Moi Tarba, j’ai décidé d’être : les misères d’une ancienne esclave à Atar, en Mauritanie

Toujours dans la série des «parcours exceptionnels », le portrait que l’on présente ici est celui de Tarba Mint M’boyrick, un autre combat pour la survie qui mérite d’être connu.

 

Tarba, ancienne esclave, dans son cadre de « vie » (photo : Sneiba)

Vous êtes prévenus : pour écouter Tarba raconter son histoire, il faut avoir de la patience. J’ai passé une journée avec elle au siège de SOS Esclaves, à Atar, et à « Netteg », le quartier pauvre où elle vit avec ses deux enfants, son mari, et son neveu « El id », qui vient de fuir ses maîtres et se démène pour faire venir sa mère et ses sœurs « de là-bas ».

Tarba parle de son « parcours » : El karkar, une localité qu’elle situe quelque part au Tagant, une région du centre de la Mauritanie. Elle dit avoir été donnée, en cadeau, par son maître, à son fils, à la naissance de celui-ci. Quand ? Elle ne sait pas. Tarba doit avoir la soixantaine. Peut-on la croire quand elle dit que sa mère a été affranchie par ses maîtres et a préféré partir loin, en Adrar, pour y finir ses jours, quand elle a été maintenue en esclavage ? Elle n’en veut pas à cette mère qui l’a abandonnée, la laissant garder les troupeaux de ses maîtres jusqu’au jour où elle décide, elle aussi, de mettre un terme à sa servitude. C’est sa maîtresse, Mariem Mint N… qui lui mit la puce à l’oreille quand elle parle de sa mère qui vit maintenant à Atar. Toute la nuit, Tarba ne dormit pas. C’est décidé, demain, en allant faire paître les animaux, elle ne reviendra pas. Elle fuira l’enfer d’El guerjam, une localité qu’elle situe dans les environs d’Achram Aftout, en Assaba, assure-t-elle.

Sa fuite la conduit à Al Ghayra et c’est un restaurateur qui la sauva, de justesse, de son maître parti à sa recherche à dos de chameau, raconte-t-elle. Ce « sauveur » la cacha le temps de trouver le moyen de l’envoyer à Nouakchott, avec comme seul bagage l’outre qui lui a permis de ne pas mourir de soif lors de sa fuite. Un membre de SOS Esclaves précise que ces événements se sont déroulés en 1992, trois ans avant la création de l’organisation qui ne sera reconnue qu’en 2007, et qui s’occupe aujourd’hui de Tarba en essayant de l’aider à « bien » finir ses jours en savourant les bienfaits de la liberté, même si elle supporte toujours le poids de la pauvreté et de l’ignorance.

A Nouakchott, Tarba retrouvera sa condition d’esclave, en vivant avec la sœur de sa maîtresse, à Lemzelga. L’esclavage urbain (le travail sans rémunération) lui paraissait pourtant plus supportable que la vie qu’elle menait dans un coin perdu de la « Mauritanie profonde ». Elle vivait avec l’espoir de pouvoir partir un jour rejoindre sa mère à Atar.

Femmes haratines encadrés par SOS Esclaves à Atar (Photo : Sneiba)

Dans la capitale de l’Adrar, en cette fin de 2017, un quart de siècle après avoir fui ses maîtres, Tarba mène un autre combat : survivre. Et aider son neveu El Id à « libérer » sa mère et ses sœurs, toujours esclaves, selon elle, malgré toutes les démarches entreprises par SOS Esclaves. En revenant de son « abri » de Netteg (je n’ose parler de « maison »), elle me montre une immense bâtisse et me chuchote : « c’est là où elles vivent » (en parlant de sa sœur et de ses filles).

Dans sa fuite, elle-même avait abandonné ses enfants (un garçon et une fille). C’est pour les libérer qu’elle avait contacté, à l’époque, SOS Esclaves. Aujourd’hui, sa fille Mbarka est mariée et son fils travaille comme  manœuvre.

 

Libre mais…

 

A Atar, Tarba s’est essayée comme bonne. Elle a aussi constitué un « semblant » de famille, dit-elle. J’ai compris que c’est elle qui est « l’homme ». Elle qui doit se démener pour faire vivre les autres.

Tarba a travaillé un temps dans le projet de vente de couscous encadré (financé) par SOS Esclaves pour des femmes haratines à Atar. De constitution fragile, elle a fini par abandonner mais continue de bénéficier du soutien de l’ONG sous une autre forme.

Car, sans moyens, les anciens esclaves sont tentés de revenir voir leurs anciens maîtres (ou les cousins de ces derniers). La sœur de Tarba lui reproche d’ailleurs d’avoir fui et résiste à la « tentation » de suivre son exemple.

Khira, une ancienne esclave à Atar (Photo : Sneiba)

Tarba suit aussi les cours d’alphabétisation de SOS Esclaves mais voudrait que l’école « vienne vers elle » ! « Les classes doivent être à côté », dit-elle.  Car ce n’est pas tous les jours qu’elle a les moyens de payer le taxi pour se rendre au siège de l’ONG, qui a ouvert deux classes pour les enfants et les adultes d’une communauté haratine dont le mal, après les affres de l’esclavage, est l’ignorance et la pauvreté.

Les boutiques financées par SOS Esclaves, sous forme d’AGR (activités génératrices de revenus) sont certes une initiative louable, mais elles ne peuvent être LA solution aux problèmes que l’Etat se doit de considérer comme l’une de ses priorités sociales et humanitaires en guise de réparation pour un préjudice moral et physique de très longue date.

Des enfants haratines aux cours de SOS Esclaves (Photo : Sneiba)

Les femmes haratines que SOS Esclaves aident s’occupent, mais surtout apprennent. Elles se réalisent aussi. Les anciennes esclaves comme Tarba et Khira Mint H… « se voient » comme les autres. Elles « se libèrent » progressivement. Par le travail et rien d’autre. En attendant que l’éducation aide leurs enfants à retrouver leur qualité d’homme.

Reportage réalisé dans le cadre du Projet : « Liberté, droit et justice : combattre l’esclavage par ascendance en Mauritanie » du Département d’Etat des Etats-Unis.

