Demain, je vais pleurer devant la présidence pour réclamer un troisième mandat

Demain, je vais pleurer devant la présidence et réclamer un troisième mandat. Et peut-être que je serais nommé ! Qui sait ?

Aziz a encore frappé. Et fort. Très fort même. Alors qu’on ne l’attendait pas, il procède à un mini remaniement à peine rentré de trois semaines de vacances en Inchiri et au Tiris Zemmour.

J’ai dit qu’il a frappé fort. Et oui, jugez-en vous-mêmes : les deux nouveaux « ministrés » ont cette particularité : avoir pleuré en défendant l’une des « causes » du pouvoir. On se rappelle de cette fameuse campagne d’explication du « discours de Néma ». Le nouveau ministre de la Jeunesse, Mohamed Ould Djibril, à l’époque directeur de cabinet du Premier ministre, s’était soumis à l’exercice : expliquer le discours par un discours. Il était tellement ému qu’il a mélangé larmes et métalangage. Certes, ses pleurs, forcés ou non, ont été largement raillés sur les réseaux sociaux, et ont sans doute alimenté les discussions de salons, mais aujourd’hui, le président s’est rappelé de lui. A quelle occasion ?

Je pense qu’Ould Jibril doit une fière chandelle à la nouvelle ministre de la Femme et des affaires sociales, Meimouna Mint Taqi qui a pleuré, et à chaudes larmes, il y a trois jours, à l’assemblée nationale.

Parce qu’un député de l’opposition a osé évoquer Israël, dans l’enceinte de « l’auguste chambre ». Il a dit parmi ce qu’il a dit que la torture pratiquée en Mauritanie sur les prisonniers de l’organisation anti-esclavagiste IRA (Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste en Mauritanie) et les prisonniers salafistes « est pire que celle subie par les Palestiniens » ! Les pleurs de Maimouna ont remis dans les esprits ceux d’Ould Djibril. Nomination donc de cause à effet ? Pour cette remarquable marque de fidélité et d’engagement ?

Alors si le bidoung-kpwatt est en vogue dans certaines contrées d’Afrique subsaharienne, les pleurs risquent, désormais, d’être la mode ici, en Mauritanie. Les larmes vont noyer Nouakchott et non seulement  la menace qui viendrait, selon des scientifiques, de l’océan.

En attendant, le président Aziz prolonge ses vacances. Il dispose d’un répit de quelques jours, voire de quelques semaines. Le remaniement-divertissement nous fait oublier nos vrais problèmes. Les prix qui montent. La crise politique qui devient une sorte de « normalité ». Les papiers de la voiture (assurance, vignette) qu’il faut renouveler en ce début d’année. Le peuple se distrait. Aziz, Aziz, Aziz, crient les sots, les fous et les opportunistes d’entre nous. Le temps passe. Vite. Le président réfléchit, lui, à ce qu’il faut faire avant 2019 qui, sauf revirement de dernière minute, est la fin de son dernier mandat.