Mauritanie : accords et désaccords

Wallahi, l’opposition dite radicale a raison de se méfier. Je ne l’aime pas, cette opposition-là, il est vrai. Parce que fainéante, incapable, roublarde et j’en passe. Divisée, opportuniste, inconséquente, sans foi ni loi. Elle n’a pas de stratégie, non plus de stratège. Mais elle a raison. Mille fois raisons. Voici pourquoi. 

Le président Aziz (photo : AMI)

L’opposition a compris, depuis le fameux Accord de Dakar, que ce pouvoir-là (le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz) n’a pas de parole. Qu’il est inutile, voire dangereux, de sceller un pacte avec lui. Le Président promet et revient sur sa parole quelques temps après. Les ministres mentent sur tout et rien. C’est devenu leur sport favori. L’économie est au top, nous dit le super ministre Ould Diay, celui qu’Aziz a choisi pour l’économie et les finances et qui est devenu, depuis, un marchand d’illusions. Sa phrase favorite : « el kheltha (messieurs), nous avons transformé la Mauritanie en eldorado ». Il nous parle de chiffres et de données macroéconomiques que la réalité du terrain ne conforte pas. Les pauvres ne savent plus à quel Saint se vouer à cause de la flambée des prix. Ils subissent, comme la classe moyenne et les riches d’ailleurs, le fardeau de l’impôt (266 milliards des recettes budgétaires proviennent du fisc). Pour les calmer, on leur dit : « vous avez Emel (l’espoir), un programme de vente de produits de première nécessité financé, à ses débuts, à coups de milliards d’ouguiyas mais qui est aujourd’hui maintenu à sa plus simple expression pour justifier la taxation des produits pétroliers vendus aux automobilistes au double de leur prix sur le marché mondial ! Les pauvres n’ont pas de voiture certes (argument fallacieux des ministres du gouvernement) mais ils dépendent de celles des autres. Pour se déplacer, pour manger et boire. C’est le grand problème de la plupart des mauritaniens mais il y en a un autre : la « démo-gâchis ».

Depuis 2009, on navigue à vue. Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz nous en fait voir de toutes les couleurs. D’accord, l’ancien Général reconverti en homme politique a été élu, haut la main, en 2009. Et réélu, dans les mêmes conditions, en 2014. Mais pourquoi ne parvient-il pas à « normaliser » son pouvoir ? Pourquoi un Sénat qui siège depuis onze ans ? Une Chambre haute qui ressemble, en tous points de vue, à nos « gazra » (squat) ? On me dira que cette incongruité « démocratique » va cesser bientôt avec la disparition du sénat mais est-ce vraiment sûr ? Pourquoi ces dialogues a répétition ?

La valse-hésitation sur le « comment faire passer les amendements constitutionnelles (congrès ou référendum) » en dit long sur les intentions du pouvoir : gagner du temps.

Le dialogue, auquel une bonne partie de l’opposition n’a pas pris part, était pourtant axé sur la voie du référendum. Un moyen de donner un « habillage » pop à la volonté du Président Aziz. Mais l’on semble craindre, côté majorité, que les populations ne suivent pas. Parce qu’une bonne partie des soutiens d’Aziz sont contre ces réformes sans oser le dire. Notamment au niveau du Sénat appelé à disparaître. Les « chouyoukh » (vieux, sénateurs) peuvent bien mobiliser dans leurs fiefs respectifs pour que les amendements ne passent pas. Pour eux, c’est une question de survie politique. Cette « opposition » dans la majorité serait un précieux appui à l’opposition déclarée. Cette dernière, qui a affirmé ouvertement, qu’elle battra campagne contre cette nouvelle « rectification » tendant à permettre au Président Aziz de conserver le pouvoir (on ne sait encore comment) : la première étant celle qui lui a permis de justifier son coup d’Etat contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Tous les accords scellés entre le pouvoir et l’opposition dialoguiste n’ont pas été menés à leurs termes. Le dialogue de 2011 a eu un goût d’inachevé, non pas parce que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) n’y a pas pris part, mais parce que le gouvernement n’a appliqué que les clauses qui l’arrangent. Celui de 2014 a connu les mêmes travers et tout indique qu’il en sera de même du dernier «arrangement » de septembre 2016.

Alors que la question du drapeau et de l’hymne national divisaient, dès le départ, celle du choix d’adoption (par référendum ou parlement) brouille aujourd’hui les cartes de l’opposition « dialoguistes ». « Le référendum coûterait très cher »(4 milliards d’ouguiyas) est l’argument avancé par le gouvernement pour se dérober. L’opposition le soupçonne de craindre le verdict des urnes et de se rabattre sur un parlement qu’il contrôle à 80% mais dont l’une des chambres (le Sénat) n’a plus d’existence légale depuis près de deux ans !