « billets » perso qui n’intéressent pas un lectorat ordinaire.

2 – Avant de connaître Salma, Florian, William, Jackson, Josiane, Danielle et Nathalie, le Cameroun était celui de Milla, Bell et Eto’o.

3 – Je ne réponds pas à cette question. Un artiste camerounais, je n’en connais pas !!!

4 – Mes cheveux grisonnants; ils me rappellent que je ne suis plus jeune. « Au temps suspend ton vol… »

5 –  Autorité, abnégation, professionnalisme, c’est le Ziad que j’ai connu à Dakar. L’autorité, il la fallait pour gérer 52 « cas », l’abnégation et le professionnalisme aussi pour réussir le pari du Mondoblog.

6 – Le blogging dans mon pays, c’est encore le désert. Personne ne pense vraiment qu’on peut changer la donne politique et sociale en Mauritanie grâce à l’écrit engagé. Pourtant, trois expériences peuvent être citées ici comme de parfaites réussites : https://haut-et-fort.blogspot.com/, https://chezvlane.blogspot.com/ et https://docteurkleib.blogspot.com/

7 – J’essaie d’être moi-même. N’écrire que quand je sens que le sujet est déjà « en moi ».

8 – Dans un pays où le riz n’est pas l’aliment de base.

9 – Je vous ai connue grâce à Mondoblog (merci Rfi). Depuis, je vous admire, je crois même que je vous aime ! Ah, l’éloignement!

10 – Mondoblog est devenu une partie de moi. M’en passer? L’idée me fait peur.

11 – L’avenir des blogs – de Mondoblog notamment – est entre les mains des blogueurs.

 C – Mes 11 questions…

1 – Dites-moi comment est votre pays avant que je débarque chez vous.

2 – Avez-vous une idée de la Mauritanie ?

3 – Quelle idée faites-vous de l’avenir de l’Afrique?

4 – Pour le continent, la démocratie doit-elle être adoptée ou adaptée?

5 – Quel est votre désir le plus cher?

6 – Pensez-vous que Mondoblog, saison 3, doit revenir à Dakar?

7 – Quel est votre meilleur souvenir du Sénégal ?

8 – Quelle est la destination de votre rêve?

9 – Vous arrive-t-il de penser à un Mondoblogueur en particulier?

10 – Vous arrive-t-il de bouder le net toute une journée ?

11 – Que pensez-vous de moi ?

D – A mes 11 champions :

 

1 – Serge Katembera

2 – Osman

 

3 –Madigbé

4 – Limoune

5 – Faty

6 – William

7 – Carlos

8 – Suy

9 – Sow

10 – Kpénahi

11 – Stéphane


Autour d’un thé

Amis Mondoblogueurs, je partage avec vous ce billet de mon frangin, journaliste au Calame. Et je demande à l’avis de FLORIAN : Peut-il faire « carrière » chez-nous ?

Journée internationale de la liberté de la presse. La Mauritanie y occupe une place de choix, dans le monde arabe. Y a qu’en

Crédit photo: Cridem.org
Crédit photo: Cridem.org

Mauritanie qu’on peut insulter un Président. Y a qu’en Mauritanie qu’on peut évoquer sa vie privée. Ya qu’en Mauritanie que les délits de presse sont dépénalisés. Regardez autour de vous.

Ailleurs, des journalistes sont journellement emprisonnés. Souvenez-vous. Qu’est-ce qu’on n’a pas dit sur la balle de ce lieutenant qui a failli tuer le Président ! De cette rocambolesque histoire de drogue ! Des supposés marchés de gré à gré ! De tout. Libéralisation de l’espace audiovisuel : télés et radios libres, organes de contrôle et de régulation. Regardez autour de vous, y a qu’en Mauritanie qu’il y a ça..

Et puis, en ce moment précis, de notre histoire, l’azizienne. Pas avant ça, messieurs-dames. Pourtant, ils étaient bien là, les gars, les autres, les amigos.

