Mohamed SNEIBA

Moi, « Ouvrier » de la politique, j’accuse !

Sneiba Mohamed
Sneiba Mohamed

On m’a souvent dit que je suis un « bon journaliste » ! Hum, moi-même j’en doute puisque je n’arrive pas à égaler, en termes de rentabilité, l’un de ces nombreux « journalistes » ou peshmergas de la plume qui essaiment dans les organes de presse mauritaniens, publics et privés. On m’avait dit aussi, quand j’étais prof de français, que je faisais partie de la « crème », alors que mon meilleur poste a été directeur des études au lycée national ! Par « accident ». Un ami de longue date, directeur de l’enseignement secondaire, obligé de nommer des dizaines de « pistonnés », s’était rappelé de moi et de mes très bons résultats quand je tenais les classes de terminales A au lycée de Boghé, au début des années 90 du siècle dernier.

En Mauritanie, être nommé – ou dénommé – ne relève pas de l’ordinaire. La politique a toujours été un passage obligé. Et moi j’ai longtemps été du « mauvais côté » : l’opposition. Quand celle-ci avait encore un sens : des principes, la croyance en un idéal de justice, d’égalité et de démocratie. La déportation, en 1989, en plein jour, de deux collègues profs d’anglais, alors que j’enseignais au lycée de Boghé, a constitué un tournant dans mes convictions politiques. Entre être engagé dans un front pour l’égalité et la justice ou être embarqué dans les convulsions de la Constitution d’une « identité » arabe qu’on voulait voir les Hratin porter à Boghé, durant les « années de braise« , j’ai choisi, sans hésiter, la première voie. C’était choisir le camp des perdants, le rapport des forces, à l’époque, étant largement favorable au pouvoir et aux courants politiques et idéologiques qui le soutenaient. Mais j’avais la conscience tranquille en sachant que je militais pour une cause qui, sans être « bonne » pour moi, était tout de même juste. Une attitude qui sera constante sur plus de vingt ans. Jusqu’au coup d’Etat du 3 août 2005. Une délivrance. Disons que, comme tous les Mauritaniens, j’avais pensé qu’on amorçait un nouveau départ. Que rien ne sera plus comme avant. Certes, la classe politique mauritanienne était connue pour sa capacité, étonnante, de s’adapter si elle ne peut trouver de justificatifs sérieux pour adopter. Un militaire qui part un autre qui s’installe. On avait toutes les raisons de penser qu’il ne s’agissait que d’un éternel recommencement. Mais la junte qui venait de nous délivrer de la « démogâchis » de Taya avait promis de céder le pouvoir aux civils après une transition de 24 mois. Elle ne restera finalement que 19 mois. Je ne vais pas refaire l’histoire que tout le monde connaît, mais c’est nécessaire pour comprendre pourquoi, je n’accepterais plus jamais d’être un « ouvrier » de la politique.

2009, je m’engageais à nouveau pour le pouvoir

On m’avait embarqué dans «l’aventure » Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi. J’ai été chargé de diriger un journal créé spécialement pour battre campagne, avant la lettre, pour cet ancien ministre de feu Moctar Ould Daddah. Je recevais les directives de « très haut », après avoir été reçu par le ministre de l’Education de l’époque qui me dit, en toute clarté, que j’étais en « mission commandée ». Pour deux ans. Une mission que je crois avoir bien accomplie, mais qui ne m’apporta que désillusions et sentiments d’avoir flanché, même si mon choix politique portait, en âme et conscience, sur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, un homme pris dans la tourmente d’une grande conspiration dont il ne se rendra compte que trop tard. C’est là aussi une histoire que tout le monde connait ou presque…
2009, je m’engageais, à nouveau, avec le pouvoir. Par conviction. J’étais de ceux qui n’accordaient plus aucune considération pour une opposition « déréglée », ne sachant plus ce qu’elle voulait ni où elle allait. Des amis hauts placés me demandèrent alors de participer à la rédaction du journal de campagne du candidat Aziz. Un engagement que je fis sans peine, signant même tous les éditos du « changement constructif » et participant, avec une équipe de choc, à une stratégie de communication qui a sans doute joué un rôle de premier plan dans le plébiscite du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz. Arrive alors le moment des récompenses. Un ministre, un ambassadeur, un conseiller à la présidence, des directeurs. Une jeune femme qui venait à la « conf de communication » pour ne rien faire, fut même nommée première conseillère à l’ambassade de Mauritanie au Soudan. J’appris que c’était la sœur – ou la femme – d’un colonel ! C’était mal parti pour moi qui n’avais ni colonel ni chef de tribu pour défendre ma cause « d’ouvrier » de la politique. Plus tard, beaucoup plus tard, un ami ministre me confia : « Sneiba, Aziz ne nomme pas, ne choisit pas, car il ne peut connaître tout le monde ; insère-toi dans un lobby politique et sois plus présent ! » Ahan, ce n’est donc pas au mérite ? J’ai perdu tout mon temps pour rien.

« Ouvrier de la politique j’étais, ouvrier de la politique je resterai ». Faire le travail et laissez le soin aux autres, aux « bien nés », aux pistonnés, de récolter les fruits de mes efforts, moi et mes semblables. En 2014, encore la répétition de ce qui s’est passé en 2005 et en 2009. Je m’engage, par conviction, eh oui, à piloter l’édition française du journal de campagne d’Aziz. Une quinzaine de journalistes et d’hommes politiques s’étaient engagés, lors d’une réunion à l’hôtel Mauricenter, de mettre la main à la pâte mais j’étais le seul, deux semaines durant, à fabriquer le bulletin de campagne avec le maquettiste ! Disons, pour être juste, que le doyen Imam Cheikh était obligé de voler à mon secours, quand il voyait que je pouvais difficilement m’en sortir avant 2 heures du matin ! Et, à la fin, des récompenses pour les « grands » (trois ministres nommés, un directeur d’un grand établissement public) et rien pour les « ouvriers » de la politique. Ou plutôt si : On me coupa mes heures supplémentaires au ministère de l’Education en attendant de me délester du très insignifiant poste de chef de la division « traduction et interprétariat ».