Comme des forçats dans la carrière de Néma, en Mauritanie

A Nouakchott, leur « révolte », en 2013, pour réclamer une augmentation de 1000 UM (2,5 euros) par tonne déchargée a ému tout le monde. Pourtant, ils sont considérés comme des « nantis » pour qui connait le sort des « baregniniyat » (manœuvres) et des travailleurs de la carrière de Néma. Nous vous relatons, dans les lignes qui suivent, la « vie » de ces « damnés » de l’esclavage, (ou de ses « séquelles », comme disent les autorités). Des histoires destinées à démontrer qu’en Mauritanie, les « esclaves des temps modernes » ont pour seul nom : « haratines ».

 

Mohamed Ould Hmeyda a la cinquantaine largement dépassée. Il dit être né « vers 1960 » dans les environs de Kiffa (région de l’Assaba). Il est à Néma depuis près de vingt ans et travaille dans la fameuse carrière, à près de 20 kilomètres. Il tente de me faire le topo mais je l’interromps : « Allons-y. Je veux voir ça de près. »

Extraction de gravier à Néma (photo : Sneiba)

En parcourant le chemin que j’ai pris la veille en venant de Nouakchott, je revis les difficultés qu’éprouvent Ould Hmeyda et les dizaines d’autres travailleurs de la carrière pour rejoindre le site. Il faut parcourir 17 km et quitter la route, à gauche, pénétrer dans un petit buisson avant de découvrir la carrière de Néma.

De loin, le lieu semble désert, mais en entendant le vrombissement du puissant moteur de la Mercedes 190, les hommes sortent de leurs trous, pensant à l’arrivée de providentiels acheteurs. C’est le seul moment où ils s’autorisent un répit, parce que le travail de « carriériste » est plus proche de celui des forçats : pour charger un camion de dix tonnes, ces hommes se mettent souvent à six ou sept. Mohamed m’explique que, seul, il mettrait une dizaine de jours pour arriver au même résultat. « Quand un acheteur pressé se présente, nous sommes obligés de mettre en commun notre production pour vendre. »

Sans aucune amertume, Ould Hmeyda raconte sa vie de vendeur de gravier. Comme l’écrasante majorité des haratines de son âge, il n’a pas été à l’école.

Mohamed Hmeyda (photo : Sneiba)

« Nos parents nous ont caché, près de la montagne de Diouk parce qu’ils ne voulaient pas que les méchants Français nous « enlèvent ». Par ignorance, ils ont suivi ce que leurs maîtres disaient de l’occupant. » Il est conscient du préjudice subi, mais n’en veut aucunement à un père lui aussi victime de sa condition de descendant d’ancien esclave.

A Néma, d’autres haratines ont des occupations différentes, mais ils partagent avec Mohamed Hmeyda la même condition : ils triment pour leur survie et celle de leurs familles.

Mahfoud Ould Saleck est, dans le jargon de sa ville, un « baregneny », un manœuvre qui opère plus de dix heures dans le quartier de « Del’ba ».  Il tire une certaine « fierté » de son statut de chef des manœuvres qui déchargent les camions du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA), à raison de 800 UM (2 euros) la tonne, alors que les autres dockers qui déchargent les marchandises des commerçants du marché de Néma n’ont que 500 ouguiyas (1,5 euro par tonne).

Mahfoud Ould Saleck (photo : Sneiba)

« Il y a des jours sans », me confie-t-il, près du restaurant Al Vowz où nous avons tenu une interview improvisée. « Tu peux passer une semaine sans avoir à décharger le moindre camion, comme en ce moment, mais il y a aussi des moments fastes, ceux des « programmes » et des « distributions gratuites » », raconte-t-il. J’eus comme l’impression que cet homme voulait se confier à quelqu’un, jouer son rôle de « chef » des manœuvres en parlant du calvaire qu’ils endurent.

Mahfoufh est un homme « instruit », me confie un manœuvre qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Voulait-il me dire que le « chef Mahfoud » pouvait trouver un travail plus « convenable », s’il n’était pas haratine ?

Les haratines de diverses conditions que j’ai abordés au marché de Néma n’aiment pas parler politique. Mais ils ne peuvent cacher leur amertume quand ils évoquent les conditions de vie de cette communauté marginalisée en tout.

L’homme qui m’avait conduit à la carrière de Néma tient à aborder la situation des haratines comme découlant d’un rapport de forces qui, malgré son évidence, est l’une des questions qui fâchent en Mauritanie.

« Nous sommes majoritaires ici mais on nous refuse le poste de maire. Les seules fois où nous avons réussi à avoir ce privilège c’était en 1986, quand nous avons porté Mohamed M’Bareck Ould Abdellahi dit Be Ould Zagoura à la tête du conseil municipal, et en 2009, « notre » maire Vadhili Ould Ahmed a été « relevé » de ses fonctions parce qu’il avait refusé d’accueillir le président Aziz, qui venait de réussir un coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi. »

Cette brève incursion dans la politique prend fin quand mon interlocuteur revient sur la situation des « baregniniyat» de Néma.

« Nous ne nous plaignons plus seulement des conditions de travail et de l’exploitation que nous subissons dans notre propre pays, mais il y a aujourd’hui la concurrence que nous livre la main-d’œuvre malienne. » Joignant le geste à la parole, il me montre un tout-terrain Toyota garé devant un grand magasin et me dit : «Regardez, les hommes que vous voyez là, ce sont des Maliens. Les commerçants font appel à eux parce qu’ils acceptent sans rechigner ce qu’on leur propose. Pourtant, il est de la responsabilité de l’Etat de nous garantir les conditions, les moyens, de notre survie », conclut-il.

Travailleurs maliens (photo : Sneiba)

A la question de savoir si le travail de « baregneny » (manœuvre) est une « exclusivité » haratine, Mohamed répond : « Regardez autour de vous et posez-vous la question. Où sont les autres ? Est-ce le sort qui attend mes six enfants, même si, j’ai pris soin de les envoyer à l’école ? », me demande-t-il.

