Mohamed SNEIBA

Lettre à celle que j’ai perdue à jamais

Voilà deux ans déjà que mon ami Saheb est parti. S’il n’avait péri dans un terrible accident au Sénégal,  entre Ziguinchor et Kolda, c’est lui qui aurait probablement publié sur son propre blog cette lettre que j’ai eu le privilège de lire et d’apprécier, sur sa demande. Maintenant qu’il n’est plus là, je ne puis résister à l’envie de la partager avec vous.

Crédit photo: Artmajeur.com
Crédit photo: Artmajeur.com

« J’espère que tu liras ceci. Avec ton cœur et pas seulement avec les yeux. Je n’invente pas une histoire, comme dans un roman, je reprends des faits. Oui, j’ai échoué dans mon projet de te changer. De te porter vers cet Idéal de perfection que je croyais possible dans mes rêves comme cette réalité qui a fait croiser nos chemins un certain soir d’août 2011. Tu pouvais continuer à ne pas m’aimer vraiment mais à faire l’effort nécessaire pour me supporter. Je n’en demandai pas plus. Mon ami Lahrach dira : « à me tromper » ! Si je l’avais écouté, il y a longtemps que j’aurai mis une croix sur notre relation. Lui a manqué de patience en rompant avec toi au bout de deux mois d’une aventure amoureuse mal engagée. Et moi de courage. Je ne voulais pas reconnaître l’échec qui, pourtant, était là, dès notre seconde rencontre. Celle où lui et moi avions inversé les rôles d’amant et de témoin d’une histoire partie pour être celle de mon échec. Un échec de plus mais qui a le goût du succès, de la victoire parce que j’étais pleinement conscient, dès le début, comme Sisyphe portant   le rocher au sommet de la montagne, de la vanité de cet amour non partagé. Il fallait pourtant que je continue à t’aimer. Le défi était lancé depuis plusieurs mois et la mise avait considérablement augmenté.

A quarante-cinq ans, le bilan de ma vie était une somme d’échecs. Sur tous les plans. Rien ne m’a vraiment réussi depuis l’âge de mes vingt-trois ans, quand je débarquai à BKRS¹, ville du sud du pays où j’avais passé mes trois années du lycée. J’y retournai en tant que prof de français. Un retour sur les lieux du crime, en quelque sorte. C’est dans cette ville que j’ai commencé une longue vie de débauche, d’amours insatisfaites qui allaient faire de moi un incorrigible Don Juan. Une success story qui compense, en quelque sorte, tous les échecs qui émaillent ma vie d’éternel insatisfait.

Je raconte mes aventures avec des dizaines de femmes mais ce n’est qu’un prétexte pour parler de toi. Te parler à travers ce récit dont tu es « l’être et le néant² ». Oui, toutes ces femmes, toutes ces aventures d’inégale intensité amoureuse, ont quelque chose de toi. Elles sont le souffle que j’ai vécu durant les onze premiers mois de notre idylle. Je  retrouve en toi toutes ces femmes de conditions et horizons divers, avec leurs faiblesses mais sans la force qui a fait que tu étais sans égale. La force de cacher ton jeu, ton sentiment d’amour ou de haine, ta capacité sans pareille de passer de l’un à l’autre. Je n’ai jamais ressenti autre chose que cette impression d’ambivalence des sentiments que traduisaient les traits fins de ton visage, ton sourire innocemment joyeux et tes lèvres provocatrices à souhait.

L’ambiance de notre première rencontre était celle d’une histoire qui se répétait pour la énième fois. Celle de ce coup de foudre qui, à chaque fois, me transformait en personnage de cirque qui ne maîtrise plus ni la parole ni les actes. Une sorte de folie passagère qui s’emparait de moi, annonçait un déluge de feu dont se chargeait une parole faussement naturelle. Alors que Lahrach, mon ami qui enfilait déjà son habit de cavalier servant, follement amoureux de sa « princesse », comme il t’appelait, s’enfermait dans le silence de celui qui s’avouait vaincu, moi, je me laissais aller à cette fantasia des mots lâchés comme ça, mais qui te faisaient rire comme une enfant. Je ressentais un plaisir fou en lisant l’effet que mon cirque produisait sur toi. Je faisais comme s’il n’y avait, autour de la table garnie de plats succulents, que toi et moi. Lahrach ne comptait plus. Je sentais déjà que toi aussi, tu t’en détachais, involontairement, peut-être, inconsciemment surtout, pour suivre mon cirque improvisé uniquement pour toi.

La petite serveuse qui s’occupait de notre table avait l’air de bien te connaitre, ce qui me donnait la preuve que tu venais souvent dans ce restaurant pour petite bourgeoisie Nouakchottoise. Peut-être avec d’autres hommes qui, comme Lahrach, avaient succombé à ton charme de fille du désert et du fleuve, mélange affolant de mauresque et de noire qui ajoutait à ce que la modernité t’avait donnée comme raffinement.

Alors que Lahrach s’efforçait à entrer pleinement dans son rôle d’amant attentionné, moi je m’imaginai déjà à sa place. Dans ton cœur. Bien que rien ne me permettait encore de penser la chose possible, à part ces quelques mots échangés dans l’appartement loué la veille du retour de Lahrach de France, à 15.000 UM la nuitée.

–              Alors, tu te plais bien à Nouakchott, toi qui a passé vingt ans de ta vie en Europe, lançai-je, essayant d’attirer ton regard sur le boubou bleu ciel, tout neuf, que j’avais enfilé juste avant ta venue. Comme l’une des armes secrètes que j’allais utiliser pour te conquérir.

–              Ça va, je ne me plains pas beaucoup. C’était dur au départ, mais je m’accroche, ça ira, incha Allah. Une expression qui traduit une foi inébranlable en Dieu et à laquelle j’allai me familiariser par la suite, à chaque fois que je m’enquerrai de ta situation.

Nos regards s’étaient alors croisés et j’eus le sentiment de te voir pour la première fois, comme si nous ne venions pas du même pays, comme si je ne t’avais jamais vue des dizaines de fois avec mon ami

Lahrach. Désireux de continuer la discussion avec toi, avant le retour de celui pour lequel tu étais là, je lançai, mine de rien :

–              Alors, que faut-il pour que tu reviennes au pays ?

