Classe politique : Une responsabilité partagée dans la crise mauritanienne

Article : Classe politique : Une responsabilité partagée dans la crise mauritanienne

Classe politique : Une responsabilité partagée dans la crise mauritanienne

Signature de l'Accord de Dakar à Nouakchott (photo: Google)
Signature de l’Accord de Dakar à Nouakchott (photo: Google)

Difficile de comprendre ce qui se passe en Mauritanie. Tout tourne autour de la politique. Depuis 2005. Même si on avait pensé avoir enterré une sinistre période de notre histoire. Cette vérité-là est connue de tous mais personne ne cherche à la changer. Les partis politiques mauritaniens, structurés ou non, grands ou petits, entretiennent une crise qui fait l’essence même de notre existence. Ils entretiennent surtout un jeu d’ombres et de lumières autour de questions vraiment non essentielles. Qui gouverne ? Comment il gouverne ? Parce que ce qui compte pour eux c’est le partage du pouvoir non son utilisation au service des citoyens qui, selon les principes démocratiques mis en avant dans tout Etat de droit, sont détenteurs du « vrai pouvoir » : celui de maintenir ou de « dégager » les élus du peuple. Cette vérité est souvent ignorée quand des élections ne pointent pas à l’horizon. Les discussions entre protagonistes de la crise ont alors pour territoire fermé les espaces qu’offrent les radios et télévisions, nationales ou étrangères, aux hommes politiques qui discutent de tout sauf de l’essentiel : Comment agir dans le sens d’une recherche de solution à la crise, sans toujours mettre en avant des « réalisations » contestables du gouvernement, qui, à la fin du quinquennat du président Aziz, peine toujours à convaincre. Ou encore comment amener les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à réaliser que le départ du président Aziz découle de conditions liées à la volonté populaire et non à des appels à un « rahil » (départ) lancés, de temps en temps, sans réelle conviction ? Cette situation équivoque jette un discrédit sur les partis politiques qui répondent parfaitement aujourd’hui à l’expression qu’avait utilisée Jean-François Revel pour Descartes : « inutile et incertain ». C’est aussi ce qui explique, peut être, en partie, le statu quo ante qui caractérise la situation politique en Mauritanie. Le peuple fait comme si la crise ne le concerne en rien, se disant que « ella elghalb houwa sahbi » (son ami est celui qui va remporter la bataille). Une façon de renvoyer dos à dos majorité et COD qui lui paraissent comme étant les deux faces d’une même monnaie. Pour l’instant, les Mauritaniens n’ont pas encore véritablement exprimé cette réalité qui peut aboutir à des résultats complètement inattendus. A tous les niveaux de tout processus électoral. Des maires et des députés qui ont toujours compté essentiellement sur le « suivisme » de l’électorat peuvent être surpris, lors des prochaines élections municipales et législatives, par les votes sanction à la sénégalaise. Il est vrai qu’on peut difficilement envisager un tel scénario pour la présidentielle, si le déroulement des scrutins n’est pas inversé, mais l’allégeance au pouvoir d’un président soutenu par la majorité des élus – et par l’armée – est de moins en moins grande. L’explication est à chercher sans doute dans le « printemps arabe », qui est plus une révolte contre les abus qu’une révolution qui tarde à instaurer un nouvel Ordre de gouvernance positive. Mais il y a aussi que l’évolution des mentalités en Mauritanie a été plus grande, mieux pensée, que durant tout le temps compris entre la « démogâchis » de Taya, instaurée en 1992 suite au Discours de la Baule, et sa chute en août 2005. C’est dire tout simplement que les prochaines élections, même si elles arrivent tardivement, feront changer la donne politique en Mauritanie. Plus qu’avant, les partis politiques (de la majorité et de l’opposition) ont perdu de leur aura. Ils auront du mal à imposer leurs vues à des électeurs qui savent maintenant avoir entre les mains un puissant levier du pouvoir : sanctionner. Même si ces partis politiques ont cherché, à travers les résultats du dialogue entre la majorité et l’opposition « participationniste » (APP, Al Wiam, Sawab) à se prémunir contre un tel risque, en interdisant les candidatures indépendantes. Il existera toujours un moyen de contournement, avec l’affluence des candidats « indépendants » vers les petites formations qui joueront le rôle de partis « hébergeurs » ! Ça sans donc la pagaille politique qui peut jouer, sans qu’on s’en rende compte, comme une boite de Pandore que le gouvernement a ouverte et qui peut entraîner des bouleversements énormes. D’aucuns pensent cependant que ce qui compte, pour l’instant, c’est d’arriver à ces élections, de pouvoir les organiser sereinement, mais surtout en trouvant le moyen d’y impliquer l’ensemble des protagonistes de la crise actuelle. Sans cela, la contestation de la COD ira crescendo et il n’est pas impossible qu’elle ramène la Mauritanie à la case départ. Au mieux à la situation du 03 août 2005. Au pire à celle du 06 août 2008.

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