Mauritanie : Une majorité non quantifiable

Article : Mauritanie : Une majorité non quantifiable
18 avril 2013

Mauritanie : Une majorité non quantifiable

Dirigeants de l'UPR, parti au pouvoir en Mauritanie (Photo : JA)
Dirigeants de l’UPR, parti au pouvoir en Mauritanie (Photo : JA)

Une idée « reçue » veut que la majorité existe en Mauritanie comme le pendant du pouvoir et non une partie de celui-ci. Même le parti au pouvoir, présentement l’Union pour la République (UPR) ne se déroge pas à cette ligne tracée du temps de Taya, faisant un parallèle entre le pouvoir « officiel » et le pouvoir « officieux », entre l’Exécutif (à travers son administration) et les partis qui le soutiennent. Le calme apparent au sein de cette majorité est souvent troublé par les remous que provoquent la sortie des partis dits de la Convergence patriotique (CP) qui, sans le dire ouvertement, veulent d’une redéfinition des rapports entre le pouvoir et les formations qui le soutiennent mais aussi entre le parti-Etat et le reste de cette majorité. On sait aujourd’hui que partis politiques et personnalités qui comptent dans la mobilisation des masses, à la veille de toute élection, ne font rien pour rien. Même si la crainte d’être traité d’opposant au régime, de subir des harcèlements qui peuvent même conduire jusqu’à la prison, par le dépoussiérage d’anciens dossiers, joue toujours comme une sorte de frein à ce besoin de dire « non ». L’idée même que la majorité aujourd’hui n’existe que de nom est consolidée par le fait que personne n’est en mesure de citer les partis qui compose la CPM (Coalition des partis de la majorité) mais aussi parce que trois formations parmi les plus importantes des soutiens du président Aziz (Adil, MPR, RD) ont toujours cherché à pousser le pouvoir à envisager une redistribution des cartes. Mais jusqu’à présent, le raïs ne prête attention qu’à l’UPR, dont certains hauts responsables viennent d’être cooptés dans le gouvernement. Une attention qui peut avoir comme effet de pousser des leaders d’opinion, de la majorité ou de l’opposition, à quitter leurs partis pour prêter allégeance à l’UPR. Cette « migration » politique s’accentue généralement à la veille des élections municipales et législatives quand la recherche de placements politiques sûrs devient l’urgence du moment. Tout devient alors prétexte pour amorcer ce dernier virage, à l’exemple du départ d’Adil de certains de ses responsables, qui ont mal apprécié la volonté, prêtée au chef de ce parti, l’ancien Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, de vouloir quitter la majorité. Une décision qui n’a pas encore été prise mais qui n’a pas empêché le pouvoir de prendre les devants en rouvrant, à la surprise générale, le dossier dit du « riz avarié » avant de mesure l’ampleur qu’un tel acte peut engendrer.

C’est dire tout simplement que la majorité hétéroclite du président Aziz n’inspire pas confiance. Elle est quantifiable en partis (une soixantaine) mais non en voix quatre ans après l’élection présidentielle. Et seul le passage à des élections municipales et législatives au cours de cette année 2013, quelques mois avant la présidentielle, permettra à l’actuel président de faire les réglages nécessaires ; avant qu’il ne soit trop tard.

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