Sans doute surprise par ce qui ne t’apparaissait que comme une taquinerie, tu avais répondu, sans hésiter :

– Un million. Un chiffre rond qui, en Mauritanie, sortait du seuil de la pauvreté. Je m’entendis dire, « alors soit », au moment même où Lahrach ouvrait la porte, se précipitait vers toi et tentait une accolade à laquelle tu consentis timidement. Une réaction qui ne m’avait pas échappé et que j’avais interprétée comme une première faille dans cet amour encore en élaboration. Une joie intérieure me combla sans savoir pourquoi. Le sentiment peut-être qu’il y a une mince lueur d’espoir que ce que Lahrach prenait pour de l’amour ne soit qu’une simple amitié tissée sur les pages de facebook.

 1. Boghé, Kaédi, Rosso, Sélbaby. Villes du sud mauritanien.

2. Titre d’un essai de J.P Sartre


De Nouakchott à Johannesburg : Un journaliste photographe mauritanien raconte comment il a décroché son billet pour le CHAN

CH. Sokhonokho (photo: Sneiba)
CH. Sokhonokho (photo: Sneiba)

Cette histoire là je ne pouvais ne pas la raconter. Saisissante. A tous points de vue. Parce qu’elle montre à quel point la passion (ici celle du sport) peut mener. De Nouakchott à Johannesburg. En passant par Tunis et Abidjan. Un trajet des plus « tortueux » mais qui, vous le verrez dans le récit, de Cheikhna Sakhonokho, journaliste-reporter à l’AMI, s’explique par les conditions extravagantes de ce voyage de Nouakchott à Johannesburg où les Mourabitounes sont engagés, pour la première fois, dans leur histoire, dans une phase finale du CHAN.

Cette histoire montre surtout qu’en Mauritanie, il y a des femmes et des hommes de bonne volonté. A l’image du directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) et de la maire de Tevragh-Zeina qui ont « sauvé » le CHAN de ce journaliste accrédité par la CAF et par la FFRIM, quand cette dernière et le ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports se sont dérobés à la dernière minute ! Sous prétexte que l’argent manque, alors que le gouvernement mauritanien venait de procéder à une levée de fonds qui a permis de récolter plus de 500 millions d’ouguiyas destinés à financer la participation des Mourabitounes au CHAN et aux éliminatoires de la prochaine CAN.

Le geste du directeur général de l’ANAC, Aboubekrine Seddigh Ould Mohamed El Hacen, et de la maire de Tevragh-Zeina, Fatimetou Mint Abdel Malek, envers ce reporter sportif d’un milieu social différent, montre que la cohabitation est bien possible. Il faut seulement arriver à un degré de conscience qui permet de dépasser cette vision des choses en « noir et blanc » et parvenir à nous dire que le jour où il n’y aura plus qu’UN mauritanien, comme j’aime à le répéter souvent, nos problèmes de cohabitation seront réglés. Mais trêve de discours ! Donnons la parole à Cheikhna Sakhonokho, rencontré par hasard à l’aéroport de Tunis-Carthage, pour qu’il livre lui-même le récit de son Odyssée.

« Tu sais Sneiba, je dois d’être là, en route pour l’Afrique du sud, à trois personnes : Abdoulaye Diagnana, patron de la radio privé Kass Ataya émettant depuis Paris, le directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac), Aboubecrine Seddigh Ould Mohamed El Hacen, et la maire de Tevragh-Zeina, Fatimetou Mint Abdel Malek. La FFRIM et le ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, m’ont fermé toutes les portes après avoir choisi les journalistes qui devaient accompagner les Mourabitounes en Afrique du sud. Mon accréditation par la CAF et mes états de services, dont cinq participations à la CAN, n’ont pas plaidé en faveur de ma cause.

C’est par un heureux concours de circonstances que j’ai rencontré le directeur général de Kassataya au forum de la diaspora tenu au palais des congrès de Nouakchott. Je ne sais qu’est ce qui m’a poussé à lui parler de mon voyage raté en Afrique du sud mais il m’a  fait entrevoir aussitôt une lueur d’espoir en me disant, après avoir longuement écouté mes plaintes et complaintes : « je vais voir ce qui peut être fait ». Et puis, voyant le directeur général de l’Anac devisant avec des invités à quelques pas de là, il se dirigea vers lui, l’attira à l’écart et l’entretient de mon cas. L’objectif, à ce stade, était de me procurer un billet aller-retour Nouakchott-Johannesburg coûtant plus de 700.000 UM (environ 2000 euros. Le patron de l’Anac me demanda une lettre de requête émanant d’une institution officielle. Tout de suite, j’ai pensé à la maire de Tevragh-Zeina, présidente d’honneur d’un club de football de la capitale pour lequel j’avais souvent réalisé des reportages-photos. C’est elle-même qui rédigea la demande adressée à l’Anac et me remit 100.000 UM, pour mes frais de route.

C’est le directeur général de l’Anac qui fit le reste. Le représentant local de Tunisair accepta de me délivrer un billet Nouakchott-Tunis-Abidjan et Abidjan-Tunis-Nouakchott, s’excusant pour le reste du trajet, leur compagnie n’ayant pas de desserte vers l’Afrique du sud. C’est donc l’Anac qui paya le reste, entre Abdjan et Johannesburg. »

L’important dans cette histoire n’est pas que Cheikhana Sakhonokho fasse partie de l’aventure sud-africaine des Mourabitounes. Il y a trois millions de mauritaniens qui n’ont pas eu cette chance. Mais j’ai voulu souligner ici un fait pas fréquent dans une Mauritanie où les tensions sociales se déclinent en noir et blanc : Un journaliste écarté du voyage, probablement parce qu’il est noir, se fait aider par des compatriotes blancs ! Une sorte de « réparation » qu’on aimerait voir se multiplier, dans les deux sens, et servir de socle à une Mauritanie UNE et Indivisible.


Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie de Philippe Marchesin en arabe

Traduit par Mohamed OuldBouleiba

Couverture du livre de F. Marchesin traduit en arabe (photo: M. Bouleiba)
Couverture du livre de P. Marchesin traduit en arabe (photo: M. Bouleiba)

Après  la traduction des  textes des explorateurs : Mage, Doulse et Vincent, et Voyage à l’intérieur de l’Afrique de Mongo Park,  Pierre Bonte, l’Emirat de l’Adrar, de l’ouvrage de F. de Chassey la Mauritanie 1900 – 1975 », vient le livre de Philippe Marchesin  Tribus, Ethnies et Pouvoir en Mauritanie (janvier 2014). Son tirage a bénéficié du soutien du Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France en Mauritanie, l’Université de Nouakchott, et la CNAM dans le cadre du projet initié par Pierre Bonte et Mohamed Ould Bouleiba en 2009 sur « L’islamisation et arabisation de l’ouest-saharien, anthropologie, littérature et histoire les récits d’origine ».

