Pouvoir – opposition : A qui profite la crise ?

Article : Pouvoir – opposition : A qui profite la crise ?

Pouvoir – opposition : A qui profite la crise ?

Manifestation de jeunes à Nouakchott (Crédit photo: Alakhbar.info)
Manifestation de jeunes à Nouakchott (Crédit photo: Alakhbar.info)

Où va la Mauritanie ? Une question qui a  été posée et reposée sans trouver de réponse autre que celles qui émanent des différents cercles (majorité  et opposition) et qui sont, par nature, subjectives. Ces réponses  donc,  qui se présentent comme une « défense et illustration » d’une position donnée, sur la crise et ses prolongements, « n’engagent que leurs auteurs ».

Elles ne sont même pas partagées par des Mauritaniens qui donnent l’impression d’avoir cédé à la fatalité et regardé  la crise en simples spectateurs. Comme si ce n’est pas leur sort – le sort de la Mauritanie – qui est en jeu.

Pourtant, l’impression qui se dégage aujourd’hui est que la crise a atteint un sommet jamais inégalée. Elle est même devenue plus compliquée, plus complexe, avec ses ramifications économiques et sociales alors qu’elle était, jusque-là, à tonalité politique. Pouvoir et oppositions vont devoir donc voir cette crise non seulement à travers le prisme d’une démocratie « en construction » mais de troubles existentiels qui font revenir à la surface les vieux démons du tribalisme, du régionalisme et de « l’ethnicisme ». Même quand il s’agit d’observer la manière dont les différents éléments de la crise sont gérés.

Au niveau politique, on continue toujours à tourner en rond, avec  comme question essentielle; comment organiser les élections municipales et législatives en retard de plus d’un an ?  Mais aussi : Qui va participer à ce scrutin ? Cette dernière question est plus importante que la première parce qu’il faut d’abord lui trouver une  réponse pour justifier la première. Lui trouver une réponse c’est sans doute avoir à l’esprit de reconsidérer les résultats du dialogue politique d’octobre 2011 entre la Majorité et une partie de l’Opposition. Une optique à laquelle appelle, implicitement, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui, sans le reconnaître de façon claire, avoue, de plus en plus, son échec dans sa volonté de « dégager » Aziz. Mais là encore Ahmed Ould Daddah et ses amis se heurtent non seulement à un pouvoir qui reste sourd à tout appel d’ouverture, sous forme de compromis politique, mais aussi à des « résistances » au niveau de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP). A ce niveau, l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, est certes, à certains égards, une approche qui épouse quelques exigences de la COD mais, en même temps, le président du parti Al Wiam, Boidiel Ould Houmeid, ne cesse de crier son opposition à toute reprise du dialogue ! Un double langage donc au niveau de la CAP qui ne cesse de désorienter les observateurs de la scène politique mauritanienne et de les empêcher de voir clair dans les approches des uns et des autres pour tenter de résoudre la crise.

A cela s’ajoute aussi que la majorité manque de voix pour dire clairement sa vision de la crise. D’ailleurs, l’un des principaux écueils de celle-ci est justement que les soutiens d’Aziz ne  voient pas le blocage actuel comme la manifestation la plus visible d’une crise. Pour eux, la situation dans le pays est « normale » et chacun doit s’en tenir à son rôle. Leur réplique au retard des élections, qui constitue une manifestation concrète de la crise, est que c’est l’opposition qui a demandé le report pour avoir des conditions meilleures d’organisation ! Une lecture que balaie évidemment la COD d’un revers de la main exigeant du pouvoir qu’il produise le moindre document prouvant ce que l’opposition considère comme de simples allégations.

Toujours est-il que, crise ou pas crise, la situation actuelle n’est pas propice à l’organisation des élections. De deux choses l’une, soit le pouvoir et la CAP y vont seuls et alors la COD  continuera  à exiger le « rahil » (départ) du président Aziz, ce qui est en soi un risque de surenchères pouvant déboucher sur une intensification des manifestations de rue plus virulentes que celles de 2010-2011, soit les deux protagonistes du dialogue « national » comprennent qu’il faut remettre les compteurs à zéro et, dans ce cas, il faut encore prolonger l’attente des Mauritaniens de plusieurs mois. Une perspective qui ira  au-delà même de 2013 et pourrait pousser le gouvernement à n’envisager des élections générales (municipales, législatives, présidentielles) qu’en 2014.

Cette situation de « normalité de la crise » politique devient encore plus compliquée quand on pense que, sur le plan économique et social, la situation empire de jour en jour. L’affaire Ould Bouamatou, qui oppose la Banque centrale de Mauritanie (BCM) – ou plutôt le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz – à l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou est en train de doubler la crise politique d’une autre dont, réellement, le pouvoir pouvait s’en passer. Même si certains pensent que c’est une manière pour lui de détourner l’attention des citoyens de la crise qui commencent à exacerber plus d’un.

Il y a aussi que, dans un cadre plus général, la gestion des affaires ne correspond plus à cette idée de lutte contre la gabegie qui a été l’un des meilleurs atouts d’Aziz. La suspension de la Mauritanie par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) est un autre coup dur pour le pouvoir. Face à tous ces problèmes une question se pose : A quel jeu joue le pouvoir ? Mais aussi : à qui profite la crise ?

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