Mauritaniens, indignez-vous !

Aeafat, quartier de Nouakchott (Photo : Sneiba)

J’aimererai bien crier, à la face des « majoritants » et des opposants : ya ehel mouritani goulou eff e’khleytou. Expression intraduisible mais qui donnerait quelque chose comme : « mauritaniens, indignez-vous »!
Depuis cinquante-six ans, les hommes politiques vous mentent. Vous volent. Vous humilient.
Le premier de ces mensonges est de vous faire croire que vous avez acquis votre indépendance, alors que vous dépendez encore, comme tant d’autres pays africains et arabes, de vos anciens maîtres. Nous ne produisons ni ce que nous mangeons ni ce que nous portons. Je ne parle pas de nos moyens de locomotion et encore moins des armes qui permettent à nos forces de l’ordre non pas d’assurer notre sécurité mais de nous forcer à subir le joug de nos gouvernants. L’armée a pour premier rôle d’assurer la continuité du pouvoir jusqu’au jour où un militaire décide de remplacer un militaire. Ne dit-on pas chez nous « may mout sendri maaje wahed v belou » (si un soldat meurt, un autre le remplace ». Cette « mort » peut être politique, par l’effet d’un coup d’Etat que l’on perpétue aussi contre les présidents civils, même élus démocratiquement.

Putschs à répétition : 1978…1981…1984…2005…2008…20..?

Notre temps politique est rythmé par les coups d’Etat. La « pause » de 2007 a été de courte durée. Une éclaircie démocratique qui devait seulement permettre à l’auteur du putsch de 2005 de préparer une gestion durable du pouvoir. Une supercherie politco-militaire appelée « Rectfication » qui dure encore aujourd’hui. Et l’on nous parle de démocratie, dix ans après !
Avoir accepté de jouer (pour perdre ou gagner) dans un pays où la politique se pratique, comme le golf, mais sur des sables mouvants, est le propre d’une élite clochardisée par le long règne de l’armée. La démarcation entre la majorité et l’opposition est une sorte de ligne Maginot que l’on transgresse allégrement en période électorale. Le peuple, éternel dindon de la farce, est mangé à toutes les sauces. Celle de la majorité intéressée ou de l’opposition sans consistance prenant ses rêves de (con)quête du pouvoir pour la réalité. Une opposition qui confond vitesse et précipitation et tombe, très souvent, dans le piège tendu par le pouvoir.
Le président Aziz, qui était « le gardien du temple¹ » durant le long règne de Taya, a reproduit son système. Le Système. Tribus, argent et savoir. Il l’a même perfectionné en lui passant une légère couche de machiavélisme; comme s’il avait lu et assimilé Le Prince. Alors que Taya avait détruit l’armée pour gouverner avec les civils, Aziz a restauré la force pour s’assurer la loyauté de l’élite et dominer le peuple. Aujourd’hui, dans l’esprit des mauritaniens, le rais est l’homme du « ça passe ou ça casse ».

Eternel recommencement

Les réformes constitutionnelles que propose le président Aziz en cette fin de second mandat ressemblent, à s’y méprendre, à la « Rectification » par laquelle il avait justifié son usurpation du pouvoir en 2008. L’objectif étant le même : après être arrivé, il faut savoir rester. Et durer.
Celui qui prétend s’être opposé en 2008 au retour de « l’Ancien régime » (dont une bonne partie se trouve aujourd’hui de son côté) réclame plus de temps pour « parachever » SES projets ! Un troisième mandat « informel » comme celui imposé au peuple burundais par Nkurunziza et ardemment recherché en RDC par Kabila.
Parce que l’opposition veut triompher sans livrer bataille, les réformes constitutionnelles, légitimes ou pas, passeront. Les peuples indignes et sans volonté se rangent toujours du côté de la force. L’élite corrompue les aura devancés sur la voie sans embûches de l’opportunisme, pas de l’opportunité offerte, comme en 2005 et en 2008, de faire avancer la démocratie. Cela est pourtant arrivé chez nos voisins du Sénégal quand, en 2012, les électeurs ont retourné leurs « armes » (leurs bulletins) contre le président Wade qui avait des velléités de monarque.

La course aux nominations et aux privilèges devient le maître mot de tous les agissements. On entend alors toutes sortes d’incongruités. « La constitution n’est pas le Coran ». Bien sûr. Elle peut donc être changée, échangée même ! « Le peuple est souverain », oui, mais on lui impose par l’article 38, devenu subitement TOUTE la constitution, après le rejet des amendements par le sénat, d’aller dans le sens voulu par le pouvoir. Certains opposants n’ont pas le droit d’assister à des manifestations (conférence de presse) parce qu’ils appartiennent à des organisations non reconnues (IRA, FPC). Leurs droits de citoyens pouvant militer dans le parti de leur choix est ainsi bafoué. Et pourtant, ceux qui louent les amendements et magnifient les « réalisations » du président donnent libre cours à leurs facéties dans les médias publics, devenus propriété exclusive du Parti au pouvoir, et dans les salles de conférence des hôtels ou des maisons des jeunes. Les « initiatives » de soutien au président foisonnent et font le bonheur des télévisions et sites « peshmerga² ». Il s’agit souvent de jeunes loups formés à l’école de l’opportunisme politique. Des jeunes qui passent un temps à l’opposition, pour faire monter les enchères et, subitement, déclarent leur adhésion au parti au pouvoir parce qu’ils ont vu « les réalisations grandioses accomplies sous la direction éclairée du président et mises en œuvre par le Premier ministre ».
Depuis l’arrivée de l’armée au pouvoir, un 10 juillet 1978, c’est ce cycle infernal qui fonde notre « démogâchis ». Mauritaniens, « goulou eff ekhleytou » (dites « ça suffit » ou acceptez de vivre indignement. Acceptez votre déchéance.

