Mauritanie : Les incertitudes d’une alternance en 2019

Mohamed Ould Abdel Aziz (crédit photo : Page facebook de Daddah Fadel, avec son aimable autorisation)

Partira, ne partira pas. A un an de la fin du second mandat de Mohamed Ould Abdelaziz, le doute s’installe à nouveau sur les intentions de l’homme qui préside aux destinées de la Mauritanie depuis août 2008.

Beaucoup pensent que les appels demandant au président Aziz de rester au pouvoir, au-delà de 2019, sont « autorisés » par celui qui a toujours affirmé pourtant qu’il quittera la présidence à l’issue de son second mandat.

Malgré la grogne sociale provoquée par la détérioration des conditions de vie des Mauritaniens et des mesures politiques impopulaires (nouveau drapeau, nouvel hymne et nouvelle monnaie), Ould Abdelaziz continue de gouverner avec une poigne de fer un pays où les populations n’accordent plus aucun crédit à la classe politique.

« Tous pareils » est, depuis la déception de la transition démocratique de 2005-2007 et la “Rectification” qui l’a suivie, le signe d’une résignation présentée comme le meilleur atout d’Ould Abdelaziz pour manœuvrer à sa guise.

Depuis la suppression du Sénat, les décisions du pouvoir passent avec fluidité dans une Assemblée nationale aux ordres. Le budget 2018 est voté, comme il a été présenté par le puissant ministre de l’Economie et des finances, Moctar Ould Diay.

La nouvelle loi électorale ne subit aucune modification, malgré les protestations d’une opposition largement minoritaire contre l’élection, par leurs pairs, des députés représentants les Mauritaniens de l’étranger ! Une incongruité contre laquelle une députée de l’Alliance populaire progressiste (opposition modérée), Maalouma Mint Bilal, a déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel.

Mais l’espoir est vain de voir cette institution s’opposer à un pouvoir dont elle fait partie : trois de ses six membres, dont le président, sont nommés par le Chef de l’Etat, et deux par le président de l’Assemblée nationale.

Le découpage des régions a aussi été accueilli favorablement par l’Assemblée. Il servira sans doute, dans les prochains mois, pour asseoir l’autorité d’un parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) qu’Ould Abdel Aziz a décidé de « réformer » dans la perspective des échéances électorales de 2019.

Les cris de désapprobation n’ont pas remis en cause le nouveau découpage en six conseils régionaux : 1. Les deux Hodh, 2. Assaba-Tagant-Guidimagha, 3. Brakna-Gorgol-Trarza, 4. Adrar-Inchiri-Tiris Zemmour, 5. Nouadhibou, 6. Nouakchott.

Déjà, ensembles politiques et tribus se mobilisent pour livrer de rudes batailles électorales sur ces nouvelles arènes destinées à prouver le degré d’allégeance à un pouvoir plus centralisé que jamais.

Le spectre de l’étranger

Pourtant tout n’est pas rose pour le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. La crise du Sénat qui a conduit à l’arrestation du sénateur Mohamed Ould Ghada continue à ternir l’image de la Mauritanie à l’étranger. Une mission de l’ONU a séjourné récemment à Nouakchott et a donné aux autorités mauritaniennes 60 jours pour répondre aux informations sur les circonstances et les raisons de l’arrestation de ce sénateur devenu une icône pour l’opposition.

Dans une lettre envoyée aux autorités mauritaniennes, le groupe de travail de l’ONU a décrit l’arrestation d’Ould Ghada d’arbitraire.

Le pouvoir est aussi affaibli par les tensions avec la plupart de ses voisins. L’établissement de relations diplomatiques « normales » avec le Maroc, par l’échange d’ambassadeurs, n’a pas mis fin aux suspicions de Nouakchott vis-à-vis de Rabat.

Cette même méfiance empêche le Sénégal et la Mauritanie d’accélérer le processus de négociations en vue de donner le feu vert à Kosmos Energy et son partenaire BP pour le développement du gaz découvert en grande quantité sur la frontière maritime des deux pays.

L’Algérie, pays d’où est partie la menace terroriste dans la région sahélo-saharienne, ne cache pas son hostilité vis-à-vis d’un G5 Sahel dont la paternité revient au président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Seul le Mali affiche une attitude conciliante envers un pouvoir mauritanien qui entretient l’image d’un « Etat fort » pour des besoins de politique intérieur.

Une opposition affaiblie

L’opposition mauritanienne divisée depuis la présidentielle de 2014 entre «radicale» et «modérée» ne constitue pas, à l’heure actuelle, un réel danger pour le pouvoir. La première réfléchit, déjà, à la parade pour ne pas être «enterrée» vivante en 2019 si elle ne prend pas part aux prochaines élections.

La seconde est dépassée par des évènements qui sont la conséquence directe de sa participation à un dialogue dont les résolutions ont toutes été «décrétées» par le président Mohamed Ould Abdel Aziz ! C’est lui qui avait décidé que le Sénat doit disparaître.

Que des conseils régionaux verront le jour. C’est lui qui a décrété le changement du drapeau, de l’hymne national et de la monnaie. C’est encore lui qui procède, par retouches, à la mise en place des structures devant lui assurer de rester au pouvoir, s’il décide de faire sauter le verrou interdisant le troisième mandat, ou de désigner un successeur capable de protéger ses arrières après 2019.

D’ici là, il aura poussé les « chefs historiques » de l’opposition vers la sortie, car ni Ahmed Ould Daddah ni Messaoud Ould Boulkheir ne peuvent s’aligner, à cause de leur âge, pour une présidentielle que le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) juge gagnée d’avance.

AFRIMAG (Maroc)

Par Mohamed Sneïba Comité Editorial – Casablanca

 

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