USA / Monde : que la « trumperie » commence !

L’investiture de Donald Trump a confirmé tout le mal qu’on pense de lui. « On », c’est-à-dire, vous, moi, les Américains qui auraient préféré voir Hilary Clinton à la Maison Blanche et les pays en compétition avec les USA (exceptée la Russie de Poutine).

 

Le président américain Donald Trump présente le document actant le retrait des Etats-Unis du partenariat transpacifique (TPP), à Washington le 23 janvier 2017 (crédit photo : clicanoo.re)

Trump est un milliardaire fou. Fou de politique. Ou rendu fou par elle. Il s’est investi (et a investi énormément) pour comprendre cet univers qu’il a toujours eu en horreur. Pour lui, les politiques installés à Washington et leurs compères de Paris, Berlin et Londres, sont des empêcheurs de tourner en rond ; ls ne comprennent rien aux affaires, il faut donc déconstruire ce qu’ils ont pris soin de bâtir pour assurer leur mainmise sur le monde.

Trump est dangereux parce qu’il apporte sa propre révolution que cache mal sa révolte. Sa contradiction au monde. Il est dangereux parce qu’il est pressé. Il veut poser plus d’un acte à la fois. Son slogan de campagne, « America first » (« l’Amérique d’abord ») se prolongera tout au long de son mandat. Au pas de charge, il vient de signer plusieurs décrets qui traduisent sa volonté d’être lui-même : provocateur à outrance.

Trump constitue la nouvelle menace qui pèse sur le monde. Par son inconséquence. Les liens avec ses voisins canadiens et mexicains ne tiennent qu’à un fil, c’est selon son humeur. Il maintient l’idée d’un mur de séparation entre les USA et le Mexique et vient d’annoncer que les accords de libre échange entre son pays et ces deux voisins seront revus, dans le cadre d’un protectionnisme devenu sa religion.

Son « mur » de séparation d’avec le Mexique est l’objet de tension entre lui et son homologue mexicain Enrique Peña Nieto. Les ressorts de la relation entre les USA et le Mexique, à maints égards unique au monde,  sont tendus par les liens économiques existants entre les deux pays, notamment au sein de l’Accord de libre-échange Nord Américain (l’ALENA) entré en vigueur le 1er janvier 1994. Mais aussi par l’incontrôlable immigration « al norte », favorisée par l’importance de la zone frontalière et dûe aux conditions de vie difficiles qui perdurent au Mexique.

Trump est dangereux parce qu’il veut changer l’Amérique et le monde en moins de quatre ans, alors que les quarante-quatre présidents présents avant lui remodelaient la puissance de leur pays en fonction de la conjoncture et de la stratégie de domination posée depuis un siècle.

Les principaux décrets pris par Donald Trump depuis son investiture amorcent une révolution aux États-Unis, on peut donc penser que, pendant au moins quatre ans, rien ne sera comme avant ! Avec l’Europe et la Chine, l’entente est à nouveau sérieusement menacée. Il se met aussi à dos les pays arabes et l’Iran qu’il place sous embargo parce que pays d’origine des « terroristes » qui menacent l’Amérique ! Une solution simpliste et non sans conséquences puisque Téhéran a déjà fait savoir qu’elle répondra par la réciproque à cette mesure.

Un « anti-obamisme » primaire

Donald Trump veut imposer ses choix et il ne trouve pas meilleure façon que de détricoter la politique de son prédécesseur et il veut aller vite. Il signe les décrets à la chaîne : déjà une douzaine de décrets signés. C’est donc une nouvelle Amérique qui se dessine. Cible de son premier décret : l’Obamacare, l’assurance santé pour tous, si chère à Barack Obama. Donald Trump autorise des exemptions pour pouvoir la contourner. Il mène également une offensive de charme pour satisfaire les partisans d’un nouvel isolationnisme des USA. En ligne de mire, la politique d’accueil des immigrés, limitée pour certains pays, mais carrément stoppée pour d’autres comme, par exemple, la Syrie.

Le second décret pris par Trump remet en cause les traités commerciaux internationaux, contraires, selon lui, aux intérêts des Américains. Il se retire de l’accord de libre-échange avec douze pays d’Asie, acté par Barack Obama. Troisième décret, une offensive contre l’avortement qui suscite de nombreuses inquiétudes chez les femmes. Le texte interdit le financement public d’associations internationales qui soutiennent l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il relance deux projets d’oléoducs controversés, abandonnés par Barack Obama au nom de la protection de l’environnement, au nom de l’emploi. Car pour lui, la priorité, c’est l’emploi. A n’importe quel prix. Ainsi, Donald Trump redessine son Amérique.

La Ligue arabe, après l’UE, a exprimé son inquiétude face à la mise en œuvre de la « trumeprie », idéologie qui portera la politique américaine jusqu’en 2021, si, bien sûr, les Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, ne freinent pas les élans narcissiques du président Trump.

 

Partout dans le monde, la riposte s’organise.

Les sept pays visés par le décret (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen) sont tous musulmans, ce qui donne à la mesure restrictive l’allure d’une cabale.

Ce décret, déjà entré en vigueur, donne aux services d’immigration le droit de fouiller systématiquement et d’interroger, à l’entrée des Etats Unis d’Amérique, tous les citoyens musulmans pour notamment recueillir leurs avis sur nombre de thèmes dont, par exemple, la Chariaa islamique et l’homosexualité afin de vérifier la compatibilité de leurs positions avec les vues américaines. Naturellement, si les réponses du voyageur ne plaisent pas aux agents de l’immigration ou si sa tête ne leur revient pas, il est tout simplement refoulé, sans autre forme de procès.

De nombreux pays se sont démarqués des Etats-Unis et ont fustigé ce repli sur soi dont ils font preuve. En Occident, des chefs d’Etat, alliés traditionnels de Washington, ont parfois dénoncé avec véhémence ce décret. Sans compter les organisations de la société civile, aux USA et à travers le monde, qui dénoncent aussi ces mesures.

Theresa May, la première ministre britannique, dit ne pas être d’accord avec ce type d’approche. Elle réagit différemment en promettant d’intervenir auprès du gouvernement américain au cas où ce décret aurait un impact sur les citoyens britanniques nés dans les pays islamiques concernés. En Allemagne, Angela Merkel ne juge pas justifiées les restrictions à l’immigration de ressortissants des sept pays musulmans. Quant au premier ministre canadien, Justin Trudeau, il a affiché la volonté de son pays d’accueillir les réfugiés « indépendamment de leur foi ». « A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi », a tweeté M. Trudeau, ajoutant : « La diversité fait notre force.» Le président français, François Hollande, a, lui, mis en garde son homologue américain contre « le repli sur soi » et a appelé Trump au « respect » du principe de « l’accueil des réfugiés », fondement des « démocraties » occidentales.

Battus par les Républicains, les Démocrates ne peuvent désormais vivre que d’espoir d’ici 2021. Peut-être que cette levée de boucliers contre le nouveau président va faire regretter à certains d’avoir livré les clés de la Maison Blanche à Trump… Ils pourront reprendre la main aux élections de mi-mandat en redevenant majoritaires au Congrès. Qui sait ?