Mohamed Hmeyda saisit l’occasion pour me dire qu’en 2006, il a été engagé comme gardien par le service des Eaux et Forêts de Néma. Quatre ans plus tard, le nouveau chef l’a renvoyé, sans raison valable, reprendre le seul travail qui ne nécessite pas d’intervention : « manœuvre ».

Manoeuvres haratines (photo : Sneiba)

Reportage réalisé dans le cadre du Projet : « Liberté, droit et justice : combattre l’esclavage par ascendance en Mauritanie » du Département d’Etat des Etats-Unis.

Référendum : c’était bien « le vote des bêtes sauvages »

Des partisans du président mauritanien rassemblés durant un meeting lors de la campagne sur le projet de référendum constitutionnel, le 20 juillet 2017.
© rfi/Afp

En Mauritanie, le « oui » pour les réformes constitutionnelles proposées par le président Mohamed Ould Abdel Aziz (présentées à tort comme les résultats d’un « dialogue national »), l’a remporté largement. Avec 85%, nous dit la CENI (commission électorale nationale indépendante) qui, comme le sénat que le référendum vient d’enterrer, a aussi dépassé son mandat !
Mais l’enjeu de ce référendum que l’opposition radicale (une coalition de 8 partis, de syndicats et de personnalités indépendantes) qualifie d’illégal, était ailleurs. On se demandait qui allait voter?
La majortité présidentielle (une soixantaine de partis politiques) qui n’avait de discours et de mode d’action que celui de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, comptait sur le soutien de 14 autres formations dites de l’opposition modérée.
Le rapport des forces était donc nettement en faveur du camp présidentiel mais les résultats du vote du 05 août 2017 ont montré que la mobilisation pour la participation n’était pas comme on le laissait croire à un Ould Abdel Aziz emporté par le délire de ses ministres, des organisateurs d’initiatives en faveur du référendum et de médias qui ne faisaient entendre que ce qui allait dans le sens du « oui ».
Sur les quelque 1.300.000 mauritaniens inscrits, seuls 700.000 (53,75%) ont pris le chemin des urnes le 05 août dernier. C’est ce que disent les chiffres officiels. Mais l’opposition et bon nombre d’observateurs indépendants (pas ceux que le gouvernement a fait venir de pays africains) estiment que le taux de participation n’a pas dépassé les 30-40%. A Nouakchott, en tout cas, et dans la plupart des grandes villes du pays, les mauritaniens semblent avoir choisi le mot d’ordre lancé par l’opposition en faveur du boycott.
Dans la « Mauritanie profonde », par contre, celle sur laquelle compte tout pouvoir pour faire entériner ses choix politiques, les « bêtes sauvages » dont parlait A. Kourouma dans son livre, ont bien voté. Les scores dénotaient d’un retour aux vieilles pratiques où les tribus étaient maitresses du jeu. Chacune se devait de prouver au pouvoir son allégeance « en assurant », et les caisses remplies étaient la seule preuve qu’elles ont voté en faveur du oui. Voter, le « comment » importe peu.
Malgré cela, le président Mohamed Ould Abdel Aziz doit bien comprendre maintenant qu’il ne peut compter sur une majorité fictive pour envisager le scenario d’un troisième mandat. Car, sans l’apport des partis dits de l’opposition « modérée », comme l’Alliance populaire progressiste (APP), de l’ancien président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, et d’Al Wiam de Boidiel Ould Houmeid, la « majorité fictive » qui le soutient aujourd’hui aurait eu du mal à faire passer les amendements constitutionnels qui, osons le dire, ne font qu’enfoncer le pays dans la crise.

Mauritaniens, indignez-vous !

Aeafat, quartier de Nouakchott (Photo : Sneiba)

J’aimererai bien crier, à la face des « majoritants » et des opposants : ya ehel mouritani goulou eff e’khleytou. Expression intraduisible mais qui donnerait quelque chose comme : « mauritaniens, indignez-vous »!
Depuis cinquante-six ans, les hommes politiques vous mentent. Vous volent. Vous humilient.
Le premier de ces mensonges est de vous faire croire que vous avez acquis votre indépendance, alors que vous dépendez encore, comme tant d’autres pays africains et arabes, de vos anciens maîtres. Nous ne produisons ni ce que nous mangeons ni ce que nous portons. Je ne parle pas de nos moyens de locomotion et encore moins des armes qui permettent à nos forces de l’ordre non pas d’assurer notre sécurité mais de nous forcer à subir le joug de nos gouvernants. L’armée a pour premier rôle d’assurer la continuité du pouvoir jusqu’au jour où un militaire décide de remplacer un militaire. Ne dit-on pas chez nous « may mout sendri maaje wahed v belou » (si un soldat meurt, un autre le remplace ». Cette « mort » peut être politique, par l’effet d’un coup d’Etat que l’on perpétue aussi contre les présidents civils, même élus démocratiquement.

Putschs à répétition : 1978…1981…1984…2005…2008…20..?

Notre temps politique est rythmé par les coups d’Etat. La « pause » de 2007 a été de courte durée. Une éclaircie démocratique qui devait seulement permettre à l’auteur du putsch de 2005 de préparer une gestion durable du pouvoir. Une supercherie politco-militaire appelée « Rectfication » qui dure encore aujourd’hui. Et l’on nous parle de démocratie, dix ans après !
Avoir accepté de jouer (pour perdre ou gagner) dans un pays où la politique se pratique, comme le golf, mais sur des sables mouvants, est le propre d’une élite clochardisée par le long règne de l’armée. La démarcation entre la majorité et l’opposition est une sorte de ligne Maginot que l’on transgresse allégrement en période électorale. Le peuple, éternel dindon de la farce, est mangé à toutes les sauces. Celle de la majorité intéressée ou de l’opposition sans consistance prenant ses rêves de (con)quête du pouvoir pour la réalité. Une opposition qui confond vitesse et précipitation et tombe, très souvent, dans le piège tendu par le pouvoir.
Le président Aziz, qui était « le gardien du temple¹ » durant le long règne de Taya, a reproduit son système. Le Système. Tribus, argent et savoir. Il l’a même perfectionné en lui passant une légère couche de machiavélisme; comme s’il avait lu et assimilé Le Prince. Alors que Taya avait détruit l’armée pour gouverner avec les civils, Aziz a restauré la force pour s’assurer la loyauté de l’élite et dominer le peuple. Aujourd’hui, dans l’esprit des mauritaniens, le rais est l’homme du « ça passe ou ça casse ».

