Félicitez-moi, j’ai perdu ma fonction

J’ai toujours cherché à comprendre pourquoi, en Mauritanie, les gens (ceux qui vous connaissent ou pas) viennent vous féliciter quand vous êtes nommés à un grand poste et reviennent vous présenter leurs condoléances, pardon, leur réconfort, quand vous êtes « renvoyé au garage » à l’issue du Conseil des  ministres du jeudi ou par décret présidentiel.  Aujourd’hui j’ai enfin la réponse.

Moi
Moi

La perte de ma petite fonction  au ministère de l’Education (apprise seulement quand j’ai vu mon salaire du mois de décembre sans ma modeste indemnité) est passée inaperçue. Un non événement. Même quand j’en ai parlé à mes collègues de bureau. Je n’étais quand même pas l’un de ces grands messieurs qui gèrent des budgets conséquents,  capables, en toutes circonstances, de « couper et de recoller ». On téléphone pour situer leurs maisons, dès l’annonce de la nomination et l’on accourt pour les féliciter.  On téléphone quand les circonstances (un voyage par exemple) ne nous permettent pas de présenter nos félicitations de vive voix. C’est nécessaire, que dis-je, c’est vital pour l’avenir des relations avec cette personnalité qui vient de naître.

La chute du haut personnage est moins cérémoniale. On ne s’empresse pas de rendre visite au responsable congédié. Celui qui vient d’être nommé à sa place peut considérer cela comme un geste d’animosité. C’est pourquoi, « on s’habille de l’ombre » pour aller voir le cadre limogé qui sort, à partir de cet instant, de nos calculs de gain et de perte. Il redevient anonyme. Jusqu’au jour où il sera réhabilité.