Autour d’un thé : Nouveau gouvernement en Mauritanie, juste un jeu de substitution

Mauritanie: Conseil des ministres (Photo: AMI)
Mauritanie: Conseil des ministres (Photo: AMI)

Finalement rien de spécial ne s’est passé. Un gouvernement très ordinaire composé. Un Moulaye parti. Un Yahya arrivé. Que ceux qui pensaient au grand chambardement déchantent.

Le tranquille est béni¹. On ne change pas facilement d’amis. Imaginez, un peu, si vous deviez, un jour, être obligé de remplacer tous vos anciens petits amis. Tout d’un coup.

 Vos amis qui vous connaissent dans le Bien et dans le Mal. Vos anciens amis qui connaissent vos faiblesses. Ce qui vous fait rire et pleurer. Vos petites combines.

Vos petits machins. Vos petites choses. Vos amis qui connaissent vos cachettes. Ce que vous avez. Comment vous l’avez eu. Ce que vous n’avez pas. Comment vous ne l’avez pas eu. Et les quitter, comme ça, tout d’un coup, pour les remplacer par d’autres dont vous ne connaissez strictement rien ?

Des autres qui peuvent vous vendre à n’importe qui ? Des autres dont vous ne maîtrisez pas les bouches ? Hé, si celui qui parle est fou, celui qui entend doit être raisonnable. Et puis, qu’est qu’il y a, entre un Mauritanien et un Mauritanien ? Tous les vingt-sept anciens-nouveaux ministres sont des Mauritaniens. Personne ne peut y faire entrer les doigts².

Interchangeables à merci. De tous les côtés de la Mauritanie. De toutes ses couleurs. De toutes ses saveurs. C’est l’essentiel. L’important, c’est d’être ministre de quelque chose. De l’Agriculture ou de l’Elevage. Ou ministre de la pluie ou de l’arbre. Eclatement. Nouvelle approche.

Ainsi le ministère de l’Education pouvait devenir au moins cinq petits « ministrons » pour caser cinq « ministriens » : un ministère du Cahier, du stylo et des ardoises. Un ministre des Classes, des latrines et des lavabos.

Un ministère délégué auprès du ministre des Finances chargé des Bons de caisses, des bulletins et des indemnités. Un ministère des Contractuels et un ministère des Projets et réformes scolaires. Ministère de la Communication ? Bye bye. Le gouvernement ne communique plus.

Juste quelqu’un de plus tonitruant pour amplifier et agrandir les éventuelles rencontres des ministres. Et, du coup, plus d’une cinquantaine de textes de loi dépendant de ce défunt ministère attendront, peut-être indéfiniment, dans les tiroirs. La logique ne semble pas avoir joué un grand rôle, dans la composition de la nouvelle équipe.

C’est juste, semble-t-il, une affaire de caprices, de copinage et d’humeurs véritablement massacrantes. Les critères qui ont prévalu aux choix de ces ministres, y compris le premier d’entre eux, ne sont pas des plus nets. En tout cas, aucun rapport avec une quelconque assise populaire locale ou de prestations, lors des dernières élections.

Sinon le nouveau PM ne serait même pas reconduit ministre. La commune de Djiguenni, dont il est ressortissant, a été remportée, haut la main, par l’opposition. Et ne nous parlez, surtout pas s’il vous plaît – qu’Allah Vous bénisse, Godblessyou, Yarhamoukoumoullah ! – des compétences, expériences et autres homme ou femme qu’il faut à la place où il faut.

 Sinon, Mint Habib Fatima (une gynécologue) aurait bien pu aller directement à la Santé ! Par exemple : l’envoi de ce vieil administrateur endurci de Diallo Mamadou Bathia à la Défense, au lieu du ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, accrédite la thèse de certains analystes de l’extrême : un francophone de la vieille école, dans une institution arabisée, c’est pour que, justement, tout lui passe au-dessus la tête, entre des généraux et des colonels en transformation avancée.

Juste un jeu de substitution, sur base de dosage tribal ou régional. Par exemple : faire sortir Ould Maham et faire entrer Ould Mamy. Ismaïl Ould Bedda prend le TGV pour Boutilimit. Le même TGV en ramène Ould Sadegh. Et quand Bekaye Ould Abdel Malek descend, Sidi Ould Salem monte. Un petit jeu, comme ça.

Et la vie continue. Ancien gouvernement. Nouveau gouvernement. Nouakchott nage sous quelques deux à trois millimètres de pluie. Ça pue mais c’est bénédiction. Vive le nouveau gouvernement ! Vive le président ! Clap, Clap, Clap. Prochaines élections. Prochain président. Prochain gouvernement.

Bonne nuit.

Sneiba Elkory (Le Calame)

 1. L’équivalent en hassaniya de : « ne remuez pas l’eau qui dort »

2.Traduction d’une expression hassaiya qui signifie: « personne ne peut le contester ».

 


Mauritanie : Un gouvernement de « transition »

Le nouveau Premier ministre mauritanien (photo : google)
Le nouveau Premier ministre mauritanien (photo : google)

« On ne change pas une équipe qui gagne », disais-je, 72 heures avant la formation du nouveau gouvernement dirigé par Yahya Ould Hademine, ancien ministre de l’Equipement et des Transports dans l’équipe sortante de Moulay Ould Mohamed Laghdaf.

