Prise d’otage à la prison centrale de Nouakchott : les salafistes dictent leur loi

Prisonniers salafistes mauritaniens (Photo : google)
Prisonniers salafistes mauritaniens (Photo : google)

Des têtes vont tomber, c’est sûr, après ce qui vient de se passer à la prison centrale de Nouakchott. Une mutinerie de prisonniers salafistes qui s’est soldée par la prise en otage de deux éléments de la garde nationale ! Mais surtout la « honte » pour un pouvoir qui a plié aux exigences, quoique justes, de djihadistes entrés en rébellion pour exiger la sortie de prison de quatre des leurs qui ont purgé leur peine. Les Mauritaniens sont restés ébahis en apprenant la nouvelle. Une prise d’otages, non pas à la frontière malienne où l’armée de leur pays a massé le plus gros de ses troupes, pour, dit-on avec fierté, garantir la sécurité des biens et des personnes contre toute menace terroriste, mais à l’intérieur même de la prison centrale de Nouakchott. Un établissement gardé nuit et jour par des unités de la garde nationale et accolée à l’état-major de la gendarmerie nationale !

Certains se demandent comment les prisonniers ont-ils fait pour résister à la force publique ? Avec quelles armes, mais surtout, comment ils se sont procuré l’essence avec laquelle ils menaçaient de mettre le feu à la prison, si les forces de l’ordre venaient à donner l’assaut pour tenter de libérer les otages ? Pourquoi avaient-ils leurs téléphones qui leur ont permis de transmettre, en direct de la prison, les informations aux médias privés et de montrer les photos des deux gardes enfermés dans une cellule ? Une situation singulière qui est l’aboutissement d’accrochages qui ont fait quatorze blessées (8 gardes dont un officier du nom de Adhem Ould Ouma et 6 détenus islamistes, selon le site Alakhbar) tous soignés à l’hôpital militaire de Nouakchott.

Toutes ces questions restent sans réponses et doivent attendre la fin de l’enquête évoquée par le procureur de la République pour situer les responsabilités. Mais déjà, les forces de sécurité, qui n’ont pas fait preuve d’efficacité dans cette affaire, mettent en cause le ministre de la Justice, Sidi Ould Zeine, qui aurait laissé pourrir cette situation. C’est également la même chose que dit le bâtonnier de l’ordre national des avocats, Me Cheikh Ould Hindi qui, invité par une chaîne privée, expliquait que l’Etat ne fait que rétablir le droit. Le bâtonnier, qui a servi d’intermédiaire dans les négociations entre les salafistes et les autorités, a appelé ministère de la Justice au respect de la loi pour éviter que ce genre de crise ne se répète.

De retour d’Arabie saoudite où il a effectué une visite éclair pour présenter ses condoléances au nouveau roi Salman Ibn Abdel Aziz suite au décès de son frère le roi Abdallah, le président mauritanien n’a pas encore pris de mesures consécutives à ce que les médias locaux appellent désormais les évènements de la prison civile de Nouakchott. Mais ceux qui connaissent bien l’homme déclarent qu’il ne laissera pas les choses passer ainsi. Les ministres de la Justice et de l’Intérieur pourraient ainsi faire les frais d’un énième remaniement. Surtout qu’on comprendrait très mal comment la justice a envoyé au gnouf des militants des droits de l’homme, pour avoir dénoncé, pacifiquement, l’esclavage foncier, en les accusant de « rébellion non armée »; alors que dans cette histoire, des prisonniers salafistes s’insurgent, prennent en otage deux de leurs geôliers, négocient et obtiennent gain de cause.