Rendons donc à Aziz ce qui appartient à César. Plusieurs ministres de la Communication en deux, trois ans. C’est novateur. Des milliers de journalistes pour une centaine de journaux et de feuilles de chou. Nouveau ministre. Nouveaux objectifs. Egalité, justice et responsabilité. Toute la presse se vaut. Tous les journalistes se valent. Subvention de deux cents millions. Mais c’est beaucoup ! Regardez autour de vous. Ici, c’est l’Ouguiya. Là-bas, le CFA..

Faites le change. C’est beaucoup, hein, d’argent, pour juste quelques journaux apparents et d’autres qui le sont moins. En 2013, y a eu, au moins, cinquante séminaires, ateliers, forums, rencontres, journées de réflexion, journées de sensibilisation, vulgarisation et autres évaluation, intégration, motivation, au profit de la presse.

Ça, y a pas : qu’est-ce qu’on réfléchit, qu’est-ce qu’on est sensibilisé, vulgarisé, évalué, intégré et, surtout, motivé, en Mauritanie ! Et pas que les hommes : voyez l’association des femmes journalistes ! Regardez autour de vous. Responsabilité. C’est le mot de cette année. Traiter l’information avec responsabilité. Pour ce mot, le ministère a organisé, au moins, deux semaines de manifestation, sur la base de gigots succulents et de boissons rafraîchissantes.

Y a pas, ça motive. Débats, émois, droits. Soirées-débats. Dîners-débats. Rencontres-débats. Radio nationale : des bas ; télévision nationale, des très bas. Bah ! DG imprimerie, DG agence mauritanienne d’information, DG télévision et ministres de la communication, de 2008 à nos jours, femmes et hommes prétendument ou véritablement journalistes, froufrou de boubous neufs ou exagérément amidonnés, mélefas de tous les goûts et de toutes les couleurs, pour la fête et la promotion de la responsabilité dans le traitement médiatique.

Des centaines de millions, pour un mot de l’actualité : rougis, Ivan Amar ! Passage en revue des problèmes de la presse. Logiquement, pour faire réparer sa radio, on ne va pas chez le cordonnier. Et pour se coiffer, on ne va pas chez le mécanicien. Faut être responsable. Mais, bon, la polyvalence, ça existe..

On peut être douanier, éminent politicien, bon conducteur de taxi et, donc, excellent ministre de la Communication. La responsabilité recommande de placer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. C’est vrai, un douanier peut bien être un excellent ministre de l’Information. Mais il peut, tout aussi bien, ne pas l’être. La preuve. Dans la vie, ça peut commencer mal et bien finir. Comme ça peut bien commencer et mal finir. Et ça peut mal commencer et mal finir.

Et ça peut, encore, bien commencer et bien finir. Mais ça peut, aussi, ne jamais commencer et, donc, ne jamais finir. Ya une chose dont personne n’a parlé, à l’occasion de cette fête de la presse : L’impact des prestations journalistiques sur le comportement des gouvernants.

En quoi les éditoriaux, les chroniques, les beaux articles, les enquêtes et les reportages influent-ils sur l’attitude des gens qui nous gouvernent ? Est-il arrivé qu’un ministre, voire un Président, démissionne, suite à un article de presse bien fouiné ? Ou qu’une politique soit réorientée, voire abandonnée, à cause d’une révélation canardeuse?

A quoi ça sert, alors, une liberté de presse sans impact sur les décideurs ? Les journalistes écrivent ou parlent et les gouvernants agissent, indifféremment. Comme quoi la caravane aboie et les chiens passent.

Sneiba El Kory, Journaliste au « Le Calame » (Mauritanie)


Parlement : Une session « ordinaire »

La deuxième session « ordinaire » du parlement mauritanien, pour 2012-2013, s’est ouverte lundi 13 mai 2013 avec

M. Messaoud Ould Boulkheir, président de l'Assemblée (photo: AMI)
M. Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée (photo: AMI)

beaucoup d’appréhensions. D’abord, ce terme « ordinaire » fait sourire certains, et grincer les dents chez d’autres, tant il est équivoque à plus d’un titre. Seule la majorité présidentielle soutenant le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz croit encore être dans son « droit » de continuer à légiférer, au titre d’une législature largement dépassée.

