Mauritanie : le dialogue de cour

Représentants du pouvoir et de l'opposition en discussion (Photo : AMI)
Représentants du pouvoir et de l’opposition en discussion (Photo : AMI)

J’ai toujours dit que le dialogue politique n’aura pas lieu. Pour une raison simple: personne n’en veut vraiment ! Il y a de la « résistance » partout.

Au sein de la majorité – de l’Union pour la République, pour être juste – tout le monde ne veut pas d’un dialogue susceptible d’aboutir à une solution de la crise. Car si l’opposition ne s’oppose pas avec force, ne tire pas à boulets rouges sur le président et le gouvernement, la majorité irait au chômage. C’est connu, la cote des défenseurs zélés du pouvoir ne monte que quand il y a une opposition « en activité ». Comme le volcan. Alors le président apprécie qu’un député, un ministre ou un ancien responsable « au garage » prenne sa défense pour répondre à une opposition qui, perdant du terrain, déplace la confrontation vers la « guerre des mots ». C’est d’ailleurs ce que l’on constate avec la multiplication des questions orales au Parlement. Sur la vente des abords du Stade olympique de Nouakchott et de l’Ecole nationale de police, après celle des anciens Blocs A. L’opposition pense qu’il s’agit de « donations » à des proches du rais, le ministre des Finances parle de 7 milliards d’ouguiyas (23 millions d’euros) versés dans les comptes du Trésor public. Sur la sécurité avec une vision différente. L’opposition parle de l’insécurité galopante dans les grandes villes, notamment à Nouakchott, alors que la majorité brandit comme un trophée les succès incontestables de l’armée mauritanienne contre les groupes terroristes au Nord-Mali et sur la frontière avec l’Algérie. En fait, le vrai dialogue est là. C’est ce genre de réparties qui donne d’ailleurs un sens à la politique en Mauritanie : dire ce que l’on ne pense pas et faire le contraire de ce qu’on dit. Ou ne rien faire du tout.

C’est pourquoi quand tout le monde dit être prêt pour le dialogue, moi je vous dis que tout le monde joue. Le temps est cependant essentiel dans les calculs des uns et des autres. On veut voir l’adversaire s’essouffler et commettre des fautes qui ne pardonnent pas. L’opposition a commis l’erreur de trop en boycottant les dernières élections; la majorité pourrait être victime de son trop d’assurance. Le peuple peut dire « oui » quand il pense « non ». Maaouiya en sait quelque chose. Jusqu’à sa chute, il pensait que le PRDS, le parti-Etat de l’époque, était derrière lui. Alors qu’il était avec le pouvoir qu’il incarnait. L’UPR n’est pas différent et le président Aziz, en homme du sérail, le sait très bien. Il regarde avec amusement le cinéma qu’on joue devant lui depuis 2008, sans trop lui accorder d’importance. Il tire ainsi sa force de son pragmatisme. Il fait avec, comme on dit, mais agit quand il le faut. Au bon moment. Il en sera ainsi du dialogue, quand il jugera que la situation extérieure l’exige. Car, sur le plan intérieur, il continue à maîtriser la situation en l’absence d’une opposition digne de ce nom.