  1. Titre d’un roman de Ch. H. Kane
  2. Nom donné à certains sites mauritaniens qui monnayent leurs services.

La France « soumise »

Statue de la liberté en pleurs (Photo google)

Les législatives françaises ont confirmé qu’il y a bien un phénomène « en marche ». Un phénomène Emmanuel Macron. Le parti LREM (la république en marche), dernier venu sur la scène politique française réalise une véritable OPA sur l’Assemblée nationale avec plus de 400 députés, selon les premières estimations du premier tour des législatives. Une vague déferlante qui renforce l’échec des partis traditionnels de gauche et de droite. C’est aussi l’antithèse « idéologique » qui s’oppose à la « France insoumise » de Jean-Luc Mélanchon, la gauche radicale qui cherchait à jouer le même sale tour aux deux grandes formations qui « occupaient » le terrain sous la Cinquième République.
Emmanuel Macron, le jeune président d’à peine 40 ans, aura donc les coudées franches pour mettre en œuvre le programme qu’il avait déroulé durant la campagne présidentielle de mai dernier. Tout échec possible durant le quinquennat qui s’annonce sera donc imputable à la majorité qui l’a intronisé comme nouveau Roi de France. Face à une opposition sans envergure, Macron et son équipe gouvernementale auront à rendre compte à cette « France soumise » qui a choisi de tester son modèle politique de ni gauche ni droite.
A l’épreuve, les idées se fanent souvent. Macron devra se battre sur plusieurs plans pour ne pas décevoir. Très engagé pour une Europe forte, et décidé à ne rien lâcher sur le Brexit, il aura fort à faire pour que la France retrouve le chemin de la sérénité après tant de bouleversements politiques. La voie est dégagée mais le voyage ne fait que commencer. Attendons voir.
Si le renouvellement politique que le président français prône depuis son « désengagement » du gouvernement sous François Hollande, a des vertus ou s’il s’agit, comme tout phénomène, d’une mode passagère.
Si l’économiste qu’il est a la solution miracle pour faire revenir la croissance et lutter contre le chômage qui a eu raison de son prédécesseur.
Si le « macronisme » est assimilable à une « monarchie » républicaine.
Si, comme le disent les perdants (PS, LR, le FN, la France insoumise », « trop de pouvoir » tue la démocratie.
Attendons voir, j’ai dit. Si, dans les faits, « trop de pouvoir tue le pouvoir ».

Au nom de l’article 38, je vous emmerde !

Art 38 : « le président peut consulter le peuple sur toute question d’intérêt national (photo : Sneiba)

Bon, je viens très en retard pour donner, moi aussi, mon humble avis sur la polémique en cours à propos des amendements constitutionnels. Un avis « inutile et incertain » certes, puisque ceux d’éminents constitutionalistes  ont été rangés dans l’escarcelle des querelles politiques en cours depuis 2008.

Ces amendements seront proposés donc au verdict des urnes le 15 juillet prochain. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz en a décidé ainsi. Bon, pardon, le gouvernement l’a annoncé en conseil des ministres ! Le Conseil constitutionnel ne se prononcera pas sur le recours à l’article 38 qui, selon un magistrat « retraité » et disparu de la scène depuis la fin de la transition militaire 2006-2007 et la « Rectification » (putsch) qui l’a suivie, permet au président de la République de consulter le peuple « sur toute question d’intérêt national ». Aujourd’hui, c’est le référendum sur les amendements constitutionnels et demain ça peut être quoi? Le troisième mandat? Le dixième ? La présidence à vie ? La royauté ? Puisque l’article 38 est « absolu », tout est permis. Pour le juge Ould Rayess, c’est la mort de la constitution, comme Nietzsche parlait de la mort de Dieu.

Les justifications du recours à l’article 38 relèvent de l’aberration. De notre « tieb-tieb », cet affairisme qui a gagné tous les secteurs de notre vie, et que nous avons transformé en moyen de « survie ».

Je ne dis pas que le président n’a pas le droit de consulter le peuple mais il y a la forme. Pour les amendements constitutionnels, vus comme une « question d’importance », les articles 99, 100 et 101 sont un passage obligé. La « gazra » (squat) qu’on est en train de pratiquer pour passer outre est un dangereux précédent en matière de loi. L’impression qui s’en dégage est que la partie devient le tout. Que le 38 est LA Constitution. Il permet au président de dire aux sénateurs « je vous emmerde », après le refus de ses amendements. Cet article « machin » ouvre la boîte de Pandore, je vous l’ai dit. Rien ne lui résiste puisqu’il est destiné à contrer « l’esprit des lois ».

Je ne préjuge pas de la nécessité des amendements proposés mais je dis que vue la manière dont ils vont être adoptés, nous sommes en face d’une infraction grave dont le pouvoir actuel se rend coupable. Et pour laquelle il sera jugé, tôt ou tard, au tribunal de l’histoire.

Autour d’un thé : Satan rime bien avec Sultan

Mains (crédit photo : pixabay.com)

Seuls les imbéciles ne changent pas. Ni de tête. Ni d’avis. Ni d’approche. Le recyclage reste, pourtant, une vieille technique qui a fait ses preuves. Partout. Et, comme l’on dit chez nous, « Celui qui ne se fâche pas est un âne ». Quant à celui qui n’accepte pas les excuses d’autrui est un satan.