Eternel recommencement

Les réformes constitutionnelles que propose le président Aziz en cette fin de second mandat ressemblent, à s’y méprendre, à la « Rectification » par laquelle il avait justifié son usurpation du pouvoir en 2008. L’objectif étant le même : après être arrivé, il faut savoir rester. Et durer.
Celui qui prétend s’être opposé en 2008 au retour de « l’Ancien régime » (dont une bonne partie se trouve aujourd’hui de son côté) réclame plus de temps pour « parachever » SES projets ! Un troisième mandat « informel » comme celui imposé au peuple burundais par Nkurunziza et ardemment recherché en RDC par Kabila.
Parce que l’opposition veut triompher sans livrer bataille, les réformes constitutionnelles, légitimes ou pas, passeront. Les peuples indignes et sans volonté se rangent toujours du côté de la force. L’élite corrompue les aura devancés sur la voie sans embûches de l’opportunisme, pas de l’opportunité offerte, comme en 2005 et en 2008, de faire avancer la démocratie. Cela est pourtant arrivé chez nos voisins du Sénégal quand, en 2012, les électeurs ont retourné leurs « armes » (leurs bulletins) contre le président Wade qui avait des velléités de monarque.

La course aux nominations et aux privilèges devient le maître mot de tous les agissements. On entend alors toutes sortes d’incongruités. « La constitution n’est pas le Coran ». Bien sûr. Elle peut donc être changée, échangée même ! « Le peuple est souverain », oui, mais on lui impose par l’article 38, devenu subitement TOUTE la constitution, après le rejet des amendements par le sénat, d’aller dans le sens voulu par le pouvoir. Certains opposants n’ont pas le droit d’assister à des manifestations (conférence de presse) parce qu’ils appartiennent à des organisations non reconnues (IRA, FPC). Leurs droits de citoyens pouvant militer dans le parti de leur choix est ainsi bafoué. Et pourtant, ceux qui louent les amendements et magnifient les « réalisations » du président donnent libre cours à leurs facéties dans les médias publics, devenus propriété exclusive du Parti au pouvoir, et dans les salles de conférence des hôtels ou des maisons des jeunes. Les « initiatives » de soutien au président foisonnent et font le bonheur des télévisions et sites « peshmerga² ». Il s’agit souvent de jeunes loups formés à l’école de l’opportunisme politique. Des jeunes qui passent un temps à l’opposition, pour faire monter les enchères et, subitement, déclarent leur adhésion au parti au pouvoir parce qu’ils ont vu « les réalisations grandioses accomplies sous la direction éclairée du président et mises en œuvre par le Premier ministre ».
Depuis l’arrivée de l’armée au pouvoir, un 10 juillet 1978, c’est ce cycle infernal qui fonde notre « démogâchis ». Mauritaniens, « goulou eff ekhleytou » (dites « ça suffit » ou acceptez de vivre indignement. Acceptez votre déchéance.

  1. Titre d’un roman de Ch. H. Kane
  2. Nom donné à certains sites mauritaniens qui monnayent leurs services.

La France « soumise »

Statue de la liberté en pleurs (Photo google)

Les législatives françaises ont confirmé qu’il y a bien un phénomène « en marche ». Un phénomène Emmanuel Macron. Le parti LREM (la république en marche), dernier venu sur la scène politique française réalise une véritable OPA sur l’Assemblée nationale avec plus de 400 députés, selon les premières estimations du premier tour des législatives. Une vague déferlante qui renforce l’échec des partis traditionnels de gauche et de droite. C’est aussi l’antithèse « idéologique » qui s’oppose à la « France insoumise » de Jean-Luc Mélanchon, la gauche radicale qui cherchait à jouer le même sale tour aux deux grandes formations qui « occupaient » le terrain sous la Cinquième République.
Emmanuel Macron, le jeune président d’à peine 40 ans, aura donc les coudées franches pour mettre en œuvre le programme qu’il avait déroulé durant la campagne présidentielle de mai dernier. Tout échec possible durant le quinquennat qui s’annonce sera donc imputable à la majorité qui l’a intronisé comme nouveau Roi de France. Face à une opposition sans envergure, Macron et son équipe gouvernementale auront à rendre compte à cette « France soumise » qui a choisi de tester son modèle politique de ni gauche ni droite.
A l’épreuve, les idées se fanent souvent. Macron devra se battre sur plusieurs plans pour ne pas décevoir. Très engagé pour une Europe forte, et décidé à ne rien lâcher sur le Brexit, il aura fort à faire pour que la France retrouve le chemin de la sérénité après tant de bouleversements politiques. La voie est dégagée mais le voyage ne fait que commencer. Attendons voir.
Si le renouvellement politique que le président français prône depuis son « désengagement » du gouvernement sous François Hollande, a des vertus ou s’il s’agit, comme tout phénomène, d’une mode passagère.
Si l’économiste qu’il est a la solution miracle pour faire revenir la croissance et lutter contre le chômage qui a eu raison de son prédécesseur.
Si le « macronisme » est assimilable à une « monarchie » républicaine.
Si, comme le disent les perdants (PS, LR, le FN, la France insoumise », « trop de pouvoir » tue la démocratie.
Attendons voir, j’ai dit. Si, dans les faits, « trop de pouvoir tue le pouvoir ».

Au nom de l’article 38, je vous emmerde !

Art 38 : « le président peut consulter le peuple sur toute question d’intérêt national (photo : Sneiba)

Bon, je viens très en retard pour donner, moi aussi, mon humble avis sur la polémique en cours à propos des amendements constitutionnels. Un avis « inutile et incertain » certes, puisque ceux d’éminents constitutionalistes  ont été rangés dans l’escarcelle des querelles politiques en cours depuis 2008.

