Mauritanie : des élections en clair-obscur

Aziz ne partira pas. L’opposition est en train de répéter les mêmes erreurs qu’en 2008. Elle observe les faits dans leur singularité, mais pas leur corrélation. Celle-ci donne pourtant du sens à ce que le pouvoir entreprend chaque fois qu’il annonce amorcer une « rupture » (qui n’est, en réalité, qu’une « pause »).

Le président Aziz (Photo : AMI)

Les élections en clair-obscur de septembre prochain seront l’aboutissement d’une série de coups gagnants menés par Aziz et rendus possibles par la passivité déconcertante de l’opposition : le référendum pour se débarrasser du sénat, l’implantation de l’Union pour la République (Upr), pour afficher un poids électoral, réel ou supposé, et un RAVEL¹ qui prend de court l’opposition, en pleine fixation sur le départ d’Aziz.

Le « je pars » de l’homme aux deux coups d’État ne doit pas être pris pour argent comptant. Il sert à endormir une opposition qui ne se réveillera qu’au moment où le pouvoir lui assènera le coup de grâce. Rappelez-vous les Accords de Dakar : les compromis se sont avéré être des compromissions. Le ministre de l’Intérieur choisi par l’opposition avait validé les chiffres d’une CENI² contrôlée par le pouvoir et, à la fin, s’est trouvé ambassadeur en Éthiopie ! Le ministre des Finances dans le gouvernement d’union national  désigné par le Rfd (opposition) en 2009, est actuellement ministre de l’enseignement supérieur !

Un ancien « opposant » est placé à la tête d’une Ceni que l’opposition radicale conteste tout en se résignant à « faire avec » !

De tout cela, il sortira quelque chose qui faussera une fois encore les calculs de l’opposition.

Quand elle s’est lancée tête baissée dans la présidentielle de 2009, l’opposition avait oublié une chose : celui qui a renversé deux présidents en l’espace de trois ans (2005-2008) ne peut accepter de perdre. Aujourd’hui, lui qui a mis le pays sens dessus dessous ne peut partir sans assurer ses arrières. Mais comment va-t-il faire ? C’est la seule question qui reste sans réponse.

Malgré ses sorties à la « al sahaf », le ministre porte-parole du gouvernement tient un rôle précis dans ce qui se prépare. Il n’a jamais dit qu’Aziz restera président mais qu’il restera au pouvoir. C’est là une « piste » que l’opposition se refuse à explorer.

La future assemblée sera l’instrument de mise en œuvre de l’échafaudage en cours. La présence de l’ex-colonel Cheikh Ould Baya sur la liste des candidats de l’UPR fait de lui le futur président de l’Assemblée. Avec lui, Aziz pense avoir le contrôle d’un pouvoir législatif renforcé par la disparition du sénat.

Le Premier ministre qui sera désigné n’aura aucune marge de manœuvre en dehors de celle accordée par des députés qui, pour la première fois, auront un contrôle strict sur l’action du gouvernement. Les « directives » viendraient non plus du président (qu’Aziz aura fait gagné comme en 2008) mais du Parti devenu tout puissant parce le pouvoir se serait déplacé avec celui qui l’incarne depuis la chute de Taya.

Cette situation « transitoire » durera le temps qu’il faut pour qu’Aziz prépare son retour. Son accomplissement sans heurts dépend du soutien sans faille de l’armée dont le sort des chefs, le général Ghazouani en tête, est intrinsèquement lié à celui d’Aziz. Son échec, peu probable, viendrait d’une opposition plus engagée (au sens sartrien du terme) qu’embarquée.

  1. Recensement administratif à vocation administratif.
  2. Commission électorale nationale indépendante.

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