Lettre ouverte au président et à ses «opposés»

Le président Aziz (photo : Google)
Le président Aziz (photo : Google)

Monsieur le président, ce n’est pas la première lettre ouverte que je vous adresse mais celle-ci a un cachet particulier. Je vous l’adresse à la veille de votre investiture en tant que président démocratiquement élu. Oui, oui, vous avez bien entendu, messieurs du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et des autres partis et « partillons » ayant choisi de boycotter l’élection présidentielle du 21 juin dernier. Quoi que vous pensiez, quoi que vous disiez, il faut bien juger un scrutin à l’aune de la participation et des résultats.

Certes, beaucoup de formations politiques, et non des moindres, ont boudé cette élection, mais d’autres y ont pris part et en ont accepté le verdict. Les observateurs nationaux et internationaux ont été, eux aussi, unanimes pour dire que les normes mondialement reconnues ont été respectées. Et l’observateur lambda que je suis peut attester également que la Mauritanie de 2014 est loin, très loin, de celle de 1992 où le bourrage des urnes était la règle. Je me rappelle comme si cela datait d’hier. Membre d’un bureau de vote à Boghé, « les gens » du sinistre PRDS (Parti républicain démocrate et social) ont failli me livrer à un capitaine de l’armée qui faisait la ronde pour s’assurer que le « vote des bêtes sauvages » se déroulait convenablement. Révolté par ce que je voyais comme exactions, je n’ai eu comme solution que de m’asseoir sur l’urne pour refuser à des lycéennes de Niowly¹ – que j’enseignais en classe de seconde- qui avaient voté le matin, de refaire la même chose le soir.

Il faut dire également que, comme tout bon démocrate, je regrette la non-participation à la présidentielle d’une opposition qui, quoi qu’on dise, compte beaucoup sur la scène politique nationale. Mais il faut aussi reconnaître que cette « opposition » manque de sérieux. Et d’orientation. Alors que vous regardez résolument vers le futur – malgré les insuffisances du présent – elle reste accrochée au passé. Ses réminiscences sont faites de sentiments et de ressentiments. Ses critiques sont l’aveu même de son échec. Elle vit un temps qui n’est plus le nôtre : 2005. 2008. 2009². Elle ne comprend pas que pour la sécurité, celle de tous les Mauritaniens, nous sommes prêts à vous autoriser à dépenser non pas 50 millions de dollars US, mais des milliards. Et peu importe qu’ils proviennent de l’Arabie saoudite ou des caisses de l’Etat. Ce qui compte à nos yeux c’est que le danger que constituait Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) soit contenu et que la Mauritanie soit aujourd’hui une référence régionale et même continentale en matière de lutte contre le terrorisme. Sur cette question, c’est donc incontestablement un point que vous remportez sur vos « opposés ». Il manque seulement que la même stratégie soit appliquée dans le domaine de la sécurité intérieure où selon le sentiment général il y a une recrudescence du crime urbain.

Comme une nouvelle forme de corruption

Monsieur le président, vous avez certainement parcouru du chemin, fait des réalisations appréciables que je ne saurais évaluer comme le font vos soutiens « institutionnels » à 70 ou 80 %. Je dirais seulement qu’en termes d’infrastructures, le Nouakchott d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a cinq ans, qu’en matière de lutte contre la gabegie il y a bien un avant et un après 2009³. Ne serait-ce que parce que les responsables « irresponsables » réfléchissent longuement avant d’oser piocher dans les fonds publics. Alors que du temps de Taya, c’était l’exercice favori des « ministres », des secrétaires généraux, directeurs et autres chefs de projets.