Et, effectivement, à part le « dégagement » de ce dernier, après sept ans passés à la tête du gouvernement, et celui de 9 ministres sur 28, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a apparemment choisi la stabilité. Surtout qu’il a maintenu à leurs postes tous les ministres qui comptent : Sidi Ould Zeine à la Justice, Mohamed Ould Ahmed Raare, à l’Intérieur, Thiam Djombar aux Finances, Sidi Ould Tah aux Affaires économiques, Bâ Ousmane à l’Education nationale. Le ministère de la Défense où atterrit Diallo Mamadou Bathia, venant du secrétariat général du Gouvernement, est l’exception qui confirme la règle même si l’on sait, avec le pouvoir des généraux (environ une vingtaine), les forces armées et de sécurité n’ont pas besoin d’un ministre de la Défense « civil » pour accomplir leur mission.

Pourtant, le maintien de l’essentiel de la « troupe » en ce début du second quinquennat d’Aziz n’est pas la seule particularité largement commentée par les journaux mauritaniens. On a suffisamment fait cas de la place accordée aux femmes qui occupent, comme toujours, certains départements : Affaires sociales, Jeunesse et sports, Culture et artisanat. Mais on leur fait aussi cadeau d’un nouveau ministère (Elevage) où l’on place le Dr Fatimetou Habib venant du ministère de l’Habitat, de l’urbanisme et de l’Aménagement du territoire, et du Secrétariat général du gouvernement où l’on place, pour la première fois, une femme, Hawa Tandia.

Il faut aussi souligner le « mauvais » coup joué à la jeunesse. Celle-ci attendait un grand changement dans lequel elle aurait les premiers rôles. Certains de ses scribes se sont même amusés sur le Net à composer – et recomposer – un gouvernement où le Président Aziz et son Premier ministre n’auraient été entourés que par des ministres de la tranche d’âge 25-35 ans ! Un « renouvellement de la classe politique » qui se décline en nombre de postes accordés aux jeunes mais que le président Aziz a apparemment choisi de faire par étapes. L’équipe de Yahya Ould Hademine n’est quand même pas trop vieille puisqu’elle compte plusieurs membres qui n’ont pas encore atteint la quarantaine (jeunesse et sport, culture et artisanat, affaires sociales, secrétariat général du gouvernement) et quelques quinquagénaires (Finances, affaires économiques, justice, intérieur).

Pour le reste, les rentrées les plus remarquables sont celles d’Isselkou Ould Ahmed Izidbih, président de l’UPR, qui remplace le nouveau PM aux Transports, et Sidi Ould Salem, qui fut directeur national de la campagne de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui hérite de l’Enseignement supérieur.

Parmi les nouveaux venus, on note Ismaïl Ould Sadegh à l’urbanisme et à l’habitat, Mohamed Lemine Ould Mamy, à l’emploi, la formation professionnelle et aux NTICs, Sao Houleimata, à la jeunesse et aux sports, de Diallo Mamadou Bathia, à la défense.

L’ancienne rédactrice en chef du Calame, Hindou Mint Ainina, jusqu’ici conseillère en communication à la primature effectue son entrée au gouvernement avec le portefeuille de Ministre déléguée chargée des Affaires africaines, Maghrébines et des mauritaniens de l’étranger.

Discret et « bosseur » dit-on, le nouveau premier Ministre, Yahya Ould Hademine, hérite néanmoins d’une situation économique difficile symbolisée par la chute des prix des matières premières à l’exportation sur le marché international (Or, fer…), l’aggravation de la situation alimentaire liée au déficit pluviométrique ainsi que d’un défi sociopolitique symbolisé par la surimposition des petits commerces et l’absence d’un dialogue politique dans le pays.

C’est ce qui fait penser à de nombreux observateurs de la scène politique mauritanienne que l’équipe qui vient d’être constituer est en fait un gouvernement de « transition ». Vers une probable dissolution du parlement et un retour aux urnes pour tendre la perche à l’opposition qui a raté le train des dernières élections municipales et législatives. Wait and see.


Gouvernement : On ne change pas une équipe qui gagne

Moulay Mohamed Laghdaf, Premier ministre mauritanien (Photo: Noorinfo)
Moulay Mohamed Laghdaf, Premier ministre mauritanien (Photo: Noorinfo)

L’élection présidentielle est bien derrière nous. L’investiture aussi. Chacune a eu sa « chaleur informative » – qui a duré quelques semaines – et ses montagnes de supputations. Et puis rideau.

Maintenant on attend avec impatience la formation d’un nouveau gouvernement. Avec ou sans Moulay Ould Mohamed Laghdaf. Celui que le président Aziz avait choisi pour diriger le gouvernement issu du coup d’Etat-Rectification du 6 août 2008. Et qui a été maintenu à la barre, contre vents et marées, après la Présidentielle du 18 juillet 2009. Homme de confiance du président et sans doute son plus proche confident, pourquoi voudrait-on qu’il s’en sépare sans raison ? Il continue à gagner des batailles sans aucune perspective de perdre la « guerre » contre le Forum national pour la défense de la démocratie » (FNDU), le nouveau « machin » d’une opposition mauritanienne qui se cherche depuis 2005. Depuis que l’actuel occupant du palais en a chassé Ould Taya après vingt ans de règne sans partage.

Qu’on se le tient pour dit : le départ d’Ould Mohamed Laghdaf est une hypothèse hautement improbable. Surtout que le pouvoir ne subit aucune vraie pression ni sur le plan intérieur ni sur le plan extérieur. Même la majorité présidentielle, censée orienter la politique du gouvernement, ne semble pas disposer d’arguments forts pour persuader le président Aziz de changer de politique pour être plus en phase avec les exigences de son second mandat. Et puis, l’on oublie aussi qu’Aziz n’aime pas changer pour changer. Il l’a dit et redit à chaque fois que les « faiseurs de ministres » ont cherché, par presse interposée, à lui imposer leur vision des choses. Oubliant que le Rais qui connaît le Système plus que quiconque, sait que le changement d’hommes n’implique pas, nécessairement, le changement de politique et de conception.