Le choix des trois auteurs universitaires concernés se justifie d’abord par les citations de leurs travaux dans la littérature scientifique concernant la Mauritanie.  La référence à ces ouvrages s’explique, par la synthèse qu’ils présentent, dans des disciplines diverses et s’agissant de périodes différentes, des données concernant l’ensemble de la Mauritanie ou d’une partie significative des recherches concernant ce pays. L’intérêt de la traduction de ces ouvrages réside donc d’abord dans la complétude des informations qu’iles sont susceptibles de fournir sur les recherches en sciences humaines et sociales aux chercheurs mauritaniens arabophones et aux étudiants intéressés par les recherches sur leur pays et soucieux de contribuer à leur développement.

Le choix de ces trois auteurs se justifie aussi par la diversité des travaux  qu’ils ont menés. Ils illustrent trois approches disciplinaires différentes quoique complémentaires.

Pierre Bonte est un anthropologue qui a consacré de longues études aux structures sociales et politiques héritées de la période précoloniale et coloniale. Son travail sur l’émirat de l’Adrar se situe au confluent de l’anthropologie et de l’histoire et, tout en ayant une forme monographique, aborde la plupart des grandes questions intéressant la société Bidhân, dans ses héritages et ses mutations présentes.

Francis de Chassey est un sociologue qui s’intéresse au système éducatif et à la formation des « élites » dans la Mauritanie de la décennie suivant l’indépendance. Son ouvrage dresse un tableau d’ensemble des travaux sociologiques, encore réduits il est vrai, en cette période suivant immédiatement l’indépendance, et il porte un regard nouveau sur un pays qui n’était connu que par les travaux, eux aussi réduits, publiés durant la période coloniale.

Philippe Marchesin est un politologue qui développe la première synthèse concernant la vie politique mauritanienne après l’indépendance. Celle-ci n’est plus appréciée du simple point de vue des institutions ou de l’histoire politique, mais dans son inscription dans la société, en pleine mutation, issue de l’indépendance. Le poids des structures « traditionnelles » est considéré dans la perspective de l’ordre politique moderne et des difficiles fondations d’une unité nationale.

Recherches de terrain

Ces trois ouvrages ont en commun de s’appuyer sur des recherches de terrain approfondies qui illustrent par ailleurs les problématiques, épistémologiques et méthodologiques, de quelques-unes des disciplines principales des sciences humaines et sociales, sans perdre de vue la perspective pluridisciplinaire qui reste l’objectif globalisant des recherches en ce domaine.

Une part importante de la littérature dans le domaine des sciences sociales et humaines a été publié en français – dans une moindre mesure en anglais – par des auteurs étrangers qui ont, depuis l’indépendance, consacré de longues recherches à la Mauritanie et contribué à la définition des problématiques scientifiques dans les domaines les plus divers. L’enseignement qui, dans ce pays, est pratiqué de plus en plus prioritairement en arabe, y compris à l’université, rend difficile l’accès des chercheurs nationaux à des travaux qui ont pourtant fortement concouru à l’élaboration des paradigmes sur lesquels s’appuient pour une part leurs propres recherches. De manière plus générale, les outils éditoriaux manquent encore en langue arabe qui leur facilite l’usage des concepts et des méthodes dans les disciplines des sciences sociales et humaines. Ce constat est à l’origine du projet de traduction d’ouvrages en français, portant sur la Mauritanie, qui favoriserait cette accessibilité linguistique et le développement des recherches nationales en ces domaines.

Mohamed Bouleiba, critique littéraire mauritanien
Mohamed Bouleiba, critique littéraire mauritanien

La traduction de ces ouvrages écrits par d’éminents universitaires et chercheurs français ayant vécu  longtemps parmi nous et, surtout, ayant exploré un immense trésor de documentation d’origines et d’approches  variées a le mérite de mettre à la porté  du lecteur arabophone mauritanien  des études  aussi riches que variées sur son pays. Ecrits par des étrangers,  sous forme d’études et  de recherches sur la société mauritanienne, ces  livres ont l’avantage aussi de briser certains tabous souvent embarrassant pour les chercheurs et les écrivains mauritaniens.

        Malgré l’effort  louable, le niveau des analyses, la richesse de la documentation, certaines  lacunes peuvent paraitre ça et là pour un lecteur averti, doté d’un esprit  critique, d’une connaissance de la société  et de son histoire. Cela nous donne, nous mauritaniens, l’occasion et l’impulsion pour réécrire notre histoire et étudier notre société. La publication de ces traductions et éventuellement d’autres en perspective, s’inscrit dans le cadre d’un projet qui vise, entre autres objectifs, de doter nos chercheurs arabophones d’une documentation de référence. La traduction du livre de Marchesin « tribus ethnies et pouvoir en Mauritanie»  est d’une importance capitale car, « un rapide survol de la bibliographie révèle la carence d’approches synthétiques sur les phénomènes du pouvoir en Mauritanie jusqu’au début des années soixante-dix ».

Présentation des livres

Reparti sur onze  chapitres et divisé en trois parties  le livre de Philippe Marchesin  retrace l’histoire politique de la Mauritanie en analysant les rapports entre tribus, ethnie et pouvoir. La première partie est intitulée société et  pouvoirs traditionnels et comporte trois chapitres. Dans cette partie, l’auteur  présente les sociétés traditionnelles maure et négro-africaine dans le but  de jeter la lumière sur les racines de la société et de l’Etat mauritanien. Il consacre le premier chapitre à  l’étude de l’ensemble maure, son histoire, l’influence de l’environnement et ses conséquences économico-sociales, la stratification sociale et le pouvoir politique, l’islam comme fondement des valeurs sociales.

Dans le deuxième chapitre consacré au « pays des noirs » il est question des données économiques, de la stratification sociale, du pouvoir politique et de l’islam et de l’impact  de la colonisation. Quant au troisième chapitre, il est axé sur une comparaison entre les sociétés traditionnelles maure et negro- africaine, une comparaison qui fait ressortir les traits communs mais aussi les différences, les rivalités et la complémentarité.

