Référendum : c’était bien « le vote des bêtes sauvages »

Des partisans du président mauritanien rassemblés durant un meeting lors de la campagne sur le projet de référendum constitutionnel, le 20 juillet 2017.
© rfi/Afp

En Mauritanie, le « oui » pour les réformes constitutionnelles proposées par le président Mohamed Ould Abdel Aziz (présentées à tort comme les résultats d’un « dialogue national »), l’a remporté largement. Avec 85%, nous dit la CENI (commission électorale nationale indépendante) qui, comme le sénat que le référendum vient d’enterrer, a aussi dépassé son mandat !
Mais l’enjeu de ce référendum que l’opposition radicale (une coalition de 8 partis, de syndicats et de personnalités indépendantes) qualifie d’illégal, était ailleurs. On se demandait qui allait voter?
La majortité présidentielle (une soixantaine de partis politiques) qui n’avait de discours et de mode d’action que celui de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, comptait sur le soutien de 14 autres formations dites de l’opposition modérée.
Le rapport des forces était donc nettement en faveur du camp présidentiel mais les résultats du vote du 05 août 2017 ont montré que la mobilisation pour la participation n’était pas comme on le laissait croire à un Ould Abdel Aziz emporté par le délire de ses ministres, des organisateurs d’initiatives en faveur du référendum et de médias qui ne faisaient entendre que ce qui allait dans le sens du « oui ».
Sur les quelque 1.300.000 mauritaniens inscrits, seuls 700.000 (53,75%) ont pris le chemin des urnes le 05 août dernier. C’est ce que disent les chiffres officiels. Mais l’opposition et bon nombre d’observateurs indépendants (pas ceux que le gouvernement a fait venir de pays africains) estiment que le taux de participation n’a pas dépassé les 30-40%. A Nouakchott, en tout cas, et dans la plupart des grandes villes du pays, les mauritaniens semblent avoir choisi le mot d’ordre lancé par l’opposition en faveur du boycott.
Dans la « Mauritanie profonde », par contre, celle sur laquelle compte tout pouvoir pour faire entériner ses choix politiques, les « bêtes sauvages » dont parlait A. Kourouma dans son livre, ont bien voté. Les scores dénotaient d’un retour aux vieilles pratiques où les tribus étaient maitresses du jeu. Chacune se devait de prouver au pouvoir son allégeance « en assurant », et les caisses remplies étaient la seule preuve qu’elles ont voté en faveur du oui. Voter, le « comment » importe peu.
Malgré cela, le président Mohamed Ould Abdel Aziz doit bien comprendre maintenant qu’il ne peut compter sur une majorité fictive pour envisager le scenario d’un troisième mandat. Car, sans l’apport des partis dits de l’opposition « modérée », comme l’Alliance populaire progressiste (APP), de l’ancien président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, et d’Al Wiam de Boidiel Ould Houmeid, la « majorité fictive » qui le soutient aujourd’hui aurait eu du mal à faire passer les amendements constitutionnels qui, osons le dire, ne font qu’enfoncer le pays dans la crise.

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