En fait, Aziz n’a de compte à rendre à personne. Il pense et agit en fonction non pas de ce qui est justifiable mais de ce qu’il croit juste. La gestion martiale des affaires publiques, même après le sacre de 2009, est une option irréversible. Elle convient à l’homme et au système qu’il veut instaurer sous forme de lllème République.

Il ne faut donc pas s’attendre, dans les prochains jours, à un chambardement de l’actuel gouvernement mais à une restructuration avec naissance de nouveaux portefeuilles, fusion et dislocation d’autres pour être plus en phase avec les objectifs annoncés du nouveau quinquennat. Un petit changement donc qui entraînera dans son sillage une grande déception de politiques qui rongent leur frein dans l’antichambre du pouvoir.


Autour d’un thé : c’est la tête qui gouverne

Le président Aziz (Photo : google)
Le président Aziz (Photo : google)

La Mauritanie nouvelle n’est pas comme la Mauritanie ancienne. Ces propos « historiques » seraient d’un député de l’Assemblée nationale, cousin du président, de surcroît. Une histoire de cousins, me diriez-vous ? Un à la présidence. Un autre au Maroc, mécontent. Un troisième, chef de file d’une certaine opposition radicale. Un quatrième qui ne décolère pas, en qualifiant son cousin de président de tout. Y en a certainement un sixième et un septième, pour amuser la galerie. Et le temps passe en conjectures.

Evidemment que la Mauritanie d’aujourd’hui n’est pas comme la Mauritanie d’hier. La raison en est toute simple : hier n’est pas comme demain. Un civil n’est pas comme un militaire. Un treillis est autre chose qu’un costume. Et un chapelet n’est pas un pistolet.

Evidemment, monsieur le député. Vous avez parfaitement raison, en déclamant une si évidente évidence. Bravo, honorable, n’est pas député qui veut. Bilan et CV. Deux mots importants, dans la vie des hommes publics.

Deux mots particulièrement importants, dans la vie d’un président réélu pour un second mandat. Mais un bilan, qui est du jargon de la comptabilité, suppose un actif et un passif. Il faut au moins deux colonnes pour cela. Après, on verra en balançant les données, si ce bilan-là est positif ou négatif.

Exactement comme lors du Jugement dernier. Les bonnes choses d’un côté et les mauvaises de l’autre, sur les plateaux d’une balance. Si les bonnes choses sont plus lourdes, directement le paradis et, si les mauvaises choses sont plus lourdes, alors, directement l’enfer. Y a que ça. Rien d’autre.

Au cours d’une soirée organisée par la Mauritanienne, quelques jours avant l’investiture du président-réélu-pour-un-second-mandat –Mohamed Ould Abdel Aziz, pour ceux qui l’ignoreraient encore –quatre ministres, quelques députés et des journalistes faisaient le bilan du mandat écoulé. Hé bien mon vieux ! A les entendre, le président sortant par la porte et rentrant par la fenêtre sera désœuvré ou, du moins, n’aura pas grand-chose à faire.

Les chantiers, les grands, là, en éducation, en santé, en lutte contre la pauvreté et chômage, en nouvelles technologies, en conquête de l’espace, en mathématique, en physique, en qualification à la CAN, à la CHAN et à la Coupe du Monde, en éradication des disparités sociales, en promotion des droits de l’homme et que sais-je encore sont très très en avance.

Y a que les aigris et les gens de mauvaise foi qui ne voient pas ça. Mais heureusement qu’il y a eu ce 6 août 2008. Si l’on avait attendu vingt-quatre heures de plus, « chett ! » (une expression de badauds généralement prononcée la main sur la bouche), ça allait être la Fin du Monde, celle de la Mauritanie, l’Apocalypse.

La sécurité, l’intégration des diplômés-chômeurs devenus agriculteurs, la promotion de la diplomatie nationale, l’élection à la tête de l’Union africaine, la lutte contre la gabegie, les élections, les prières des fêtes d’El Fitr et de l’Adha, les voyages en Afrique du Sud, les petits détours inopinés dans les hôpitaux, juste après la prière et la distribution de quelques ouguiyas aux malades…Toutes des premières qu’aucun président n’a jamais pensé faire. Voilà pour l’actif.

Le passif ? Humanitaire ou quoi ? Ça, ce n’est pas maintenant, ce sont les autres présidents. Passif passé. Selon un adage très populaire : l’objectif du ballon, c’est de courir. C’est la tête qui gouverne, ce ne sont pas les parchemins. Et, en Mauritanie, ceux-là ne valent pas grand-chose. Et puis, les anciennes études que tu vois là, c’est quelque chose. Je vais te raconter une anecdote.

L’autre jour, en venant, j’écoutais, à la radio de ma voiture, quelqu’un parler, en français, de l’éducation nationale. J’ai pris la peine de l’écouter. Après quelques minutes, j’étais persuadé que c’était le Parlement des enfants qui traitait de la question de l’éducation en Mauritanie.

Et que l’intervenant devait être un député de cette institution qui faisait de gros efforts pour parler un français à peu près intelligible. Je me surpris en train de dire : « Mais il n’est pas mal ce gosse ! ». Mais, lorsqu’à la fin de l’intervention, j’appris que c’était un ministre de la République qui parlait, je n’en revenais pas.

Donc CV ou VC, c’est du pareil au même.

Sneiba El Kory (Le Calame)


Lettre ouverte au président et à ses «opposés»

Le président Aziz (photo : Google)
Le président Aziz (photo : Google)

Monsieur le président, ce n’est pas la première lettre ouverte que je vous adresse mais celle-ci a un cachet particulier. Je vous l’adresse à la veille de votre investiture en tant que président démocratiquement élu. Oui, oui, vous avez bien entendu, messieurs du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et des autres partis et « partillons » ayant choisi de boycotter l’élection présidentielle du 21 juin dernier. Quoi que vous pensiez, quoi que vous disiez, il faut bien juger un scrutin à l’aune de la participation et des résultats.