N’aurait donc que le choix d’être âne ou satan ? Poétiquement parlant, satan rime bien avec sultan. Même si la poésie est à l’origine de tous nos maux. Ô vous, chers Z’autres du pays d’un million de poètes¹, ce n’est pas en déclamant vos interminables strophes que vous ferez avancer notre développement !

C’est un peu comme l’aveugle qui n’a jamais vu qu’un rat. Du coup, le voilà à tout comparer à cette petite créature. Une montagne ? C’est quoi, par rapport au rat ? Un Boeing 737 ? C’est quoi, par rapport à un rat ? La Tour Eiffel ? C’est plus grand ou plus petit qu’un rat ? Le métro du Caire, ça ressemble à un rat.

La conscience de l’aveugle sur le rat. Notre système éducatif : les sciences, les connaissances scientifiques. Il faut construire des centres de formation pour les techniciens. Rien ne marche à cause des langues. Rien ne va à cause de la poésie. Il faut arrêter la littérature. Cessons de parler. De chanter. De versifier. Et tout ira mieux.

Les sciences et les scientifiques, comme chez les autres ! Pour revenir au pardon, peu importe d’attendre quelque temps. Laisser passer le tonnerre, puis la réalité reprend le dessus.

Si l’on retourne un peu arrière, qui a inventé le pléonasme ? Ou, si l’on remonte un peu « en haut », le fameux camion du Commissariat à la sécurité alimentaire qui est parti vers les magasins, de lui-même, sans demander à personne, avec probablement tout de même, la complicité de son chauffeur, « remplir sa tête » de riz, de dattes et autres petites choses très utiles pour le Ramadan, le voici vrombissant et fonçant vers une illustre maison, pour y décharger son contenu et revenir, comme si de rien n’était.

Un camion « traditionnel » qui accomplit, d’année en année, le même rituel. C’est en quoi que l’ancien commissaire est « en ça dans ça » ? Ô mes esclaves, j’ai interdit l’injustice sur « moi », alors, n’en usez pas entre vous. Les pays se construisent sur la mécréance, pas sur l’injustice. Il a fallu presque deux ans pour méditer tout ça.

Heureusement qu’il y a eu cette histoire d’amendements constitutionnels et de referendum, pour réparer les injustices. La seule relation qui existe, entre le Commissariat à la sécurité alimentaire et le ministère de l’Education, c’est le riz.

Comment, me dire-vous ? Tbarkallah² : Les deux institutions ont des magasins remplis de riz. Le riz de la coopération japonaise, chinoise et autres pays, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Et le riz des cantines scolaires, généralement de bonne qualité et généreusement offert, en grande quantité, par le Programme Alimentaire Mondial.

Tous les deux vont partout, tous les marchés de la Mauritanie et des pays voisins, dans toutes les marmites de tous les gros responsables nationaux voire internationaux ; sauf là où ils devraient, normalement, aller : les ventres creux des petits enfants affamés des écoles et ceux des populations misérables à qui ils sont, pourtant, théoriquement destinés.

Le Monde sait, depuis longtemps, que rien ne se jette, tout se transforme. Au point que tout se recycle. Même les ordures. Nous connaissions les repris de justice. Voici venus les repris de l’Administration. Comme ça, on rectifie tout. Jusqu’à la Rectification.

Des voleurs formellement pris une main, parfois, voire repris, les deux mains, dans le sac, sont mis au frigo ; un peu congelés, le temps d’absoudre leurs péchés, puis resservis, aplatissant leur tête comme s’ils n’étaient ceux qu’hier le Rectificateur en chef abhorrait publiquement.

Directeurs généraux, chargés de mission, conseillers présidentiels, secrétaires généraux de ministère, présidents de conseil d’administration… Suivez mon regard et ne regardez, surtout pas, autour de vous. Vous risqueriez de vous faire emporter par un torrent de paradoxes et de contradictions. Volez, pillez, saccagez : la promotion suivra. Salut.

Sneiba El Kory (Le Calame)

  1. La Mauritanie est aussi appelée « le pays du million de poètes »
  2. très bien

Mauritanie : Amendements constitutionnels sur fond de crise

Deux bandeaux rouges pour le drapeau (Caricature : Mohamed Sneiba Elkory)

Le parlement a débuté, le 22 février 2017, une session extraordinaire en vue de l’examen de plusieurs textes de lois, dont le très controversé projet de loi portant sur des réformes constitutionnelles proposées par le gouvernement mauritanien et entérinées par les assises du Dialogue National Inclusif (DNI) organisé du 29 septembre au 20 octobre 2016, avec la participation de quelques formations politiques classées dans l’opposition «modérée ».

 

Ces réformes constitutionnelles portent sur « la suppression du sénat, la création de conseils régionaux et le changement des symboles nationaux (drapeau et hymne national) ». Le point relatif à la suppression de la limitation à deux du nombre de mandat du président de la République a été écarté de ces débats. Mieux, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré, ouvertement, ne pas être intéressé par un troisième mandat ; ce qui avait été salué à la fois par l’opposition et par la communauté internationale. Mais avec cette session extraordinaire, les divisions resurgissent, à cause de ce forcing privilégiant la voie du Congrès à celle du référendum pourtant convenue par les participants au dialogue. L’argument avancé par le gouvernement (le coût d’une consultation référendaire estimé à 4 milliards d’ouguiyas) justifie-t-il ce revirement qui annonce une nouvelle crise politique ? Le pouvoir craint-il que la mobilisation contre ses « réformes », au sein même de sa majorité, ne consacre leur rejet par des populations très souvent désabusées par leur classe politique ?