La deuxième partie du livre est intitulée la genèse de l’Etat, un Etat à polarisation variable.  Dans cette partie il est question des élections de 1946, des élections de 1951, de la création de l’Etat (1956 -1961) , des menaces extérieures : le projet de l’OCRS, le «  grand Maroc », le régime de Moctar Ould Dadah, du processus de concentration du pouvoir, le conflit sur la forme de l’Etat, le parti Etat, la primauté du parti sur l’Etat, la tension ethnique et la liquidation de « la tentative de l’Etat national, le conflit social et sa récupération, de la guerre du Sahara et ses conséquences, de l’effritement des soutiens de Moctar et le coups d’état du 10 juillet 1978.

         A partir de 1978, « coups d’Etat, révolutions de palais, tentatives de putsch se succèdent à un rythme élevé ». C’est une période d’instabilité politique, « quelques années suffisent aux militaires mauritaniens pour établir un des plus fameux records d’instabilité de l’histoire mouvementée des régimes politiques africains contemporains » : Moustapha Ould  Mohamed Salek, Ahmed Ould Bouceif, Mohamed Khona Ould Haidala, Maaouya Ould Taya. En  plus de cette instabilité, cette période a connu un regain du fait tribal. « A dire vrai, le tribalisme étant une donnée permanente de la vie politique mauritanienne, il s’agit plus de l’accentuation de certaines pratiques tribales depuis 1978 que de la soudaine résurgence de comportement de type traditionnel. Le fait tribal a toujours existé sous le régime de Moctar Ould Dadah mais ses manifestations étaient relativement discrètes. »

Le dernier chapitre de cette deuxième partie est consacré à la nature de l’Etat. Ici, l’auteur s’attache  à  établir la prépondérance  et l’actualité du fait tribal  dans la vie politique mauritanienne en s’appuyant sur les données statistiques.

Dans la troisième partie intitulée «  positions de pouvoir », P. Marchesin consacre le  chapitre aux acteurs de la domination dans lequel il parle de la bureaucratie, les milieux d’affaires, de la nature de « la classe dominante » et des scenarios de la recherche hégémonique. Le deuxième chapitre de cette partie est consacré  aux modes d’exercices de la domination où il est question de la coercition, des biens symboliques ou la légitimité, des biens et services matériels.  Le troisième chapitre de cette partie brosse un tableau des groupes et mouvements politiques que la Mauritanie a connus depuis son ouverture sur la vie politique moderne jusqu’au milieu des années 90.

Quant au dernier chapitre, il est consacré aux modes populaires d’action politiques qui traduisent « la revanche  » de la société sur l’Etat  à travers les mouvements de contestation. Dans ce chapitre, l’auteur analyse aussi les tactiques populaires avant de passer à la conclusion. « L e premier élément de conclusion qui s’en dégage  a trait, outre l’importance plus que jamais cruciale du facteur ethnique, à la « réhabilitation du fait tribal  ».

Philippe Marchesin est un spécialiste des relations Nord-Sud, tout particulièrement des questions de coopération et de développement. L’originalité de son approche est de mêler réflexion théorique et longs séjours de terrain. Il a ainsi enseigné pendant une dizaine d’années en Mauritanie (ENA et faculté de droit de Nouakchott), Turquie (Université de Galatasaray) et Biélorussie (faculté franco-biélorusse de science politique).

      Maitre de conférences au département de science  politique de la Sorbonne (Paris1),  Philipe Marchesin  est un ancien professeur de l’ENA de Nouakchott  de 1983 à 1987, durant son séjour en Mauritanie son travail de thèse s’est appuyé sur la fréquentation assidue des archives où il s’est rendu quasi quotidiennement pendant deux ans. La thèse était également basée sur une enquête concernant les catégories dirigeantes pour laquelle le concours d’étudiants de l’ENA et  de l’université (notamment Diop Mamoudou, Ba Yacouba Aboubacry et tout particulièrement Abdel Nasser Ould Ethmane Sid Ahmed Yessa) a été déterminant. Il s’est également entretenu avec plusieurs scientifiques (entre autres Mohamed Ould Sidia) et acteurs politiques mauritaniens.

Son séjour s’est terminé un peu plus tôt que prévu après la soutenance du mémoire d’Abdel Nasser Yessa sur l’opposition politique en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes et françaises lui ont reproché d’avoir dirigé un travail qui comportait en annexe des tracts de certains mouvements politiques interdits (notamment le manifeste du négro-mauritanien opprimé). Ce texte avait conduit les personnes qui le possédaient en prison. On lui a donc trouvé très rapidement un billet d’avion pour quitter la Mauritanie et, le jour de son départ, l’ambassadeur de France est venu à l’aéroport constater qu’il quittait bien le pays.

C’était une période très intéressante pour Marchesin où l’on sentait les prémices de ce qui allait devenir le printemps démocratique africain à partir du discours de la Baule et des conférences nationales. Son intention était de s’inscrire dans ce mouvement et surtout de contribuer à libérer la parole et exposer la réalité des choses. Sur le plan anecdotique, Monsieur Marchesin se souvient avoir reçu quantité de témoignages positifs dans la rue juste après cette affaire. Il sentait bien que les gens étaient demandeurs de plus de transparence et de participation.


Autour d’un thé : La « re-traite » d’un général qui prend sa retraite

Général à la retraite, Ndiaga Dieng (photo: Chezvlane)
Général à la retraite, Ndiaga Dieng (photo: Chezvlane)

Une ancienne année s’achève. Une nouvelle commence. Ainsi va le monde. Un va-et-vient incessant. Une sorte de cercle vicieux quoi où tout va et revient. Incessamment. Il n’y a que de la mort dont on ne revient plus. Pas de la retraite. Le tout nouveau général qui vient d’être admis à la retraite n’est pas totalement parti. Il est juste devenu un personnage ordinaire. Un général généralisé, comme le commun des mortels, n’aura plus droit à porter, sur sa poitrine ou ses épaules, ces adorables petits insignes qui le différenciaient des autres. Mais n’ira pas loin des casernes, puisqu’on peut toujours avoir besoin de lui. Les frères d’armes, on ne les oublie pas. D’ailleurs, ce n’est même pas prudent de les oublier. Si Taya est parti en 2005, c’est qu’un ancien officier oublié a fait irruption en 2003. Les anciens officiers, c’est comme des volcans. Ils peuvent dormir ou faire semblant, mais quand ils se réveillent, surtout s’ils sont sans le sou, chet ! Ils peuvent être dangereux. Mani (littéralement : « je t’ai dit », en wolof), gay’ i (ces gens-là), dafagraw (c’est grave).