Certes, beaucoup de formations politiques, et non des moindres, ont boudé cette élection, mais d’autres y ont pris part et en ont accepté le verdict. Les observateurs nationaux et internationaux ont été, eux aussi, unanimes pour dire que les normes mondialement reconnues ont été respectées. Et l’observateur lambda que je suis peut attester également que la Mauritanie de 2014 est loin, très loin, de celle de 1992 où le bourrage des urnes était la règle. Je me rappelle comme si cela datait d’hier. Membre d’un bureau de vote à Boghé, « les gens » du sinistre PRDS (Parti républicain démocrate et social) ont failli me livrer à un capitaine de l’armée qui faisait la ronde pour s’assurer que le « vote des bêtes sauvages » se déroulait convenablement. Révolté par ce que je voyais comme exactions, je n’ai eu comme solution que de m’asseoir sur l’urne pour refuser à des lycéennes de Niowly¹ – que j’enseignais en classe de seconde- qui avaient voté le matin, de refaire la même chose le soir.

Il faut dire également que, comme tout bon démocrate, je regrette la non-participation à la présidentielle d’une opposition qui, quoi qu’on dise, compte beaucoup sur la scène politique nationale. Mais il faut aussi reconnaître que cette « opposition » manque de sérieux. Et d’orientation. Alors que vous regardez résolument vers le futur – malgré les insuffisances du présent – elle reste accrochée au passé. Ses réminiscences sont faites de sentiments et de ressentiments. Ses critiques sont l’aveu même de son échec. Elle vit un temps qui n’est plus le nôtre : 2005. 2008. 2009². Elle ne comprend pas que pour la sécurité, celle de tous les Mauritaniens, nous sommes prêts à vous autoriser à dépenser non pas 50 millions de dollars US, mais des milliards. Et peu importe qu’ils proviennent de l’Arabie saoudite ou des caisses de l’Etat. Ce qui compte à nos yeux c’est que le danger que constituait Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) soit contenu et que la Mauritanie soit aujourd’hui une référence régionale et même continentale en matière de lutte contre le terrorisme. Sur cette question, c’est donc incontestablement un point que vous remportez sur vos « opposés ». Il manque seulement que la même stratégie soit appliquée dans le domaine de la sécurité intérieure où selon le sentiment général il y a une recrudescence du crime urbain.

Comme une nouvelle forme de corruption

Monsieur le président, vous avez certainement parcouru du chemin, fait des réalisations appréciables que je ne saurais évaluer comme le font vos soutiens « institutionnels » à 70 ou 80 %. Je dirais seulement qu’en termes d’infrastructures, le Nouakchott d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a cinq ans, qu’en matière de lutte contre la gabegie il y a bien un avant et un après 2009³. Ne serait-ce que parce que les responsables « irresponsables » réfléchissent longuement avant d’oser piocher dans les fonds publics. Alors que du temps de Taya, c’était l’exercice favori des « ministres », des secrétaires généraux, directeurs et autres chefs de projets.

Mais il faut aussi donner une réponse à ce qui est considéré comme une nouvelle forme de la corruption. Qu’en est-il, monsieur le président, des privilèges supposés ou réels ? Des nouveaux riches ? Des lobbies ? Vos ministres et conseillers n’abusent-ils pas de votre confiance ? En tout cas, ils ne vous disent pas tout. Comme celui qui, tout heureux de vous voir inaugurer un établissement public à la veille des élections, rétorque à l’un de ses collaborateurs (j’en étais témoin) qu’il sait bien que l’édifice n’est pas fini, qu’il sait que c’est à la ministre de l’Habitat et de l’urbanisme de décider d’une telle inauguration, mais que le temps (l’approche de la présidentielle) est propice pour « vendre » cette réalisation à l’opinion publique nationale. Autre subterfuge : du matériel fourni par l’ambassade des Etats-Unis a été éloigné de vos regards, lors de cette visite, pour ne pas vous rappeler que cette réalisation a été accomplie en partie grâce à la coopération américaine. Cela explique un autre mensonge de vos principaux collaborateurs : « Financé sur fonds propres de l’Etat » !

Ce sont là des choses, parmi d’autres, qui nuisent encore à votre action, monsieur le président. Une petite vérité vaut mieux qu’un gros mensonge. Si le gouvernement nous livre des données vraies attestant que votre bilan à été réalisé à 50 %, elles auront plus de poids que le mensonge de l’opposition qui insinue que le pays régresse.

Comprenez aussi, monsieur le président, que vous n’avez plus d’opposants, mais des « opposés ». Des gens (je n’ose parler de politiques) dont le programme, la vision, l’obsession même, est d’être président à la place du président. Agissez donc en conséquence en minimisant le risque. Rapprochez-vous d’eux, dialoguez avec eux, permettez-leur de s’adresser au peuple souverain qui, même s’il a des tas de choses à reprocher à votre pouvoir, sait que l’opposition actuelle n’est pas l’alternative. Elle manque de visibilité et de crédibilité. Des opposants « opposés » ne peuvent conduire que vers la pire des catastrophes. Comme ce qui se passe en Libye ou en Irak où la soif du pouvoir, le manque de discernement politique et le désengagement de l’Occident, après avoir provoqué ce qu’on a appelé improprement le « printemps arabe » sont en train d’installer durablement ces pays dans l’anarchie.

Enfin, ne cédez pas, monsieur le président, à ces appels qui fusent de toutes parts. Ils ont vocation à disperser votre action, à vous éloigner de l’essentiel. Etre le « président des pauvres » ou le président de la jeunesse, c’est bien mais être le président de tous les Mauritaniens est encore mieux.

1. Quartier de Boghé.

2. Deux coups d’Etat (2005 et 2008) et une élection présidentielle (2009).

3. 2009, élection présidentielle qui consacre le retour de la démocratie.


