Mauritanie : Que faire pour sortir de la crise ?

 

Les hommes politiques mauritaniens sont d’accord sur une seule chose : l’art consommé de camper sur les mêmes positions ! Une manière pour eux d’entretenir une crise dont la victime expiatoire est le Peuple, censé être, pourtant, la finalité de toute action positive de nature à servir son bien-être.

Marche de l’opposition à Nouakchott (25/02/2016)

Majorité et Opposition continuent à entretenir une tension politique naturellement préjudiciable à toute action de développement. Pire, elle fait courir au pays les risques d’une instabilité dont les prémices sont bien là : un sénat qu’on ne parvient pas à renouveler, dix ans après l’élection de nos « chouyoukh¹ », une bonne partie de l’opposition (FNDU, RFD, UNAD) qui restent en dehors d’un jeu politique qu’elle estime biaisé, des populations qui plient sous le poids des prix, grogne des travailleurs dans les sociétés étrangères exploitant les richesses minières du pays, sentiment d’exclusion chez certains groupes sociaux et aléas d’une situation économique et sociale des plus préoccupantes.

Tout cela ne semble pourtant pas impressionner un gouvernement dont les appels au changement, sinon à la démission, fusent de partout.

Ce qui ne semble pas être l’avis du président Aziz, qui reste sourd à tous les appels et n’intercepte pas les signaux de désaveu de l’action d’un gouvernement sans envergure et sans conviction. A moins que la team dirigée par Yahya Ould Hademine depuis deux ans n’ait le courage de créer la surprise en démissionnant pour sortir le Raïs d’une situation plus qu’embarrassante, en lui permettant de mettre à l’épreuve d’autres hommes et femmes, quasiment à mi-parcours de son second quinquennat.

Car le peuple, qui plie sous le poids de problèmes de toutes sortes, a besoin d’actions concrètes capables de traduire sur le terrain ses aspirations, et non pas de ces sempiternels « échanges d’amabilités » entre la majorité et l’opposition, sur une question d’importance comme celle du dialogue, et l’appréciation, subjective de part et d’autre, de l’action du gouvernement.

C’est vers cela que doit tendre le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, s’il comprend, enfin, que le rapprochement des positions antagonistes de l’opposition dite radicale et la majorité relève aujourd’hui d’un véritable miracle. Parce que les divergences sur tout et rien sont inhérentes à la nature même de ce qui divise les deux camps, aspirant conserver le pouvoir ou à le conquérir. Par tous les moyens. Les deux camps ne semblent donc pas avoir compris que la situation est si grave qu’il faut vraiment qu’ils se départissent de leurs positions de principes pour trouver un compris.

Il ne s’agit pas de sauver les apparences, comme à Dakar, en 2008, où tout était en fait compromission et non compromis, aussi bien de la part des deux camps en conflit que du côté des négociateurs attitrés (UA, UE, ONU) et des intermédiaires sénégalais et libyens. Il s’agit de sauver la Mauritanie. Ce qui s’est passé dans plusieurs pays arabes (Libye, Egypte, Syrie et Yémen) et se poursuit encore en, ne rassure pas. Un « printemps » dans un pays où les susceptibilités raciales, tribales et régionales ont toujours animé les compétitions politiques à tous les niveaux est de tous les risques.

Le pouvoir sait que la situation n’est pas si rose qu’il veut le faire croire et que les populations ressentent plus l’impact de la flambée des prix, par exemple, que l’arrivée au goutte à goutte d’investissements dont une bonne partie ne profite qu’aux bailleurs qui les donnent et à une administration tatillonne.

C’est d’ailleurs parce qu’un tel malaise est de plus en plus perceptible que le gouvernement multiplie les sorties « rassurantes » visant à faire comprendre que les ratés d’un tel programme électoral ne sont que des accidents de parcours qu’on ne mettra pas longtemps à réparer. Un point de vue qui est loin d’être celui de l’opposition qui, par la voix de ces chefs de file appelle le gouvernement de Yahya Ould Hademine à rendre le tablier en guise d’échec et d’incapacité à trouver le remède miracle pour sortir le pays de ses multiples problèmes politiques, économiques et sociaux.

 

Il n’y a pas de solutions miracles

 

L’idée qu’il faut entamer plusieurs projets de développement à la fois pour donner l’impression que le pays est devenu un véritable chantier semble avoir fait recette seulement dans la période préélectorale. Aujourd’hui que tout roule au ralenti, l’on se rend compte qu’il faut avoir les moyens de sa politique pour entretenir la flamme du soutien populaire.

Face aux grands problèmes de l’heure que sont la sécheresse que prédit le président du RFD, Ahmed Ould Daddah, la flambée des prix, la contestation populaire et la crise politique qui dure, il faut plus que de simples mesures, destinées à entretenir l’illusion que tout va, ou des visites de wilayas qui ne produisent plus le « phénomène » Hay Saken² d’il y a neuf ans ! L’espoir de voir d’autres actions d’éclat (comme la lutte contre la gabegie et les réalisations dans les domaines prioritaires) s’estompe, puisque la « révolution » s’est arrêtée au stade de la révolte.

Le besoin de se défendre – et même de reprendre l’initiative en attaquant – ne doit pas être une simple répétition de ce qui a été dit et redit, à chaque fois que le pouvoir veut prouver que le changement est vraiment « constructif « .Tout ne doit pas être, comme à Ouadane, le « bon » prétexte pour glorifier jusqu’à l’apologétique, les « réalisations » du président Aziz !

N’est-il pas étonnant que le Premier Ministre, qui était devant l’Assemblée nationale, hier mercredi 04/01/2017, pour livrer sa traditionnelle Déclaration de Politique Générale (DPG) ainsi que les ministres qui ont passé leur Grand Oral devant les députés, n’aient fait que resservir une sorte de « plat réchauffé » où l’on reparle encore et encore de ce qui a été fait, de ce qui est en cours (de réalisation) et de ce qui n’est encore que projets qui risquent de rester à l’état…de projets ? Sans être adeptes du négationnisme, on ne comprend pas à quoi riment tous ces discours si la rue continue à réclamer le pain.

Mais, pour une fois, les citoyens seront les juges, les évaluateurs, d’une situation nouvelle où les discours (du pouvoir ou de l’opposition) commencent à ne plus faire recette.

Et comme point positif, mais à double tranchant, le président Ould Abdel Aziz aura, au moins, eu le mérite d’accélérer le processus de maturation de cet esprit critique qui permet au Mauritanien moyen de savoir à quoi s’en tenir. Même s’il n’accepte pas de changer de camp, pour une promesse non tenue, un leurre découvert trop tard, il sait tout de même que la réalité n’est pas celle que le gouvernement s’efforce à démontrer par l’absurde en nous faisant croire que 2 + 2 font 5 ! Exactement, comme le montre la vidéo ci-dessous.

  1. Pluriel de « cheikh » qui signifie en arabe « vieux ». Et en Mauritanie, il est de tradition de réserver la chambre haute du parlement pour les chefs de tribus et autres retraités de l’administration.
  2. L’un des quartiers pauvres de Nouakchott devenu célèbre grâce au discours d’Aziz en faveur des pauvres.