Voilà pourquoi, depuis 2008, aucun officier n’est abandonné au hasard. Recyclage, systématique, en directeurs généraux de sociétés de gardiennage avec lesquelles les établissements publics sont obligés de passer contrats, parfois exagérés. Une façon de calmer les ardeurs et de gérer les ambitions. Alors, mon général retraité, ne t’inquiète pas ! Comme tu es du fleuve, tu auras ta société de séchage de poisson, de traitement de mil ou de sorgho, sinon tu deviendras haut cadre civil, à la gendarmerie, à la douane ou à la Sonimex. Des boîtes que tu connais bien. Peut-être, même, que tu pourras devenir un « grand quelque chose », politiquement parlant, grâce à la loi du dosage. La tête pour les Maures. Le cou pour les Harratines. La carcasse pour les Négro-Africains. Les officiers ne quittent l’armée que pour y revenir. Plus discrètement. La veste, le boubou, le turban noué au cou, tout ça, c’est de la diversion. Quand on devient militaire, on meurt militaire. Et un général, c’est pas n’importe quel militaire ! Même retraité, il vaut ce qu’il vaut. Amin…

Sneiba El Kory (Le Calame)


Les Arabes et la contre-révolution du nouveau pharaon Al-Sissi

Al Sissi et Nasser "Les grands d'Egypte" (photo : google)
Al-Sissi et Nasser « Les grands d’Egypte » (photo : Google)

Inutile de continuer à gloser sur le « printemps arabe » qui, à mon sens, est un mensonge de plus. Comme les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens. Comme les démocraties en Afrique. Comme les décisions – résolutions – de ce « machin » de l’ONU. Comme le désordre que les grands de ce monde veulent instaurer comme l’Ordre mondial ! Comme tout ce qui fait aujourd’hui que nous vivons des crises partout.

L’Egypte, le plus grand pays arabe (du point de vue démographique et militaire), est en train de refaire l’histoire. Elle était au commencement de celle-ci, elle veut être au milieu et à la fin. La fin du « printemps arabe », en Egypte, avec le retour de l’armée au pouvoir, constitue-t-elle la fin de l’histoire ? Autrement dit, pour transposer la réflexion de Francis Fukuyama, qui affirmait que « la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques », la destitution du président Frère musulman Mohamed Morsi à la faveur d’une mobilisation populaire sans précédent, par le général Abdel Fattah Al-Sissi met-elle fin à ce qui n’aura été qu’un intermède dans le long règne de l’armée dans un pays clé, du point de vue, géostratégique, pour la stabilité du Moyen-Orient ?

Je ne le pense pas. L’histoire de l’Egypte est faite de périodes de stabilité qui alternent avec des bouleversements sans conséquence. Le coup porté aux Frères musulmans, aussi dur soit-il, n’est pas le premier du genre. Le profil bas qu’ils adoptent, face à la  répression, ne signifie pas une capitulation, mais seulement une sorte de « repli stratégique » pour contrer plus énergiquement le retour des Pharaons.

J’entends par là que la situation en Egypte, loin de rassurer, doit constituer une source de préoccupation pour les puissances occidentales qui l’observent et s’en délectent même. Elle constitue un parfait démenti pour leur soi-disant combat pour la démocratie et les droits de l’homme. L’islamisme ambiant en Egypte, en Tunisie et en Syrie est appelé à creuser sa propre tombe par ses pratiques inappropriées du pouvoir et ce n’est pas à une contre-révolution sanglante menée par des hommes qui s’accrochent au pouvoir (Al-Sissi et Bachar) qu’il faut espérer pour sauver les apparences.

La situation en Egypte peut être interprétée comme une sorte de blanc-seing donné au nouveau pharaon Al-Sissi pour la restauration du régime de Moubarak chassé du pouvoir le 11 février 2011. Mais elle est surtout la renonciation à un processus de démocratisation qui devait aligner les pays arabes (et africains) sur la rédemption politique qui a gagné l’Europe de l’Est suite à la chute du Mur de Berlin en 1989.

Dans les pays arabes où le « printemps arabe » n’a pas eu lieu, on se félicite de l’échec de cette « expérience » en Egypte, en Tunisie et même en Libye. Les gouvernants qui craignaient de perdre leur trône montrent du doigt ces pays où les islamistes ont, soit semé la désolation, soit montré leur incapacité à s’adapter aux règles de la démocratie qui leur a permis de conquérir le pouvoir.

C’est sur cette corde très sensible que le parti au pouvoir en Mauritanie, l’Union pour la République (UPR), joue admirablement bien pour contrer les islamistes de « Tawassoul », idéologiquement liés aux Frères musulmans d’Egypte et à Nahda en Tunisie. Le mouvement du 25 février, « printemps arabe » mauritanien avorté en 2011, n’a donc aucune chance de ressusciter tant que les islamistes égyptiens n’auront pas réussi à reprendre la main. Une hypothèse non envisageable à court terme si l’on comprend très bien les assurances occidentales, certes non déclarées, qui ont permis au général Al-Sissi  de déclencher les mécanismes de la terreur militaire pour contrer ceux de la terreur islamiste qu’il a fini par présenter comme une variante du terrorisme.


Autour d’un thé : gabegie, la presse aussi ?

HAPA (crédit photo: Saharamedias.net)
HAPA (crédit photo: Saharamedias.net)

Nul ne meurt sans avoir eu son jour, de gloire s’entend. Vieille sagesse populaire. La vie, c’est connu, a ses hauts et ses bas. Ses fonds et ses tréfonds. Même pour la presse.

Cette donneuse de leçons. Cette nageuse en eaux troubles. Cette prétentieuse qui se permet, à tout va, d’arrondir les angles, par-ci, et redresser les dysfonctionnements des oueds, par-là. Elle n’est, ce faisant, pourtant que dans son rôle. Mais il faudrait qu’elle s’assure que, devant sa case, tout est propre.