Ces amendements seront proposés donc au verdict des urnes le 15 juillet prochain. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz en a décidé ainsi. Bon, pardon, le gouvernement l’a annoncé en conseil des ministres ! Le Conseil constitutionnel ne se prononcera pas sur le recours à l’article 38 qui, selon un magistrat « retraité » et disparu de la scène depuis la fin de la transition militaire 2006-2007 et la « Rectification » (putsch) qui l’a suivie, permet au président de la République de consulter le peuple « sur toute question d’intérêt national ». Aujourd’hui, c’est le référendum sur les amendements constitutionnels et demain ça peut être quoi? Le troisième mandat? Le dixième ? La présidence à vie ? La royauté ? Puisque l’article 38 est « absolu », tout est permis. Pour le juge Ould Rayess, c’est la mort de la constitution, comme Nietzsche parlait de la mort de Dieu.

Les justifications du recours à l’article 38 relèvent de l’aberration. De notre « tieb-tieb », cet affairisme qui a gagné tous les secteurs de notre vie, et que nous avons transformé en moyen de « survie ».

Je ne dis pas que le président n’a pas le droit de consulter le peuple mais il y a la forme. Pour les amendements constitutionnels, vus comme une « question d’importance », les articles 99, 100 et 101 sont un passage obligé. La « gazra » (squat) qu’on est en train de pratiquer pour passer outre est un dangereux précédent en matière de loi. L’impression qui s’en dégage est que la partie devient le tout. Que le 38 est LA Constitution. Il permet au président de dire aux sénateurs « je vous emmerde », après le refus de ses amendements. Cet article « machin » ouvre la boîte de Pandore, je vous l’ai dit. Rien ne lui résiste puisqu’il est destiné à contrer « l’esprit des lois ».

Je ne préjuge pas de la nécessité des amendements proposés mais je dis que vue la manière dont ils vont être adoptés, nous sommes en face d’une infraction grave dont le pouvoir actuel se rend coupable. Et pour laquelle il sera jugé, tôt ou tard, au tribunal de l’histoire.

Autour d’un thé : Satan rime bien avec Sultan

Mains (crédit photo : pixabay.com)

Seuls les imbéciles ne changent pas. Ni de tête. Ni d’avis. Ni d’approche. Le recyclage reste, pourtant, une vieille technique qui a fait ses preuves. Partout. Et, comme l’on dit chez nous, « Celui qui ne se fâche pas est un âne ». Quant à celui qui n’accepte pas les excuses d’autrui est un satan.

N’aurait donc que le choix d’être âne ou satan ? Poétiquement parlant, satan rime bien avec sultan. Même si la poésie est à l’origine de tous nos maux. Ô vous, chers Z’autres du pays d’un million de poètes¹, ce n’est pas en déclamant vos interminables strophes que vous ferez avancer notre développement !

C’est un peu comme l’aveugle qui n’a jamais vu qu’un rat. Du coup, le voilà à tout comparer à cette petite créature. Une montagne ? C’est quoi, par rapport au rat ? Un Boeing 737 ? C’est quoi, par rapport à un rat ? La Tour Eiffel ? C’est plus grand ou plus petit qu’un rat ? Le métro du Caire, ça ressemble à un rat.

La conscience de l’aveugle sur le rat. Notre système éducatif : les sciences, les connaissances scientifiques. Il faut construire des centres de formation pour les techniciens. Rien ne marche à cause des langues. Rien ne va à cause de la poésie. Il faut arrêter la littérature. Cessons de parler. De chanter. De versifier. Et tout ira mieux.

Les sciences et les scientifiques, comme chez les autres ! Pour revenir au pardon, peu importe d’attendre quelque temps. Laisser passer le tonnerre, puis la réalité reprend le dessus.

Si l’on retourne un peu arrière, qui a inventé le pléonasme ? Ou, si l’on remonte un peu « en haut », le fameux camion du Commissariat à la sécurité alimentaire qui est parti vers les magasins, de lui-même, sans demander à personne, avec probablement tout de même, la complicité de son chauffeur, « remplir sa tête » de riz, de dattes et autres petites choses très utiles pour le Ramadan, le voici vrombissant et fonçant vers une illustre maison, pour y décharger son contenu et revenir, comme si de rien n’était.

Un camion « traditionnel » qui accomplit, d’année en année, le même rituel. C’est en quoi que l’ancien commissaire est « en ça dans ça » ? Ô mes esclaves, j’ai interdit l’injustice sur « moi », alors, n’en usez pas entre vous. Les pays se construisent sur la mécréance, pas sur l’injustice. Il a fallu presque deux ans pour méditer tout ça.

Heureusement qu’il y a eu cette histoire d’amendements constitutionnels et de referendum, pour réparer les injustices. La seule relation qui existe, entre le Commissariat à la sécurité alimentaire et le ministère de l’Education, c’est le riz.

Comment, me dire-vous ? Tbarkallah² : Les deux institutions ont des magasins remplis de riz. Le riz de la coopération japonaise, chinoise et autres pays, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Et le riz des cantines scolaires, généralement de bonne qualité et généreusement offert, en grande quantité, par le Programme Alimentaire Mondial.

Tous les deux vont partout, tous les marchés de la Mauritanie et des pays voisins, dans toutes les marmites de tous les gros responsables nationaux voire internationaux ; sauf là où ils devraient, normalement, aller : les ventres creux des petits enfants affamés des écoles et ceux des populations misérables à qui ils sont, pourtant, théoriquement destinés.

Le Monde sait, depuis longtemps, que rien ne se jette, tout se transforme. Au point que tout se recycle. Même les ordures. Nous connaissions les repris de justice. Voici venus les repris de l’Administration. Comme ça, on rectifie tout. Jusqu’à la Rectification.

Des voleurs formellement pris une main, parfois, voire repris, les deux mains, dans le sac, sont mis au frigo ; un peu congelés, le temps d’absoudre leurs péchés, puis resservis, aplatissant leur tête comme s’ils n’étaient ceux qu’hier le Rectificateur en chef abhorrait publiquement.

Directeurs généraux, chargés de mission, conseillers présidentiels, secrétaires généraux de ministère, présidents de conseil d’administration… Suivez mon regard et ne regardez, surtout pas, autour de vous. Vous risqueriez de vous faire emporter par un torrent de paradoxes et de contradictions. Volez, pillez, saccagez : la promotion suivra. Salut.