Mais il faut aussi donner une réponse à ce qui est considéré comme une nouvelle forme de la corruption. Qu’en est-il, monsieur le président, des privilèges supposés ou réels ? Des nouveaux riches ? Des lobbies ? Vos ministres et conseillers n’abusent-ils pas de votre confiance ? En tout cas, ils ne vous disent pas tout. Comme celui qui, tout heureux de vous voir inaugurer un établissement public à la veille des élections, rétorque à l’un de ses collaborateurs (j’en étais témoin) qu’il sait bien que l’édifice n’est pas fini, qu’il sait que c’est à la ministre de l’Habitat et de l’urbanisme de décider d’une telle inauguration, mais que le temps (l’approche de la présidentielle) est propice pour « vendre » cette réalisation à l’opinion publique nationale. Autre subterfuge : du matériel fourni par l’ambassade des Etats-Unis a été éloigné de vos regards, lors de cette visite, pour ne pas vous rappeler que cette réalisation a été accomplie en partie grâce à la coopération américaine. Cela explique un autre mensonge de vos principaux collaborateurs : « Financé sur fonds propres de l’Etat » !

Ce sont là des choses, parmi d’autres, qui nuisent encore à votre action, monsieur le président. Une petite vérité vaut mieux qu’un gros mensonge. Si le gouvernement nous livre des données vraies attestant que votre bilan à été réalisé à 50 %, elles auront plus de poids que le mensonge de l’opposition qui insinue que le pays régresse.

Comprenez aussi, monsieur le président, que vous n’avez plus d’opposants, mais des « opposés ». Des gens (je n’ose parler de politiques) dont le programme, la vision, l’obsession même, est d’être président à la place du président. Agissez donc en conséquence en minimisant le risque. Rapprochez-vous d’eux, dialoguez avec eux, permettez-leur de s’adresser au peuple souverain qui, même s’il a des tas de choses à reprocher à votre pouvoir, sait que l’opposition actuelle n’est pas l’alternative. Elle manque de visibilité et de crédibilité. Des opposants « opposés » ne peuvent conduire que vers la pire des catastrophes. Comme ce qui se passe en Libye ou en Irak où la soif du pouvoir, le manque de discernement politique et le désengagement de l’Occident, après avoir provoqué ce qu’on a appelé improprement le « printemps arabe » sont en train d’installer durablement ces pays dans l’anarchie.

Enfin, ne cédez pas, monsieur le président, à ces appels qui fusent de toutes parts. Ils ont vocation à disperser votre action, à vous éloigner de l’essentiel. Etre le « président des pauvres » ou le président de la jeunesse, c’est bien mais être le président de tous les Mauritaniens est encore mieux.

1. Quartier de Boghé.

2. Deux coups d’Etat (2005 et 2008) et une élection présidentielle (2009).

3. 2009, élection présidentielle qui consacre le retour de la démocratie.

5 thoughts on “Lettre ouverte au président et à ses «opposés»

  1. Merci Mohamed. Il n y a pas grand chose à ajouter. Ce terme d’opposés, je vais le piquer, avec celui de démogâchis. J’ai essayé, dans un billet « de l’investiture au sacre », de parler de « baragouiner » au sujet de ce que vous avez très bien décrit. Les opposés du Président sont formatés depuis les accords de Dakar, avec un discours incompris par l’intérieur du pays, et irréalistes pour les observateurs et partenaires étrangers. C’est vraiment dommage, car toute bonne démocratie, a besoin d’une forte et réelle opposition, et non pas d’opposés qui veulent prendre la place de quelqu’un qui n’a aucune raison de l’offrir en cadeau non mérité.

  2. C’est bien dit Sambe, mais tu as oublié dans ta lettre ouverte, très ouverte tes proches de sang issu du Brakna qui ne sont pas associés à quoi que ce soit.
    Je peux citer rapidement des hauts gradés de la douanes, des Haratines, qui ne trouvent pas de bons postes aux port de l’amitié, je veux citer l’inspecteur Abdallahi Amar Salem et Mouvid Sweidatt, qui subissent le tort du D.G de la douane O. Mamy et son bras actif le chef des deux bureaux O. Loullah. Pourtant ils sont méritant, il fallait plaider pour eux… Bon Courage !

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