Barrage de Foum-Gleita : le potentiel oublié

Situé à une vingtaine de kilomètres au nord ouest de M’Bout (Gorgol), le barrage de Foum Gleita est l’une des premières réalisations hydro-agricoles (avec la Plaine de M’Pourié, à Rosso, et les casiers pilotes de Boghé et de Kaédi) sur lesquelles la Mauritanie fondait ses espoirs d’autosuffisance alimentaire. L’objectif initial était d’irriguer, avec un système gravitaire de 20.700 m3, une superficie agricole de 4000 hectares.

 

Barrage de Foum-Gleita, Gorgol, Mauritanie (Photo : Sneiba)

Construit entre 1980 et 1983, le barrage de Foum-Gleita a failli dans sa mission première : l’agriculture irriguée. Les populations vivant dans les 73 villages constituant la commune rurale du même nom, ne cachent pas leur désarroi. L’impossibilité de pratiquer la riziculture, à plein temps, à cause du mauvais état des canalisations envahies par le typha, mais aussi par la réduction au « minimum vital » de l’appui de la Société nationale pour le développement rural (Sonader), les poussent à s’essayer à la production maraîchère ou à revenir à l’agriculture vivrière largement pratiquée dans la période d’avant barrage.

Canalisations sans réhalitation (Photo : Sneiba)

Aujourd’hui, ces populations fondent tous leurs espoirs sur un ressaisissement de l’Etat qui a plutôt beaucoup investi dans le gigantesque projet Aftout Echargui visant à approvisionner en eau potable, et à partir du barrage de Foum-Gleita, quelque 500 localités dans la zone du triangle de pauvreté (Brakna, Gorgol, Assaba) désormais rebaptisé « triangle de l’Espoir » par le pouvoir actuel. Avec un réseau de distribution d’une longueur de plus de 700 km et une capacité de traitement de 5000m3/jour, Aftout Echargui vient en complément à Aftout Essahli, ravitaillant la ville de Nouakchott, à partir du fleuve Sénégal, et au projet Dhar qui profitent aux wilayas des deux Hodhs.

Agriculteurs harratines (Photo : Sneiba)

Ce projet dont le coût s’élève à 32 milliards d’Ouguiyas (100 millions USD), est cofinancé par l’Etat mauritanien, la Banque islamique pour le Développement (BID), le Fonds arabe pour le Développement économique et social (FADES) et l’Agence française de Coopération (AFD).

Il y a donc comme un changement de priorités qui profite certes à des populations de ce que le pouvoir appelle « la Mauritanie profonde » mais il se fait au détriment des habitants autochtones qui, comme le dit un dicton, « sont à côté de l’eau mais ont soif ».

Village peulh déserté le jour (Photo : Sneiba)

La réhabilitation des canaux d’irrigation envahis par le typha est l’une des revendications des habitants de Foum-Gleita, qui sollicitent ardemment l’intervention de l’Etat pour redonner vie à une zone agricole d’abord à vocation agricole alors que, selon les dires d’un conseiller municipal, seuls 100 hectares des 4000 exploitables sont aujourd’hui cultivés en riziculture à cause de la détérioration des infrastructures et du manque cruel de machines agricoles qu’il faut acheminées, quand on en a les moyens, de la région du Trarza !

 

Mélange des genres

 

Les problèmes d’exploitation de la zone agricole de Foum-Gleita rencontrés par les populations ont commencé quand le gouvernement a voulu mettre en œuvre le Projet de Complexe Agro-industriel de production de sucre vu comme la pièce maîtresse d’un ensemble de « projets de développement structurants, à même de lancer la production et l’industrialisation des principales denrées consommées au plan national. » Certes, l’ambition se justifie par le fait que la Mauritanie est le premier consommateur africain de sucre et le cinquième au plan mondial. Mais la conception du projet reproduit les mêmes erreurs que celles qui ont empêché sa réalisation depuis le milieu des années 70 du siècle dernier ! On pense aux résultats (limitation des importations de sucre estimées à 272.000 T en 2015, énergie propre, éthanol, aliment bétail, fertilisants, emplois etc.), mais pas aux moyens financiers et techniques nécessaires pour les atteindre.

Comme celui qui prend d’une main ce qu’il a donné par l’autre, le gouvernement abandonne ainsi une agriculture qui profite directement aux populations de Foum-Gleita, pour une agro-industrie qui reste dans le domaine de l’hypothétique. En octobre 2017, lors d’une plénière de l’Assemblée nationale, Dane Ould Ahmed Ethmane l’un des députés du département de M’Bout, avait demandé à la ministre de l’Agriculture Lemina Mint Momma, de « faire l’état des lieux du barrage mais également de dévoiler son plan de sauvetage.» Une question toujours posée aujourd’hui d’autant que l’objectif principal de la Compagnie Mauritanienne de Sucre et Dérivés (COMSUD), à savoir « couvrir les besoins nationaux en sucre de 50 % à moyen terme (2020) et contribuer à l’amélioration à l’accès au service de base (électricité) reste à l’état de projet : l’usine n’a pas encore été construite et Foum-Gleita est toujours plongé dans les ténèbres !

 

Sneiba Mohamed

Source : AFRIMAG (Maroc)

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