Le parlement populaire

Article : Le parlement populaire
3 novembre 2012

Le parlement populaire

Jeunes désœuvrés lisant les « unes » des journaux avant d’entamer les débats

A première vue, il s’agit d’un regroupement tout à  fait ordinaire. Les gestes que l’on voit de loin ne sont pas, a  priori, ceux d’un bagarreur qui s’apprête à  en venir aux mains avec un adversaire. Quand, enfin, on fait corps avec cette foule compacte d’hommes, souvent jeunes, l’on s’aperçoit alors qu’il s’agit d’une survivance de l’une de ses nombreuses agoras qui, en période de haute tension politique, tiennent lieu de parlement populaire où toutes les questions d’intérêt national sont abordées.

Ces places publiques transformées en arbre à  palabre existent un peu partout : abords du ministère de l’Education et de l’immeuble BMCI (première banque privée du pays), espace des anciens Blocs A, en face du Grand Marché de la capitale et la « bourse du soleil » (vente et achat de voitures d’occasion), de l’autre côté du souk.

Toujours est-il que ces groupes de jeunes désœuvrés, dans lesquels on observe quelquefois la présence d’hommes mûrs, et plus rarement du troisième âge, se forment spontanément aux environs de 09 heures autour des étalages de journaux destinés à  alimenter les discussions sur des sujets à caractère politique, social ou économique. Dans ce parlement du peuple où l’on s’érige élu de la majorité ou de l’opposition, selon les positions que l’on a sur les questions de l’heure, les débats manquent cependant à la discipline et à l’ordre qu’impose le caractère officiel et « engageant » des interventions dans le vrai parlement de la République. Chacun ne parlent qu’en fonction de sa conviction propre, à l’image de ce « vieux nègre » sans médaille qui prend la défense de Biram Ould Abeid, jeté en prison, il y a quelques mois, parce qu’il a, tout simplement dénoncé l’esclavage en Mauritanie et sa consécration « abusive », selon lui, par les livres du rite malékite dominant dans le pays. Pour ce vieil homme en bute aux arguments contradictoires d’un jeune « maure blanc » enturbanné, réfutant l’idée que l’affaire du leader de l’Initiative pour la Résurgence d’un Mouvement Abolitionniste (IRA) puisse relever d’un racisme avéré, l’Etat a failli à sa mission de protecteur de tous les citoyens. « Quel esclavage voulez-vous de plus que celui de faire travailler des mineures sans salaires ? », demande-t-il à son vis-à-vis qu’il ne laisse plus placer deux mots de suite. Et celui-ci de rétorquer : « une affaire comme celle-ci doit être porter devant le cadi (il ne dit pas le juge), ce qui laisse clairement entrevoir dans ses propos l’idée que l’esclavage est permis par la religion et que celui qui n’est pas d’accord peut être frappé d’apostasie. Une manière fort habile de déplacer la question vers un terrain fort glissant où dans un pays comme la Mauritanie, certains ont encore du mal à concilier entre ce que dit l’Islam et ce que font les hommes.

Sneiba

 

 

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