Sneiba El Kory (Le Calame)

  1. La Mauritanie est aussi appelée « le pays du million de poètes »
  2. très bien

Mauritanie : Amendements constitutionnels sur fond de crise

Deux bandeaux rouges pour le drapeau (Caricature : Mohamed Sneiba Elkory)

Le parlement a débuté, le 22 février 2017, une session extraordinaire en vue de l’examen de plusieurs textes de lois, dont le très controversé projet de loi portant sur des réformes constitutionnelles proposées par le gouvernement mauritanien et entérinées par les assises du Dialogue National Inclusif (DNI) organisé du 29 septembre au 20 octobre 2016, avec la participation de quelques formations politiques classées dans l’opposition «modérée ».

 

Ces réformes constitutionnelles portent sur « la suppression du sénat, la création de conseils régionaux et le changement des symboles nationaux (drapeau et hymne national) ». Le point relatif à la suppression de la limitation à deux du nombre de mandat du président de la République a été écarté de ces débats. Mieux, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré, ouvertement, ne pas être intéressé par un troisième mandat ; ce qui avait été salué à la fois par l’opposition et par la communauté internationale. Mais avec cette session extraordinaire, les divisions resurgissent, à cause de ce forcing privilégiant la voie du Congrès à celle du référendum pourtant convenue par les participants au dialogue. L’argument avancé par le gouvernement (le coût d’une consultation référendaire estimé à 4 milliards d’ouguiyas) justifie-t-il ce revirement qui annonce une nouvelle crise politique ? Le pouvoir craint-il que la mobilisation contre ses « réformes », au sein même de sa majorité, ne consacre leur rejet par des populations très souvent désabusées par leur classe politique ?

Pour un juriste de l’opposition, répondant à la question de savoir quelle est la validité de la « réforme constitutionnelle » que le pouvoir s’entête à vouloir entreprendre, la réponse est simple, claire et sans équivoque : aucune validité. Ce « Congrès » est une assemblée de parlementaires dont le mandat à pris fin pour la 2ème  Chambre (Sénat). Il s’agit d’un énorme scandale constitutionnel puisque même le conseil constitutionnel, jusqu’ici soumis au régime, avait appelé au renouvellement complet de ce « sénat » depuis plus d’un an. Sénat dont la « fronde » a montré le désarroi dans lequel se trouve le sommet de l’Etat », écrit le professeur Lô Gourmo Abdoul.

« Sur le plan juridique, en refusant d’obtempérer à l’avis de son conseil, le Président de la République, gardien de la constitution, prend un risque personnel grave : la violation pure et simple de la constitution, constitutive d’un acte de forfaiture voire de haute trahison », poursuit-il.

Beaucoup d’autres voix, y compris celles des anciens présidents Ely Ould Mohamed Vall et de Mohamed Khouna Ould Haidalla, estiment qu’il faut arrêter cette « machine infernale » et amorcer un autre dialogue national, inclusif qui sauvegarde les intérêts du pays, maintienne la paix et assure une transition apaisée. Même dans le camp du pouvoir, l’ancienne ministre Siniya Mint Sidi Haiba a dénoncé des amendements constitutionnels qui risquent de mettre en péril la quiétude des mauritaniens.

 

Envie de marquer l’histoire

Le principe même de ces amendements divise. Certains les considèrent comme « inutiles et incertains ». D’autres voient en eux une manière pour le président Mohamed Ould Abdel Aziz de chercher à « marquer » son époque, quitte à effacer les symboles ayant toujours acquis le consensus des mauritaniens (le drapeau et l’hymne). Car si la suppression du sénat, remplacé dans la constitution amendée par des conseils régionaux, dont l’efficacité est loin d’être garantie, est saluée par toute la classe politique, les autres points soumis à l’approbation du parlement ne sont pas considérés comme une « priorité ».

L’opposition considère que le président Aziz, qui doit quitter la présidence en 2019, doit œuvrer, dès à présent, pour favoriser une transition pacifique du pouvoir. Dans le contexte politique actuel, le dialogue ne doit plus rester l’affaire de la majorité et d’une partie de l’opposition (APP, Alwiam, ACD, Almostaqbal) mais impliquer le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), composé de 11 partis politiques, d’organisations de la société civile, de centrales syndicales et de personnalités indépendantes, ainsi que Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) constituant, avec l’Union Nationale pour une Alternance Démocratique (UNAD) un troisième « front » de l’opposition.

 

Une médiation européenne en cours ?

 

Comme en 2008, l’Union européenne pourrait bien tenter une conciliation entre les protagonistes de la crise politique mauritanienne. Deux députés du Parlement européen, ont été reçus, le 20 février 2017, par le président mauritanien mais aussi par les différents chefs de file de l’opposition. L’UE s’impliquerait ainsi pour qu’un dialogue plus inclusif soit engagé, au moment même où le pouvoir maintien son agenda. Seul le challenge de l’UE, s’il arrive à se matérialiser, pourrait permettre aux partenaires (opposition et pouvoir) de renouer les fils du dialogue et, partant, rétablir la confiance. En commençant par préparer des élections municipales et législatives apaisées, consensuelles, donc, et inclusives, pour déblayer, en suivant, le chemin de la présidentielle de 2019, si, bien évidemment, on ne remet pas en cause les articles de la Constitution relatifs à la limitation de l’âge des candidats, occasion, pour le pouvoir ou ses suppôts, de remettre, sur le tapis, l’article limitant, à deux, les mandats présidentiels. Un piège dont tout facilitateur doit se méfier.

Aux parlementaires de la majorité qu’il a reçus à la présidence, à la veille des discussions des amendements, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a pourtant déclaré qu’il n’y aura pas de reprise du dialogue et encore moins d’élections générales anticipées ! Seules certitudes donc, à moins de trois ans de la fin du second mandat d’Aziz, les modifications proposées par le gouvernement seront bien entérinées puisque la voie du congrès se précise, et la majorité se met déjà en ordre de combat pour soutenir le dauphin que l’actuel président compte se choisir. On se retrouvera ainsi devant un remake de 2008. Et la seule question que la majorité présidentielle (et les mauritaniens dans leur ensemble) ont hâte de savoir est : qui sera choisi par Aziz pour assurer la continuité de son pouvoir ?

