De l’aéroport, à la gare, à Dakar

Article : De l’aéroport, à la gare, à Dakar
13 avril 2013

De l’aéroport, à la gare, à Dakar

Premier jour de la formation à Dakar (Crédit photo : Mondoblog.org
Premier jour de la formation à Dakar (Crédit photo : Mondoblog.org)

Le jour tant attendu était ce 5 avril 2013 où je devais me rendre à l’Aéroport International de Nouakchott. Destination Dakar. Une semaine plus tôt un billet électronique était tombé dans ma boite avec l’itinéraire suivant : Nouakchott – Dakar, par Air Sénégal (1 heure de vol) et Dakar-Casablanca-Nouakchott (près de 5 heures de vol) par Royal Air Maroc. Bon c’est un long détour qui me fait traverser deux fois le ciel de mon pays mais je me dis que ce n’est vraiment pas méchant. J’en ai vu bien d’autres avec un Paris-Tokyo de treize heures !

Ce vendredi-là est un peu particulier. C’est le jour de mon voyage mais aussi celui du « tour des amis ». Mon tour. Une dizaine de gaillards viennent passer la journée chez moi. Manger, boire, s’amuser pour oublier les tracas de la semaine mais aussi être dans de bonnes dispositions pour affronter celle qui commence. Si les choses s’étaient déroulées normalement, je devais rater cette « fête » hebdomadaire. Il faut être à l’aéroport trois heures avant l’embarquement, c’était écrit noir sur blanc dans les recommandations que les organisateurs de la session de formation de RFI Mondoblog à Dakar avaient envoyées à chaque participant. J’ai alors appelé un ami pour venir un peu tôt avant les autres pour me déposer à l’aéroport et ramener la voiture à la maison. A onze heures donc, j’arrive à l’Aéroport International de Nouakchott. Déjà, le peu d’animation qui y règne suscitait en moi une certaine inquiétude. Et soudain, une jeune femme debout à côté d’une valise me héla en ces termes :

–          Monsieur, ne laissez pas repartir la voiture, le vol air Sénégal est annulé.

C’était comme reçu sur la tête. La formation débute demain et Dakar n’est pas vraiment à côté. Avec toutes les chances du monde de votre côté, une journée de route suffit à peine pour rallier la capitale sénégalaise depuis Nouakchott. C’est seulement six cents kilomètres de route mais les tracasseries policières des deux côtés de la frontière naturelle que constitue le fleuve Sénégal sont telles que le temps mis pour parcourir ce trajet est multiplié par deux.

Retour à la maison donc, ce qui est en soi une bonne chose. À l’aéroport, un gendarme en faction à l’entrée a bien confirmé l’annulation du vol d’Air Sénégal, mais les rares passagers voulaient l’entendre dire du représentant de cette compagnie, M. Diop, qui se confond en excuses, jurant par tous les noms de saints que la nouvelle de l’annulation n’est tombée qu’il y a deux heures. Les raisons ? Lui-même ne les connait pas. Tout ce qu’il pouvait faire pour nous c’est de nous reprogrammer pour dimanche. Pourtant un vol de la compagnie Mauritania Ailines venait à peine de décoller et je suis sûr que si Air Sénégal avait annoncé son désistement à temps, la poignée de passagers qu’elle avait pouvait trouver de la place sur le vol de l’autre compagnie.

Le privilège de la proximité

A moi s’offrait donc la possibilité d’attendre, avec le risque d’une autre « annulation » ou de prendre la route pour passer la nuit à Rosso, ville frontière avec le Sénégal et traverser le matin pour rejoindre le groupe des mondoblogueurs dans la soirée. C’est fatiguant certes mais mieux que « de jeuner un an et couper avec un criquet », comme on dit en Hassaniya de quelqu’un qui a attendu longtemps pour un maigre résultat. Ma consolation est que j’ai, au moins, la possibilité de passer la journée avec les amis chez moi.