Mais ce qui compte aujourd’hui ce n’est pas tellement d’entendre des discours récurrents sur la crise politique en Mauritanie, la responsabilité des uns et des autres, l’apologie du pouvoir en place en ce qu’il a de mieux comme réalisations, ou sa critique sur divers points. Les mauritaniens ont maintenant envie d’en finir avec la crise dont la manifestation la plus palpable est, justement, ce parlement incongru. L’ancien ministre des affaires étrangères Mohamed Vall Ould Bellal, qui affiche une neutralité politique pourtant mise en cause par ses déclarations hostiles au pouvoir actuel, à bien résumé la situation: la prorogation des pouvoirs du parlement par le parlement est une mesure constitutionnelle correcte mais elle a été effectuée « hors temps ». D’où la situation de malaise qui prévaut aujourd’hui. La question de la légitimité des parlementaires pose celle de la légalité des textes de loi qu’ils ont votés depuis l’expiation de leur mandat, en novembre 2011. On est dans une situation où le politique cède, de plus en plus, le pas au juridique, avec des conséquences incalculables d’ici la fin du mandat présidentiel et de la possibilité ou non pour Ould Abdel Aziz de se faire réélire pour un second quinquennat.

Dans cette optique, le pouvoir est conscient de la nécessité de battre le rappel des « troupes ». D’ailleurs, une rencontre entre le

M: Mohcen Ould El Haj, président du Sénat (photo: AMI)
M: Mohcen Ould El Haj, président du Sénat (photo: AMI)

président Mohamed Ould Abdel Aziz et les parlementaires de sa majorité était prévue au moment où s’ouvre cette session qui n’a rien d’ordinaire. Sans doute que le rais a senti l’impérieuse nécessité de revoir certaines choses qui clochent. Le départ de la Coalition des partis de la Majorité (CPM) de trois formations politiques (Adil, MPR, RD) est loin d’être aussi anodin qu’on le laisse penser. Politiquement d’abord, c’est un coup dur pour une majorité qui a besoin de stabilité à la veille d’élections municipales et législatives auxquelles le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) n’a jamais pris part, lui qui a une majorité parlementaire « héritée » des soubresauts de l’élection de 2006-2007 et de la « Rectification » de 2008. Il faut donc ces élections municipales et législatives non pas pour régler la crise politique qui dure mais pour que l’UPR affirme, par la voie des urnes, qu’elle détient bien la majorité, en son nom propre, au sein d’un parlement et de conseils municipaux qui reviennent de loin. Il faut aussi reconnaître  qu’en termes de représentativité, perdre trois à cinq députés ce n’est pas peu. Le passage d’Adil, du MPR et du RD devrait se faire ressentir par l’absence des voix d’élus comme Kane Hamidou Baba, Moustapha Ould Abeiderrahmane et Bâ Aliou Ibra qui soutenait jusqu’alors les programmes de développement du gouvernement. Et ce n’est pas rien quand on sait que, déjà, les critiques acerbes de la COD, au sein de l’Hémicycle, faisaient généralement mouche et que les élus de la majorité avaient du mal à se défendre.

Il faut souligner aussi que cette nouvelle session parlementaire arrive à un moment où l’entente entre la majorité et la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) n’est pas très bonne, malgré l’accord de principe donné par la première à la possibilité de mise en œuvre de certains points de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir. C’est d’ailleurs ce qui justifie, peut être, cette sortie de la CAP, à la veille de l’ouverture de la deuxième session parlementaire, pour dénoncer le retard pris dans l’application de certains points essentiels du dialogue avec le pouvoir.