Pour un juriste de l’opposition, répondant à la question de savoir quelle est la validité de la « réforme constitutionnelle » que le pouvoir s’entête à vouloir entreprendre, la réponse est simple, claire et sans équivoque : aucune validité. Ce « Congrès » est une assemblée de parlementaires dont le mandat à pris fin pour la 2ème  Chambre (Sénat). Il s’agit d’un énorme scandale constitutionnel puisque même le conseil constitutionnel, jusqu’ici soumis au régime, avait appelé au renouvellement complet de ce « sénat » depuis plus d’un an. Sénat dont la « fronde » a montré le désarroi dans lequel se trouve le sommet de l’Etat », écrit le professeur Lô Gourmo Abdoul.

« Sur le plan juridique, en refusant d’obtempérer à l’avis de son conseil, le Président de la République, gardien de la constitution, prend un risque personnel grave : la violation pure et simple de la constitution, constitutive d’un acte de forfaiture voire de haute trahison », poursuit-il.

Beaucoup d’autres voix, y compris celles des anciens présidents Ely Ould Mohamed Vall et de Mohamed Khouna Ould Haidalla, estiment qu’il faut arrêter cette « machine infernale » et amorcer un autre dialogue national, inclusif qui sauvegarde les intérêts du pays, maintienne la paix et assure une transition apaisée. Même dans le camp du pouvoir, l’ancienne ministre Siniya Mint Sidi Haiba a dénoncé des amendements constitutionnels qui risquent de mettre en péril la quiétude des mauritaniens.

 

Envie de marquer l’histoire

Le principe même de ces amendements divise. Certains les considèrent comme « inutiles et incertains ». D’autres voient en eux une manière pour le président Mohamed Ould Abdel Aziz de chercher à « marquer » son époque, quitte à effacer les symboles ayant toujours acquis le consensus des mauritaniens (le drapeau et l’hymne). Car si la suppression du sénat, remplacé dans la constitution amendée par des conseils régionaux, dont l’efficacité est loin d’être garantie, est saluée par toute la classe politique, les autres points soumis à l’approbation du parlement ne sont pas considérés comme une « priorité ».

L’opposition considère que le président Aziz, qui doit quitter la présidence en 2019, doit œuvrer, dès à présent, pour favoriser une transition pacifique du pouvoir. Dans le contexte politique actuel, le dialogue ne doit plus rester l’affaire de la majorité et d’une partie de l’opposition (APP, Alwiam, ACD, Almostaqbal) mais impliquer le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), composé de 11 partis politiques, d’organisations de la société civile, de centrales syndicales et de personnalités indépendantes, ainsi que Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) constituant, avec l’Union Nationale pour une Alternance Démocratique (UNAD) un troisième « front » de l’opposition.

 

Une médiation européenne en cours ?

 

Comme en 2008, l’Union européenne pourrait bien tenter une conciliation entre les protagonistes de la crise politique mauritanienne. Deux députés du Parlement européen, ont été reçus, le 20 février 2017, par le président mauritanien mais aussi par les différents chefs de file de l’opposition. L’UE s’impliquerait ainsi pour qu’un dialogue plus inclusif soit engagé, au moment même où le pouvoir maintien son agenda. Seul le challenge de l’UE, s’il arrive à se matérialiser, pourrait permettre aux partenaires (opposition et pouvoir) de renouer les fils du dialogue et, partant, rétablir la confiance. En commençant par préparer des élections municipales et législatives apaisées, consensuelles, donc, et inclusives, pour déblayer, en suivant, le chemin de la présidentielle de 2019, si, bien évidemment, on ne remet pas en cause les articles de la Constitution relatifs à la limitation de l’âge des candidats, occasion, pour le pouvoir ou ses suppôts, de remettre, sur le tapis, l’article limitant, à deux, les mandats présidentiels. Un piège dont tout facilitateur doit se méfier.

Aux parlementaires de la majorité qu’il a reçus à la présidence, à la veille des discussions des amendements, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a pourtant déclaré qu’il n’y aura pas de reprise du dialogue et encore moins d’élections générales anticipées ! Seules certitudes donc, à moins de trois ans de la fin du second mandat d’Aziz, les modifications proposées par le gouvernement seront bien entérinées puisque la voie du congrès se précise, et la majorité se met déjà en ordre de combat pour soutenir le dauphin que l’actuel président compte se choisir. On se retrouvera ainsi devant un remake de 2008. Et la seule question que la majorité présidentielle (et les mauritaniens dans leur ensemble) ont hâte de savoir est : qui sera choisi par Aziz pour assurer la continuité de son pouvoir ?

 

Mauritanie : accords et désaccords

Wallahi, l’opposition dite radicale a raison de se méfier. Je ne l’aime pas, cette opposition-là, il est vrai. Parce que fainéante, incapable, roublarde et j’en passe. Divisée, opportuniste, inconséquente, sans foi ni loi. Elle n’a pas de stratégie, non plus de stratège. Mais elle a raison. Mille fois raisons. Voici pourquoi. 