Vraiment clean. Du dedans. Du dehors. Les hommes, pour les mettre à l’épreuve, ce n’est ni à travers ni prière, l’endurance, le jeûne, la privation, l’injustice, encore moins les voyages.

Mais à travers l’argent. Pour tester cette honnêteté présumée ou réelle, pour mettre à l’épreuve les principes maintes fois ressassés dans les éditoriaux et autres articles pompeux, il n’y a que le nerf de la guerre qui puisse valider la bonne foi et la croyance profonde en ces vertus régulièrement déclamées.

Naturellement : Ta main est de toi, même si elle est paralysée et ton nez est de toi, même s’il n’est pas bien « tracé ». Mais il est foncièrement indécent de dire une chose et de faire son contraire. L’argent public, c’est l’argent public. Pas plus, ni moins. Qu’il provienne d’une commission ou d’une affaire traitée sous table.

Qu’il provienne de manipulations issues de la mise en œuvre d’un projet ou de faveurs indues, soutirées à des établissements, ou de perfides manœuvres, machiavéliquement organisées par un groupe de spécialistes, carnassiers invétérés de la chose publique. L’argent public reste l’argent public.

Qu’il soit destiné aux gens de Bouratt¹ ou aux quartiers précaires de Nouadhibou, via la zone franche, ou aux anciens esclaves, par le biais de l’agence Tadamoun², ou à de proches parents et beaux-frères, par le truchement de partis politiques conjoncturels, l’argent public est toujours de l’argent public.

Qu’il soit ravagé par un président, un ministre, un général, un super directeur, un mini directeur, un comptable, un fonctionnaire ordinaire ou un journaliste. L’argent public n’a d’autre nom que l’argent public. L’IGE, la Cour des comptes, les organes internes de contrôle des ministères n’ont leur raison d’être que lorsqu’ils sont prompts à le poursuivre là où il est entré.

Dans la poche (comme dit l’artiste Ebeïbe Ould Nana). Dans les comptes. Dans le portefeuille de madame. Ou blanchi en villas cossues, troupeaux de luxe qui ne servent, par la grâce d’Allah, qu’à fortifier le cou des bergers et la musculature de leur progéniture ou à fonder banques et sociétés-écran susceptibles d’assurer une retraite, paisible, à une peuplade de fonctionnaires civils et militaires véreux ayant échappé à toute poursuite. En moins d’un mois, dame Presse est impliquée dans deux scandales.

A tort ou à raison. En tout cas, comme le dit si bien l’adage : « La médisance, même si elle ne colle pas, laisse, quand même, une cicatrice ». Avec ces accusations, fausses ou avérées, l’institution de la presse est honteusement entachée. Pour juste quelques millions.

Pour juste quelques prébendes, touchées, discrètement, quelque part en un misérable bureau de renseignements, devant la porte dérobée d’un ministère ou d’un service sans nom d’une certaine présidence. La Mauritanie est toujours le pays du million de quelque chose. Elle était, jusque-là, le pays des poètes.

Elle est devenue, aussi, le pays d’un million d’ONG, le pays d’un million de journalistes, le pays d’un million de partis politiques, le pays d’un million de mendiants, le pays d’un million de chômeurs, le pays d’un million de putschistes, le pays d’un million de vendeurs de cure-dents, le pays d’un million d’Arabes, le pays d’un million de Berbères, le pays d’un million de Négro-Africains, le pays d’un million de Harratines, le pays d’un million de sages, de corrompus, de menteurs, de tricheurs, de Saints et de Satans…Renversement de rôle. C’est très habituel, en Mauritanie. La presse chahutée.

La démocratie par l’armée. Les civils sur le front ! De la décrépitude, du mensonge et du dédoublement. En avant, marche !

 Sneiba El Kory (Le Calame)

 1. Localité réputée la plus pauvre en Mauritanie.

2. Tadamoun: Solidarité: Agence gouvernementale pour lutter contre l’esclavage .


Téléthon : L’utile et le futile

Ahmed Ould Yahya, président de la FFRIM(photo: Maurifoot)
Ahmed Ould Yahya, président de la FFRIM(photo: Maurifoot)

Le téléthon destiné à lever des fonds pour les Mourabitounes a provoqué un véritable « mayloumak yal warrani ». Une sorte de « gare au dernier » suscitée par l’appel lancé par le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, pour soutenir « l’expédition » sud-africaine de l’équipe nationale de football au CHAN, compétition continentale réservée aux locaux.

Au risque de choquer, je dirai que je n’ai pas pris part à cette « mobilisation » nationale. Parce que, comme l’a dit si bien Belinda Mohamed, les mauritaniens ont raté pas mal d’occasions pour :

 

« Pour les Malades couchés dans les hôpitaux qui n’ont pas de quoi se soigner ?

Pour les Enfants non Scolarisés ?

Pour les Quartiers encore inondés d’eau ?

Pour la réhabilitation de structures bien concrètes et en place (stades) ?

Pour la réhabilitation de classes d’écoles ?

Pour créer un fonds d’accès au Microcrédit ? »

Question : pourquoi toutes ces occasions ratées ?

Parce qu’il s’agissait de batailles perdues d’avance ? Et que les Mourabitounes n’ont rien à perdre dans cette aventure sud-africaine ? Ne dit-on pas qu’ils ont déjà beaucoup fait ? Etre parmi les 16 équipes finalistes, en éliminant le Sénégal, c’est déjà pas mal. Surtout que c’est une première dans l’histoire du foot national. Même si le CHAN n’est pas la CAN.

Les mauritaniens ont mobilisé les fonds un peu forcés quoi. L’auraient-ils fait si volontiers sans l’appel du Raïs, depuis le palais des congrès où se tenait le Séminaire des compétences et expertises Mauritaniennes ? J’en doute fort. Mais le résultat est là : plus de 300 millions d’ouguiyas (1 million d’USD) pour renflouer les caisses de la FFRIM !

Les hommes politiques, les hommes d’affaires et les mauritaniens lambdas qui ont défilé à la TVM, quarante-huit heures durant, savaient pertinemment qu’ils faisaient un « placement ». On ne fait rien pour rien surtout quand le sport est mangé à la sauce politique, au sortir d’élections municipales et législatives à l’issue desquelles un nouveau gouvernement devra être formé. Alors, comme beaucoup de mes compatriotes qui font le distinguo entre l’utile et le futile, je dis, Téléthon d’accord mais pourquoi le foot exactement ?

