Autour d’un Thé: Nominations

Conseil des ministres (crédit photo : AMI)

« Les Mauritaniens », a dit je ne sais plus quel observateur, « n’écoutent les informations à la radio ou à la télévision que le jour du Conseil des ministres ».

Au temps d’un certain ancien président/militaire très démocratiquement élu, c’était le mercredi que tout le monde mettait son oreille à l’écoute, en l’attente des éventuelles nominations d’amis ou de proches. Ca commençait avec le fameux « et, enfin, le Conseil des ministres a pris les mesures individuelles suivantes… ». Maintenant, Mauritanie nouvelle oblige, c’est le jeudi que les gens attendent pour voir.

Et dès les premières heures de la matinée, toute l’actualité est banalement dominée par : « Qu’as-tu entendu des résultats du Conseil des ministres ? – Il paraît qu’untel a été démis de ses fonctions. – Comment le sais-tu ? – Mais tu sais bien que sa sœur est la cousine de la copine de la femme de telle ou telle personnalité civile ou militaire.

– Ça c’est quoi ? C’est impossible ! Attends, je vais « te voir » untel, [généralement une « ville d’informations »] qui nous dira pourquoi et comment c’est arrivé. – Il t’a dit que le général qui mariait sa sœur l’a divorcée depuis trois mois ? Eheh, l’information est là-bas ! »

C’est ça la vérité. Puis, chaque jour, chaque ministre met, dans ses bagages/parapheurs, ce qu’il faut de n’importe quoi pour le passer en Conseil. Quelle mesure individuelle n’a pas été interprétée sur fond de népotisme, régionalisme, dosage tribal, ethnique, communautaire, régional ou, encore, ceci ou cela ?

Les ambassadeurs, les walis, les ministres, les conseillers à la Présidence, les commissaires aux droits de l’homme ou à la sécurité alimentaire, les secrétaires généraux des ministères, les directeurs centraux, les chargés de mission, les directeurs des établissements publics, les présidents des conseils d’administration, les coordinateurs de projet, les chefs des entreprises et même les « élus, tout ça ;

parfois, même, des gens « simples », comme des comptables, des directeurs administratifs et financiers, des directeurs d’écoles normales, collèges, lycées et écoles fondamentales, ou autres ;d’encore plus « simples », comme les percepteurs, les payeurs communaux, les chefs de division, les chefs de poste de douane, de gendarmerie ou de police et tutti quanti, jusqu’au premier échelon de la « simplicité » : tout ça, c’est régi « d’en haut ».

Parfois, c’est toute la tribu qui se mobilise à faire pression, afin que son « fils » ne soit pas enlevé de son poste de receveur des PTT à Gougui Zemal, sur la frontière avec le Mali, ou que son autre fils reste à la brigade de gendarmerie de PK 70, à Fam Lekhdheyratt, sur la Route de l’espoir. Les nominations sont le fruit, banalement, de véritables manœuvres.

Chaque ministre essaie de faire passer son « mouvement ». Il peut attendre plusieurs semaines, voire des mois, à l’aguet du moment propice, pour valider ses incohérences.

Ça se passe comme ça, chez Ould Abdel Aziz ! Cinq membres d’une même famille, à de très hauts postes de responsabilité, un groupe d’amis formant club très fermé, dans un même département.

Des qualifications qui n’ont rien à voir avec les secteurs où elles ont été propulsées, comme ça, mine de rien. On prend dans la rue, on nomme à la Présidence. On prend du marché, on balance à la Primature. On prend de la brousse, on envoie dans une ambassade, à Londres ou Washington.

On prend de la prison, on envoie au ministère des Finances ou à la Cour des comptes. Une administration fourre-tout : conseillers, chargés de mission, experts, consultants, spécialistes, coordinateurs, tous bien cravatés, mélangeant, au besoin, les genres vestimentaires.

Souvent faussaires de diplômes. Ah ça, oui : des mesures vraiment individuelles. On pourrait même dire « très individualisées ». Au point qu’un ministre peut faire passer, entre les lignes et d’un seul coup, une poignée de ses cousins. Ou qu’un directeur général puisse s’entourer, dans son cabinet, de tout son clan.

Enfin, ce n’est pas si incongru que ça : ne dit-on pas que le linge sale se lave en famille ? Les affaires aussi. Sinon, pourquoi devenir ministre, général ou même Président ? Les cousins et les amis d’abord. Les autres ensuite. Salut.

Sneiba El Kory (Le Calame)