Mauritanie : les défis du second mandat d’Aziz

Le président Aziz (Photo: google)
Le président Aziz (Photo : Google)

Réélu avec 81, 89 % des voix, Mohamed Ould Abdel Aziz fait beaucoup mieux qu’en 2009. Certes, le contexte est loin d’être le même. Il avait en face de lui 19 candidats, dont les ténors de l’opposition radicale, en 2009, mais seulement 4 « figurants » en 2014. Sa victoire annoncée au premier tour était, en fait, contre le boycott auquel le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) avait appelé, menant une campagne parallèle à celle des soutiens du pouvoir pour un taux de participation élevé. Au sortir de la course, Ould Abdel Aziz arrive loin devant, avec un demi-million de voix, suivi par le militant des droits de l’homme, Biram Ould Dah Ould Abeid (8, 72 %) et Ibrahima Moctar Sarr  (4, 5 %) qui ne devance  Boydiel Ould Houmeid que de quelques centaines de voix. Lalla Mariem Mint Moulay Driss, la seule femme engagée – ou embarquée – dans cette présidentielle, ferme la marche avec 0, 49 % (moins de 4 000 voix) qui montrent, une fois de plus, que les Mauritaniens ne sont pas prêts à confier leur destinée à leur douce moitié.

Ceci dit, plusieurs enseignements sont à tirer de cette élection présidentielle qui permet à Mohamed Ould Abdel Aziz de rester encore cinq ans au pouvoir. Pour parachever son bilan « largement positif », affirment ses soutiens les plus inconditionnels. Mais ce second mandat constitue aussi le vrai défi pour Mohamed Ould Abdel Aziz. A l’intérieur et à l’extérieur du pays. Comment, en effet, va-t-il gérer une crise sans fin ? Car, quoi qu’on dise, l’opposition radicale, rejointe par l’Alliance populaire progressiste (APP) de l’ancien président de l’Assemblée nationale (et nouveau président du Conseil économique et social), Messaoud Ould Boulkheir, ne baissera pas les bras si facilement. Elle pense même avoir repris des forces, après la débâcle électorale de 2009 et le passage à vide, pour raison de boycott, des dernières élections municipales et législatives. Sur quelque 1 322 000 inscrits, 659 000 n’ont pas voté (soit un peu moins de 50 %). Si on ajoute à ce chiffre celui d’un million d’électeurs « potentiels » (ceux en âge de voter mais qui n’ont même pas pris la peine d’aller s’inscrire), on pourrait prêter l’oreille aux dénonciations d’une opposition qui trouve qu’Ould Abdel Aziz « est très mal élu » avec « seulement 80 % du quart de l’électorat potentiel ». En dépit de cette fronde marquée par l’opposition, le Président veut croire à l’« unité nationale ».

D’impressionnantes réserves en devises

Pour son second mandat, le « président des pauvres », qui se veut le « président de la jeunesse » pour ce second – et dernier ? – mandat, s’est fixé la priorité de « consolider les acquis » et continuer à « construire » le pays, à « le sécuriser d’abord pour pouvoir bien le développer ». « C’est cela mon objectif, a-t-il dit et redit aux médias qui l’ont interrogé à l’issue du scrutin. C’est donc que sur le plan intérieur, le second mandat de Mohamed Ould Abdel Aziz ne sera pas de tout repos. Il aura, comme arguments massue pour taire les critiques, à continuer sur la même lancée en initiant des projets à impact social très fort dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures de base. Et Aziz semble disposer des moyens nécessaires pour mener une telle politique. Avec d’impressionnantes réserves en devises (un milliard de dollars en 2013 contre 237 millions en 2009), un taux de croissance de près de 6 % et un secteur minier en plein essor, il ne reste plus à Ould Abdel Aziz que de choisir l’équipe gouvernementale capable de traduire sur le terrain ses promesses électorales. Il aura à choisir entre reconduire l’actuel Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf, pour la troisième fois, ce qui sera vu comme un signe de grande confiance en l’homme qui connaît bien les arcanes de Bruxelles, siège de l’Union européenne, premier partenaire économique de la Mauritanie, ou à faire appel à celui qui a dirigé avec brio sa campagne, Sidi Ould Salem, brillant universitaire sortant des universités françaises. Sa nomination probable à la tête du gouvernement sert un double objectif : le renouvellement de la classe politique et le clin d’œil que le président Aziz ne cesse de faire aux couches défavorisées en Mauritanie.

Sur le plan extérieur, le président mauritanien aura également fort à faire. La présidence de l’Union africaine doit finir en beauté avec un accord de paix définitif au Mali et la prise de mesures importantes dans les deux domaines prioritaires que sont le chômage des jeunes et la sécurité en Afrique. Deux programmes qui nécessitent des financements conséquents dépassant les possibilités de l’UA mais que son président en exercice devrait pouvoir soumettre à Barak Obama lors du prochain sommet Afrique/Etats-Unis prévu en août prochain. Pour convaincre l’UE à apporter sa contribution à cet effort de développement et de paix dans le monde, Ould Abdel Aziz peut compter sur ses amitiés avec Paris dues à son engagement sans précédent contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Mali.


Autour d’un thé : promesses de candidats

Meeting du candidat Aziz (photo : campagne)
Meeting du candidat Aziz (photo : campagne)

Une promesse, c’est quoi, en fait ? Une dette, en tout cas. Mais il peut bien arriver qu’on ne paye pas ses dettes. Et quoi dire, alors, de quelqu’un qui ne paye pas ses dettes ?

Qu’il soit des Halhassanya ou des Halpulaar¹ – pour ne vexer ni Birame et consorts qui veulent une communauté Harratine, ni Boïdiel et compagnie qui veulent rester des maures noirs – l’imaginaire populaire est intéressant sur ce vice de ne pas avoir l’obligeance d’honorer ses dettes.