 

 


Mauritanie : L’UPR assure une majorité confortable au parlement

Le président de la Ceni annonçant les résultats du second tour (photo: Elhourriya)
Le président de la Ceni annonçant les résultats du second tour (photo: Elhourriya)

Les rideaux viennent d’être tirés sur ce qui passe pour être l’élection la plus longue et la plus controversée de l’histoire « démogâchique » de la Mauritanie. Même au temps du président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui a passé vingt ans au pouvoir (1984-2005), jamais une élection n’a réussi « l’exploit » de rendre l’avis de l’opposition et la majorité unanime. Sur le désordre qui l’a caractérisée ! Mauvaise préparation, manque de moyens, manque de transparence, suspicions et retard dans la proclamation des résultats sont les principaux reproches qui ont fusé de part et d’autre. Même du côté de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, qui a sans doute paniqué au premier tour, en ne parvenant à remporter qu’une seule capitale régionale (Tidjikja) sur les 13 que compte le pays ! Et ce malgré le boycott de 10 partis de l’opposition qui avait laissé penser que les élections municipales et législatives ne seraient qu’une promenade de santé pour l’UPR. Avec 52 sièges de députés gagnés au premier tour, l’UPR avait encore besoin d’en rafler 22 autres pour ne pas avoir à s’appuyer sur ses alliés de la majorité présidentielle en vue de former le futur gouvernement. Et c’est maintenant chose faite. Le parti au pouvoir arrive largement en tête, à l’issue du deuxième tour, avec 74 députés (50.34%) devançant de loin le parti Tawassoul (Islamistes) qui pointe à la deuxième place avec seulement 16 députés (10.88%). Les quatre formations d’opposition qui ont pris part à ces élections municipales et législatives totalisent 37 sièges (25.16%), exactement le même nombre d’élus que les 12 autres partis de la majorité présidentielle qui joueront le rôle d’appoint pour le parti au pouvoir.

Configuration différente mais…

L’Assemblée nationale mauritanienne – enfin élue avec deux années de retard – est différente, dans sa configuration, de celle qui n’a plus d’existence légale à partir de ce 23 décembre, date de proclamation des résultats du deuxième tour. Certes, la majorité continuera à maîtriser le jeu au sein de l’hémicycle, à faire passer les projets de lois présentés par le gouvernement,  mais elle ne répondra plus aux règles de la Bipolarité.  Les partis alliés de l’UPR feront entendre leur voix, demanderont à être impliqués dans la gestion des affaires et, s’ils ne sont pas écoutés, pourraient très bien envisager, avec l’opposition, une motion de défiance, ou même de censure. C’est dire que l’assurance du secrétaire exécutif chargé des affaires politiques au sein du Directoire de l’UPR, Mohamed Mahmoud Ould Javaar, peut être mise sur le compte d’une euphorie passagère, suite aux bons résultats du parti à ces élections mais le plus difficile est de gérer les conflits d’intérêts, je dirai de proximité, avec le pouvoir. Les soutiens se monnayent et ils coûtent plus chers en période de crise politique qui fragilise les gouvernements. Le président de la République, Mohamed Ould Abdbel Aziz, a pris les devants, en annonçant, le jour du vote, que la formation du futur gouvernement n’est pas liée aux résultats de ces élections municipales et législatives, mais tout le monde sait qu’il a pris l’habitude de surprendre les mauritaniens par des décisions inattendues. Et on imagine mal comment il peut maintenir un gouvernement dont la popularité de certains membres a été mise à rude épreuve par ces élections.

 

Répartition des 146 sièges de l’Assemblée

Rang Parti 1er tour 2eme tour Total %
1 UPR 52 22 74 50,34
2 Tawassoul 12 4 16 10,88
3 Al Wiam 8 2 10 6,80
4 APP 7 0 7 4,76
5 Karama 6 0 6 4.08
6 UDP 6 0 6 4.08
7 AJD/MR 4 0 4 2.72
8 Sursaut 4 0 4 2.72
9 RAVAA 3 0 3 2.04
10 PRDR 3 0 3 2.04
11 PUD 3 0 3 2.04
12 Vadhila 3 0 3 2.04
13 ISLAH 1 0 1 0.68
14 Justice et démocratie 1 0 1 0.68
15 El Wihdawi 1 0 1 0.68
16 Al karama wal Amal 1 0 1 0.68
17 Al Assala 1 0 1 0.68
Total*   116 28 144 99.32

*La date du second tour pour élire les 2 députés d’Atar, objet d’un recours auprès du Conseil constitutionnel, doit être fixée ultérieurement.

UPR : Parti au pouvoir

APP : Partis d’opposition

Karama : partis de la majorité


Al Ahmady : Histoire d’un hôtel qui ne veut pas mourir

Al Ahmady, côté plage (photo: Sneiba)
Al Ahmady, côté plage (photo: Sneiba)

Hôtel Al Ahmady ou, plus familièrement pour les Nouakchottois de ma génération, Hôtel Didi du nom de son propriétaire, connu aussi pour être l’un des premiers journalistes mauritaniens. Si j’en parle aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un établissement fréquenté par les touristes – d’ailleurs très rares en Mauritanie depuis que le pays a été classé dans la zone rouge, en 2007, par le Quai d’Orsay – mais pour raconter l’histoire d’un hôtel qui refuse de mourir. Bien qu’il soit fermé depuis près de trente ans !

Comme je le fais chaque vendredi ou samedi, jours de repos en Mauritanie, je roule doucement sur la route reliant le Wharf de Nouakchott à la Plage des pêcheurs, le regard rivé sur les centaines de Nouakchottois qui, comme moi, ont fui le tumulte de la ville pour passer un moment de tranquillité sur ce qui est pour tout habitant de la capitale « LA plage ». Une appellation qui date sans doute de l’époque des premiers hôtels de Nouakchott : Al Ahmady (hôtel Didi), bien sûr, situé à quelque deux kilomètres à l’ouest du Wharf de Nouakchott, hôtel Diama (ou Diamant, je ne sais plus comment on prononçait le nom de cet établissement dont ne reste plus aujourd’hui que les vestiges) et hôtel Sabah, à deux cents mètres à peine de la Plage des pécheurs où la Coopération japonaise a construit un marché de poisson devenue une sorte de « bourse alimentaire » et de moyen de survie pour beaucoup de jeunes mauritaniens sans emplois.