Dans un communiqué publié dimanche, soit vingt-heures seulement avant le retour des « débats » parlementaires, les partis de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) ont déclaré que le dialogue qu’ils ont mené avec le pouvoir, en novembre 2011, a constitué une avancée remarquable dans plusieurs domaines, comme la consolidation de l’unité nationale, les droits de l’homme et le renforcement des institutions démocratiques. Toutefois, la CAP ajoute qu’elle enregistre, avec regret, que des points importants de l’accord n’ont pas connu d’avancée dans leur application , notamment ceux liés à la bonne gouvernance, à la professionnalisation de l’administration et à sa neutralité, ainsi que l’incompatibilité de certaines fonctions avec la pratique de la politique. La CAP dénonce également certaines pratiques « persistantes » comme le clientélisme politique, le non respect des textes et l’utilisation excessive des moyens de l’Etat à des fins politiques, « surtout qu’on est à la veille d’élections qu’on veut être consensuelles, transparentes et libres ». Question inévitable qu’on pose alors: est-ce là les prémices d’une recomposition possible de l’opposition dans la perspective d’un nouveau rapport de forces avec le pouvoir? Sans présager des sujets qui seront abordés lors de cette session parlementaire et des préoccupations des uns et des autres qui restent toutes liées à la crise politique, toile de fond pour tout le reste, on peut dire que la session d’aujourd’hui est le véritable point de départ pour ce qui va arriver demain.


Gestion des crises : Chaque jour apporte son lots de problèmes

ENfants dans un quartier pauvre de Nouakchott (photo: Alakhbar.info)
ENfants dans un quartier pauvre de Nouakchott (photo: Alakhbar.info)

Initiative, élections, dialogue, scandales, drogue, enregistrements, les sujets ne manquent vraiment pas pour alimenter la polémique entre le camp de la majorité et celui de l’opposition. On passe de l’un à l’autre avec une déconcertante facilité comme pour dire, qu’en fin de compte, l’important est de « réchauffer » la scène.  Il faut occuper les pauvres citoyens pour qu’ils oublient que tous les problèmes qu’ils vivent ne sont que le fait de ces personnes qui n’ont pas de problèmes. Qui achètent leurs rations alimentaires en gros dans les épiceries achalandées de Tevragh-Zeina, qui ne se bousculent pas le soir aux abords de la Polyclinique ou de l’Arrêt bus pour regagner leurs « abris » dans les moughataas populaires ou la nouvelle « grande kebba » de Nouakchott que sont les quartiers « tarhil ». Qui ne se bousculent pas, aux premières heures de la  journée, devant les boutiques « Emel » se demandant si demain elles seront encore là. En fait, c’est comme si la Mauritanie  roulait à deux vitesses : Celle des politiques qui entretiennent la crise et n’en subissent pas les conséquences désastreuses, et celles des citoyens ordinaires qui l’ignorent superbement bien qu’ils  en soient les principales victimes. Alors que pour la crise cesse, il faut bien que le peuple se remue, montre son mécontentement aux politiques et même les « presse » pour faire cesser une situation qui n’a que trop duré. L’un des représentants des dockers à la signature de l’accord mettant fin au mouvement de revendication au Port autonome de Nouakchott dit port de l’Amitié (PANPA) ne dit pas autre chose, quand il annonce : « Nous n’acceptons plus d’être roulés par les politiques et les syndicats, nous voulons prendre notre destin en main et notre action ne s’arrêtera pas là ; on va même prendre part aux élections pour le sénat et l’Assemblée » ! Le mot est lâché mais ce brave homme ne se rend pas compte qu’il redonne de l’estime à la politique quand il annonce que la lutte des dockers pour leurs droits peut les amener à plonger dans les eaux troubles de cette mare aux caïmans.  