Chômage : pas de stratégie à court terme

Article : Chômage : pas de stratégie à court terme
10 novembre 2012

Chômage : pas de stratégie à court terme

« Kewass hamel chehada » (littéralement : « chômeur porteur de diplôme »), initiative de jeunes qui ont pris l’habitude de crier leur désarroi devant les portes du palais présidentiel, ont suspendu leur mouvement pour raison de maladie du président. Un geste de compassion qui a réussi là où toutes les actions entreprises jusque-là par le gouvernement pour briser cet élan de contestation ont échoué.

Les jeunes diplômés chômeurs déplorent l’absence de stratégie claire dans le domaine de la lutte contre le chômage. Pour bon nombre d’entre eux, l’Agence Nationale pour la Prometion de l’Emploi des Jeunes (ANAPEJ) navigue à vue, depuis sa création, en choisissant l’insertion par le micro-crédit, non généralisé et donné à des conditions drastiques. Devant le chômage, tous les diplômés sont égaux ! Harouna S. qui détient une maîtrise en économie et gestion, attend depuis 2000 de trouver une embauche quelconque. Marié et père de cinq enfants, selon ses dires, il désespère de ne plus pouvoir postuler aux recrutement de la Fonction publique qui fixe la limite d’âge à 40 ans. Même son de cloche chez sa voisine A.L, sortante de l’Université de Nouakchott en 92, qui dit avoir bénéficié d’un stage de formation dans un département mais désespère de se faire embaucher. M.AS (Economie-Planification) et B.A (chimiste) partagent le même sort que tous ces jeunes qui, prenant leur mal en patience, se sont réunis devant la porte du ministère de l’Emploi, sans emplois pour eux, et boivent le thé à longueur de journée.

Malgré les assertions triomphalistes du gouvernement, la croissance économique en Mauritanie n’a permis de créer des emplois susceptibles de répondre aux besoins d’une population jeune qui s’accroît également. De même, les gouvernements successifs n’ont pas toujours compris qu’il était important de s’occuper de ces derniers. Ils avaient toujours cru, jusqu’ici, qu’une politique globale de lutte contre le chômage pouvait aussi valoir pour le chômage des jeunes. Ce n’est pas le cas. Il faut trouver un équilibre entre leurs besoins et ceux du système économique. Il arrive souvent, par exemple, que des jeunes diplômés soient obligés de s’expatrier parce qu’il n’y a pas de structures locales dans lesquelles ils peuvent exercer dans leurs pays. Ils vivent en Europe et les gouvernements qui ont investi dans leurs études sont privés de leurs compétences.

Ce chômage des jeunes qui n’est pas inédit, inquiète pourtant de plus en plus. L’idée selon laquelle la créativité de la jeunesse peut résoudre tous leurs problèmes est ainsi en passe d’être révolue. Il faut trouver des solutions spécifiques au chômage des jeunes qui, chaque année, s’accentue par la venue de nouvelles cohortes lâchées dans la rue par l’Université.

L’éducation, contrairement aux idées reçues, n’est pas toujours la clé du problème. La formation ne constitue en rien une garantie pour trouver un emploi décent. L’éducation est importante, certes, mais il faut avoir une vue d’ensemble du problème. Beaucoup de jeunes diplômés ne se retrouvent-ils pas, par exemple, chauffeurs de taxi ? Pourquoi, comme le suggère le BIT, un pays comme la Mauritanie ne cherche-t-il pas à faire jouer au secteur agricole un rôle important dans les stratégies d’emploi des jeunes et dans les stratégies globales d’éradication de la pauvreté, en dépit d’un exode rural croissant ?

Ce secteur est pourvoyeur de 40% des emplois dans le monde. Et en Afrique sub-saharienne, c’est l’un des principaux employeurs, avec le secteur informel, des jeunes. Le BIT révèle d’ailleurs que « la mesure de l’emploi des jeunes peut aider à celle du poids du secteur informel. » Mais l’échec de cette stratégie au Sénégal, qui a déjà fait sienne cette politique de retour à la terre, en lançant le projet Reva (Retour vers l’Agriculture) à destination de ces jeunes émigrés rapatriés des Canaries, montre que la mesure n’est pas non plus une panacée. Même dans les pays développés comme la France et les USA, cette question détermine les rapports des gouvernements aux citoyens et constitue souvent l’indicateur n°1 de la cote de popularité des présidents.

 

Sneiba

 

 

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