En Mauritanie l’opposition dit : «Touche pas à ma Constitution»

Le président de l'Ufp (opposition) avec le président Aziz
Le président président Aziz en compagnie de leaders de l’opposition (Photo : google)

Encore une fois, les Mauritaniens retiennent leur souffle. Le dialogue, encore le dialogue, toujours le dialogue.

Il a suffi que le président Mohamed Ould Abdel Aziz déclare, début janvier, à Chinguitt, à l’occasion de la cinquième édition du Festival des villes anciennes, que le pouvoir est prêt à dialoguer avec l’opposition, pour que le gouvernement et la majorité qui le soutiennent engagent, à nouveau, les (d)ébats politiques. Déclarations, tables rondes (rectangulaires, triangulaires, ou ovales) se suivent et se ressemblent. Puis, le Premier ministre, Yahya Ould Hademine, invite, officiellement, le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) représenté par son secrétaire permanent, l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohamed Vall Ould Bellal, à prendre connaissance des propositions de dialogue du gouvernement. Et la particularité de cette proposition gouvernementale est que le pouvoir est prêt à faire toutes les concessions. Y compris une élection présidentielle anticipée, déclare le ministre chargé des Relations avec le Parlement et la société civile, Izidbih Ould Mohamed Mahmoud. Cette ouverture du gouvernement prend au dépourvu plus d’un. Comment reprendre tout un processus alors qu’on vient à peine de sortir d’élections générales (municipales, législatives, présidentielle) auxquelles ont pris part plusieurs partis, y compris de l’opposition, et, surtout, qui n’ont pas été remises en cause par la communauté internationale ?

Pour certains, il y a sans doute anguille sous roche. Comme en 2008 et en 2009, le pouvoir veut attirer l’opposition radicale dans un piège lui permettant d’achever sa mise à mort qui a commencé avec des élections législatives sans le Forum national pour la défense de la démocratie et l’unité (le FNDU).

Ceux qui voient les choses ainsi imaginent mal un président mauritanien qui, après avoir gagné haut la main la présidentielle de 2014, avec plus de 80 %, remet en jeu son second mandat à peine entamé. Sauf si, par la participation de l’opposition radicale, Ould Abdel Aziz veut montrer aux yeux du monde que, six ans après son arrivée au pouvoir, sa popularité reste intacte.

Pour d’autres, la raison est tout autre. Soumis à une forte pression due à des contreperformances économiques certaines et à une tension sociale de plus en plus forte, le pouvoir veut parvenir à un apaisement de la situation politique pour pouvoir faire face aux difficultés qui pointent à l’horizon. Surtout cette crise imprévisible avec l’Union européenne sur deux dossiers d’importance : le renouvellement de l’accord de pêche et la question des droits de l’homme revenue au-devant de la scène avec l’emprisonnement du militant antiesclavagiste Biram Dah Abeid et deux de ses compagnons.

Mais malgré toute cette effervescence politique, il se trouve toujours des Mauritaniens à douter de la tenue, avant terme, d’élections générales. Surtout que, dans les rangs de la majorité des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une « faiblesse » du gouvernement devant l’opposition. C’est notamment le cas pour des députés qui n’auraient peut-être jamais pu accéder à l’hémicycle dans le cadre d’une élection fortement disputée, comme celles que la Mauritanie a vécues en 2007 et en 2009.

Mais tout cela reste du domaine du probable parce que l’opposition radicale, la principale concernée par cette démarche du pouvoir, reste sur ses gardes. Elle dit oui pour le dialogue, mais pas à n’importe quelles conditions. Son acceptation du principe repose sur quatre requêtes essentielles : formation d’un gouvernement d’union nationale à larges compétences, recomposition de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et du Conseil constitutionnel, neutralité de l’administration, mais surtout qu’on ne touche pas à la Constitution. Un point essentiel qui barre la route à la volonté du pouvoir d’éliminer la limitation de l’âge à la présidentielle et donc de supprimer, du coup, comme le supposent fortement certains, celle des mandats.