Toujours est-il qu’à peine ce problème qui embarrassait le pouvoir réglé, un autre surgit : La destruction de dizaines de maisons et de baraques dans la « gazra » (squat) de Toujounine. L’œuvre du hakem de cette moughataa où les pauvres n’ont pas le droit de squatter comme le font les riches dans des zones à très haute valeur marchande, a soulevé un vent de révolte chez les déguerpis que les chaînes de télévisions privées se sont évertuées à faire entendre. L’une d’elle a même passé le « témoignage » d’un démolisseur étranger, probablement recruté sur la « bourse de l’emploi » de la Polyclinique, et qui déclare sans gêne : « Je fais mon travail, je casse tout, ce n’est pas mon problème et je ne crains rien puisque les gardes nous protègent » ! Les autorités ne se rendent-elles pas compte que les problèmes de survie au port, avec une ouguiya de plus au kilogramme porté, réclamé par les dockers, ne sont nullement différents de ceux qui peuvent naître de la destruction, sans crier gare, des abris de fortune de citoyens pour la plupart pauvres ? Eux aussi peuvent dire, comme les dockers, que ceux qui n’hésitent pas à recourir à la force brute pour mater de pauvres citoyens sont contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz. L’exacerbation des tensions  sociales est le pire ennemi de la politique et, à l’approche des élections municipales et législatives, cela peut se payer cash. C’est à l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, à le faire comprendre au président Aziz et au gouvernement pour recadrer une action qui ne doit plus se faire sans penser aux conséquences qu’elle peut produire sur un électorat des plus fragiles et des plus inconsistants. Car malgré ce que l’on croit, la majorité dont dispose aujourd’hui le pouvoir, au sein du Parlement et des conseils municipaux, ne reflète pas forcément le rapport des forces entre les différents camps politiques. D’ailleurs, certains observateurs pensent même qu’une bonne partie des Mauritaniens n’ont pas d’appartenance précise à la Majorité ou à l’Opposition depuis l’élection présidentielle de juillet 2009. Qu’il y a ceux qui ont soutenu, massivement, le programme réformiste du président Aziz, le « changement constructif » mais pourraient bien avoir changé d’avis à force d’entendre parler de scandales à répétition et d’être mis en face de la dure réalité de la vie. Car cette « déception » des pauvres qu’illustrent parfaitement la grève des dockers et les bavures au niveau  de la gestion du problème des « gazra » (squat) est aussi vécue à Nouadhibou par le secteur de la  pêche qui n’est plus que  l’ombre de lui-même, l’agriculture et le commerce. Dans  ce dernier domaine, l’émergence d’une  nouvelle classe d’hommes d’affaires plus en phase avec le pouvoir et ses préoccupations de développement par « niveaux », la guerre au capital  ancien justifient, en grande partie, les disfonctionnements d’une économie qui nage dans la confusion la  plus  totale,  malgré le satisfecit de la Banque mondiale  et du FMI et le fait que l’Etat s’arrange encore pour respecter ses engagements »vitaux » (salaires et autres). En fait, plus que les difficultés nées de la crise politique, le pouvoir doit agir avec prudence sur les questions sociales.


