Mauritanie : boudez le dialogue, on agira à la Nkurunziza

Le président Aziz (crédit photo: Tawary.com)
Le président Aziz (crédit photo: Tawary.com)

J’ai lu à la loupe le discours prononcé par Me Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union pour la République (UPR) devant des centaines de cadres et de militants de la formation au pouvoir en Mauritanie, à l’occasion de l’ultime « iftar » (rupture du jeûne) dans une moughataa de la périphérie de Nouakchott.

Comme il sait si bien le faire, Ould Maham a encore démonté l’opposition. Ou plutôt les oppositions. Car cette fois, celle qu’on appelle communément « l’opposition dialoguiste » ou « modérée » (la Coalition pour l’unité et l’alternance démocratique) n’a pas été épargnée. Elle a été rangée dans le même sac des « vêtements usagés » que le FNDU (Front national pour la démocratie et l’unité) par un Ould Maham très en verve, mâcha Allah, malgré une fin de ramadan harassante et préoccupante, même pour les « pauvres » de l’UPR.

Pour Ould Maham donc, c’est l’opposition qui refuse le dialogue, car elle craint de se faire « massacrer ». Ce n’est pas là une nouveauté. C’est un refrain qu’on entend depuis 2009. Aller une énième fois aux élections. Un autre refrain.

Ould Maham a peut-être raison. L’opposition d’aujourd’hui n’est plus celle de 2006. Ou de 2009. Ou, pour remonter le temps, de 2003, 2001, 1997 ou 1992. Des dates qui correspondent à autant d’élections ou l’opposition a toujours joué et perdu contre un pouvoir qui a tous les atouts en main. Comme aujourd’hui.

La principale force du président Aziz est d’avoir toujours misé sur le temps. Il sait que l’ennemi numéro un de toute opposition est l’usure. La force d’un Messaoud Ould Boulkheir, d’un Ahmed Ould Daddah ou d’un Mohamed Ould Maouloud était en 2007 ou en 2009. Comme en 92 face à Maawiya. A l’époque, ce trio de choc symbolisait,réellement, le changement. Quand l’opposition était encore l’opposition. Une question de principe non de positionnement dicté par des considérations bassement matérielles.

Aziz qui a cotoyé Taya deux décennies durant sait très bien que l’élite intellectuelle de ce pays est au service de celui qui gouverne. Et qui a le soutien de l’armée. Le peuple lui n’est qu’un instrument entre les mains de cette élite qui le vend (ou le loue) au plus offrant.

C’est pourquoi l’opposition se trompe encore, une nouvelle fois, en misant sur un changement des mentalités qui s’opérera par « sauts » réguliers, mais pas de manière brusque. Fort de cette constante, le pouvoir a le temps qu’il faut pour peaufiner sa stratégie et se maintenir au-delà de 2019. L’appel à la tenue d’élections pour le renouvellement des deux tiers du Sénat n’est qu’un premier pas sur cette voie.

Le seul risque pour lui est de voir la crise économique, réelle celle-là, accentuer les difficultés financières qui font que l’Etat ne vit (survit) qu’en accentuant la pression fiscale sur les principaux opérateurs économiques nationaux du secteur des banques, de l’import-export, de la distribution alimentaire et du transport. Le ralentissement de la marche des affaires et le manque criant de liquidités (manque d’argent, dit le Mauritanien lambda) est le pire ennemi pour le troisième mandat d’Aziz. S’il arrive à trouver la solution à ce problème et aux difficultés économiques qui commencent à surgir de toutes parts, le rais peut se permettre de refuser un dialogue dont la finalité n’est pas de trouver un consensus national sur les questions qui fâchent, mais de permettre à l’opposition de revenir dans le jeu. A moindre frais.

 

2 thoughts on “Mauritanie : boudez le dialogue, on agira à la Nkurunziza

  1. Merci Sneiba Mohamed pour cet éclairage édifiant. A la Nkurunziza, on dialogue, on bloque, on dialogue ensuite, finalment on vote pour gagner à tous les coups et coûts (même en vies humaines). Les absents ? Ils ne comptent pas : « suffrages non exprimés, immaturité démocratique d’opposants, sans base populaire, manipulés par les forces étrangères et les ennemis extérieurs et intérieurs de la nation ». C’est, dans nos « projets d’états émargeant », le passage de l’Etat-providence à l’Etat-individu.

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