Le cas échéant, « tu n’es pas droit »² – droite, si c’est une femme qui fait la dure tête – ou, alors, « tu as le dos très long »². Promettre est un art. Pour le faire, il faut être excellent jongleur. Sans vergogne. Avoir le visage en tenguerda (une sorte de métal à forte teneur en fer) dont les fourneaux peuvent durer, des dizaines d’années, à souffrir les flammes, sans que cela ne les détériore.

Parfois on parle de « plus tordu qu’un arc » pour dire de quelqu’un qu’il a le dos long. La promesse a ses jours de gloire, comme la danse, le tir à la cible ou le jeu du bâton.

Par exemple, en ces jours, elle a pignon sur rue. Promesses à tout va. Continuer les chantiers, les grosses œuvres, vaincre la pauvreté, enrichir tout le monde, égaliser les chances, rendre la justice, asseoir le développement, fleurir le Sahara, redorer le blason de l’islam et des oulémas, renforcer la démocratie, faire tomber la pluie, adoucir l’air, se qualifier à la prochaine coupe d’Afrique, remporter la coupe du monde 2022, faire tomber tous les Mauritaniens au Paradis. Rideau.

Juguler le chômage, mettre sur ma tête les fonctionnaires, embrasser chaque matin, chaque Mauritanien, moderniser l’administration, cultiver la Chemama³, « s’auto-suffire » en blé, en orge, en dattes, en riz, en viande, en poisson, en eau, en gasoil, en ciel, en terre, en pèlerinage pour tous. Rideau.

Plus d’esclaves. Plus de déportés. Plus d’orphelins en pleurs ni de veuves en lamentations. Droits pour tous : esclaves et maîtres, employeurs et employés. Rideau.

Dix fois les salaires. Grosses industries de transformation. Usines de pointe. Exportation de tonnes de viande vers toute la sous-région. Les Algériens ne croqueront plus de cette viande si lointaine made in Argentine. Ce sera le gigot, le foie, la bosse et les côtelettes en provenance de la Mauritanie.

Assurance-maladie pour tous. Fonctionnaires. Employés informels : vendeurs, acheteurs, receleurs et mellahas (truands) de Noukhta Sakhina, courtiers des marchés du bétail du Sixième et de Tenweïch, grossistes et détaillants des légumes et des fruits de la Mosquée marocaines, écailleurs de la plage et du marché au poisson de Nouakchott, charretiers de Mellah, manœuvres, dockers, vendeuses de beignets, de Tiav, de boulettes au poisson et à la viande, jardiniers des environs du terrain pêcheur « gazré » (squatté) depuis maintenant plus de vingt ans. Unité nationale. Sacrée unité. Rideau.

Comme les Mauritaniens aiment le lait, quinze vaches, à chacun, avec de grosses cornes ou de petites. Selon les goûts et les traditions. La vache de l’AJD/MR, c’est une vache pour Kwar. La vache maure, c’est, généralement, avec de petites cornes et, de préférence, une couleur autre que le rouge et le noir. C’est clair que Stendhal n’est pas né dans les environs d’Amourj, en plein centre du Kouch.

Qui dit lait, dit beurre et pain à profusion, pour y foutre une bonne dose de cette graisse bienfaitrice. Personne ne marchera plus, de Boghé à Nouakchott, au risque de se faire charger, à coups de grenades lacrymogènes, par une milice déchainée.

 


Fini les camps délabrés. Plus de bâches au logo du HCR ou du HCE.

Plus de cloisonnement linguistique. Plus d’écoles pour pauvres et d’écoles pour riches. Santé pour tous. Bonheur pour tous. Al Barka ! Al Barka ! Rideau.

Les cinq candidats ont tout promis. Que de promesses. Que de dettes. Mais attention aux longs dos ! Même voûté, le dos peut s’allonger indéfiniment. Attention aux gens qui ne sont pas droits ! C’est connu : « kelem kelem mahou maa’loum ». Tout comme promettre. Promettre, « mahou maa’loum », surtout quand ça peut se « mettre debout sur toi² ». Salut.

Sneiba El kory (Le Calame)

1.halpulaar: ceux qui parlent pulaar, une langue très répandue en Afrique de l’ouest. « halhassaniya » (jeu de mots à l’image de halpulaar).

2. traduction littérale d’expressions en hassaniya : « mahou mseguem », « dhahrou twiil » quisignifient : mauvais payeur.

3.Vallée du fleuve Sénégal où se trouve l’agriculture irriguée en Mauritanie.

« Se mettre debout sur toi »: Découvrir finalement que tout est mensonge.


Mauritanie : Finalement, l’opposition participera à la présidentielle

Conférence de presse Forum national pour la démocratie et l'unité (Photo : google)
Conférence de presse Forum national pour la démocratie et l’unité (Photo : google)

Mohamed Ould Abdel Aziz, président sortant et candidat pour un second – et dernier ? – mandat, est donné grandissime favori de la présidentielle dont le premier tour est prévu demain samedi, 21 juin 2014. Il remportera ce scrutin avec un score plus élevé que celui de 2009 (52,47%) par ce qu’il est le « champion » d’une majorité qui aura tout fait pour qu’il en soit ainsi : forte mobilisation populaire, moyens financiers et humains colossaux, tribus, argent et pouvoir, etc. Parce que, aussi, ses adversaires sont tous des candidats atypiques : Une femme (qui ne dépassera probablement pas la barre des 1% qui a fait campagne sur des thèmes qui frisent le désintéressement. D’aucuns disent d’ailleurs qu’elle n’était pas engagée mais embarquée car il est devenu de tradition, à chaque présidentielle, de « pousser » une femme dans l’arène pour vendre notre démocratie à l’étranger. Deux haratines qui « s’opposent » : Un « extrémiste », défenseur des droits de l’homme, et particulièrement ceux de sa communauté, et un modéré qui surfe sur l’unité nationale, la communauté de destin entre les maures, toutes couleurs confondues, mais qui vient de perdre ses plus importants soutiens à l’Est du pays, avec la défection du cheikh hamaliste, Mohamedou Ould Cheikh Hamahoullah, dont les disciples votent « sur ordre » et se trouvent aussi bien en Mauritanie qu’au Mali et dans toute la zone ouest-africaine. Enfin, un négro-mauritanien, qui se présente à la présidentielle pour la troisième fois, « pour faire entendre la voix des sans voix », ne cesse-t-il de répéter.

