Autour d’un thé : c’est la tête qui gouverne

Le président Aziz (Photo : google)
Le président Aziz (Photo : google)

La Mauritanie nouvelle n’est pas comme la Mauritanie ancienne. Ces propos « historiques » seraient d’un député de l’Assemblée nationale, cousin du président, de surcroît. Une histoire de cousins, me diriez-vous ? Un à la présidence. Un autre au Maroc, mécontent. Un troisième, chef de file d’une certaine opposition radicale. Un quatrième qui ne décolère pas, en qualifiant son cousin de président de tout. Y en a certainement un sixième et un septième, pour amuser la galerie. Et le temps passe en conjectures.

Evidemment que la Mauritanie d’aujourd’hui n’est pas comme la Mauritanie d’hier. La raison en est toute simple : hier n’est pas comme demain. Un civil n’est pas comme un militaire. Un treillis est autre chose qu’un costume. Et un chapelet n’est pas un pistolet.

Evidemment, monsieur le député. Vous avez parfaitement raison, en déclamant une si évidente évidence. Bravo, honorable, n’est pas député qui veut. Bilan et CV. Deux mots importants, dans la vie des hommes publics.

Deux mots particulièrement importants, dans la vie d’un président réélu pour un second mandat. Mais un bilan, qui est du jargon de la comptabilité, suppose un actif et un passif. Il faut au moins deux colonnes pour cela. Après, on verra en balançant les données, si ce bilan-là est positif ou négatif.

Exactement comme lors du Jugement dernier. Les bonnes choses d’un côté et les mauvaises de l’autre, sur les plateaux d’une balance. Si les bonnes choses sont plus lourdes, directement le paradis et, si les mauvaises choses sont plus lourdes, alors, directement l’enfer. Y a que ça. Rien d’autre.

Au cours d’une soirée organisée par la Mauritanienne, quelques jours avant l’investiture du président-réélu-pour-un-second-mandat –Mohamed Ould Abdel Aziz, pour ceux qui l’ignoreraient encore –quatre ministres, quelques députés et des journalistes faisaient le bilan du mandat écoulé. Hé bien mon vieux ! A les entendre, le président sortant par la porte et rentrant par la fenêtre sera désœuvré ou, du moins, n’aura pas grand-chose à faire.

Les chantiers, les grands, là, en éducation, en santé, en lutte contre la pauvreté et chômage, en nouvelles technologies, en conquête de l’espace, en mathématique, en physique, en qualification à la CAN, à la CHAN et à la Coupe du Monde, en éradication des disparités sociales, en promotion des droits de l’homme et que sais-je encore sont très très en avance.

Y a que les aigris et les gens de mauvaise foi qui ne voient pas ça. Mais heureusement qu’il y a eu ce 6 août 2008. Si l’on avait attendu vingt-quatre heures de plus, « chett ! » (une expression de badauds généralement prononcée la main sur la bouche), ça allait être la Fin du Monde, celle de la Mauritanie, l’Apocalypse.

La sécurité, l’intégration des diplômés-chômeurs devenus agriculteurs, la promotion de la diplomatie nationale, l’élection à la tête de l’Union africaine, la lutte contre la gabegie, les élections, les prières des fêtes d’El Fitr et de l’Adha, les voyages en Afrique du Sud, les petits détours inopinés dans les hôpitaux, juste après la prière et la distribution de quelques ouguiyas aux malades…Toutes des premières qu’aucun président n’a jamais pensé faire. Voilà pour l’actif.

Le passif ? Humanitaire ou quoi ? Ça, ce n’est pas maintenant, ce sont les autres présidents. Passif passé. Selon un adage très populaire : l’objectif du ballon, c’est de courir. C’est la tête qui gouverne, ce ne sont pas les parchemins. Et, en Mauritanie, ceux-là ne valent pas grand-chose. Et puis, les anciennes études que tu vois là, c’est quelque chose. Je vais te raconter une anecdote.

L’autre jour, en venant, j’écoutais, à la radio de ma voiture, quelqu’un parler, en français, de l’éducation nationale. J’ai pris la peine de l’écouter. Après quelques minutes, j’étais persuadé que c’était le Parlement des enfants qui traitait de la question de l’éducation en Mauritanie.

Et que l’intervenant devait être un député de cette institution qui faisait de gros efforts pour parler un français à peu près intelligible. Je me surpris en train de dire : « Mais il n’est pas mal ce gosse ! ». Mais, lorsqu’à la fin de l’intervention, j’appris que c’était un ministre de la République qui parlait, je n’en revenais pas.

Donc CV ou VC, c’est du pareil au même.

Sneiba El Kory (Le Calame)