Le président Aziz (photo : AMI)

L’opposition a compris, depuis le fameux Accord de Dakar, que ce pouvoir-là (le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz) n’a pas de parole. Qu’il est inutile, voire dangereux, de sceller un pacte avec lui. Le Président promet et revient sur sa parole quelques temps après. Les ministres mentent sur tout et rien. C’est devenu leur sport favori. L’économie est au top, nous dit le super ministre Ould Diay, celui qu’Aziz a choisi pour l’économie et les finances et qui est devenu, depuis, un marchand d’illusions. Sa phrase favorite : « el kheltha (messieurs), nous avons transformé la Mauritanie en eldorado ». Il nous parle de chiffres et de données macroéconomiques que la réalité du terrain ne conforte pas. Les pauvres ne savent plus à quel Saint se vouer à cause de la flambée des prix. Ils subissent, comme la classe moyenne et les riches d’ailleurs, le fardeau de l’impôt (266 milliards des recettes budgétaires proviennent du fisc). Pour les calmer, on leur dit : « vous avez Emel (l’espoir), un programme de vente de produits de première nécessité financé, à ses débuts, à coups de milliards d’ouguiyas mais qui est aujourd’hui maintenu à sa plus simple expression pour justifier la taxation des produits pétroliers vendus aux automobilistes au double de leur prix sur le marché mondial ! Les pauvres n’ont pas de voiture certes (argument fallacieux des ministres du gouvernement) mais ils dépendent de celles des autres. Pour se déplacer, pour manger et boire. C’est le grand problème de la plupart des mauritaniens mais il y en a un autre : la « démo-gâchis ».

Depuis 2009, on navigue à vue. Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz nous en fait voir de toutes les couleurs. D’accord, l’ancien Général reconverti en homme politique a été élu, haut la main, en 2009. Et réélu, dans les mêmes conditions, en 2014. Mais pourquoi ne parvient-il pas à « normaliser » son pouvoir ? Pourquoi un Sénat qui siège depuis onze ans ? Une Chambre haute qui ressemble, en tous points de vue, à nos « gazra » (squat) ? On me dira que cette incongruité « démocratique » va cesser bientôt avec la disparition du sénat mais est-ce vraiment sûr ? Pourquoi ces dialogues a répétition ?

La valse-hésitation sur le « comment faire passer les amendements constitutionnelles (congrès ou référendum) » en dit long sur les intentions du pouvoir : gagner du temps.

Le dialogue, auquel une bonne partie de l’opposition n’a pas pris part, était pourtant axé sur la voie du référendum. Un moyen de donner un « habillage » pop à la volonté du Président Aziz. Mais l’on semble craindre, côté majorité, que les populations ne suivent pas. Parce qu’une bonne partie des soutiens d’Aziz sont contre ces réformes sans oser le dire. Notamment au niveau du Sénat appelé à disparaître. Les « chouyoukh » (vieux, sénateurs) peuvent bien mobiliser dans leurs fiefs respectifs pour que les amendements ne passent pas. Pour eux, c’est une question de survie politique. Cette « opposition » dans la majorité serait un précieux appui à l’opposition déclarée. Cette dernière, qui a affirmé ouvertement, qu’elle battra campagne contre cette nouvelle « rectification » tendant à permettre au Président Aziz de conserver le pouvoir (on ne sait encore comment) : la première étant celle qui lui a permis de justifier son coup d’Etat contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Tous les accords scellés entre le pouvoir et l’opposition dialoguiste n’ont pas été menés à leurs termes. Le dialogue de 2011 a eu un goût d’inachevé, non pas parce que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) n’y a pas pris part, mais parce que le gouvernement n’a appliqué que les clauses qui l’arrangent. Celui de 2014 a connu les mêmes travers et tout indique qu’il en sera de même du dernier «arrangement » de septembre 2016.

Alors que la question du drapeau et de l’hymne national divisaient, dès le départ, celle du choix d’adoption (par référendum ou parlement) brouille aujourd’hui les cartes de l’opposition « dialoguistes ». « Le référendum coûterait très cher »(4 milliards d’ouguiyas) est l’argument avancé par le gouvernement pour se dérober. L’opposition le soupçonne de craindre le verdict des urnes et de se rabattre sur un parlement qu’il contrôle à 80% mais dont l’une des chambres (le Sénat) n’a plus d’existence légale depuis près de deux ans !

 

USA / Monde : que la « trumperie » commence !

L’investiture de Donald Trump a confirmé tout le mal qu’on pense de lui. « On », c’est-à-dire, vous, moi, les Américains qui auraient préféré voir Hilary Clinton à la Maison Blanche et les pays en compétition avec les USA (exceptée la Russie de Poutine).

 

Le président américain Donald Trump présente le document actant le retrait des Etats-Unis du partenariat transpacifique (TPP), à Washington le 23 janvier 2017 (crédit photo : clicanoo.re)

Trump est un milliardaire fou. Fou de politique. Ou rendu fou par elle. Il s’est investi (et a investi énormément) pour comprendre cet univers qu’il a toujours eu en horreur. Pour lui, les politiques installés à Washington et leurs compères de Paris, Berlin et Londres, sont des empêcheurs de tourner en rond ; ls ne comprennent rien aux affaires, il faut donc déconstruire ce qu’ils ont pris soin de bâtir pour assurer leur mainmise sur le monde.

Trump est dangereux parce qu’il apporte sa propre révolution que cache mal sa révolte. Sa contradiction au monde. Il est dangereux parce qu’il est pressé. Il veut poser plus d’un acte à la fois. Son slogan de campagne, « America first » (« l’Amérique d’abord ») se prolongera tout au long de son mandat. Au pas de charge, il vient de signer plusieurs décrets qui traduisent sa volonté d’être lui-même : provocateur à outrance.

Trump constitue la nouvelle menace qui pèse sur le monde. Par son inconséquence. Les liens avec ses voisins canadiens et mexicains ne tiennent qu’à un fil, c’est selon son humeur. Il maintient l’idée d’un mur de séparation entre les USA et le Mexique et vient d’annoncer que les accords de libre échange entre son pays et ces deux voisins seront revus, dans le cadre d’un protectionnisme devenu sa religion.