 

Mauritanie : accords et désaccords

Wallahi, l’opposition dite radicale a raison de se méfier. Je ne l’aime pas, cette opposition-là, il est vrai. Parce que fainéante, incapable, roublarde et j’en passe. Divisée, opportuniste, inconséquente, sans foi ni loi. Elle n’a pas de stratégie, non plus de stratège. Mais elle a raison. Mille fois raisons. Voici pourquoi. 

Le président Aziz (photo : AMI)

L’opposition a compris, depuis le fameux Accord de Dakar, que ce pouvoir-là (le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz) n’a pas de parole. Qu’il est inutile, voire dangereux, de sceller un pacte avec lui. Le Président promet et revient sur sa parole quelques temps après. Les ministres mentent sur tout et rien. C’est devenu leur sport favori. L’économie est au top, nous dit le super ministre Ould Diay, celui qu’Aziz a choisi pour l’économie et les finances et qui est devenu, depuis, un marchand d’illusions. Sa phrase favorite : « el kheltha (messieurs), nous avons transformé la Mauritanie en eldorado ». Il nous parle de chiffres et de données macroéconomiques que la réalité du terrain ne conforte pas. Les pauvres ne savent plus à quel Saint se vouer à cause de la flambée des prix. Ils subissent, comme la classe moyenne et les riches d’ailleurs, le fardeau de l’impôt (266 milliards des recettes budgétaires proviennent du fisc). Pour les calmer, on leur dit : « vous avez Emel (l’espoir), un programme de vente de produits de première nécessité financé, à ses débuts, à coups de milliards d’ouguiyas mais qui est aujourd’hui maintenu à sa plus simple expression pour justifier la taxation des produits pétroliers vendus aux automobilistes au double de leur prix sur le marché mondial ! Les pauvres n’ont pas de voiture certes (argument fallacieux des ministres du gouvernement) mais ils dépendent de celles des autres. Pour se déplacer, pour manger et boire. C’est le grand problème de la plupart des mauritaniens mais il y en a un autre : la « démo-gâchis ».

Depuis 2009, on navigue à vue. Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz nous en fait voir de toutes les couleurs. D’accord, l’ancien Général reconverti en homme politique a été élu, haut la main, en 2009. Et réélu, dans les mêmes conditions, en 2014. Mais pourquoi ne parvient-il pas à « normaliser » son pouvoir ? Pourquoi un Sénat qui siège depuis onze ans ? Une Chambre haute qui ressemble, en tous points de vue, à nos « gazra » (squat) ? On me dira que cette incongruité « démocratique » va cesser bientôt avec la disparition du sénat mais est-ce vraiment sûr ? Pourquoi ces dialogues a répétition ?

La valse-hésitation sur le « comment faire passer les amendements constitutionnelles (congrès ou référendum) » en dit long sur les intentions du pouvoir : gagner du temps.

Le dialogue, auquel une bonne partie de l’opposition n’a pas pris part, était pourtant axé sur la voie du référendum. Un moyen de donner un « habillage » pop à la volonté du Président Aziz. Mais l’on semble craindre, côté majorité, que les populations ne suivent pas. Parce qu’une bonne partie des soutiens d’Aziz sont contre ces réformes sans oser le dire. Notamment au niveau du Sénat appelé à disparaître. Les « chouyoukh » (vieux, sénateurs) peuvent bien mobiliser dans leurs fiefs respectifs pour que les amendements ne passent pas. Pour eux, c’est une question de survie politique. Cette « opposition » dans la majorité serait un précieux appui à l’opposition déclarée. Cette dernière, qui a affirmé ouvertement, qu’elle battra campagne contre cette nouvelle « rectification » tendant à permettre au Président Aziz de conserver le pouvoir (on ne sait encore comment) : la première étant celle qui lui a permis de justifier son coup d’Etat contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Tous les accords scellés entre le pouvoir et l’opposition dialoguiste n’ont pas été menés à leurs termes. Le dialogue de 2011 a eu un goût d’inachevé, non pas parce que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) n’y a pas pris part, mais parce que le gouvernement n’a appliqué que les clauses qui l’arrangent. Celui de 2014 a connu les mêmes travers et tout indique qu’il en sera de même du dernier «arrangement » de septembre 2016.

Alors que la question du drapeau et de l’hymne national divisaient, dès le départ, celle du choix d’adoption (par référendum ou parlement) brouille aujourd’hui les cartes de l’opposition « dialoguistes ». « Le référendum coûterait très cher »(4 milliards d’ouguiyas) est l’argument avancé par le gouvernement pour se dérober. L’opposition le soupçonne de craindre le verdict des urnes et de se rabattre sur un parlement qu’il contrôle à 80% mais dont l’une des chambres (le Sénat) n’a plus d’existence légale depuis près de deux ans !

 

USA / Monde : que la « trumperie » commence !

L’investiture de Donald Trump a confirmé tout le mal qu’on pense de lui. « On », c’est-à-dire, vous, moi, les Américains qui auraient préféré voir Hilary Clinton à la Maison Blanche et les pays en compétition avec les USA (exceptée la Russie de Poutine).

 

Le président américain Donald Trump présente le document actant le retrait des Etats-Unis du partenariat transpacifique (TPP), à Washington le 23 janvier 2017 (crédit photo : clicanoo.re)

Trump est un milliardaire fou. Fou de politique. Ou rendu fou par elle. Il s’est investi (et a investi énormément) pour comprendre cet univers qu’il a toujours eu en horreur. Pour lui, les politiques installés à Washington et leurs compères de Paris, Berlin et Londres, sont des empêcheurs de tourner en rond ; ls ne comprennent rien aux affaires, il faut donc déconstruire ce qu’ils ont pris soin de bâtir pour assurer leur mainmise sur le monde.

