Obama réélu : Un exemple à méditer en Mauritanie

Article : Obama réélu : Un exemple à méditer en Mauritanie
7 novembre 2012

Obama réélu : Un exemple à méditer en Mauritanie

Barack Obama, président des USA (crédit photo: africapresse.com)

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2012 a réussi son pari, énorme, de conserver son fauteuil. Ce qui pousse à dire, avec le président du Niger, Mouhamedou Youssiffou, que, finalement, l’élection d’Obama, en 2008, comme 44ème président américain et le premier Noir à présider aux destinées de la première puissance au monde, « n’était pas un accident » ! J’avais écris, à l’époque, que, « plus que la victoire de ce métis, né d’un père Kényan et d’une Américaine blanche, c’est le pays de l’Oncle Sam qui, pour une fois, crée la sensation dans le sens positif, en préférant un candidat noir à un vétéran de la guerre du Viêt-Nam, authentique fils du Nouveau Monde. »

Cette histoire digne d’un feuilleton a émerveillé le monde entier mais elle gagnerait à être méditée dans un pays comme la Mauritanie où les rapports intercommunautaires présentent à peu près la même configuration que ceux qui existent aux USA : une communauté blanche qui, jusque-là, considère que la présidence de la République est sa chasse gardée, avançant comme argument le seul fait de la supériorité numérique jamais prouvée par des statistiques fiables, et des Noirs qui développent un complexe envers le pouvoir qui leur fait accepter un système de quota consacré par tous les régimes qui se sont succédé en Mauritanie. Plus que dans tout autre pays, nous avons besoin de nous inspirer de la « leçon américaine », – ce pays que l’on accuse de tous les maux – mais qui vient de prouver que l’Idéal démocratique qu’il veut importer n’est pas un vain mot. Ce qui est exceptionnel dans ce qui vient de se passer en Amérique, c’est que, pour une première fois, les Noirs peuvent être taxés de racistes en votant massivement pour Barak Obama, eux qui ne constituent que 12 à 15% de la population américaine ! Une volonté affichée de longue date mais qui, heureusement, n’a pas provoqué la réaction inverse chez les Américains blancs. Le sacre d’Obama est donc un idéal d’humanité, de démocratie et d’unité dont un pays comme la Mauritanie a plus que besoin. Toutes les réformes du monde, toutes les volontés ne peuvent aboutir au « miracle » qui vient de se passer, pour la seconde fois, aux USA que si les Mauritaniens apprennent à juger l’homme en fonction de ses compétences et du rôle qu’il peut jouer dans le développement économique, social et politique du pays. Après tout, les Américains étaient, il y a un demi siècle, à un stade de racisme aussi rébarbatif que celui que l’on dénonce souvent chez nous, quand ils refusaient à des Noirs d’inscrire leurs enfants dans des écoles pour petits Blancs ou quand ils obligeaient un nègre à céder sa place dans le bus à celui qui fut son maître durant plusieurs siècles. Une attitude à l’américaine, comme celle qui a ouvert grandes les portes de la Maison Blanche à Barak Obama, en 2008, et qui lui permet aujourd’hui de rempiler pour quatre ans, nous éviterait de recourir, à chaque coup, à nos mesquines considérations de majorité et de minorité qui fixent à chaque communauté nationale sa quote-part dans le partage du pouvoir à tous les niveaux de l’Etat, avec des postes « réservés » au groupe qui considère qu’il a des privilèges sacrés à défendre. Un pays aussi puissant que les USA qui décide de porter à sa tête un président issu d’une minorité qui ne représente même pas 20% de sa population et qui, hier encore, était marginalisée à l’extrême, donne une admirable leçon de tolérance, de patriotisme, d’amour de la liberté et de la justice à tous ceux qui continuent encore à penser qu’il y a sur cette Terre des hommes et des sous-hommes. En 2008, l’ancien président français, Jacques Chirac avait estimé que l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis suscitait « dans le monde émotion et espoir ». Puissent ces deux derniers mots être médités, ici, chez nous, pour que le « complexe-du-Noir-qui-ne-peut-pas-devenir-président » soit dépassé.

 

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