Son « mur » de séparation d’avec le Mexique est l’objet de tension entre lui et son homologue mexicain Enrique Peña Nieto. Les ressorts de la relation entre les USA et le Mexique, à maints égards unique au monde,  sont tendus par les liens économiques existants entre les deux pays, notamment au sein de l’Accord de libre-échange Nord Américain (l’ALENA) entré en vigueur le 1er janvier 1994. Mais aussi par l’incontrôlable immigration « al norte », favorisée par l’importance de la zone frontalière et dûe aux conditions de vie difficiles qui perdurent au Mexique.

Trump est dangereux parce qu’il veut changer l’Amérique et le monde en moins de quatre ans, alors que les quarante-quatre présidents présents avant lui remodelaient la puissance de leur pays en fonction de la conjoncture et de la stratégie de domination posée depuis un siècle.

Les principaux décrets pris par Donald Trump depuis son investiture amorcent une révolution aux États-Unis, on peut donc penser que, pendant au moins quatre ans, rien ne sera comme avant ! Avec l’Europe et la Chine, l’entente est à nouveau sérieusement menacée. Il se met aussi à dos les pays arabes et l’Iran qu’il place sous embargo parce que pays d’origine des « terroristes » qui menacent l’Amérique ! Une solution simpliste et non sans conséquences puisque Téhéran a déjà fait savoir qu’elle répondra par la réciproque à cette mesure.

Un « anti-obamisme » primaire

Donald Trump veut imposer ses choix et il ne trouve pas meilleure façon que de détricoter la politique de son prédécesseur et il veut aller vite. Il signe les décrets à la chaîne : déjà une douzaine de décrets signés. C’est donc une nouvelle Amérique qui se dessine. Cible de son premier décret : l’Obamacare, l’assurance santé pour tous, si chère à Barack Obama. Donald Trump autorise des exemptions pour pouvoir la contourner. Il mène également une offensive de charme pour satisfaire les partisans d’un nouvel isolationnisme des USA. En ligne de mire, la politique d’accueil des immigrés, limitée pour certains pays, mais carrément stoppée pour d’autres comme, par exemple, la Syrie.

Le second décret pris par Trump remet en cause les traités commerciaux internationaux, contraires, selon lui, aux intérêts des Américains. Il se retire de l’accord de libre-échange avec douze pays d’Asie, acté par Barack Obama. Troisième décret, une offensive contre l’avortement qui suscite de nombreuses inquiétudes chez les femmes. Le texte interdit le financement public d’associations internationales qui soutiennent l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il relance deux projets d’oléoducs controversés, abandonnés par Barack Obama au nom de la protection de l’environnement, au nom de l’emploi. Car pour lui, la priorité, c’est l’emploi. A n’importe quel prix. Ainsi, Donald Trump redessine son Amérique.

La Ligue arabe, après l’UE, a exprimé son inquiétude face à la mise en œuvre de la « trumeprie », idéologie qui portera la politique américaine jusqu’en 2021, si, bien sûr, les Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, ne freinent pas les élans narcissiques du président Trump.

 

Partout dans le monde, la riposte s’organise.

Les sept pays visés par le décret (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen) sont tous musulmans, ce qui donne à la mesure restrictive l’allure d’une cabale.

Ce décret, déjà entré en vigueur, donne aux services d’immigration le droit de fouiller systématiquement et d’interroger, à l’entrée des Etats Unis d’Amérique, tous les citoyens musulmans pour notamment recueillir leurs avis sur nombre de thèmes dont, par exemple, la Chariaa islamique et l’homosexualité afin de vérifier la compatibilité de leurs positions avec les vues américaines. Naturellement, si les réponses du voyageur ne plaisent pas aux agents de l’immigration ou si sa tête ne leur revient pas, il est tout simplement refoulé, sans autre forme de procès.

De nombreux pays se sont démarqués des Etats-Unis et ont fustigé ce repli sur soi dont ils font preuve. En Occident, des chefs d’Etat, alliés traditionnels de Washington, ont parfois dénoncé avec véhémence ce décret. Sans compter les organisations de la société civile, aux USA et à travers le monde, qui dénoncent aussi ces mesures.

Theresa May, la première ministre britannique, dit ne pas être d’accord avec ce type d’approche. Elle réagit différemment en promettant d’intervenir auprès du gouvernement américain au cas où ce décret aurait un impact sur les citoyens britanniques nés dans les pays islamiques concernés. En Allemagne, Angela Merkel ne juge pas justifiées les restrictions à l’immigration de ressortissants des sept pays musulmans. Quant au premier ministre canadien, Justin Trudeau, il a affiché la volonté de son pays d’accueillir les réfugiés « indépendamment de leur foi ». « A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi », a tweeté M. Trudeau, ajoutant : « La diversité fait notre force.» Le président français, François Hollande, a, lui, mis en garde son homologue américain contre « le repli sur soi » et a appelé Trump au « respect » du principe de « l’accueil des réfugiés », fondement des « démocraties » occidentales.

Battus par les Républicains, les Démocrates ne peuvent désormais vivre que d’espoir d’ici 2021. Peut-être que cette levée de boucliers contre le nouveau président va faire regretter à certains d’avoir livré les clés de la Maison Blanche à Trump… Ils pourront reprendre la main aux élections de mi-mandat en redevenant majoritaires au Congrès. Qui sait ?

Demain, je vais pleurer devant la présidence pour réclamer un troisième mandat

Demain, je vais pleurer devant la présidence et réclamer un troisième mandat. Et peut-être que je serais nommé ! Qui sait ?