Arrivée au niveau de l’hôtel Didi, mon attention est attirée par le nombre impressionnant de personnes qui entrent ou sortent dans un établissement qui avait fermé ses portes depuis plus de trois décennies. Cela ramena en moi des souvenirs du « bon vieux temps », comme on dit.  Un ado m’informe que les Nouakchottois venus en familles ou en groupe de jeunes apprécient ce côté de la plage où un bateau échoué sur les sables fin, on ne sait ni quand ni comment, avait acquis le surnom de « titanic » du nom du film mythique de James Cameron, sorti en 1997. J’ai alors voulu, pour la première fois, visiter cette plage, et pas une autre, en me dirigeant vers la grande porte d’entrée de l’hôtel. Mais à ma grande surprise, un homme se précipite et place un bidon d’huile vide au beau milieu de la porte, m’obligeant à m’arrêter. Et sans attendre, il me dit d’une voix autoritaire : « 200 UM ». J’ai failli éclater de rire à l’annonce de ce péage inattendu. Moins d’un euro pour accéder à la plage « privée » d’un  hôtel abandonné ! Décidément, les Mauritaniens ont le sens des affaires.

Je sais pourtant moi que ce n’est pas Didi, le propriétaire de l’hôtel, qui a imposé ce « droit de passage » vers la plage. L’homme est connu pour sa générosité légendaire. Je me rappelle que, venu en 2005 dans son imprimerie pour demander le prix de fabrication d’un tabloïd de 12 pages, il m’avait accordé le prix du premier numéro, soit à l’époque 70.000 UM (175 euros). C’est donc probablement «  le gardien du temple » qui, voyant que ce côté de la plage étai très prisé, a voulu faire son propre business. Et, ma foi ça doit rapporter chaque week-end un joli magot.


Elections : Pas de « printemps » électoral en Mauritanie

Manif de l'opposition devant la Ceni (photo: Alakhbar info)
Manif de l’opposition devant la Ceni (photo: Alakhbar info)

Eywa, guelna halkoum. C’est par cette phrase donnant à peu près ceci, en français de France, « voilà, nous vous l’avons dit », que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) annonce sa victoire. Celle du boycott des élections municipales et législatives du 23 novembre 2013. Quand pratiquement tous les partis politiques qui ont pris part à cette joute électorale commencent à pester contre la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Même le grand gagnant de ces élections, l’Union pour la République (UPR) qui récolte 52 sièges de députés dès ce premier , et quelque 98 communes sur les 218 que compte le pays. Pour le journal Biladi, rangé à tort ou à raison, dans la presse favorable à l’opposition, ce «résultat n’est pas particulièrement brillant pour une formation officielle qui dispose de l’Etat et même du bien des privés. »  Et ce journal de révéler que l’UPR, parti au pouvoir en Mauritanie, «aurait en effet récolté deux milliards d’ouguiyas pour les besoins de la campagne auprès des hommes, ses adhérents « officiels » même s’ils n’adhèrent pas à son programme. Ils savent tous que celui qui ne passa pas verser sa part dans la caisse du parti n’est pas à l’abri d’un redressement fiscal ou d’une poursuite en justice. » Pourtant, par la voix de son secrétaire exécutif chargé des affaires politiques, l’UPR a déclaré avoir déposé des recours auprès de la Cour constitutionnelle ! Pour certaines mauvaises langues, c’est le voleur qui participe à l’enquête.

Mais ce qui fait la curiosité de ces élections se trouve ailleurs. Par exemple, la « guerre » entre les partis de la majorité, d’une part,  et de l’opposition, d’autre part. L’UPR et son « second », le Sursaut de la jeunesse pour la Nation, ne se font pas de cadeaux. Leur opposition au deuxième tour, bien que favorable à la majorité avec la victoire de l’un ou l’autre, prend une tournure épique. Le renouvellement de la classe politique mis en avant par le Sursaut (le parti des jeunes) est vu par l’UPR comme une sorte de « pousse-toi d’là que j’m’y mette ». La tension est telle que le Sursaut est entrée dans une coalition contre nature avec des partis de l’opposition dans un département de l’est du pays où deux sièges de députés sont encore en jeu. Dans un autre département du centre du pays, deux frères élus députés, se livrent à une bataille sans merci au deuxième tour avec la particularité qu’ils ont interverti les rôles : celui élu sur la liste nationale d’un parti de l’opposition soutient les candidats du parti au pouvoir à Maghta-Lahjar, alors que son frère, président d’Al Vadhila, formation de la majorité, apporte son soutien aux candidats de Tawassoul, la formation islamiste rangée dans le camp de l’opposition et qui se place deuxième derrière le parti au pouvoir !

Les partis d’opposition ont, eux aussi, leur lot de problèmes. Il a suffit que Tawassoul, arrivé deuxième avec 12 députés et présent au  deuxième tour dans  6 des 9 communes de Nouakchott face au parti au pouvoir déclare que la présidence de l’opposition démocratique lui est pratiquement acquise pour qu’Al Wiam, troisième avec 8 députés, réplique en disant que rien n’est encore joué. Il est vrai que le statut de chef de file de l’opposition démocratique est d’un certain prestige mais il a surtout été créé par le pouvoir pour exacerber les tensions entre les grandes formations de l’opposition qui, sans grand espoir de « dégager » le président Aziz par un « printemps électoral », comme les voisins sénégalais l’ont fait pour Wade, rivalisent pour occuper la seconde place du podium.

Enfin, je ne puis finir ce billet sans un mot sur les « partis cartables ». Ces formations qui n’existent que de nom et qui auront joué et perdu. De la manière la plus lamentable. Sans aucun siège de « dépité » et, pire, sans conseillers alors qu’il y en a plus de 2000 sur l’ensemble du territoire national ! On les accuse aussi d’avoir provoquer le tohu-bohu vécu lors de ces élections. Les dysfonctionnements qui ont caractérisé ces élections, en particulier le grand retard dans la proclamation des résultats (10 jours), sont dus à l’intrusion de ces partis fantômes dans une compétition où leur rôle étaient connu d’avance : faire de la figuration. Permettre au pouvoir de dire que si dix partis ont boycotté les élections, soixante autres ont participé.