A seize heures sonnantes, je prends la route, seul, pour parcourir les deux cents et quelque kilomètres séparant la capitale Nouakchott de la ville frontière de Rosso. Impossible de franchir la frontière à huit-heures. Je ne me sens pas d’aplomb à rouler toute la nuit dans un taxi-brousse qui a au moins trente ans d’âge. Et, mon ami Jidou, celui qui m’accompagnait souvent à Dakar pour des voyages très « personnels », tenait à ce que je passe avec lui la nuit promettant de me faire traverser le fleuve très tôt le matin du samedi 6 avril 2013.

Le voyage entre Rosso-Sénégal et Dakar s’est fait sans encombre. L’invitation de Mondioblog où l’on pouvait lire en haut, à gauche, Audiovisuel Extérieur de France, avec en dessous  les logos de « Monte-Carlo Doualiya », France 24 et RFI m’avait considérablement facilité les formalités de police. Je sentis pour une fois que le statut de journaliste blogueur offrait un certain privilège dans un pays où la démocratie n’était pas un vain mot.

Le « monde aux blogs » à Dakar

Je connais Dakar depuis…1995. Une escale dans cette ville venant de Nouakchott pour me rendre à Lyon, dans le cadre d’un jumelage entre le lycée de Boghé, où j’enseignais et le lycée Ampère-Saxe. Depuis, je ne peux plus compter le nombre de fois où je suis venu à Dakar pour « raison de travail » ou « le repos du guerrier ». Pourtant, je ne connais de cette ville que les hôtels où auberges où je suis descendu : Novotel, Miramar, O Panoramic, Le Fouta. Cette fois c’est à l’Espace Thialy que je dois descendre. C’est le lieu de ralliement de la cinquantaine de mondoblogueurs venant des quatre coins du monde. Je prends soin donc de demander au chauffeur du taxi-brousse le lieu le plus indiqué où il faut me déposer. A patte d’oie, un jeune taximan porta ma valise vers son véhicule et me demanda 2500 FCFA pour me conduire vers cette auberge qu’il dit connaitre comme sa poche. Et j’étais loin de savoir, à cet instant, que l’idée que je me ferais des chauffeurs de taxis dakarois et la même que celle de la plupart de mes amis mondoblogueurs qui égayeront nos jours et nuits avec des histoires de taximen qui ne disent jamais « non » ! Donc, cinq cents mètres plus loin, mon taximan me largue devant une grande bâtisse en me disant que c’est là où je devais descendre. Pas rassuré du tout, je m’abstiens de payer pour demander d’abord à la femme qui vint ouvrir la porte si je suis bien à l’espace Thialy. « Non », répondit-elle, tout en se tournant vers le chauffeur pour lui indiquer, dans un wolof que je ne comprenais qu’à moitié, l’itinéraire qu’il devait suivre pour arriver à l’espace Thialy. Là où je devais retrouver, pour la première fois, mes amis de la plate-forme Mondoblog de Rfi.

Dans la salle internet, je reconnus quelques visages grâce à une amitié tissée sur la toile mais j’avoue que cette première rencontre m’a fait comprendre combien il faut s’éloigner des préjugés.

En arrivant à Dakar, j’avais hâte de retrouver mes amis, ceux avec lesquels j’échangeai souvent sur Mondoblog à force de commentaires sur nos billets respectifs : Serge Katembera, Stéphan, Aphtal, Keita Mamady, Emile Bela, Osman…Je connaissais Florian comme étant l’un des plus talentueux mondoblogueurs mais je n’imaginais pas le garçon sympa qui vint à mon secours pour régler mon problème de connexion. Je  connaissais Selma de nom mais j’étais loin de découvrir en elle cette fille qui vous en impose par sa joie de vivre. Limoune, Faty, Kaba MadigbéKpelly, Babylas25, GaïusAlimou et William…et la liste est longue. Chacun apportait sa touche à ce « monde  aux blogs » qui, c’est ma conviction, portera très loin ce projet de faire notre diversité la convergence de nos aspirations pour un monde meilleur.

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