Trump est dangereux parce qu’il apporte sa propre révolution que cache mal sa révolte. Sa contradiction au monde. Il est dangereux parce qu’il est pressé. Il veut poser plus d’un acte à la fois. Son slogan de campagne, « America first » (« l’Amérique d’abord ») se prolongera tout au long de son mandat. Au pas de charge, il vient de signer plusieurs décrets qui traduisent sa volonté d’être lui-même : provocateur à outrance.

Trump constitue la nouvelle menace qui pèse sur le monde. Par son inconséquence. Les liens avec ses voisins canadiens et mexicains ne tiennent qu’à un fil, c’est selon son humeur. Il maintient l’idée d’un mur de séparation entre les USA et le Mexique et vient d’annoncer que les accords de libre échange entre son pays et ces deux voisins seront revus, dans le cadre d’un protectionnisme devenu sa religion.

Son « mur » de séparation d’avec le Mexique est l’objet de tension entre lui et son homologue mexicain Enrique Peña Nieto. Les ressorts de la relation entre les USA et le Mexique, à maints égards unique au monde,  sont tendus par les liens économiques existants entre les deux pays, notamment au sein de l’Accord de libre-échange Nord Américain (l’ALENA) entré en vigueur le 1er janvier 1994. Mais aussi par l’incontrôlable immigration « al norte », favorisée par l’importance de la zone frontalière et dûe aux conditions de vie difficiles qui perdurent au Mexique.

Trump est dangereux parce qu’il veut changer l’Amérique et le monde en moins de quatre ans, alors que les quarante-quatre présidents présents avant lui remodelaient la puissance de leur pays en fonction de la conjoncture et de la stratégie de domination posée depuis un siècle.

Les principaux décrets pris par Donald Trump depuis son investiture amorcent une révolution aux États-Unis, on peut donc penser que, pendant au moins quatre ans, rien ne sera comme avant ! Avec l’Europe et la Chine, l’entente est à nouveau sérieusement menacée. Il se met aussi à dos les pays arabes et l’Iran qu’il place sous embargo parce que pays d’origine des « terroristes » qui menacent l’Amérique ! Une solution simpliste et non sans conséquences puisque Téhéran a déjà fait savoir qu’elle répondra par la réciproque à cette mesure.

Un « anti-obamisme » primaire

Donald Trump veut imposer ses choix et il ne trouve pas meilleure façon que de détricoter la politique de son prédécesseur et il veut aller vite. Il signe les décrets à la chaîne : déjà une douzaine de décrets signés. C’est donc une nouvelle Amérique qui se dessine. Cible de son premier décret : l’Obamacare, l’assurance santé pour tous, si chère à Barack Obama. Donald Trump autorise des exemptions pour pouvoir la contourner. Il mène également une offensive de charme pour satisfaire les partisans d’un nouvel isolationnisme des USA. En ligne de mire, la politique d’accueil des immigrés, limitée pour certains pays, mais carrément stoppée pour d’autres comme, par exemple, la Syrie.

Le second décret pris par Trump remet en cause les traités commerciaux internationaux, contraires, selon lui, aux intérêts des Américains. Il se retire de l’accord de libre-échange avec douze pays d’Asie, acté par Barack Obama. Troisième décret, une offensive contre l’avortement qui suscite de nombreuses inquiétudes chez les femmes. Le texte interdit le financement public d’associations internationales qui soutiennent l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il relance deux projets d’oléoducs controversés, abandonnés par Barack Obama au nom de la protection de l’environnement, au nom de l’emploi. Car pour lui, la priorité, c’est l’emploi. A n’importe quel prix. Ainsi, Donald Trump redessine son Amérique.

La Ligue arabe, après l’UE, a exprimé son inquiétude face à la mise en œuvre de la « trumeprie », idéologie qui portera la politique américaine jusqu’en 2021, si, bien sûr, les Républicains, majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, ne freinent pas les élans narcissiques du président Trump.

 

Partout dans le monde, la riposte s’organise.

Les sept pays visés par le décret (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen) sont tous musulmans, ce qui donne à la mesure restrictive l’allure d’une cabale.

Ce décret, déjà entré en vigueur, donne aux services d’immigration le droit de fouiller systématiquement et d’interroger, à l’entrée des Etats Unis d’Amérique, tous les citoyens musulmans pour notamment recueillir leurs avis sur nombre de thèmes dont, par exemple, la Chariaa islamique et l’homosexualité afin de vérifier la compatibilité de leurs positions avec les vues américaines. Naturellement, si les réponses du voyageur ne plaisent pas aux agents de l’immigration ou si sa tête ne leur revient pas, il est tout simplement refoulé, sans autre forme de procès.

De nombreux pays se sont démarqués des Etats-Unis et ont fustigé ce repli sur soi dont ils font preuve. En Occident, des chefs d’Etat, alliés traditionnels de Washington, ont parfois dénoncé avec véhémence ce décret. Sans compter les organisations de la société civile, aux USA et à travers le monde, qui dénoncent aussi ces mesures.

Theresa May, la première ministre britannique, dit ne pas être d’accord avec ce type d’approche. Elle réagit différemment en promettant d’intervenir auprès du gouvernement américain au cas où ce décret aurait un impact sur les citoyens britanniques nés dans les pays islamiques concernés. En Allemagne, Angela Merkel ne juge pas justifiées les restrictions à l’immigration de ressortissants des sept pays musulmans. Quant au premier ministre canadien, Justin Trudeau, il a affiché la volonté de son pays d’accueillir les réfugiés « indépendamment de leur foi ». « A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi », a tweeté M. Trudeau, ajoutant : « La diversité fait notre force.» Le président français, François Hollande, a, lui, mis en garde son homologue américain contre « le repli sur soi » et a appelé Trump au « respect » du principe de « l’accueil des réfugiés », fondement des « démocraties » occidentales.

Battus par les Républicains, les Démocrates ne peuvent désormais vivre que d’espoir d’ici 2021. Peut-être que cette levée de boucliers contre le nouveau président va faire regretter à certains d’avoir livré les clés de la Maison Blanche à Trump… Ils pourront reprendre la main aux élections de mi-mandat en redevenant majoritaires au Congrès. Qui sait ?