Renforcement des compétences régionales en matière de décentralisation en Afrique de l’ouest : La décentralisation en question

Nouakchott a abrité, du 9 au 13 juillet 2018, un « Atelier régional d’échanges et de formation des associations des pouvoirs locaux et des centres et institutions de formation des acteurs de la décentralisation » ayant pour thématique  centrale les : « Techniques de Plaidoyer, lobbying et négociation ». La quarantaine de participants venait de sept pays : Bénin, Burkina Faso, Mali, Niger, Sénégal, Togo et la Mauritanie, pays hôte de ce genre d’assises du Programme régional.

 

Cérémonie d’ouverture officielle (Crédit photo : R. Ouedraogo)

La particularité particulière de cet atelier est qu’il a allié notions (théories) et pratiques. Une méthode que le modérateur de l’Atelier, M. Guèye Moussa, très en verve, a validée, dès le premier jour, auprès de participants représentants, pour la plupart, des APL (Associations de pouvoir locaux) et de CIF (Centres et Institutions de formation).

Financé par la coopération allemande (GIZ) à hauteur de 5000000 d’euros, le Programme de Renforcement des Compétences Régionales en matière de Décentralisation en Afrique de l’Ouest semble avoir privilégié, en matière de décentralisation, une approche « bottom-up » (de bas en haut) en favorisant une réflexion au niveau des structures en quête d’une plus grande autonomie de décision et de gestion pour la porter progressivement vers les gouvernants.

Pour cela, l’approche se doit d’être réfléchie  et les moyens pacifiques (plaidoyer, lobbying et négociation étant antinomique de la confrontation). N’est-ce pas ce qui doit être précisé en appréhendant ce qu’organisateurs et participants à l’atelier de Nouakchott appellent « les bonnes pratiques » passant par une maîtrise parfaite des techniques de négociation, de plaidoyer et de lobbying ? Trois vocables qui, tout en concourant au même objectif (« forcer » la décision) requièrent des attitudes – aptitudes – différentes. Question de nuances. Et de complémentarité. En fonction des contextes et des acteurs cibles.

Tout, cela sera expliqué, le long des cinq jours, par le modérateur (M. Moussa GUEYE) et les responsables du projet (MM. Ruediger WEHR  et Rémy OUEDRAOGO). Des acquis validés après de longs débats entre participants venus exposer des « situations-pays » aussi intéressantes les unes que les autres : présentation du système d’information des communes de la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT) de la Mauritanie, Session de réflexion sur les synergies APL/CIF par pays, et, Réflexion sur la conception de la prochaine phase du Programme régional « Décentralisation – Afrique de l’Ouest ».

 

La décentralisation, un combat de longue haleine

 

Photo de famille (Crédit photo : R. Ouedraogo)

Un constat : pour faire avancer le processus de décentralisation dans les 7 pays, il faut de « l’engagement », au sens militaire du terme. Parce que, de l’autre côté (administration centrale), il y a toujours de la résistance. Cet engagement est une alliance stratégique entre APL et CIF appuyés par le Programme régional.

L’Atelier de Nouakchott a aussi permis une sorte d’évaluation à mi-parcours. Qu’est-ce qui a été fait, au niveau régional et dans chaque pays ? Vers quoi devrait-on tendre, dans la phase 2, interrogeait Ruedeger WAHR, à l’issue de la dernière journée, quand il fallait recueillir les avis et impressions des participants.

Les problématiques liées à la décentralisation renforcent la nécessité de l’intégration : les mêmes problèmes, les mêmes pouvoirs, les mêmes enjeux. Elles poussent à « bâtir ensemble des consensus », martèle le modérateur qui, tout en soulignant la « complexité de la décentralisation, de plus en plus accrue, rappelle que « le transfert des compétences n’est qu’un premier jalon. »

La méthodologie adoptée part de situations-pays où la recherche de consensus reflétant les réalités des APL et des CIF est continuelle. Il faut « développer un processus d’apprentissage bâti sur la pratique et le vécu », « poursuivre l’échange d’expérience suivant le principe de l’assistance aux pairs » et, pour chaque acte posé (plaidoyer, lobbying ou négociation) « avoir une situation de référence (par exemple dans le système mauritanien de décentralisation). Savoir aussi que « la crédibilité exige la présence d’éléments probants. »

La force et les clés de succès de la rencontre de Nouakchott tiennent en deux mots : débat et consensus. La mise en route de chaque activité faisait l’objet d’une « explication » entre les participants. Les travaux en groupe donnaient, à la fin, sur une sorte de plénière qui ravivait l’ambiance de l’arbre à palabre, avec la désignation, dès le premier jour, d’un « Chef de village ». Apprendre en s’amusant, disait l’autre, comme quand le mot savant «docimologie » a provoqué l’hilarité générale des participants, ou que la « révélation » sur la décentralisation, depuis 1872, au Sénégal, était en tête des taquineries ayant réussi à « raccourcir » les cinq jours à passer (de force) dans une ville (Nouakchott) dont les habitants semblent avoir oublié de penser aux loisirs, plaisirs et désirs (de ses visiteurs).

 

SNEIBA Mohamed

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