Charlie Hebdo : le revers de la… caricature

Manifestation à Nouakchott contre les caricatures (Crédit photo : Saharamédias.net)
Manifestation à Nouakchott contre les caricatures (Crédit photo : Saharamédias.net)

A peine la France a-t-elle fini de pleurer ses morts que « l’union sacrée » contre le terrorisme commence à se fissurer. En France, d’abord, où la question divise, certains se demandant si la récupération politique qu’on a aussitôt faite de ce drame ne va pas – aussi – susciter une levée de boucliers chez les musulmans de France et dans les pays islamiques. Le risque ici n’a pas été mesuré à sa véritable portée. Certes, la France et tous les citoyens du monde épris de paix et de justice se devaient de condamner tout acte terroriste. Mais elle devait veiller également à ce que l’acte commis par trois égarés, de nationalité française, n’affecte pas négativement le comportement général vis-à-vis d’une religion.  Faut-il le rappeler, l’islam, dans son essence même, condamne l’atteinte à la vie humaine. Le Coran ne dit-il pas que celui qui a tué un homme c’est comme s’il a tué toute l’humanité ?

En voulant défendre la liberté d’expression, à tout prix, ne risque-t-on pas de provoquer une réaction en chaîne à travers le monde contre Charlie Hebdo, d’abord, mais aussi contre la France et tous les pays où ce journal a pu vendre son numéro reprenant les caricatures du Prophète. Une situation qu’on a vécue en ce vendredi dans plusieurs pays musulmans, comme le Pakistan et la Mauritanie.

Dans ce dernier pays, les milliers de marcheurs ont été stoppés, de justesse, par les forces de police devant l’ambassade de France à Nouakchott. Mais ils ont pris la direction de la présidence de la République où Mohamed Ould Abdel Aziz les a accueillis et n’a pas hésité, lui aussi, à saisir l’occasion au vol pour dire, à des manifestants surchauffés, qu’il ne marchera jamais pour soutenir un acte contre le Prophète de l’islam. Comme il l’avait fait, à son arrivée au pouvoir en 2008, en rompant les relations diplomatiques avec Israël, le président mauritanien a joué sur la fibre religieuse des Mauritaniens pour gagner des points, à un moment où le pays est secoué par une série de scandales économiques d’une grande ampleur.

Le risque ici pour lui est de vexer ses amis occidentaux, ceux-là mêmes qui ont avalisé son coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, justement, parce qu’il mène une lutte sans merci contre le terrorisme. Ould Abdel Aziz a raison de signifier qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre l’islam et le terrorisme, mais il doit aussi comprendre que l’Occident ne choisit ses amis qu’en fonction de ses intérêts. Stratégiques et économiques s’entend.