Sûr de sa victoire contre ses adversaires de circonstance, Mohamed Ould Abdel Aziz a voulu, tout de même, faire en sorte que « l’autre opposition », la boycottiste, soit de la partie. Parce qu’elle demande aux mauritaniens de ne pas aller aux urnes demain, lui et ses soutiens au sein de la Majorité appellent à une participation record. Le mot d’ordre a été partout le même : dépasser les 75% enregistrés comme taux de participation lors des élections municipales et législatives de décembre 2013. L’enjeu de cette présidentielle devient alors très clair : si les mauritaniens vont aux urnes massivement demain, le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) aura alors participé joué et perdu. Surtout qu’il a battu campagne à Nouakchott, et à Nouadhibou notamment, pour la désaffection des bureaux de vote comme cela vient de se passer en Egypte avec le sacre de Sissi (23 millions de voix obtenus mais un taux de participation de 47,5%).

L’opposition a oublié une chose : Le taux de participation se calcule en fonction des inscrits (près de deux millions) et non des votants potentiels. Son erreur mortelle est d’avoir « boycotter » la liste électorale et s’être mise à la marge lors des élections municipales et législatives. Une erreur qu’elle risque de payer cash lors de cette présidentielle dans laquelle elle participe sans participer.

 


Mauritanie : la présidentielle n’aura pas lieu le 21 juin prochain

Partis candidats aux législatives 2013 (photo : google)
Partis candidats aux législatives 2013 (photo : google)

Six candidats en lice pour la présidentielle du 21 juin prochain. Cette information a été reprise toute la journée du 7 mai par la presse nationale et internationale, date fatidique fixée par la  Commission électorale nationale indépendante (Céni) pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle en Mauritanie.

Pourtant, le profil de la plupart des concurrents de l’actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz, mais surtout le boycott de ce scrutin par les partis du Forum national pour la démocratie et l’Unité (FNDU) ainsi que par l’Alliance populaire progressiste (APP) du président du Conseil économique et sociale, Messaoud Ould Boulkheir, me font penser que la présidentielle n’aura pas lieu le 21 juin prochain. Pour plusieurs raisons. Et malgré ce que répète, de nuit comme de jour, le ministre de la  Communication et des relations avec le Parlement, Sidi Mohamed Ould Maham.

Le président Aziz va sans doute rééditer son « coup » du 6/6/2009, en donnant l’illusion que  la machine déjà en marche ne peut plus s’arrêter puis, au dernier moment, accepter le report. Fort de ses « acquis » mais aussi de la faiblesse d’une opposition divisée et non préparée, il ne perd rien à accepter un report de deux ou trois mois qui lui permette d’attirer le FNDU dans le  piège d’une élection gagnée d’avance.

Il y a aussi que le boycott de ce scrutin par le parti de Messaoud Ould Boulkheir, un homme que d’aucuns ont toujours vu, depuis 2011, comme la « caution » morale et politique de l’ouverture démocratique du pouvoir, a brouillé les cartes de celui-ci. Une élection sans les ténors du FNDU (Ahmed Ould Daddah, Mohamed Ould Maouloud, Jamil Mansour), cela passe encore mais l’absence de Messaoud Ould Boulkheir est vue par bon nombre  de Mauritaniens comme un retour à la case départ, une « reconfiguration » qui ramène le pays vers la  crise de 2008-2009 et, surtout, une remise en cause de l’élection municipale et législative de décembre 2013. Dans la ligne de mire du président de l’APP se trouve  une Céni dont la recomposition, posée  comme principale exigence par Messaoud, nécessite à elle seule le report du scrutin.

L’incidence négative du refus de Messaoud Ould Boulkheir à s’aligner pour la course à la présidentielle se fera aussi ressentir sur le  plan international. Européens et Américains la percevront comme l’émanation d’une crise politique que la COD et, après elle le FNDU, ont toujours mise en avant pour présenter le pouvoir d’Ould Abdel Aziz comme non « démocratique » et exiger que les partenaires au développement de la Mauritanie perçoivent son refus de dialoguer avec une certaine opposition comme un acte répréhensible. Et en tant que « président de l’Union africaine », comme aiment à le souligner les médias officiels, Ould Abdel Aziz aura sans doute à cœur de gagner une élection présidentielle sans tache. Juste avant d’aller à Washington coprésider avec Barack Obama un sommet afro-américain qui ajoutera à sa stature internationale un galon de plus.

Nonobstant la stature politique de Boydiel Ould Houmeid, les autres adversaires d’Ould Abdel Aziz ne peuvent pas lui faire courir le risque d’organiser une présidentielle presque sans enjeu. Car ce qui compte pour le « président des pauvres » soutenu par une forte coalition de partis et des « initiatives » qui fleurissent chaque jour, ce n’est pas de rempiler pour un second mandat (une quasi- certitude) mais de montrer à la face du monde qu’il y a eu rédemption après son coup d’Etat d’août 2008 et que le « doute » sur son élection « démocratique », en 2009, n’est plus permis. Un objectif qui ne peut être atteint qu’avec la participation de ceux qui se barricadent aujourd’hui derrière la nécessité de former un gouvernement d’une nationale et de revoir les règles du jeu. Un risque qu’Aziz pourrait bien courir pour ne pas avoir à gagner sans mérite.