Mauritanie: Des élections pour sortir de la crise…ou la raviver

 

La Mauritanie vogue vers l’inconnu. Ceux qui soutiennent le pouvoir, à tort ou à raison, verront en cette

Jour de vote en Mauritanie (Photo : Google)
Jour de vote en Mauritanie (Photo : Google)

déclaration – non mesurée – une sorte de provocation. D’affirmation « gratuite » comme celles que répète, à longueur de journée et de nuit, une opposition désemparée par ses échecs, ceux de l’appel au « rahil » (départ) du président Aziz, et de l’incapacité de constituer un front uni capable de lui donner, pour une fois, la chance de l’espérance.

Mais, en réalité, il est temps que les Mauritaniens ouvrent les yeux. Ils n’ont plus à être de la Majorité ou de l’une des « oppositions » pour comprendre que la situation que traverse le pays est vraiment délicate. En dehors même des guéguerres auxquelles se livrent les politiques – et qui sont devenues une sorte d’amusement pour ceux qui désespèrent de voir la crise  finir, « en beauté » (par les élections), se sont, de plus en plus, les questions économiques et sociales qui préoccupent. On se dit, avec raison peut être, qu’on effectue un grand bon en arrière, avec cette résurgence d’idéaux que j’appellerais, sans connotation péjorative, de « particularistes ». Avec une bonne part de responsabilité du pouvoir. De tous les pouvoirs. Coup sur coup, le président de la République vient de recevoir une autre « dissidence » de l’Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) et des représentants du Front de libération des Africains de Mauritanie (FLAM). Ceux qui y voient une « ouverture » d’Ould Abdel Aziz sur ses opposants, d’ici ou d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, occultent un aspect important de la question des rapports au pouvoir. Ce n’est pas le fait de « recevoir » qui est important mais de comprendre. Comprendre le sens de ces luttes, même si on croyait avoir fini avec de telles problématiques, quand le pouvoir nie l’existence de l’esclavage, et préfère parler de « séquelles » ou déclare avoir réglé, de manière quasi définitive, la question du passif humanitaire. Les contradictions du pouvoir sont son pire ennemi. Refuser à Biram Ould Dah Ould Abeid de tenir un certain discours, recevoir des gens qui étaient avec lui parce qu’ils l’ont quitté n’encourage-t-il pas ceux qui veulent faire de cette question un éternel recommencement? Ne faut-il pas privilégier, plutôt, cette volonté de certains Mauritaniens, appartenant à toutes les communautés nationales, d’œuvrer pour qu’il n’ y ait plus d’égards (au sens de privilèges) que pour Le Mauritanien. Celui qui a en lui la fierté de l’être, de payer ses impôts, d’œuvrer à l’unité nationale et au développement du pays. Qu’on mette un terme à cette idée de partage du pouvoir en fonction des tribus, des régions, des familles ou des appartenances idéologiques (bathiste, nassériste, flamiste ou autre). Tant que ces vieilles recettes qui ont fait les beaux jours de l’Ancien Régime sont encore regardées comme bonnes par ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, il n’y a pas d’espoir pour que la Mauritanie devienne un pays « normal ».  Pour que l’on ait l’impression d’avoir avancé, en cinquante ans d’existence, il faut que l’idée d’Etat, en tant que tel, devienne une pratique de tous les jours. Pour y arriver, il faut peut être que l’on arrête notre réflexion sur des réalités autres que celles de la politique politicienne, de la gérance de la crise au jour le jour et des marchandages qui ne sont que des solutions de « mi-temps ».

Face à ce qui se passe aujourd’hui, nous n’avons pas besoin d’organiser des élections municipales et législatives pour dire que la crise est réglée! Les élections, nous en avons fait, des dizaines depuis l’avènement de la « démogâchis » qui n’est, dans la réalité, qu’une transfiguration des propositions mitterrandienne lors  du fameux Discours de la Baule du 20 juin 1990. Organiser des élections n’est pas suffisant pour venir à bout de la crise, sinon on ne se débattra pas dans les problèmes nés de celles de 2005, 2008 et 2009. Ce qu’il faut, en réalité, pour que notre classe politique apprenne à mieux gérer nos « crises » c’est de comprendre que le pouvoir est un moyen non une fin. On le cherche, en principe, pour que nos idéaux de bonheur et de prospérité pour le peuple soient inscrits comme une contribution à l’effort de tous les Mauritaniens de bonne volonté dans ce qui est l’objectif ultime: bâtir un pays juste, démocratique et prospère. Ce qui ne peut se faire que quand on parviendra à comprendre que nous faisons aujourd’hui fausse route, en continuant à privilégier les vieilles méthodes d’une lutte pour le pouvoir basée uniquement sur la bipolarité Majorité-Opposition et sur les équilibres – ou déséquilibres – qui en résultent suivant les « saisons ».

Il faudrait donc, pour que les démarches entreprises aujourd’hui par les uns et les autres pour sortir de la crise ne soient pas un éternel recommencement, que l’on pense les élections en dehors de la crise. Elles doivent être organisées non pas pour mettre fin à la crise mais parce qu’on a trouvé un terrain d’entente pour y aller sereinement.

C’est pour cette raison, et pas pour autre chose, qu’un dialogue bis entre le pouvoir et la Coordination de l’opposition démocratique (COD) est nécessaire. Une élection, sans une entente préalable sur les modalités de son organisation, porte en elle les germes d’une nouvelle crise.


Classe politique : Une responsabilité partagée dans la crise mauritanienne

Signature de l'Accord de Dakar à Nouakchott (photo: Google)
Signature de l’Accord de Dakar à Nouakchott (photo: Google)