Aziz a encore frappé. Et fort. Très fort même. Alors qu’on ne l’attendait pas, il procède à un mini remaniement à peine rentré de trois semaines de vacances en Inchiri et au Tiris Zemmour.

J’ai dit qu’il a frappé fort. Et oui, jugez-en vous-mêmes : les deux nouveaux « ministrés » ont cette particularité : avoir pleuré en défendant l’une des « causes » du pouvoir. On se rappelle de cette fameuse campagne d’explication du « discours de Néma ». Le nouveau ministre de la Jeunesse, Mohamed Ould Djibril, à l’époque directeur de cabinet du Premier ministre, s’était soumis à l’exercice : expliquer le discours par un discours. Il était tellement ému qu’il a mélangé larmes et métalangage. Certes, ses pleurs, forcés ou non, ont été largement raillés sur les réseaux sociaux, et ont sans doute alimenté les discussions de salons, mais aujourd’hui, le président s’est rappelé de lui. A quelle occasion ?

Je pense qu’Ould Jibril doit une fière chandelle à la nouvelle ministre de la Femme et des affaires sociales, Meimouna Mint Taqi qui a pleuré, et à chaudes larmes, il y a trois jours, à l’assemblée nationale.

Parce qu’un député de l’opposition a osé évoquer Israël, dans l’enceinte de « l’auguste chambre ». Il a dit parmi ce qu’il a dit que la torture pratiquée en Mauritanie sur les prisonniers de l’organisation anti-esclavagiste IRA (Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste en Mauritanie) et les prisonniers salafistes « est pire que celle subie par les Palestiniens » ! Les pleurs de Maimouna ont remis dans les esprits ceux d’Ould Djibril. Nomination donc de cause à effet ? Pour cette remarquable marque de fidélité et d’engagement ?

Alors si le bidoung-kpwatt est en vogue dans certaines contrées d’Afrique subsaharienne, les pleurs risquent, désormais, d’être la mode ici, en Mauritanie. Les larmes vont noyer Nouakchott et non seulement  la menace qui viendrait, selon des scientifiques, de l’océan.

En attendant, le président Aziz prolonge ses vacances. Il dispose d’un répit de quelques jours, voire de quelques semaines. Le remaniement-divertissement nous fait oublier nos vrais problèmes. Les prix qui montent. La crise politique qui devient une sorte de « normalité ». Les papiers de la voiture (assurance, vignette) qu’il faut renouveler en ce début d’année. Le peuple se distrait. Aziz, Aziz, Aziz, crient les sots, les fous et les opportunistes d’entre nous. Le temps passe. Vite. Le président réfléchit, lui, à ce qu’il faut faire avant 2019 qui, sauf revirement de dernière minute, est la fin de son dernier mandat.

Bilad Lehmir

Bilad Lehmir. Le pays des ânes, un peu à l’image des moutons de Panurge. Notre esprit grégaire fait que nous subissons toutes les bêtises de nos responsables irresponsables ; qu’ils soient élus ou administrateurs. Ils nous volent, nous mentent, nous affament et rient sous cape. Ils sont rassurés, assurés. Le « printemps arabe » n’arrivera pas dans Bilad Lehmir. Ce pouvoir-là en sait quelque chose. Il a appris de ceux qui l’ont précédé. Ceux qui ont volé, menti, affamé et même tué. Ici, tout est possible. Tout est normal, « aadi ». Qu’un ignorant soit propulsé directeur ou qu’un voleur devienne ministre des finances. Que les prix montent, qu’importe ! Que l’école sombre. Que la santé « se meurt ». Que des irresponsables lâchés dans la nature mettent en danger l’unité nationale, la cohésion de ce peuple. Le gouvernement fainéant regarde faire. D’ailleurs, cela fait bien son affaire. Occupons le peuple pour qu’il ne voie pas de quoi on s’occupe. La MAURITANIE « comme elle va » VA TRES MAL.

Mauritanie : Que faire pour sortir de la crise ?

 

Les hommes politiques mauritaniens sont d’accord sur une seule chose : l’art consommé de camper sur les mêmes positions ! Une manière pour eux d’entretenir une crise dont la victime expiatoire est le Peuple, censé être, pourtant, la finalité de toute action positive de nature à servir son bien-être.

Marche de l’opposition à Nouakchott (25/02/2016)

Majorité et Opposition continuent à entretenir une tension politique naturellement préjudiciable à toute action de développement. Pire, elle fait courir au pays les risques d’une instabilité dont les prémices sont bien là : un sénat qu’on ne parvient pas à renouveler, dix ans après l’élection de nos « chouyoukh¹ », une bonne partie de l’opposition (FNDU, RFD, UNAD) qui restent en dehors d’un jeu politique qu’elle estime biaisé, des populations qui plient sous le poids des prix, grogne des travailleurs dans les sociétés étrangères exploitant les richesses minières du pays, sentiment d’exclusion chez certains groupes sociaux et aléas d’une situation économique et sociale des plus préoccupantes.

Tout cela ne semble pourtant pas impressionner un gouvernement dont les appels au changement, sinon à la démission, fusent de partout.

Ce qui ne semble pas être l’avis du président Aziz, qui reste sourd à tous les appels et n’intercepte pas les signaux de désaveu de l’action d’un gouvernement sans envergure et sans conviction. A moins que la team dirigée par Yahya Ould Hademine depuis deux ans n’ait le courage de créer la surprise en démissionnant pour sortir le Raïs d’une situation plus qu’embarrassante, en lui permettant de mettre à l’épreuve d’autres hommes et femmes, quasiment à mi-parcours de son second quinquennat.