Difficile de comprendre ce qui se passe en Mauritanie. Tout tourne autour de la politique. Depuis 2005. Même si on avait pensé avoir enterré une sinistre période de notre histoire. Cette vérité-là est connue de tous mais personne ne cherche à la changer. Les partis politiques mauritaniens, structurés ou non, grands ou petits, entretiennent une crise qui fait l’essence même de notre existence. Ils entretiennent surtout un jeu d’ombres et de lumières autour de questions vraiment non essentielles. Qui gouverne ? Comment il gouverne ? Parce que ce qui compte pour eux c’est le partage du pouvoir non son utilisation au service des citoyens qui, selon les principes démocratiques mis en avant dans tout Etat de droit, sont détenteurs du « vrai pouvoir » : celui de maintenir ou de « dégager » les élus du peuple. Cette vérité est souvent ignorée quand des élections ne pointent pas à l’horizon. Les discussions entre protagonistes de la crise ont alors pour territoire fermé les espaces qu’offrent les radios et télévisions, nationales ou étrangères, aux hommes politiques qui discutent de tout sauf de l’essentiel : Comment agir dans le sens d’une recherche de solution à la crise, sans toujours mettre en avant des « réalisations » contestables du gouvernement, qui, à la fin du quinquennat du président Aziz, peine toujours à convaincre. Ou encore comment amener les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à réaliser que le départ du président Aziz découle de conditions liées à la volonté populaire et non à des appels à un « rahil » (départ) lancés, de temps en temps, sans réelle conviction ? Cette situation équivoque jette un discrédit sur les partis politiques qui répondent parfaitement aujourd’hui à l’expression qu’avait utilisée Jean-François Revel pour Descartes : « inutile et incertain ». C’est aussi ce qui explique, peut être, en partie, le statu quo ante qui caractérise la situation politique en Mauritanie. Le peuple fait comme si la crise ne le concerne en rien, se disant que « ella elghalb houwa sahbi » (son ami est celui qui va remporter la bataille). Une façon de renvoyer dos à dos majorité et COD qui lui paraissent comme étant les deux faces d’une même monnaie. Pour l’instant, les Mauritaniens n’ont pas encore véritablement exprimé cette réalité qui peut aboutir à des résultats complètement inattendus. A tous les niveaux de tout processus électoral. Des maires et des députés qui ont toujours compté essentiellement sur le « suivisme » de l’électorat peuvent être surpris, lors des prochaines élections municipales et législatives, par les votes sanction à la sénégalaise. Il est vrai qu’on peut difficilement envisager un tel scénario pour la présidentielle, si le déroulement des scrutins n’est pas inversé, mais l’allégeance au pouvoir d’un président soutenu par la majorité des élus – et par l’armée – est de moins en moins grande. L’explication est à chercher sans doute dans le « printemps arabe », qui est plus une révolte contre les abus qu’une révolution qui tarde à instaurer un nouvel Ordre de gouvernance positive. Mais il y a aussi que l’évolution des mentalités en Mauritanie a été plus grande, mieux pensée, que durant tout le temps compris entre la « démogâchis » de Taya, instaurée en 1992 suite au Discours de la Baule, et sa chute en août 2005. C’est dire tout simplement que les prochaines élections, même si elles arrivent tardivement, feront changer la donne politique en Mauritanie. Plus qu’avant, les partis politiques (de la majorité et de l’opposition) ont perdu de leur aura. Ils auront du mal à imposer leurs vues à des électeurs qui savent maintenant avoir entre les mains un puissant levier du pouvoir : sanctionner. Même si ces partis politiques ont cherché, à travers les résultats du dialogue entre la majorité et l’opposition « participationniste » (APP, Al Wiam, Sawab) à se prémunir contre un tel risque, en interdisant les candidatures indépendantes. Il existera toujours un moyen de contournement, avec l’affluence des candidats « indépendants » vers les petites formations qui joueront le rôle de partis « hébergeurs » ! Ça sans donc la pagaille politique qui peut jouer, sans qu’on s’en rende compte, comme une boite de Pandore que le gouvernement a ouverte et qui peut entraîner des bouleversements énormes. D’aucuns pensent cependant que ce qui compte, pour l’instant, c’est d’arriver à ces élections, de pouvoir les organiser sereinement, mais surtout en trouvant le moyen d’y impliquer l’ensemble des protagonistes de la crise actuelle. Sans cela, la contestation de la COD ira crescendo et il n’est pas impossible qu’elle ramène la Mauritanie à la case départ. Au mieux à la situation du 03 août 2005. Au pire à celle du 06 août 2008.