Car le peuple, qui plie sous le poids de problèmes de toutes sortes, a besoin d’actions concrètes capables de traduire sur le terrain ses aspirations, et non pas de ces sempiternels « échanges d’amabilités » entre la majorité et l’opposition, sur une question d’importance comme celle du dialogue, et l’appréciation, subjective de part et d’autre, de l’action du gouvernement.

C’est vers cela que doit tendre le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, s’il comprend, enfin, que le rapprochement des positions antagonistes de l’opposition dite radicale et la majorité relève aujourd’hui d’un véritable miracle. Parce que les divergences sur tout et rien sont inhérentes à la nature même de ce qui divise les deux camps, aspirant conserver le pouvoir ou à le conquérir. Par tous les moyens. Les deux camps ne semblent donc pas avoir compris que la situation est si grave qu’il faut vraiment qu’ils se départissent de leurs positions de principes pour trouver un compris.

Il ne s’agit pas de sauver les apparences, comme à Dakar, en 2008, où tout était en fait compromission et non compromis, aussi bien de la part des deux camps en conflit que du côté des négociateurs attitrés (UA, UE, ONU) et des intermédiaires sénégalais et libyens. Il s’agit de sauver la Mauritanie. Ce qui s’est passé dans plusieurs pays arabes (Libye, Egypte, Syrie et Yémen) et se poursuit encore en, ne rassure pas. Un « printemps » dans un pays où les susceptibilités raciales, tribales et régionales ont toujours animé les compétitions politiques à tous les niveaux est de tous les risques.

Le pouvoir sait que la situation n’est pas si rose qu’il veut le faire croire et que les populations ressentent plus l’impact de la flambée des prix, par exemple, que l’arrivée au goutte à goutte d’investissements dont une bonne partie ne profite qu’aux bailleurs qui les donnent et à une administration tatillonne.

C’est d’ailleurs parce qu’un tel malaise est de plus en plus perceptible que le gouvernement multiplie les sorties « rassurantes » visant à faire comprendre que les ratés d’un tel programme électoral ne sont que des accidents de parcours qu’on ne mettra pas longtemps à réparer. Un point de vue qui est loin d’être celui de l’opposition qui, par la voix de ces chefs de file appelle le gouvernement de Yahya Ould Hademine à rendre le tablier en guise d’échec et d’incapacité à trouver le remède miracle pour sortir le pays de ses multiples problèmes politiques, économiques et sociaux.

 

Il n’y a pas de solutions miracles

 

L’idée qu’il faut entamer plusieurs projets de développement à la fois pour donner l’impression que le pays est devenu un véritable chantier semble avoir fait recette seulement dans la période préélectorale. Aujourd’hui que tout roule au ralenti, l’on se rend compte qu’il faut avoir les moyens de sa politique pour entretenir la flamme du soutien populaire.

Face aux grands problèmes de l’heure que sont la sécheresse que prédit le président du RFD, Ahmed Ould Daddah, la flambée des prix, la contestation populaire et la crise politique qui dure, il faut plus que de simples mesures, destinées à entretenir l’illusion que tout va, ou des visites de wilayas qui ne produisent plus le « phénomène » Hay Saken² d’il y a neuf ans ! L’espoir de voir d’autres actions d’éclat (comme la lutte contre la gabegie et les réalisations dans les domaines prioritaires) s’estompe, puisque la « révolution » s’est arrêtée au stade de la révolte.

Le besoin de se défendre – et même de reprendre l’initiative en attaquant – ne doit pas être une simple répétition de ce qui a été dit et redit, à chaque fois que le pouvoir veut prouver que le changement est vraiment « constructif « .Tout ne doit pas être, comme à Ouadane, le « bon » prétexte pour glorifier jusqu’à l’apologétique, les « réalisations » du président Aziz !

N’est-il pas étonnant que le Premier Ministre, qui était devant l’Assemblée nationale, hier mercredi 04/01/2017, pour livrer sa traditionnelle Déclaration de Politique Générale (DPG) ainsi que les ministres qui ont passé leur Grand Oral devant les députés, n’aient fait que resservir une sorte de « plat réchauffé » où l’on reparle encore et encore de ce qui a été fait, de ce qui est en cours (de réalisation) et de ce qui n’est encore que projets qui risquent de rester à l’état…de projets ? Sans être adeptes du négationnisme, on ne comprend pas à quoi riment tous ces discours si la rue continue à réclamer le pain.

Mais, pour une fois, les citoyens seront les juges, les évaluateurs, d’une situation nouvelle où les discours (du pouvoir ou de l’opposition) commencent à ne plus faire recette.

Et comme point positif, mais à double tranchant, le président Ould Abdel Aziz aura, au moins, eu le mérite d’accélérer le processus de maturation de cet esprit critique qui permet au Mauritanien moyen de savoir à quoi s’en tenir. Même s’il n’accepte pas de changer de camp, pour une promesse non tenue, un leurre découvert trop tard, il sait tout de même que la réalité n’est pas celle que le gouvernement s’efforce à démontrer par l’absurde en nous faisant croire que 2 + 2 font 5 ! Exactement, comme le montre la vidéo ci-dessous.

  1. Pluriel de « cheikh » qui signifie en arabe « vieux ». Et en Mauritanie, il est de tradition de réserver la chambre haute du parlement pour les chefs de tribus et autres retraités de l’administration.
  2. L’un des quartiers pauvres de Nouakchott devenu célèbre grâce au discours d’Aziz en faveur des pauvres.